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Liban : Salam accélère les réformes avant Washington 

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Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a réaffirmé ce mardi la détermination de son gouvernement à mener à bien son plan de réformes et à consolider la souveraineté de l’État. Lors d’une rencontre avec une délégation de la « Groupe de soutien américain pour le Liban », dirigée par l’ambassadeur Edward Gabriel et en présence de l’ambassadrice américaine Lisa Johnson, Salam a exposé une vision ambitieuse, mêlant réformes financières, désarmement des milices et application stricte de la résolution 1701 des Nations unies.

Un agenda réformiste en marche

Salam a mis en avant les premiers pas concrets de son gouvernement, formé en février 2025 sous la présidence de Joseph Aoun. « Les réformes financières ont démarré avec le projet de loi sur la levée du secret bancaire et celui sur la restructuration du secteur bancaire », a-t-il déclaré. Ces textes, en cours d’élaboration, visent à assainir un système bancaire ravagé par la crise de 2019, dont les pertes atteignent 70 milliards de dollars selon la Banque mondiale.

Il a également souligné l’adoption d’un mécanisme transparent pour les nominations administratives, déjà appliqué avec l’ouverture des candidatures pour la présidence du Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR). « Ces mesures entrent en vigueur », a-t-il insisté, appelant le Parlement à entériner rapidement ces projets une fois transmis.

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Un autre chantier majeur a été dévoilé : la préparation d’une loi pour garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire. Dans un pays où la justice est souvent entravée par les ingérences politiques, cette initiative pourrait marquer un tournant, répondant à une demande populaire et internationale croissante.

Hisser le monopole des armes

Au cœur de son discours, Salam a réitéré l’engagement à « confiner les armes aux mains de l’État », un objectif ancré dans le programme ministériel et dans l’accord de Taëf de 1989, qui met fin à la guerre civile. « Nous appliquons la résolution 1701 dans toutes ses dimensions », a-t-il ajouté, saluant le rôle de l’armée libanaise au Sud-Liban.

Ce positionnement intervient dans un contexte tendu. La FINUL, dans un communiqué daté du même jour, a dénoncé des violations persistantes de cette résolution : incursions israéliennes et présence d’armes illégales, notamment des lance-roquettes attribués au Hezbollah. Salam semble ainsi répondre à ces critiques en promettant une action ferme pour restaurer la souveraineté sur l’ensemble du territoire, un défi colossal face à l’influence des milices.

Un soutien américain encourageant

Edward Gabriel, à l’issue de la rencontre, a salué les propos du Premier ministre. « Nous avons entendu des paroles encourageantes sur le programme économique », a-t-il déclaré. Il a appelé à une transmission rapide des projets de loi au Parlement, espérant une adoption dans les semaines à venir. « Cela enverrait un signal fort à la communauté internationale », a-t-il ajouté, soulignant que « le Liban fait un grand pas en avant ».

Les discussions ont également porté sur l’accord de cessez-le-feu avec Israël, conclu en novembre 2024 sous médiation américano-française. Gabriel a noté une convergence entre Salam et le président Aoun, rencontré plus tôt, sur la nécessité de consolider cet accord. « Des mesures doivent être prises pour stabiliser le cessez-le-feu, avec le soutien des États-Unis aux forces armées libanaises et le lancement de négociations pour délimiter les frontières », a-t-il précisé. Cette double approche – économique et sécuritaire – est vue comme essentielle pour sortir le Liban de l’impasse.

Une situation économique critique

Ces engagements s’inscrivent dans un contexte économique dramatique. Depuis 2019, le PIB a chuté de 40 %, l’inflation dépasse 150 % (Statista, mars 2025), et 60 % des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté, selon l’INSEE. Les dépôts bancaires, gelés à hauteur de 100 milliards de dollars, restent inaccessibles, alimentant une colère populaire qui a porté Salam au pouvoir.

Les réformes promises – levée du secret bancaire, restructuration bancaire, indépendance judiciaire – sont des préalables à un accord avec le FMI, en négociation depuis 2022. Un plan de 3 milliards de dollars, assorti de 2 milliards supplémentaires de donateurs, est en jeu, mais exige des avancées concrètes avant le congrès de Washington, du 21 au 26 avril.

Sécurité à Beyrouth : un point d’étape

En marge de cette rencontre, Salam s’est entretenu avec le commandant de la police de Beyrouth, le général Imad Jamal. L’échange a porté sur la situation sécuritaire dans la capitale, où les tensions sociales, exacerbées par la crise, restent palpables. Aucun détail n’a filtré, mais cette réunion souligne la volonté du gouvernement de stabiliser l’intérieur autant que les frontières.

Un test de crédibilité imminent

Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, porte une légitimité internationale rare au Liban. Son discours, mêlant réformes internes et souveraineté nationale, répond aux attentes d’un peuple épuisé et aux exigences des partenaires étrangers. Mais la mise en œuvre reste suspendue à la coopération d’un Parlement fragmenté et à la neutralisation des résistances politiques, notamment du Hezbollah, qui conserve une influence militaire significative.

Les semaines à venir, entre l’adoption des lois et les négociations internationales, diront si ces ambitions se traduisent en actes. Pour l’heure, Salam trace une voie étroite entre espoir et pragmatisme, dans un Liban qui n’a plus le luxe d’attendre.

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