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Liban: Une Banque centrale dépouillée de ses fonctions essentielles

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Au 20 août 2025, la Banque du Liban (BdL), théoriquement pilier de la stabilité monétaire, fonctionne comme une entité désactivée, sans instruments, sans calendrier de politique monétaire et sans ligne directrice connue. Sous la direction de Karim Souaid depuis février 2024, la BdL continue d’opérer sans publication de taux directeur, sans intervention sur le marché secondaire, et sans données à jour sur la masse monétaire ou l’inflation. La dernière communication complète sur les agrégats M1, M2 ou M3 remonte à l’année précédente. Aucun mécanisme de prévision ni rapport de stabilité financière n’est disponible.

La masse monétaire en livres libanaises a pourtant explosé, dépassant les 90 000 milliards de LBP, alors que la banque centrale n’a plus les outils pour en contrôler les effets. Le taux de change officiel reste figé à 89 500 LBP pour un dollar, sans relation concrète avec le taux de marché, supérieur à 100 000 LBP/USD. Ce différentiel favorise les pratiques de contournement et d’arbitrage. La BdL, faute de réserves suffisantes (estimées à moins de 7 milliards USD, dont une grande partie est engagée), n’est plus en mesure de défendre une quelconque parité ou d’unifier les taux.

L’outil le plus élémentaire de gestion de crise – la coordination monétaire et budgétaire – est inexistant. Aucune note d’orientation macroéconomique n’est émise. Le ministère des Finances et la BdL agissent en parallèle, sans stratégie commune. Les dépenses publiques sont financées via des avances informelles et sans ancrage juridique solide.

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Un système bancaire figé dans l’illégalité de fait

Depuis 2020, les banques libanaises opèrent en dehors de toute régulation effective. Les restrictions sur les retraits et les transferts sont appliquées de manière arbitraire, en l’absence de toute loi formelle sur le capital control. Le projet de loi transmis au Parlement est resté bloqué depuis plus de trois ans. Ce vide légal a laissé la Banque du Liban sans base pour encadrer les pratiques du secteur, qui gèle encore aujourd’hui des dépôts estimés à plus de 94 milliards de dollars.

La restructuration du système bancaire, annoncée à plusieurs reprises depuis 2020, n’a jamais été mise en œuvre. Les pertes identifiées dans les bilans bancaires, supérieures à 70 milliards de dollars, selon l’audit Alvarez & Marsal, n’ont été ni partagées ni assumées par les actionnaires, l’État ou les déposants dans un cadre transparent. Aucune liquidation n’a été prononcée. Aucune recapitalisation n’a été exigée.

La Commission de contrôle des banques, rattachée à la BdL, n’a pas publié de rapport depuis 2021. La BdL n’impose plus de reporting consolidé, n’a fixé aucune exigence prudentielle claire et ne communique plus sur l’état de solvabilité du secteur. En clair, l’organe censé superviser le système bancaire a cessé d’agir, sans en informer formellement le public.

Une gouvernance sans mandat ni redevabilité

Karim Souaid a été nommé par le gouvernement sans approbation formelle du Parlement, dans un processus opaque, sans feuille de route publiée ni délai de résultats attendus. Depuis sa nomination, aucune déclaration stratégique sur la réforme du secteur financier, la politique de change ou la collaboration avec les partenaires internationaux n’a été émise. Les rares prises de parole du gouverneur relèvent de la gestion quotidienne ou de réponses à la volatilité du taux de change.

La BdL ne joue plus aucun rôle proactif dans la gestion de la dette publique. Elle n’émet plus de titres de dette, ne participe à aucune restructuration des eurobonds, et n’a pas publié d’avis sur les finances publiques depuis plus d’un an. Le budget de l’État pour 2025 n’a pas été adopté, sans que la Banque centrale ne formule de commentaire public ou de mise en garde.

Les cadres techniques de la BdL n’ont pas été renouvelés, et plusieurs postes clés restent vacants. La formation du personnel est suspendue depuis 2022. L’absence de transparence renforce la perception d’un repli technocratique dans l’opacité.

Une absence totale de coordination avec les instances internationales

Les discussions engagées avec le FMI depuis avril 2022 n’ont débouché sur aucun plan d’action opérationnel. Aucune lettre d’intention, aucun protocole actualisé, aucun audit conjoint n’a été publié depuis novembre 2023. La Banque du Liban ne participe plus à aucune initiative régionale de stabilisation monétaire, et n’a pas émis de données consolidées avec les bailleurs de fonds sur la dette ou les réformes.

Aucune mission technique n’a été signalée depuis début 2024. La communication entre la BdL, le ministère des Finances, et les représentants du FMI semble gelée, sans explication officielle. Cette absence de coopération interinstitutionnelle alimente les doutes sur la volonté politique d’entamer un assainissement.

Une crise de légitimité persistante

La Banque du Liban souffre d’un déficit de légitimité majeur. Elle est perçue par une grande partie de la population comme complice des pratiques ayant conduit à la crise. Aucun plan de compensation des déposants n’a été discuté publiquement. Les plaintes individuelles contre les banques sont sans suite, faute de mécanisme de recours effectif. Le siège de la BdL, autrefois symbole de stabilité, n’incarne plus qu’une structure administrative inactive.

L’absence de reddition de comptes, de transparence budgétaire et d’orientation stratégique transforme l’institution en simple organe de gestion courante, sans vision et sans impact réel. Tant que la Banque du Liban restera sans loi sur le contrôle des capitaux, sans plan bancaire, et sans coordination gouvernementale, elle demeurera une entité désignée comme « centrale », mais privée de centralité dans les faits.

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Newsdesk Libnanews
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