Dans un contexte de tensions persistantes au Proche-Orient, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé, lors d’une réunion à Jérusalem avec l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, son opposition catégorique à toute implication de l’Autorité palestinienne dans la gouvernance post-conflit de la bande de Gaza. Cette déclaration, rapportée ce 5 février 2026 par le quotidien Al Quds Al Arabi, souligne un durcissement de la position israélienne qui pourrait compliquer les efforts diplomatiques en cours pour stabiliser la région.
Les propos tenus par Netanyahu lors de cette entrevue, qui s’est déroulée le 4 février, ont été explicités dans un communiqué officiel de son bureau. Selon ce document, le dirigeant israélien a insisté sur le fait que « l’Autorité palestinienne ne sera impliquée dans l’administration de la bande de Gaza d’aucune manière ». Cette affirmation intervient alors que les discussions portent sur la mise en œuvre de la deuxième phase du plan de paix pour Gaza, annoncé par l’administration Trump. Witkoff, un proche du président américain Donald Trump et promoteur immobilier influent, était accompagné de Jared Kushner, gendre et ancien conseiller de Trump, pour aborder les modalités de reconstruction et de gouvernance dans l’enclave palestinienne.
Le communiqué israélien précise que Netanyahu a critiqué l’utilisation de symboles de l’Autorité palestinienne par le Comité national pour l’administration de Gaza, une entité récemment formée sous l’égide américaine pour gérer les affaires courantes pendant la période de transition. « Israël n’acceptera pas l’utilisation d’un symbole de l’Autorité palestinienne ; l’Autorité palestinienne n’aura aucune part dans l’administration de Gaza », a déclaré le bureau du Premier ministre. Cette position s’inscrit dans une logique plus large de refus de tout cadre qui pourrait préfigurer la reconnaissance d’un État palestinien souverain, un point de friction récurrent dans les négociations régionales.
Al Quds Al Arabi, dans son édition du jour, met en lumière les détails de cette rencontre, soulignant que Netanyahu a également réitéré l’exigence d’un désarmement complet du Hamas et d’une démilitarisation totale de Gaza avant toute reconstruction. Ces conditions, qualifiées de « lignes rouges » par les officiels israéliens, ont été transmises à Witkoff en présence de hauts responsables de la sécurité israélienne, dont le chef d’état-major des Forces de défense israéliennes, le lieutenant-général Eyal Zamir.
Cette rencontre n’était pas isolée. Witkoff est arrivé en Israël l’après-midi du 3 février, selon les médias locaux, pour une série de discussions visant à aligner les positions américaines et israéliennes sur le dossier Gaza. Le plan Trump, dévoilé en septembre 2025, prévoit une phase deux centrée sur la création d’un comité administratif palestinien supervisé par un conseil exécutif international, incluant des représentants américains et israéliens. Cependant, l’annonce de cette phase par Witkoff le 14 janvier 2026 a été qualifiée de « mouvement déclaratif » par Netanyahu, indiquant une réserve quant à son application concrète sans le retour des derniers otages détenus à Gaza.
Les répercussions diplomatiques régionales d’un tel rejet
Ce durcissement affiché par Netanyahu ne manque pas d’impacter la diplomatie régionale, déjà fragilisée par les suites du conflit à Gaza et les tensions avec l’Iran. En rejetant explicitement l’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas depuis Ramallah, Israël ferme la porte à une solution impliquant une unification des territoires palestiniens sous une autorité unique, un principe défendu par l’ONU et plusieurs acteurs arabes.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a réagi indirectement à ces développements en avertissant que les actions israéliennes contre l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, violaient la charte des Nations unies. Dans un communiqué daté du 3 février, Guterres a déclaré : « Les tentatives de discréditer l’UNRWA et d’exclure les structures palestiniennes existantes risquent de perpétuer l’instabilité régionale. » Cette mise en garde reflète les craintes d’une escalade, alors que les États arabes modérés, comme l’Égypte et le Qatar, impliqués dans les médiations, expriment leur frustration face à l’intransigeance israélienne.
Sur le plan bilatéral, cette position complique les relations avec l’administration Trump, pourtant perçue comme favorable à Israël. Witkoff, en tant qu’envoyé spécial pour les missions de paix, devait discuter des pourparlers américains avec l’Iran, prévus pour le 6 février. Netanyahu a profité de la réunion pour exprimer ses doutes sur la fiabilité de Téhéran, affirmant que « l’Iran a prouvé à maintes reprises que ses promesses ne peuvent être prises au sérieux ». Cette rhétorique anti-iranienne, intégrée aux discussions sur Gaza, suggère une stratégie israélienne visant à lier les dossiers pour renforcer ses exigences sécuritaires.
Les pays du Golfe, quant à eux, observent ces évolutions avec prudence. Le ministre des Affaires étrangères saoudien, Faisal bin Farhan Al Saud, a indiqué lors d’une conférence à Riyad le 2 février que « toute exclusion des Palestiniens de leur propre avenir entraverait les efforts de normalisation régionale ». Cette déclaration fait écho aux accords d’Abraham, signés sous l’égide de Trump en 2020 et étendus en 2025, qui conditionnent souvent les progrès à des avancées sur la question palestinienne.
Au Liban et en Syrie, où les influences iraniennes restent prégnantes malgré les changements récents de régime, ce rejet pourrait encourager des factions pro-Hezbollah à durcir leur posture. Le porte-parole du gouvernement libanais, en poste depuis février 2025 sous le cabinet de Nawaf Salam, a commenté : « Les positions israéliennes sur Gaza renforcent les tensions frontalières, compliquant les résolutions de l’ONU comme la 1701. »
Liens avec les événements à Gaza rapportés ce même jour
Les déclarations de Netanyahu interviennent alors que la situation sur le terrain à Gaza reste précaire, avec des incidents rapportés ce 5 février qui illustrent les défis de la phase de transition. Selon les autorités sanitaires palestiniennes, des frappes israéliennes ont tué au moins 24 personnes dans l’enclave au cours des dernières 24 heures, malgré le cessez-le-feu fragile en vigueur depuis octobre 2025.
Parmi les faits notables, 13 patients gravement malades ont été autorisés à quitter Gaza via le passage de Rafah pour recevoir des traitements médicaux à l’étranger, une mesure coordonnée par le Croissant-Rouge palestinien. Cependant, les évacuations ont été suspendues temporairement par Israël, citant des préoccupations sécuritaires liées à l’utilisation de sacs de l’UNRWA pour dissimuler des armes. Le bureau de Netanyahu a mentionné ces « violations graves » lors de la réunion avec Witkoff, reliant directement les incidents à Gaza à la défiance envers les structures palestiniennes.
À Khan Younis, dans le sud de Gaza, un Palestinien a été tué par des tirs israéliens à Bani Suheila, selon l’agence Wafa. Des bombardements aériens et des tirs d’artillerie ont également visé le quartier de Tuffah à Gaza-Ville, adjacent à la « ligne jaune » délimitant les zones sous contrôle militaire israélien. Ces actions, qualifiées de « violations du cessez-le-feu » par les officiels palestiniens, soulignent l’instabilité persistante.
Parallèlement, 25 Palestiniens déplacés ont pu retourner dans leurs zones d’origine via Rafah, un mouvement limité qui reflète les efforts timides de reconstruction. Le Comité national pour l’administration de Gaza, contesté par Netanyahu, peine à s’implanter, Israël refusant son entrée effective dans l’enclave. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a réitéré le 4 février que « Gaza nous appartient », appelant à une reprise des assauts et à la reconstruction de colonies israéliennes, une position extrême qui alimente les craintes d’annexion.
Ces événements du jour même illustrent comment le rejet de l’Autorité palestinienne par Netanyahu se traduit concrètement : une paralysie de la gouvernance locale, avec des implications humanitaires immédiates. L’ONU a rapporté que plus de 1,5 million de Palestiniens restent déplacés, et que l’aide humanitaire est entravée par les restrictions israéliennes.
Implications sur l’Iran dans la rhétorique israélienne
La rhétorique de Netanyahu intègre systématiquement l’Iran comme une menace existentielle, reliant le dossier Gaza à des enjeux plus larges. Lors de la rencontre avec Witkoff, le Premier ministre a averti que les pourparlers américains avec Téhéran, prévus pour le 6 février, constituaient un « problème sécuritaire majeur » pour Israël. Il a insisté sur la nécessité de « lignes rouges fermes » avant toute négociation, affirmant que l’Iran « ne peut être cru sur parole ».
Cette posture s’inscrit dans une série de déclarations récentes. Le 27 janvier, Netanyahu a menacé l’Iran d’une réponse « d’une force que l’Iran n’a pas encore connue » en cas d’attaque contre Israël. Cette mise en garde fait suite à des opérations militaires israéliennes, comme l’opération « Rising Lion », lancée pour contrer la menace iranienne. Le dirigeant israélien a déclaré : « Nos actions contre les proxies de l’Iran ont conduit à l’établissement d’un nouveau gouvernement au Liban et à l’effondrement du régime meurtrier d’Assad en Syrie. »
Les implications sont multiples. D’abord, sur le plan militaire : Israël refuse de permettre à l’Iran de restaurer son programme de missiles balistiques ou nucléaire, endommagé par des frappes antérieures. Netanyahu l’a réaffirmé le 5 janvier : « Nous ne permettrons pas à l’Iran de restaurer son industrie de missiles balistiques, et certainement pas de relancer le programme nucléaire que nous avons gravement endommagé. »
Ensuite, sur le front diplomatique : en liant Gaza à l’Iran, Netanyahu cherche à influencer les négociations américano-iraniennes, potentiellement en échange de concessions sur la Palestine. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a qualifié certaines positions israéliennes de « contreproductives » pour le plan Trump, indiquant des divergences émergentes.
Enfin, au niveau interne iranien : Netanyahu appelle régulièrement au changement de régime à Téhéran. Dans un message vidéo du 12 août 2025, il a promis une aide israélienne pour résoudre la crise de l’eau en Iran une fois le pays « libéré des tyrans de Téhéran ». Cette stratégie vise à encourager les protestations internes, comme celles analysées par Al Jazeera le 15 janvier, où des réseaux liés à Israël tentent de façonner le narratif global des manifestations iraniennes.
Risque de verrouillage politique persistant
Le durcissement de Netanyahu accentue le risque d’un verrouillage politique prolongé, où les positions intransigeantes entravent tout progrès. En Israël, le gouvernement de coalition, incluant des figures comme Smotrich, pousse pour une occupation indéfinie de Gaza, qualifiant le plan Trump de « mauvais pour Israël ». Netanyahu, confronté à des pressions internes, a qualifié la phase deux du cessez-le-feu de « symbolique », indiquant une volonté de la saboter pour maintenir le statu quo.
À Gaza, l’absence de gouvernance viable perpetue la crise humanitaire. Les autorités locales rapportent que les frappes continues, comme celles du 5 février tuant neuf personnes dont trois femmes, shatter l’idée d’un cessez-le-feu stable. Le refus d’autoriser le Comité national à opérer pleinement rend Gaza « ingouvernable », un argument utilisé par Israël pour justifier son contrôle militaire.
Régionalement, ce verrouillage renforce les factions radicales. Le Hezbollah, affaibli mais actif, menace d’une guerre régionale si les tensions persistent. Netanyahu a averti le 4 février que toute frappe iranienne serait « une erreur de trop », promettant une réponse déterminée.
Les implications immédiates se manifestent dans les retards de reconstruction : sans démilitarisation selon les termes israéliens, les fonds promis par le conseil exécutif américain restent bloqués. Les officiels palestiniens, cités par des médias, déplorent que cela prolonge la souffrance de la population, avec des milliers toujours sans abri après les destructions massives.
Ce blocage politique s’étend aux frontières, où le passage de Rafah reste un point de friction. Les évacuations médicales suspendues le 4 février illustrent comment les préoccupations sécuritaires israéliennes impactent directement les civils. L’ONU, via son coordinateur humanitaire, a noté que ces restrictions violent les obligations internationales, aggravant les risques sanitaires dans l’enclave surpeuplée.
Enfin, les dynamiques internes en Israël contribuent à ce verrouillage. Netanyahu, sous pression judiciaire et politique, utilise ces positions pour consolider sa base conservatrice, évitant toute concession perçue comme une faiblesse. Les discussions avec Witkoff ont révélé des daylight entre Jérusalem et Washington, avec Trump avertissant que des actions comme une loi anti-UNRWA pourraient coûter à Israël le soutien américain. Ces frictions immédiates, combinées aux événements du jour à Gaza, maintiennent la région dans une impasse factuelle, où chaque déclaration renforce les barrières existantes sans ouverture visible.


