Dans un contexte marqué par l’extension finale du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) jusqu’au 31 décembre 2026, suivie d’un retrait progressif en 2027, l’Italie a multiplié les signaux de son engagement durable auprès du Liban. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a récemment exposé devant un groupe de journalistes à Rome les contours de cette stratégie, soulignant l’importance d’un soutien continu à l’armée libanaise et au président Joseph Aoun. Cette position, exprimée au cœur des débats sur la stabilité régionale, illustre la volonté de Rome de pallier les lacunes potentielles laissées par le départ de la Finul, tout en favorisant une transition sécuritaire au sud du Litani.
Les déclarations de Tajani interviennent alors que l’Italie a officiellement sollicité, en décembre 2025, le maintien de ses troupes dans la zone d’opérations internationales au sud du Liban. Cette requête, accueillie favorablement par les autorités libanaises, vise à assister l’armée nationale dans la préservation de la sécurité et de la stabilité aux frontières sud, particulièrement après le retrait des forces israéliennes des collines et territoires occupés. Le ministre a insisté sur le rôle pivotal de l’armée libanaise comme garante de l’équilibre dans cette région sensible du Moyen-Orient, affirmant que « renforcer l’armée libanaise est une garantie pour la stabilité ».
Un appui ferme au président Aoun et à l’armée libanaise
Antonio Tajani n’a pas mâché ses mots sur le soutien italien au président libanais Joseph Aoun, élu en janvier 2025 avec un large consensus parlementaire de 99 voix sur 128. Ancien commandant en chef de l’armée, Aoun incarne, aux yeux de Rome, une figure de stabilité capable de naviguer les complexités confessionnelles et géopolitiques du Liban. « Nous pensons que le président Joseph Aoun est la personne idoine pour assurer la stabilité et l’équilibre dans cette zone critique du Moyen-Orient », a déclaré Tajani, ajoutant que l’Italie poursuivra son appui, y compris par une présence militaire dédiée à la formation de l’armée libanaise.
Cette formation bilatérale, déjà active en complément de la Finul, s’inscrit dans une mission distincte menée par l’Italie depuis plusieurs années. Elle vise à renforcer les capacités des forces armées libanaises, qui comptent environ 80 000 hommes, dans des domaines comme la surveillance des frontières, la logistique et la gestion des crises. Tajani a évoqué la possibilité de solutions alternatives incluant une présence italienne post-Finul, potentiellement sous forme d’une force européenne ou d’un cadre bilatéral coordonné avec Beyrouth. Cette approche répond à la nécessité de combler le vide sécuritaire que pourrait créer le retrait de la Finul, dont la mission, établie en 1978 par la résolution 425 du Conseil de sécurité de l’ONU, a été prolongée une dernière fois en août 2025 par la résolution 2790.
Le président Aoun, lors d’une rencontre en décembre 2025 avec le ministre italien de la Défense Guido Crosetto, a salué cette initiative, soulignant que la participation de l’Italie et d’autres pays européens à une force de remplacement aiderait l’armée libanaise à maintenir l’ordre aux frontières sud. Crosetto, en visite à Beyrouth, a réitéré que l’Italie garantirait sa présence dans des contextes multilatéraux et bilatéraux, via des mécanismes comme la Commission technique militaire pour le Liban (MCT4L) et la Mission militaire bilatérale italienne au Liban (MIBIL). « Nous croyons que le soutien multinational reste la solution la plus efficace dans les zones de crise », a-t-il affirmé, insistant sur le besoin de renforcer les forces armées libanaises pour qu’elles soient en mesure de défendre le pays et de respecter ses frontières.
Vers une transition post-Finul : les enjeux sécuritaires au sud du Litani
La zone au sud du Litani, théâtre de tensions récurrentes depuis les années 1970, reste un point névralgique. La Finul, forte de plus de 9 900 Casques bleus en novembre 2025 après une réduction due à des contraintes budgétaires, a pour mandat principal de surveiller la cessation des hostilités entre le Liban et Israël, conformément à la résolution 1701 de 2006. Cette résolution, adoptée après la guerre de juillet 2006, appelait au retrait israélien, au déploiement de l’armée libanaise au sud et au désarmement des milices, dont le Hezbollah.
Cependant, l’extension finale jusqu’à fin 2026, suivie d’un retrait ordonné en 2027, marque un tournant. Le Conseil de sécurité, dans sa résolution 2790, a demandé au secrétaire général de l’ONU d’explorer d’ici juin 2026 des options pour l’avenir de la mise en œuvre de la 1701, incluant un soutien à la surveillance de la Ligne bleue – la démarcation temporaire entre le Liban et Israël – et un renforcement du déploiement de l’armée libanaise. Cette décision, influencée par les pressions américaines pour une fin responsable de la mission intérimaire, reflète les évolutions régionales post-conflit de 2024.
Le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, fragilisé par des incidents sporadiques, a pavé la voie à un déploiement progressif de 10 000 soldats libanais au sud. L’Italie, deuxième contributeur à la Finul avec plus de 1 000 hommes, voit dans ce contexte une opportunité pour une présence bilatérale. L’ambassadeur italien à Beyrouth, Fabrizio Marcelli, a récemment confirmé cette volonté, indiquant que Rome est prête à explorer des formats variés : une nouvelle force internationale, une mission européenne ou un accord bilatéral avec les autorités libanaises. « Nous apprécions les efforts de l’armée libanaise pour monopoliser les armes et ceux du gouvernement pour adopter des réformes », a-t-il déclaré, soulignant que le travail doit se poursuivre au même rythme.
Cette position s’aligne sur les dynamiques géopolitiques actuelles. Le Hezbollah, affaibli par les affrontements de 2024 et les changements en Syrie voisine, fait face à une pression accrue pour un désarmement progressif. Tajani a explicitement lié la formation de l’armée libanaise à cette perspective, notant que les forces entraînées par l’Italie pourraient assumer le rôle de désarmer le parti chiite. Cette déclaration, ancrée dans la résolution 1701, souligne les implications immédiates pour la souveraineté libanaise, où les influences confessionnelles – sunnites au nord, chiites au sud – compliquent l’équilibre interne.
Un colloque au Sénat italien : symbole de solidarité avec le Liban
Parallèlement aux engagements militaires, l’Italie manifeste son soutien diplomatique via des initiatives parlementaires. Stefania Craxi, présidente de la commission des relations internationales au Sénat italien, a convié, en collaboration avec l’agence Nova et l’Agence nationale d’information libanaise (ANI), à une rencontre journalistique le 23 février 2026 à Rome. Cet événement, axé sur le Liban, réunira l’ambassadrice libanaise en Italie, Carla Jazzar, des membres des commissions des relations internationales et de la défense issus de divers partis, le correspondant de l’ANI à Rome et auprès du Saint-Siège, Talal Khreis, ainsi que le directeur de Nova, Fabio Squillante.
Cette rencontre, prévue dans un cadre bipartisan, reflète le consensus italien sur le Liban. Les partis soutenant le gouvernement et ceux de l’opposition convergent sur cette ligne, perçue comme constructive par le Saint-Siège. Craxi, dont les liens avec le Liban précèdent son entrée en politique, hérite d’une tradition familiale : son père, l’ancien président du Conseil Bettino Craxi, était considéré comme l’un des meilleurs amis du Liban. Ce colloque, intervenant à un moment charnière avant les discussions de juin 2026 sur l’après-Finul, vise à explorer les voies de solidarité, en mettant l’accent sur l’assistance humanitaire, le renforcement institutionnel et la coopération économique.
Les implications régionales d’un engagement italien renforcé
L’engagement italien s’inscrit dans un paysage régional en mutation. Depuis l’invasion israélienne de 2024, qui a visé les infrastructures du Hezbollah, le Liban a connu une phase de reconstruction précaire. Le cessez-le-feu, supervisé par la Finul, a permis un retrait partiel israélien, mais des incidents isolés – comme des tirs sur des positions de la Finul en novembre 2025 – rappellent la fragilité de la paix. L’Italie, via sa mission MIBIL, a déjà formé plus de 5 000 soldats libanais depuis 2015, focalisant sur la contre-insurrection et la sécurité frontalière.
En janvier 2025, lors d’une visite à Beyrouth, Tajani a réaffirmé ce soutien, qualifiant Aoun d’« ami de l’Italie » et promettant une collaboration future. Cette diplomatie s’étend à la Syrie voisine, où Rome plaide pour une suspension des sanctions européennes afin de favoriser une transition stable, impactant indirectement le Liban via les flux de réfugiés. Plus de 1,5 million de Syriens résident au Liban, et l’Italie a alloué 1,5 million d’euros en février 2026 au HCR pour faciliter des retours durables et renforcer les communautés d’accueil.
Les défis économiques du Liban, avec une dette publique dépassant 150 milliards de dollars et une inflation stabilisée autour de 50 % en 2025 selon les rapports de la Banque mondiale, amplifient l’urgence. Le gouvernement libanais, sous Aoun, a approuvé des réformes en matière de procurement et de finances publiques, saluées par Marcelli lors d’un événement en octobre 2025. L’Italie, fière d’accompagner ces efforts, voit dans le renforcement institutionnel un pilier de la stabilité.
Les dynamiques entre Israël, le Hezbollah et l’ONU
Les tensions persistantes à la Ligne bleue soulignent les limites de la Finul. En 2024, cinq Casques bleus malaisiens ont été blessés par une frappe israélienne près de Sidon, illustrant les risques. La résolution 2790 exige le respect total de la Ligne bleue et un cessez-le-feu intégral, tout en appelant à un soutien international accru pour l’armée libanaise, incluant équipements et financements.
L’Italie, consciente des influences régionales – chiites au sud sous l’égide du Hezbollah, sunnites à Tripoli – adapte son approche pour refléter ces réalités sans favoriser une faction. Marcelli, en juin 2025 lors de la fête nationale italienne, a évoqué les défis sécuritaires, économiques et institutionnels du Liban, promettant un accompagnement continu. Cette posture neutre, factuelle, vise les implications immédiates : un déploiement effectif de l’armée libanaise au sud, une surveillance renforcée des frontières et une coopération avec l’ONU pour une transition fluide.
En décembre 2025, Crosetto a confirmé que d’autres pays européens partagent cette vision, potentiellement formant une coalition pour remplacer la Finul. Le Liban, via son ministre de la Défense Michel Menassa, a exprimé son accueil, notant que telle présence aiderait à défendre le pays. Ces échanges, ancrés dans les faits récents, prolongent l’analyse des options sécuritaires sans projections futures.
Les retombées immédiates sur la formation militaire et la stabilité frontalière
La mission bilatérale italienne, MIBIL, opère déjà avec un contingent dédié à la formation. En 2025, elle a dispensé des entraînements à plus de 2 000 officiers libanais sur la gestion des explosifs et la patrouille frontalière. Tajani a lié ce soutien au désarmement du Hezbollah, affirmant que l’armée formée assumera ce rôle. Cette déclaration, reprise par Marcelli, met en lumière les efforts du gouvernement libanais pour des réformes, comme l’approbation d’un budget en juillet 2025 aligné sur les recommandations du FMI.
Les implications immédiates incluent une coordination accrue avec l’ONU pour le retrait de la Finul. En février 2026, le HCR a salué une contribution italienne de 1,5 million d’euros pour les réfugiés, facilitant des retours durables. Marcelli a souligné que cela renforce les communautés, évitant des tensions sociales. Ces faits, centrés sur les événements récents, illustrent les dynamiques en cours sans orientation interprétative.

