Le Premier ministre libanais, le docteur Nawaf Salam, a présidé ce matin une réunion cruciale au siège du gouvernement, réunissant plusieurs ministres clés et des responsables du port de Beyrouth ainsi que des représentants du secteur privé. Cette rencontre, qui met en lumière l’engagement de l’État libanais à revitaliser l’un de ses actifs stratégiques les plus importants, s’est concentrée sur les mesures à court terme et les plans prioritaires visant à améliorer l’efficacité opérationnelle du port et à augmenter sa capacité d’accueil. Dans un contexte de concurrence accrue au sein du bassin méditerranéen, cette initiative souligne la volonté du gouvernement de consolider le partenariat entre le secteur public et le privé pour moderniser les infrastructures portuaires.
Au cœur des discussions, les participants ont examiné les améliorations opérationnelles immédiates, les besoins persistants en matière d’infrastructures et les étapes nécessaires pour positionner le port de Beyrouth comme une porte d’entrée commerciale moderne, fiable et compétitive. Le Premier ministre a insisté sur l’importance d’accélérer la mise en œuvre de mesures pratiques destinées à optimiser les performances, à réduire les engorgements et à ancrer le port comme un atout stratégique national. « Il est essentiel de tserir l’exécution des actions opérationnelles qui permettront d’améliorer les rendements, de limiter les congestions et de consolider la place du port en tant qu’élément clé de notre patrimoine stratégique », a déclaré Nawaf Salam lors de la séance.
Les participants à cette réunion incluaient le ministre des Finances Yassin Jaber, le ministre de l’Économie Amer Al-Bassat, le ministre des Travaux publics et des Transports Fayez Rasamny, le président du conseil d’administration et directeur général du port de Beyrouth Marwan Al-Nafi, le directeur général du groupe CMA CGM Joe Daqqaq, ainsi que le directeur de la station de conteneurs de l’entreprise Charlie Derzi. Cette composition reflète un effort coordonné entre les autorités publiques et les opérateurs privés, soulignant l’engagement du gouvernement à une collaboration étroite avec les partenaires opérationnels.
Le contexte du port de Beyrouth : un actif vital en phase de reconstruction
Le port de Beyrouth, principal hub maritime du Liban, joue un rôle pivotal dans l’économie nationale depuis des décennies. Situé au cœur de la capitale, il traite annuellement des millions de tonnes de marchandises, servant de porte d’entrée pour les importations essentielles comme les denrées alimentaires, les carburants et les matériaux de construction, tout en facilitant les exportations libanaises vers les marchés régionaux et internationaux. Avant l’explosion tragique du 4 août 2020, qui a dévasté une partie des installations et causé des dommages estimés à plusieurs milliards de dollars, le port gérait environ 80 % du commerce extérieur du Liban, avec un trafic conteneurisé atteignant près d’un million d’unités équivalentes vingt pieds (TEU) par an.
L’explosion, résultant de la détonation de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées de manière imprudente, a non seulement détruit des silos à grains et des entrepôts, mais a aussi endommagé les infrastructures environnantes, affectant des quartiers entiers de Beyrouth. Les pertes humaines – plus de 200 morts et des milliers de blessés – ont marqué un tournant dans la perception du port comme symbole de la négligence institutionnelle. Depuis lors, les efforts de reconstruction se sont accélérés, avec un plan de récupération soutenu par des partenaires internationaux. Selon des rapports officiels, les investissements initiaux ont permis de restaurer une partie des capacités, notamment le terminal à conteneurs, qui a repris ses opérations à un rythme proche de la normale dès 2021.
En 2022, le groupe français CMA CGM, l’un des leaders mondiaux du transport maritime, a obtenu la concession du terminal à conteneurs pour une durée de dix ans, engageant 33 millions de dollars pour moderniser les équipements et améliorer l’efficacité. Cette partenariat a permis d’augmenter le débit, avec des objectifs fixés à 1,4 million de TEU annuels. Des améliorations récentes incluent l’installation de scanners de haute technologie en novembre 2025, capables de traiter jusqu’à 100 conteneurs par heure, réduisant les temps d’inspection et renforçant la sécurité contre les trafics illicites. Ces dispositifs, inspectés par les ministres Jaber et Rasamny lors d’une visite officielle, marquent une avancée significative dans la réforme des opérations douanières.
Malgré ces progrès, le port fait face à des défis persistants. La crise économique libanaise, marquée par une dépréciation de la livre et une inflation galopante, a réduit les volumes de trafic de près de 30 % par rapport aux niveaux pré-2020. Les engorgements récurrents, dus à des infrastructures vieillissantes et à une bureaucratie lourde, ont conduit à des retards coûteux pour les importateurs et exportateurs. De plus, la concurrence régionale s’intensifie, avec des ports comme ceux de Haïfa en Israël, de Lattaquié en Syrie ou de Mersin en Turquie qui investissent massivement dans la numérisation et l’expansion.
Les acteurs clés de la réunion : profils et responsabilités
Le docteur Nawaf Salam, en tant que chef du gouvernement depuis février 2025, incarne une approche réformiste ancrée dans la transparence et la coopération internationale. Ancien juge à la Cour internationale de justice, il a priorisé la reconstruction économique, avec l’adoption récente du budget 2026 par le Parlement, qui alloue des fonds substantiels aux infrastructures critiques. Sa présidence de cette réunion confirme son engagement personnel à superviser les projets stratégiques.
Yassin Jaber, ministre des Finances, apporte une expertise en gestion budgétaire, essentielle pour financer les améliorations portuaires sans alourdir la dette publique, estimée à plus de 100 milliards de dollars. Amer Al-Bassat, ministre de l’Économie, connu pour son parcours académique et professionnel en finance internationale – avec un doctorat de l’Université Columbia –, se concentre sur l’intégration du Liban dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Il a récemment participé au Forum économique mondial de Davos en janvier 2026, plaidant pour des partenariats afin de renforcer la résilience économique.
Fayez Rasamny, ministre des Travaux publics et des Transports, entrepreneur chevronné et dirigeant de longue date dans le secteur automobile, supervise directement les infrastructures portuaires. Sous son mandat, des projets comme la réhabilitation des routes internes au port et l’extension des zones de stockage ont avancé, avec un accent sur la durabilité environnementale.
Du côté du port, Marwan Al-Nafi, président et directeur général, gère les opérations quotidiennes depuis sa nomination. Il a récemment annoncé l’engagement du port à respecter la loi sur les marchés publics, renforçant la gouvernance. Joe Daqqaq, directeur général de CMA CGM pour le Levant, apporte une vision globale, avec plus de deux décennies d’expérience dans la logistique. Charlie Derzi, responsable du terminal à conteneurs, supervise les opérations techniques, ayant contribué à l’installation des nouveaux scanners et à l’optimisation des flux.
Les discussions en détail : mesures à court terme et plans prioritaires
La réunion a porté sur des actions concrètes pour pallier les faiblesses immédiates. Parmi les améliorations opérationnelles évoquées figurent la réorganisation des zones de stockage, la modernisation des systèmes informatiques comme le CAMA, et la désignation de zones dédiées aux inspections douanières. Ces mesures visent à réduire les temps d’attente, qui peuvent atteindre plusieurs jours en période de pointe, impactant les coûts pour les entreprises libanaises.
Les besoins en infrastructures ont été scrutés, incluant la réparation des quais endommagés par l’explosion et l’extension potentielle du terminal, avec des investissements estimés entre 60 et 80 millions de dollars selon le plan de récupération soutenu par la France et la Banque mondiale. Des discussions ont porté sur l’intégration de technologies vertes, comme des systèmes de réduction des émissions pour aligner le port sur les normes internationales.
La concurrence méditerranéenne : un enjeu régional
Le bassin méditerranéen abrite une vingtaine de ports majeurs, où la compétition s’intensifie avec l’essor du commerce mondial. Le port de Beyrouth rivalise avec des infrastructures comme celles de Port-Saïd en Égypte, qui a traité plus de 4 millions de TEU en 2025, ou de Tanger au Maroc, hub pour les routes transatlantiques. La position géographique du Liban, au croisement des routes maritimes vers l’Europe et l’Asie, offre un avantage, mais les retards opérationnels et les instabilités politiques ont détourné une partie du trafic vers des alternatives plus stables.
Le partenariat avec CMA CGM, qui gère déjà le terminal de Tripoli et opère à Lattaquié, renforce la compétitivité. L’entreprise a investi dans de nouveaux équipements, augmentant la capacité de manutention et visant une intégration dans les réseaux globaux. Des accords récents avec des syndicats de transit ont permis d’allouer des espaces dédiés aux conteneurs en transit, fluidifiant les opérations.
L’engagement du gouvernement : partenariat public-privé comme levier
Cette réunion affirme l’engagement du gouvernement Salam à une collaboration étroite avec le privé. Depuis 2025, des réformes ont été mises en œuvre, comme la levée partielle du secret bancaire et des négociations avec le FMI pour un programme d’aide. Le budget 2026, adopté récemment, prévoit des allocations pour les infrastructures, y compris le port, dans un contexte de reconstruction du sud du Liban après les conflits récents.
Les implications pour l’économie libanaise : un multiplicateur de croissance
Le port de Beyrouth contribue à environ 5 % du PIB libanais, employant directement des milliers de personnes et soutenant des secteurs comme l’agriculture et l’industrie. Une amélioration de son efficacité pourrait booster les exportations, réduites de 20 % depuis 2020, et attirer des investissements étrangers. Dans un pays où la dette publique pèse lourd, optimiser cet actif pourrait générer des revenus fiscaux supplémentaires via les droits de douane.
Les perspectives immédiates pour le port
Des projets concrets avancent, comme l’extension des heures de travail pour compenser les retards techniques, et des coordinations avec les syndicats pour optimiser les flux. Les discussions avec des partenaires internationaux, évoquées récemment lors de visites officielles, pourraient débloquer des fonds supplémentaires pour des upgrades numériques. Le terminal CMA CGM, avec ses records mensuels de manutention, illustre le potentiel, tandis que les nouvelles scanners renforcent la sécurité. Ces développements, ancrés dans les priorités gouvernementales, visent à positionner le port comme un pilier de la stabilité économique, avec des impacts directs sur les chaînes d’approvisionnement nationales.


