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Négociations avec Israël : le Liban sous haute tension 

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Le Liban est sous une pression croissante des États-Unis pour s’asseoir à la table des négociations avec Israël. L’enjeu : consolider le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah et limiter l’influence de ce dernier, dans un contexte où la stabilité régionale vacille. En ce 20 mars 2025, Morgan Ortagus, envoyée spéciale adjointe américaine pour la paix au Moyen-Orient, mène cette offensive diplomatique avec une fermeté affichée et une inclinaison pro-israélienne marquée. Mais à Beyrouth, où Nawaf Salam a pris les rênes comme Premier ministre désigné en janvier après l’éviction de Najib Mikati, les obstacles s’accumulent. Divisions internes, menaces qui planent et une souveraineté en lambeaux placent le pays dans une position intenable.

Morgan Ortagus impose sa marque

Morgan Ortagus a succédé à Amos Hochstein en janvier 2025, après que ce dernier a rejoint une entreprise privée spécialisée dans l’énergie et l’IA. Nommée par l’administration Trump, elle ne fait pas dans la demi-mesure. Le 7 février, lors d’une visite à Beyrouth, elle déclare sans détour qu’Israël a « défait le Hezbollah » et appelle à son exclusion totale du paysage politique libanais. Sa mission s’appuie sur la résolution 1701 de l’ONU, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui exige le désarmement de toutes les milices et le déploiement exclusif de l’armée libanaise dans le sud du pays, une zone stratégique bordant la frontière israélienne.

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Le cessez-le-feu de novembre 2024, conclu après 14 mois de conflit ayant fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes, avait fixé des règles claires. Israël devait retirer ses troupes du sud du Liban, un processus achevé le 18 février 2025 après un retrait progressif sur 60 jours. En parallèle, l’armée libanaise et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), forte de 10 000 Casques bleus, devaient sécuriser la région, tandis que le Hezbollah était tenu de déplacer ses forces et ses armes au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière. Mais la réalité dérape. Des frappes israéliennes ciblées, notamment sur des infrastructures soupçonnées d’abriter des caches d’armes, ont repris dès janvier. De son côté, le Hezbollah est accusé d’avoir repositionné des combattants près de villages frontaliers, violant les termes de l’accord. Ces accrocs poussent Washington à accélérer ses pressions sur Beyrouth.

Ortagus n’est pas une novice. Ancienne porte-parole du Département d’État et officier de réserve de la marine américaine, elle incarne une diplomatie musclée. À Beyrouth, elle rencontre des officiels, des militaires et des leaders politiques, martelant un message clair : le Liban doit choisir son camp. Son arrivée coïncide avec un regain d’intérêt américain pour le Moyen-Orient, où la guerre en Ukraine et les tensions avec la Russie ont redessiné les priorités géopolitiques. Le Liban, avec sa position stratégique et son rôle de pion dans le duel entre Washington et Téhéran, devient un théâtre clé.

Les États-Unis jouent gros

Washington ne se contente pas de paroles. L’aide économique et militaire, un levier vital pour un Liban exsangue, est sur la table, mais elle a un prix. Le PIB du pays a fondu de 40 % depuis 2018, la livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur, et près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les États-Unis, qui ont injecté plus de 3 milliards de dollars dans l’armée libanaise depuis 2006, savent que Beyrouth n’a pas les moyens de dire non. Mais ils exigent des actes : des négociations directes avec Israël pour démanteler l’infrastructure militaire du Hezbollah dans le sud.

Le 7 février, Ortagus s’entretient avec le président Joseph Aoun, chef de l’armée libanaise et figure montante sur l’échiquier politique. Elle met 30 sites au nord du Litani dans le viseur, des localités où des dépôts d’armes ou des bases du Hezbollah auraient été repérés par des drones israéliens et des rapports de renseignement. Elle veut des inspections immédiates, menées par l’armée libanaise sous supervision internationale. En échange, elle promet des équipements – véhicules blindés, drones, systèmes de communication – et une rallonge budgétaire pour moderniser une force militaire à bout de souffle. Mais elle laisse aussi planer une menace : si le Liban traîne des pieds, Israël pourrait reprendre ses opérations sans que Washington ne lève le petit doigt.

Cette pression s’inscrit dans une stratégie plus large. Les États-Unis cherchent à marginaliser l’Iran, principal soutien du Hezbollah, qui fournit armes, fonds et expertise via la Syrie. En forçant le Liban à négocier avec Israël, Washington espère couper cette lifeline et redessiner les alliances régionales. Mais le pari est risqué : un Liban instable pourrait basculer dans le chaos, offrant à l’Iran une opportunité de renforcer son emprise.

Nawaf Salam sous le feu croisé

Najib Mikati n’est plus dans le jeu. Le 13 janvier 2025, il perd son poste de Premier ministre désigné face à Nawaf Salam, qui rafle 84 voix contre 9 lors des consultations parlementaires. Mikati, en poste comme caretaker depuis mai 2022, n’a pas su fédérer un Parlement divisé ni former un gouvernement viable. Salam, lui, arrive avec un pedigree impressionnant : ancien président de la Cour internationale de Justice de 2006 à 2018, il incarne une figure respectée, neutre dans un pays où les loyautés confessionnelles dictent souvent la politique. Mais au 20 mars, son gouvernement reste en gestation, bloqué par les querelles entre factions.

Le 15 mars, Salam prend la parole à la télévision nationale. Il appelle à un « dialogue national » pour appliquer la résolution 1701 et renforcer l’autorité de l’État. Mais ses mots trahissent une réalité brutale : l’armée libanaise, avec ses 80 000 soldats, manque de tout. Ses véhicules datent pour beaucoup des années 1980, ses munitions sont rationnées, et ses salaires, dévalués par la crise, peinent à retenir les recrues. Face à elle, le Hezbollah aligne un arsenal estimé à 150 000 roquettes, incluant des missiles guidés de précision fournis par l’Iran, et une force de 20 000 combattants aguerris par des années de guerre en Syrie. Salam sait qu’un affrontement direct est hors de portée. Il mise sur une solution politique, mais le temps presse.

Un pays au bord de l’implosion

Les lignes de fracture au Liban sont béantes. Le Hezbollah, pilier de la communauté chiite et allié indéfectible de l’Iran, ne cède pas un pouce. Le 15 mars, Naim Qassem, numéro deux du mouvement, monte au créneau : « Ces négociations sont une soumission imposée par l’Amérique. La Résistance ne pliera pas. » Pour le groupe, céder reviendrait à abandonner son rôle de bouclier contre Israël, une ligne rouge depuis sa création en 1982. Ses bases dans le sud, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth restent un défi ouvert à l’autorité de l’État.

Les Forces libanaises, emmenées par Samir Geagea, voient les choses autrement. Le 16 mars, Geagea appelle à saisir l’offre américaine : négocier avec Israël pour démanteler le Hezbollah et restaurer la souveraineté. Issu de la communauté chrétienne maronite, son parti milite depuis des années pour un Liban débarrassé des armes non étatiques, un discours qui résonne auprès des sunnites et de certains druzes. Mais cette position alimente les tensions avec les chiites, qui accusent Geagea de jouer le jeu de Washington.

Le Courant patriotique libre de Gebran Bassil tente une troisième voie. Le 18 mars, Bassil propose une « stratégie de défense nationale » pour intégrer le Hezbollah dans un cadre étatique, évitant un conflit interne qui ravagerait un pays déjà à genoux. Allié historique du Hezbollah au sein de l’alliance du 8-Mars, son parti, majoritairement chrétien, cherche à préserver un équilibre fragile. Mais ce compromis convainc peu dans un climat de défiance généralisée.

Israël garde la main sur la gâchette

À Jérusalem, Benjamin Netanyahu suit l’affaire de près. Le 14 mars, il salue l’appui américain, mais ne mâche pas ses mots : « Toute violation du cessez-le-feu par le Hezbollah déclenchera une réponse immédiate. » Une frappe sur Saïda le 7 février, visant une usine soupçonnée de produire des drones pour le Hezbollah, montre que l’armée israélienne reste sur le qui-vive. Depuis novembre 2024, Tsahal a réduit sa présence au sud du Liban, mais maintient des patrouilles aériennes et des unités d’élite le long de la frontière.

Israël joue aussi la carte de la diplomatie. Une proposition circule : libérer cinq prisonniers libanais, capturés lors d’opérations transfrontalières, pour faciliter les pourparlers. Mais les officiels israéliens restent méfiants. Sans un soutien international massif – renforcement de la FINUL ou armement de l’armée libanaise –, ils estiment que Beyrouth n’a ni la volonté ni les moyens de tenir le Hezbollah en laisse.

Un choix cornélien

Le Liban est à la croisée des chemins. Dire oui aux pressions américaines, c’est débloquer une aide économique vitale et amorcer une normalisation avec Israël. Les États-Unis pourraient injecter des fonds pour reconstruire un réseau électrique à l’agonie, relancer les ports ou recapitaliser une armée exsangue. Mais c’est aussi défier le Hezbollah et l’Iran, avec le risque d’une escalade militaire interne. Le groupe chiite a déjà montré sa capacité à paralyser le pays : en 2008, il avait occupé Beyrouth ouest en 48 heures pour imposer ses vues.

Dire non, c’est s’enfermer dans l’isolement. Les sanctions américaines pourraient s’alourdir, visant les élites politiques et financières soupçonnées de collusion avec le Hezbollah. Israël, de son côté, aurait un prétexte pour reprendre ses frappes, visant non seulement les bases du groupe, mais aussi les infrastructures civiles, comme lors de la guerre de 2006. Dans ce scénario, le Liban, déjà ravagé par une crise économique sans précédent, sombrerait encore plus bas.

Ce dilemme dépasse les frontières libanaises. Il oppose Washington à Téhéran dans une guerre d’influence où le Liban sert de terrain d’essai. L’Iran, via le Hezbollah, maintient une présence stratégique face à Israël et aux alliés américains dans la région – Arabie saoudite, Émirats, Jordanie. Les États-Unis, eux, veulent briser cette chaîne pour sécuriser leurs intérêts et ceux de Tel-Aviv.

Vers un dénouement incertain

Sous Nawaf Salam, le Liban avance à petits pas. Les tractations avec Ortagus et le comité international, prévues pour fin mars, pourraient clarifier les intentions de Beyrouth. Salam mise sur un consensus interne pour appliquer la 1701 sans provoquer une guerre civile, mais les divisions restent profondes. Le Hezbollah campe sur ses positions, les Forces libanaises poussent leurs pions, et l’armée, coincée entre les deux, manque de moyens pour imposer l’ordre.

En ce 20 mars 2025, le Liban retient son souffle. La pression américaine, les menaces israéliennes et les rivalités internes dessinent un tableau sombre. Beyrouth peut encore transformer ce défi en opportunité, mais le moindre faux pas risque de faire basculer le pays dans l’abîme.

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