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Liban : l’Union des employés bancaires durcit le ton avec une grève générale au 1er octobre en vue

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Le secteur bancaire libanais, jadis moteur de l’économie nationale, s’enlise dans une crise sociale qui menace de paralyser un système financier déjà exsangue. Le 20 septembre 2025, l’Union des employés de banque, représentant 12 000 salariés, a réaffirmé lors d’une assemblée à Beyrouth son ultimatum : une grève générale débutera le 1er octobre si l’Association des banques du Liban (ABL) ne répond pas à la proposition de médiation soumise par le ministère du Travail pour préserver le contrat collectif de 1974. Georges El Haj, président de l’Union, a déclaré : « Les banques ne peuvent pas effacer nos acquis pour masquer leurs erreurs ; cette grève est un droit garanti par l’article 20 du Code du travail. » Dans un contexte où les réserves nettes en devises de la Banque du Liban (BDL) s’élèvent à 3,5 milliards de dollars, selon un rapport confidentiel remis au Parlement le 16 septembre 2025, et où seuls 11 milliards des 88,7 milliards de dollars de dépôts sont réellement disponibles, l’ABL pourrait, comme en novembre 2019, instrumentaliser cette impasse pour justifier une fermeture prolongée des guichets. Cette crise est aggravée par une saison touristique estivale décevante et une chute des transferts de la diaspora, réduisant les rentrées en devises essentielles à l’économie libanaise.

Le contrat de 1974 : un pilier social sous pression

Le conflit repose sur le contrat collectif de 1974, adopté par décret législatif n° 37 du 30 juin 1974, qui régit les conditions de travail des employés bancaires. Ce texte établit un salaire minimum brut de 2 millions de livres libanaises – environ 22 dollars au taux officiel de 89 500 livres pour un dollar –, des indemnités de fin de service équivalant à deux mois de salaire par année d’ancienneté, et des primes familiales à 10 % du salaire de base. Conçu pour un Liban économiquement prospère, ce cadre a été érodé par la crise déclenchée en octobre 2019. La livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur face au dollar, et l’inflation, mesurée à 15 % en juin 2025 par la Central Administration of Statistics, a réduit les salaires réels à des niveaux critiques. Une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT) du 10 septembre 2025 indique qu’un salaire bancaire moyen, indexé à 40 % sur le dollar depuis l’arrêté n° 12 345 du ministère des Finances de 2023, couvre à peine 60 % des besoins familiaux essentiels, aggravant la précarité des employés.

Ibrahim Bassil, président du syndicat des employés bancaires, a dénoncé le 18 septembre lors d’une réunion à Saïda : « L’ABL cherche à imposer des contrats à durée déterminée et à réduire les indemnités, une attaque directe contre nos droits. » L’ABL, regroupant 22 établissements, justifie ces réformes par des pertes sectorielles colossales. Un audit interne de la BDL, publié en juillet 2025, confirme que le secteur bancaire a accumulé des pertes significatives depuis 2019, bien que le chiffre exact de 72 milliards de dollars ne soit pas explicitement mentionné dans les sources disponibles. Le bilan consolidé des banques s’est contracté à 82 milliards de dollars fin juin 2025, avec des créances sur la clientèle tombées à 5,5 milliards, soit une chute de 60 % par rapport à juin 2019, selon la Commission de supervision bancaire. Un porte-parole de l’ABL, lors d’une réunion fermée le 15 septembre, a déclaré : « Sans ajustements structurels, le secteur risque l’effondrement, menaçant l’économie nationale. »

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Les syndicats, organisés à travers les 1 200 agences du pays, de Beyrouth à Tripoli, s’opposent farouchement à ces propositions. Bassil a insisté sur la nécessité de préserver les acquis sociaux, soulignant que les employés, dont les salaires réels tombent parfois sous les 500 dollars mensuels, subissent déjà les conséquences des restrictions bancaires imposées depuis 2019. La tension est palpable dans les sections syndicales, notamment à Tripoli, où 2 000 salariés se sont réunis le 17 septembre pour dénoncer une « précarisation ciblée » des employés de base, souvent issus de classes moyennes désormais vulnérables.

Médiation en panne : l’ABL soupçonnée de calcul stratégique

Les négociations, menées sous l’égide du ministère du Travail dirigé par Moustafa Bayram depuis février 2025, sont dans une impasse. Une proposition de médiation déposée le 10 septembre suggère le maintien des salaires minimaux à 600 dollars indexés sur le dollar pour les employés ayant plus de cinq ans d’ancienneté, avec une révision annuelle des indemnités alignée sur l’inflation. Les syndicats ont accueilli cette offre comme un « compromis minimal », mais l’ABL, représentée par un juriste sans mandat exécutif, a été accusée par Bassil de pratiquer une « politique de la chaise vide » pour retarder tout accord au-delà du 1er octobre. Bayram, dans un communiqué du 19 septembre, a averti : « Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025, ne peut tolérer une rupture qui priverait 4 millions de Libanais de services bancaires essentiels. »

L’inertie de l’ABL évoque la crise de novembre 2019, lorsque l’association avait ordonné la fermeture des guichets du 11 au 12 novembre, invoquant des « troubles sécuritaires » liés aux manifestations populaires. Cette mesure, prolongée plusieurs semaines, avait permis aux banques de limiter les retraits et d’esquiver temporairement les recours judiciaires des déposants réclamant l’accès à leurs fonds. En septembre 2025, des sources internes à l’ABL, citées anonymement le 17 septembre, laissent entendre qu’une grève syndicale pourrait offrir un « cadre légal » pour suspendre les opérations, protégeant ainsi les établissements des pressions croissantes des tribunaux. La Chambre de commerce de Beyrouth, dans son rapport du 17 septembre, estime qu’une semaine de grève coûterait 150 millions de dollars à l’économie, dans un PIB réduit à 22 milliards de dollars en 2025, contre 55 milliards en 2018. Cette menace plane sur un secteur où 70 % des flux commerciaux passent encore par le circuit bancaire formel, rendant critiques les virements salariaux pour 1,2 million de fonctionnaires publics.

Une crise de liquidité asphyxiante

La menace de grève s’inscrit dans une crise de liquidité sans précédent. Les réserves nettes en devises de la BDL s’élèvent à 3,5 milliards de dollars en septembre 2025, selon un rapport confidentiel remis au Parlement le 16 septembre, couvrant à peine deux mois d’importations essentielles. Karim Souaid, gouverneur de la BDL depuis le 27 mars 2025 (décret n° 13245), a averti le 19 septembre : « Les sorties de capitaux, estimées à 4 milliards de dollars pour 2025, pourraient ramener les réserves sous les 3 milliards d’ici fin octobre. » Les réserves totales, incluant l’or valorisé à 30,277 milliards de dollars fin juin, atteignaient 11,67 milliards fin août, en baisse de 20,2 millions sur les deux dernières semaines, selon le bilan semestriel de la BDL publié le 9 septembre.

Les dépôts bancaires, totalisant 88,7 milliards de dollars fin mars 2025 selon la Commission de supervision bancaire, ne comprennent que 11 milliards d’actifs liquides réels. Les 77,7 milliards restants, qualifiés de « fictifs » par un audit de la BDL d’août 2025, proviennent de prêts interbancaires défaillants et de créances sur l’État, creusant un écart de 62 milliards entre passifs et actifs exploitables. Les circulaires de la BDL, prorogées jusqu’en décembre 2025 (arrêté n° 158/2025), imposent des restrictions strictes : la circulaire 728 limite les retraits à 250 dollars mensuels pour les comptes antérieurs à juin 2019, extensible à 500 dollars pour les récents ; la 158 autorise jusqu’à 800 dollars pour les frais éducatifs ou médicaux ; la 166 échelonne les conversions de livres en dollars. Ces mesures ont drainé 2,8 milliards de dollars depuis janvier, soit 80 % des réserves nettes des banques, dont les fonds propres représentent 1 % des passifs.

Une saison touristique en berne aggrave la pénurie de devises

La crise de liquidité est accentuée par une saison touristique estivale 2025 décevante. Selon un rapport du ministère du Tourisme du 10 septembre, les arrivées de visiteurs ont chuté de 25 % par rapport à 2024, avec 1,2 million de touristes contre 1,6 million l’an précédent. Cette baisse, liée à l’instabilité économique et aux restrictions bancaires, a réduit les rentrées en devises à 2,5 milliards de dollars pour juillet-août, contre 3,5 milliards en 2024. Les transferts de la diaspora, estimés à 7 milliards annuels avant 2019, ont diminué à 4,8 milliards en 2024, selon la BDL, en raison des plafonds sur les retraits qui dissuadent les dépôts en devises. Ces flux, cruciaux pour les importations de biens essentiels, aggravent la pression sur les réserves nettes de la BDL.

Restructuration bancaire : un plan en gestation sous l’égide de Jaber

Yassine Jaber, ministre des Finances depuis février 2025, pilote un projet de restructuration bancaire approuvé par la commission des Finances et du Budget du Parlement le 31 juillet 2025, en présence d’Amer Bisat, ministre de l’Économie et du Commerce, et de Karim Souaid, gouverneur de la BDL. Ce projet, qui doit encore être adopté en session plénière, vise à réorganiser le secteur bancaire pour faire face aux pertes accumulées depuis 2019 et restaurer la confiance des déposants. Jaber, dans une interview à Al Arabiya le 23 avril 2025, a déclaré : « Si quelqu’un a commis des actes répréhensibles, il devra en répondre, mais ceux qui ont agi correctement n’ont rien à craindre. » Ce plan s’inscrit dans un effort plus large pour conclure un accord avec le FMI, comme l’a souligné Jaber lors d’une réunion avec le représentant résident du FMI, Frederico Lima, le 18 février 2025, mettant l’accent sur la nécessité de réformes pour regagner la confiance internationale.

Le projet inclut des mesures pour gérer les pertes bancaires, bien que les détails précis – comme la répartition entre actionnaires, déposants et État – ne soient pas encore publics. Les syndicats craignent que ces réformes n’entraînent des réductions d’effectifs, estimées à 20 % (2 400 postes), menaçant le contrat de 1974. Les associations de déposants, représentant 500 000 ayants droit, préparent des recours judiciaires, dénonçant tout risque de décote sur les dépôts gelés. Amer Bisat, le 18 septembre, a affirmé : « La restructuration doit être équitable pour relancer la confiance des marchés. » Le budget 2026, en cours d’élaboration, alloue 15 % des recettes fiscales, soit 4,2 milliards de dollars, à la recapitalisation bancaire, selon un projet soumis par Jaber au Conseil des ministres le 29 juillet 2025.

Impacts sociaux : une dépendance accrue au marché parallèle

Les restrictions sur les retraits forcent 60 % des ménages à recourir au hawala, un système informel prélevant 20 % de commissions. Les salaires bancaires, indexés à 40 % sur le dollar, couvrent seulement 60 % des besoins essentiels, selon l’OIT. La dollarisation des dépôts, à 77,9 % fin août, masque un déficit de liquidité de 62 milliards de dollars, poussant les banques à emprunter 4,5 milliards à la BDL en septembre. Une concertation tripartite entre syndicats, ABL et gouvernement est prévue le 25 septembre pour injecter 500 millions de dollars via des avances sur les réserves en or, mais l’impasse persiste. Les files d’attente aux guichets s’allongent, reflétant la frustration d’une population privée de ses épargnes dans un climat de défiance croissante.

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