Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, rencontrera vendredi le Premier ministre désigné Nawaf Salam, dans un climat politique tendu marqué par le boycott des consultations non contraignantes par Amal et son allié, le Hezbollah. Cette crise politique reflète les divisions profondes qui entravent la formation d’un gouvernement dans un pays déjà fragilisé par une crise économique et institutionnelle sans précédent.
Un boycott pour marquer une opposition politique
Amal et le Hezbollah, qui forment le « Duo chiite », ont refusé de participer aux consultations parlementaires non contraignantes cette semaine. Ce boycott vise à exprimer leur rejet de la désignation de Nawaf Salam, ancien juge à la Cour internationale de justice. Selon des accusations portées par le Hezbollah, certaines parties auraient renié un accord tacite prévoyant la reconduction de l’ancien Premier ministre Najib Mikati.
Malgré cette opposition initiale, le boycott d’Amal et du Hezbollah ne signifie pas nécessairement que ces blocs parlementaires refuseront de participer à un éventuel gouvernement. Nabih Berri a déclaré que « le Liban doit avancer », tout en soulignant qu’il n’était pas certain qu’Amal et le Hezbollah rencontreraient Nawaf Salam.
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Le rôle de la France et de la communauté internationale
Dans ce contexte, la France joue un rôle clé pour tenter de désamorcer la crise politique. Le président français Emmanuel Macron doit se rendre au Liban vendredi pour réaffirmer « l’engagement inébranlable de la France en faveur du Liban, de sa souveraineté et de son unité ». Macron devrait également suivre de près la mise en œuvre du cessez-le-feu américano-français conclu en novembre entre Israël et le Hezbollah.
Selon des informations rapportées par le quotidien Asharq al-Awsat, Macron aurait récemment discuté avec Nabih Berri et le président fraîchement élu, Joseph Aoun, dans le but de convaincre Amal et le Hezbollah de coopérer avec le nouveau gouvernement. L’Élysée a présenté la nomination de Nawaf Salam comme un « espoir de changement », tout en appelant à la formation d’un cabinet qui représente la diversité du peuple libanais.
Consultations parlementaires et obstacles à la formation du gouvernement
Les consultations parlementaires pour former un nouveau gouvernement doivent se tenir mercredi et jeudi. Cependant, les tensions persistantes entre les blocs politiques risquent de compliquer ce processus. Nawaf Salam, connu pour son indépendance et son alignement sur des réformes soutenues par la communauté internationale, fait face à l’opposition de certaines factions politiques influentes, notamment chiites.
Amal et le Hezbollah, bien qu’ils n’aient pas exclu une participation future au gouvernement, souhaitent vraisemblablement peser dans les négociations pour garantir la préservation de leurs intérêts politiques et stratégiques.
Contexte politique et perspectives d’avenir
Le Liban traverse une des pires crises politiques et économiques de son histoire moderne. L’absence d’un gouvernement stable et fonctionnel a exacerbé les difficultés, avec une inflation galopante, une monnaie en chute libre, et une émigration massive des jeunes générations.
La pression internationale, notamment de la part de la France et des États-Unis, vise à encourager la formation d’un gouvernement capable de mettre en œuvre les réformes nécessaires pour débloquer l’aide internationale. Le Fonds monétaire international (FMI) a posé des conditions strictes, telles que la restructuration du secteur bancaire, la lutte contre la corruption et des audits financiers transparents, pour fournir un soutien financier au Liban.
Macron et la stabilité régionale
La visite de Macron au Liban s’inscrit également dans un contexte régional tendu. En plus de la crise interne, le Liban est au centre de tensions géopolitiques impliquant Israël et le Hezbollah. La France espère jouer un rôle de médiateur pour éviter une escalade et garantir la stabilité à la frontière sud du Liban.



