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Perspective: Le Liban Face à un automne de tous les dangers

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Alors que l’automne 2024 approche, le Liban se prépare à affronter une série de crises interconnectées qui menacent de plonger le pays dans une situation encore plus catastrophique. Entre une crise énergétique dévastatrice, un effondrement économique persistant, et une paralysie politique totale, le pays semble s’engager sur une voie dangereuse, sans solution immédiate en vue et donc sans aucune perspective d’amélioration, bien au contraire.

Une Impasse Politique Qui Paralyse le Pays

Depuis des mois, le Liban est sans président de la République, une situation qui paralyse les institutions et empêche toute prise de décision stratégique pour sortir de la crise. Le blocage autour de l’élection présidentielle reflète les profondes divisions au sein des élites politiques libanaises, chacune cherchant à imposer son candidat ou à maintenir le statu quo. Les tentatives de médiation internationale, notamment par la France et d’autres pays du groupe de la « Quint » (États-Unis, Égypte, Arabie Saoudite, Qatar), n’ont jusqu’à présent pas réussi à débloquer la situation.

Cette impasse politique a des conséquences directes sur la gestion des crises multiples que traverse le Liban. Sans leadership clair, les réformes nécessaires pour obtenir l’aide internationale, notamment celle du Fonds Monétaire International (FMI), restent lettre morte. Le gouvernement de transition, incapable de prendre des mesures décisives, est critiqué pour son inaction et son incapacité à répondre aux besoins urgents du pays. Cette paralysie alimente la frustration de la population, déjà éprouvée par des années de crise économique et sociale.

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Crise Énergétique : Le Spectre du Blackout Total

L’un des défis les plus pressants auxquels le Liban est confronté cet automne est la crise énergétique, qui menace de plonger le pays dans un blackout total. Depuis des mois, les Libanais subissent des coupures de courant prolongées, parfois jusqu’à 20 heures par jour, en raison de l’incapacité de l’État à financer les importations de carburant pour les centrales électriques. Cette situation est exacerbée par la pénurie chronique de devises étrangères, qui empêche la Banque du Liban (BDL) de fournir les fonds nécessaires pour acheter le carburant indispensable à la production d’électricité.

À l’approche de l’automne, la demande en électricité augmentera, notamment pour le chauffage, aggravant encore plus la situation. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, le Liban pourrait entrer dans l’hiver avec un système électrique complètement effondré, laissant des millions de personnes sans accès régulier à l’énergie. Cette perspective est d’autant plus alarmante que l’absence d’électricité affecte non seulement les ménages, mais aussi les infrastructures critiques, telles que les hôpitaux, les écoles, et les entreprises.

Le secteur énergétique libanais, géré par Électricité du Liban (EDL), est en ruine après des décennies de mauvaise gestion, de corruption, et de négligence. EDL fonctionne avec un déficit chronique et une infrastructure vieillissante, incapables de répondre à la demande. Le plan de restructuration proposé par le gouvernement, qui se concentre sur la réduction des subventions et l’augmentation des tarifs, est largement critiqué pour son manque de vision à long terme et pour son incapacité à responsabiliser les acteurs du secteur énergétique, notamment les fournisseurs privés qui profitent de la crise actuelle.

Liste Grise de la GAFI : Un Signal d’Alerte pour l’Économie

Le récent placement du Liban sur la liste grise du Groupe d’Action Financière (GAFI) a été un coup dur pour l’économie du pays. Cette décision, prise en raison des insuffisances du Liban en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, place le pays sous une surveillance accrue de la communauté internationale. Être sur la liste grise signifie que le Liban est désormais considéré comme un pays à risque pour les transactions financières internationales, ce qui pourrait dissuader les investisseurs étrangers et compliquer davantage les relations commerciales du pays avec le reste du monde.

Les conséquences de cette décision sont graves : les banques internationales pourraient limiter leurs transactions avec les institutions libanaises, rendant encore plus difficile l’accès aux devises étrangères dont le pays a désespérément besoin pour ses importations. De plus, ce placement sur la liste grise pourrait retarder ou compromettre l’obtention d’une aide financière internationale, y compris celle du FMI, qui a déjà conditionné son soutien à la mise en œuvre de réformes structurelles et à une meilleure transparence financière.

Une Saison Touristique Désastreuse : Un Autre Coup Dur pour l’Économie

La saison touristique, traditionnellement un pilier de l’économie libanaise, a été un échec cuisant cet été. Les données montrent une baisse de 16,12 % de l’activité touristique en juin 2024 par rapport à l’année précédente, une tendance qui s’est poursuivie durant les mois suivants. Cette chute est attribuable à plusieurs facteurs : la détérioration de la sécurité due aux tensions persistantes au Sud-Liban, l’instabilité politique, ainsi que les conditions économiques désastreuses qui ont dissuadé les touristes de visiter le pays.

Cette baisse de l’activité touristique a des répercussions directes sur de nombreux secteurs, notamment l’hôtellerie, la restauration, et les services. Pour un pays qui dépend fortement des revenus touristiques pour maintenir une partie de son économie à flot, cette chute représente une perte significative de devises étrangères, aggravant la crise économique globale. Les entreprises locales, déjà fragilisées par des années de récession, voient leur situation financière se détériorer encore plus, avec de nombreux établissements forcés de fermer leurs portes ou de réduire leurs activités. Le PIB devrait donc poursuivre sa tendance baissière et non se stabiliser.

Plan de Restructuration Bancaire : Une Controverse qui Alimente la Crise

Le plan de restructuration bancaire proposé par le gouvernement libanais n’a pas reçu l’aval de la communauté internationale, un autre facteur qui compromet les chances de redressement du pays. Ce plan est critiqué pour son approche qui omet de responsabiliser le secteur bancaire et ses actionnaires pour leur rôle dans la crise financière. Au lieu de cela, il fait peser le fardeau sur les déposants et sur l’État, une stratégie perçue comme injuste et inefficace.

L’absence de responsabilité du secteur bancaire, combinée à la réticence à imposer des pertes aux actionnaires, a suscité la méfiance des institutions financières internationales, notamment le FMI, qui a conditionné toute aide à la mise en œuvre de réformes justes et transparentes. Faute de débloquer cette aide internationale, la crise économique libanaise devrait se poursuivre, sans perspective de stabilisation à court terme.

Cette situation a provoqué une montée de la colère parmi les déposants, qui voient leurs économies bloquées dans les banques depuis le début de la crise en 2019. Ces derniers mois, les manifestations des déposants se sont intensifiées, avec des actions de plus en plus violentes, incluant des incendies et des attaques contre des succursales bancaires. Ces mouvements de protestation devraient se multiplier à l’automne, alors que la frustration continue de croître face à l’inaction des autorités. Les déposants exigent la restitution de leurs fonds, et leur colère pourrait devenir un facteur de déstabilisation sociale majeure si aucune solution n’est trouvée, alors que le pouvoir politique semble avoir pris fait et cause pour les actionnaires des banques au lieu de la population.

Un Automne Sous le Signe de l’Incertitude

L’automne 2024 s’annonce comme une saison de tous les dangers pour le Liban. Avec un secteur bancaire en crise, une économie en récession, une crise énergétique qui menace de plonger le pays dans un blackout total, et une impasse politique persistante, le Liban semble s’enfoncer dans une spirale de crises interconnectées.

La communauté internationale, bien que consciente de l’urgence, reste réticente à fournir une aide substantielle en l’absence de réformes sérieuses. Cette situation laisse le Liban face à ses propres contradictions, avec une population de plus en plus désabusée et une élite politique incapable de se mettre d’accord sur les mesures nécessaires pour sauver le pays.

Sans un effort concerté pour résoudre les problèmes structurels qui sous-tendent la crise actuelle, notamment dans les secteurs de l’énergie, des finances, et de la gouvernance, le Liban risque de connaître un automne de plus en plus sombre, où l’effondrement complet de l’économie et des services publics pourrait devenir une réalité quotidienne. Les semaines à venir seront cruciales pour déterminer si le Liban peut encore éviter le pire ou s’il s’engage sur la voie d’une crise sans précédent.

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Newsdesk Libnanews
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