Un nouveau drame a frappé la ville de Tripoli, au nord du Liban, ce dimanche 8 février 2026, avec l’effondrement d’un immeuble résidentiel de cinq étages situé sur la rue de Syrie, au cœur du quartier populaire de Bab al-Tabbaneh. Selon les informations relayées par l’Agence nationale d’information (ANI), l’incident s’est produit en début d’après-midi, vers 15h29, mobilisant immédiatement les équipes de secours qui se sont dirigées vers le site pour évaluer la situation et porter assistance aux personnes piégées sous les décombres. Au moins deux personnes ont perdu la vie, tandis que quatre ont été extraites vivantes des ruines, d’après les rapports initiaux des autorités. Parmi les rescapés figure un enfant, tiré des décombres par les équipes de la Croix-Rouge libanaise, soulignant l’urgence des opérations dans un bâtiment qui abritait au moins deux familles au moment de la chute.
Cet événement survient dans un contexte de vulnérabilité accrue des infrastructures urbaines dans cette région, marquée par une succession d’incidents similaires au cours des semaines précédentes. Les habitants de Bab al-Tabbaneh, un quartier densément peuplé et historiquement marginalisé, ont été témoins de la chute brutale de cette structure vétuste, dont l’âge et l’état de délabrement pointent vers une combinaison de facteurs structurels : vétusté remontant probablement aux années 1970 ou 1980, surcharge due à des extensions illégales, et absence d’inspections régulières. Des témoins oculaires ont décrit un bruit assourdissant suivi d’un nuage de poussière enveloppant la rue, forçant les riverains à évacuer précipitamment les alentours pour éviter des chutes secondaires de débris. Un incendie s’est également déclaré en raison de cylindres de gaz enflammés sous les décombres, compliquant les efforts de sauvetage.
Les opérations de sauvetage ont débuté sans délai, impliquant les forces de la Défense civile, la Croix-Rouge libanaise, des volontaires locaux et des unités spécialisées en recherche et sauvetage dépêchées depuis Beyrouth. À l’heure actuelle, les recherches se poursuivent sous des projecteurs alors que la nuit tombe, avec des rotations d’équipes pour maintenir l’effort. Des drones survolent la zone pour cartographier les débris, facilitant les interventions ciblées, et des chiens renifleurs ainsi que du matériel de détection thermique ont été déployés. Les hôpitaux de Tripoli, tels que l’hôpital gouvernemental et le centre médical islamique, ont été placés en état d’alerte pour accueillir les blessés, avec des appels au don de sang lancés via les réseaux sociaux.
La réponse immédiate des autorités
Dès l’annonce de la catastrophe, le président de la République, le général Joseph Aoun, élu le 9 janvier 2025 et en fonction depuis moins d’un mois, a réuni une cellule de crise au palais présidentiel de Baabda. Il a personnellement contacté le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, le général Ahmad al-Hajjar, pour obtenir des mises à jour en temps réel. Selon les communications officielles, le chef de l’État a ordonné la mobilisation générale de tous les appareils d’urgence, incluant les forces armées libanaises, la Défense civile et les organisations humanitaires. Des rapports successifs lui ont été transmis sur les progrès des travaux de déblaiement et les tentatives de sauvetage des occupants coincés. Le président Aoun a insisté sur une mobilisation totale des services d’urgence, appelant à l’engagement de toutes les entités compétentes pour accélérer les rescues et sécuriser un hébergement temporaire pour les sinistrés.
Le ministre de l’Intérieur, pour sa part, a coordonné sur le terrain avec les gouverneurs locaux et les forces de sécurité intérieures. Cette intervention rapide reflète la sensibilité accrue du gouvernement actuel, formé ce même jour sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, à gérer les crises civiles dans un pays marqué par l’instabilité. Le cabinet, composé de 24 ministres issus de diverses factions parlementaires et équilibré entre confessions chrétienne et musulmane, intègre des figures comme le ministre des Finances Yassin Jaber, chargé de la répartition des fonds d’urgence, le ministre de la Santé Rakan Nasreddine, supervisant l’assistance médicale, et le ministre des Travaux publics, impliqué dans l’évaluation des risques structurels. Le Premier ministre Salam, ancien président de la Cour internationale de Justice, a déclaré que le nouveau gouvernement prioriserait les réformes financières, la reconstruction et l’application de la résolution 1701 des Nations unies, vue comme un pilier de la stabilité à la frontière sud avec Israël.
Les forces armées libanaises, sous la commande récente du président Aoun avant son élection, jouent un rôle pivotal dans cette opération. Des unités spécialisées en génie civil ont été déployées pour assister au déblaiement, utilisant des grues et des détecteurs pour localiser les survivants. Cette implication illustre la polyvalence de l’armée, souvent appelée en renfort lors de catastrophes civiles, comme lors de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Le général Aoun, en sa qualité de chef de l’État, a insisté sur la coordination interinstitutionnelle, ordonnant aux forces armées de prêter main-forte aux forces de sécurité intérieures dirigées par le ministre al-Hajjar.
Un quartier emblématique des inégalités libanaises
Bab al-Tabbaneh n’est pas un quartier anodin dans le paysage libanais. Situé au cœur de Tripoli, cette zone majoritairement sunnite est l’une des plus pauvres du pays, marquée par un taux de chômage élevé et une infrastructure défaillante. Les résidents y vivent souvent dans des conditions précaires, avec un accès limité à l’eau potable, à l’électricité et aux services publics de base. Depuis la crise économique de 2019, aggravée par la pandémie de Covid-19 et l’explosion du port de Beyrouth en 2020, les plaintes des habitants se multiplient concernant la négligence gouvernementale. Ce quartier, historiquement opposé au voisin Jabal Mohsen à majorité alaouite, a été le théâtre de violents affrontements sectaires entre 2008 et 2014, inspirés par le conflit syrien. Bien que la paix relative règne depuis, les tensions sous-jacentes persistent, alimentées par la pauvreté et le sentiment d’abandon.
Les bâtiments comme celui qui s’est effondré sont légion : construits sans permis adéquats, ils défient les normes sismiques malgré la vulnérabilité du Liban aux tremblements de terre, comme celui qui a frappé la Turquie et la Syrie en 2023, causant des dommages collatéraux au nord du Liban. Les autorités locales, sous la tutelle du gouvernorat du Nord, ont été critiquées pour leur inaction face aux rapports d’inspection datant de plusieurs années. Des associations citoyennes, telles que celles affiliées au mouvement de protestation d’octobre 2019, avaient alerté sur les risques d’effondrement, sans réponse concrète. Cet incident met en lumière les disparités régionales : tandis que Beyrouth bénéficie d’investissements sporadiques, Tripoli reste marginalisée, avec un taux de pauvreté dépassant 60 % selon les estimations de la Banque mondiale.
La population locale, composée en grande partie de familles modestes, de réfugiés syriens et de travailleurs journaliers, fait face à un taux de chômage avoisinant les 60 % dans certains secteurs, exacerbé par la crise économique qui sévit depuis 2019. L’inflation galopante, la dévaluation de la livre libanaise et la pénurie de services de base comme l’eau et l’électricité ont rendu impossible l’entretien régulier des habitations. Dans ce contexte, les bâtiments anciens, souvent surchargés par des extensions illégales pour accueillir plus de résidents, deviennent des pièges potentiels. La municipalité de Tripoli avait identifié, selon des figures récentes, autour de 700 bâtiments à risque de collapse en raison de problèmes structurels, dont 105 posant un danger imminent et nécessitant une évacuation urgente.
Une série noire d’incidents en ce début d’année
L’effondrement de ce 8 février n’est malheureusement pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une vague alarmante de sinistres qui ont endeuillé Tripoli depuis le début de l’année 2026. Il s’agit du second incident en environ deux semaines dans la ville, soulignant une problématique récurrente. Quelques jours plus tôt, un autre immeuble résidentiel s’était affaissé dans une zone voisine, déclenchant une mobilisation d’urgence impliquant la Croix-Rouge et des volontaires. Ces événements ont mis en lumière une réalité alarmante : plus de 700 bâtiments à Tripoli sont considérés comme à risque, bien que les autorités locales estiment que ce chiffre pourrait être sous-estimé en raison de l’absence d’inspections exhaustives.
En janvier seul, au moins cinq incidents, incluant des effondrements totaux ou partiels, ont été recensés dans des quartiers comme Qobbeh et Dahr al-Maghar, forçant des dizaines de familles à quitter leurs logements. Des évacuations ont été ordonnées pour six bâtiments dans ces zones, mais de nombreux résidents refusent de partir faute d’alternatives viables. Le maire de Tripoli, Abdel Hamid Karami, a alerté sur l’urgence de pomper l’eau accumulée dans les abris souterrains, une mesure qui pourrait prévenir d’autres catastrophes, mais qui nécessite des fonds que la municipalité peine à mobiliser. Ces drames successifs ont ravivé les souvenirs du tremblement de terre de février 2023 en Syrie et en Turquie, qui avait épargné le Liban mais révélé la vulnérabilité de son parc immobilier. À Tripoli, les constructions datant des années 1960-1980, souvent érigées sans normes antisismiques adéquates, sont particulièrement exposées. La densité démographique, aggravée par l’afflux de réfugiés syriens depuis 2011, a conduit à une suroccupation des espaces, accélérant la dégradation.
Les racines d’une crise structurelle
Au-delà des incidents isolés, ces effondrements révèlent les failles profondes du système libanais, miné par une crise économique sans précédent depuis 2019. La dévaluation de la livre, qui a perdu plus de 95 % de sa valeur face au dollar, a entraîné une hyperinflation et une contraction du PIB de près de 40 %. Dans ce contexte, les ménages de Tripoli, où le revenu moyen par habitant est inférieur à 200 dollars par mois, ne peuvent financer les réparations nécessaires pour consolider leurs habitations. L’État libanais, paralysé par une dette publique dépassant les 100 milliards de dollars et une corruption endémique, a réduit drastiquement les budgets alloués à l’entretien urbain. Les municipalités, comme celle de Tripoli, dépendent largement des aides internationales, mais celles-ci se concentrent sur l’aide humanitaire immédiate plutôt que sur des projets d’infrastructure à long terme.
Le Fonds monétaire international (FMI), en négociations avec Beyrouth depuis 2022, conditionne son soutien à des réformes structurelles qui tardent à se concrétiser, laissant les villes comme Tripoli dans un limbo financier. Les facteurs environnementaux aggravent la situation : les pluies hivernales, abondantes en janvier et février 2026, ont saturé les sols et infiltré les fondations, particulièrement dans les quartiers bas comme Bab al-Tabbaneh. Les abris anti-bombardements datant de la guerre civile (1975-1990), transformés en réservoirs d’eau stagnante, minent la stabilité des bâtiments adjacents. Sans un plan national de drainage et de renforcement, ces risques persistent, menaçant des milliers de vies. Sur le plan légal, la loi sur la construction de 2004 exige des audits réguliers, mais son application est inégale en raison de la corruption endémique. Des enquêtes judiciaires sur des effondrements passés stagnent, alimentant le scepticisme public.
Les autorités locales et nationales face à l’urgence
Face à cette série d’effondrements, les réponses des autorités ont été mitigées, oscillant entre promesses et actions concrètes limitées. Le Premier ministre Nawaf Salam, en poste depuis ce 8 février, a effectué une visite à Tripoli peu après l’incident, exprimant sa solidarité et annonçant un plan de relogement d’urgence. Ce projet vise à construire plusieurs centaines de logements neufs pour remplacer les structures à risque, avec un financement espéré de partenaires internationaux. Le Haut Comité de secours, organisme étatique chargé des catastrophes, a identifié 105 bâtiments prioritaires pour évacuation, mais seulement une fraction a été traitée. Le maire Karami a plaidé pour des fonds immédiats lors des débats budgétaires au Parlement, soulignant que Tripoli ne peut absorber seule le coût des relogements.
Cependant, les obstacles persistent : le manque de logements alternatifs empêche les évacuations forcées, et les familles sinistrées se retrouvent souvent à la rue ou chez des proches. Des ONG locales, comme celles affiliées à la Croix-Rouge, fournissent un soutien temporaire, mais appellent à une intervention étatique plus robuste. Le gouvernement Salam, issu d’une coalition fragile, doit naviguer entre contraintes budgétaires et pressions sociales, dans un pays où les coalitions confessionnelles influencent les priorités régionales. L’ONU, via son coordinateur résident au Liban, a appelé à une assistance technique pour renforcer les capacités locales en matière de sécurité urbaine, citant des partenariats avec des agences comme l’UN-Habitat.
Efforts de relogement et assistance aux sinistrés
Conformément aux directives présidentielles, les priorités incluent l’hébergement des déplacés. Les résidents de l’immeuble effondré et des bâtiments voisins évacués – estimés à une centaine de personnes – ont été dirigés vers des centres temporaires, tels que des écoles et des mosquées reconverties. Le ministère des Affaires sociales, en coordination avec des ONG comme Caritas Liban, distribue des kits d’urgence : nourriture, couvertures et médicaments. Le président Aoun a spécifiquement demandé que des solutions durables soient trouvées, potentiellement via des logements sociaux subventionnés. Des évaluations sont en cours pour déterminer si les structures adjacentes peuvent être réoccupées après renforcement.
L’ONU, par l’intermédiaire de son bureau pour la coordination des affaires humanitaires, a offert un soutien logistique, citant l’expérience acquise lors des crises précédentes. Le gouverneur du Nord a annoncé des mesures pour calmer les esprits, incluant des distributions d’aide immédiate. Sur le plan politique, le bloc parlementaire de Tripoli, dominé par des figures sunnites, a appelé à une enquête indépendante pour identifier les responsabilités. Le ministère des Travaux publics a annoncé le déploiement d’équipes d’ingénieurs à Tripoli pour évaluer des dizaines d’immeubles similaires, tandis que des discussions avec des partenaires internationaux visent à obtenir des fonds pour la réhabilitation urbaine.
Les implications pour la stabilité à Tripoli
Tripoli, avec sa population de plus de 500 000 habitants, reste un foyer de tensions sociales. L’effondrement risque d’exacerber les frustrations locales, où les manifestations contre la pauvreté sont récurrentes. En 2021, des émeutes avaient éclaté dans la ville, menant à des affrontements avec les forces de l’ordre. Aujourd’hui, avec un chômage des jeunes avoisinant 50 %, tout incident peut servir de catalyseur. Les autorités craignent une contagion des troubles, d’autant que Bab al-Tabbaneh abrite des communautés vulnérables, incluant des réfugiés syriens.
Cette intervention arrive alors que l’armée libanaise renforce son déploiement au sud, conformément à la résolution 1701 de l’ONU, suite au cessez-le-feu avec Israël en novembre 2024. Les ressources allouées aux rescues à Tripoli démontrent la capacité multitâche des forces armées, malgré les contraintes budgétaires. Dans les heures qui suivent, les rapports sur les victimes et les progrès des rescues continueront d’affluer, informant les décisions pour assister les communautés affectées sans interruption. Le ministère de la Santé a mobilisé des équipes psychologiques pour soutenir les familles des victimes, tandis que des experts en génie civil procèdent à des inspections préventives dans les rues adjacentes.



