La précarité croissante : une cause majeure de l’augmentation de la criminalité
Au Liban, la montée de la criminalité et des tensions sociales est devenue une préoccupation majeure à mesure que le pays sombre dans une crise économique sans précédent. D’après un rapport d’Al Diyar daté du 21 février 2025, les vols à main armée ont augmenté de 45 % en un an, une statistique alarmante qui témoigne de l’aggravation de la sécurité intérieure. Ce phénomène est en grande partie alimenté par l’effondrement économique et la précarité qui touche une large partie de la population libanaise.
La dévaluation de la livre libanaise, la hausse du chômage, et la réduction des salaires dans le secteur public ont plongé des milliers de familles dans une situation de pauvreté extrême. Selon l’Institut national de la statistique du Liban, environ 50 % de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté, et cette précarité économiqueengendre une pression sociale qui pousse de plus en plus de personnes à recourir à des actes criminels pour survivre. Les vols à main armée, souvent commis dans des quartiers urbains démunis, sont devenus une méthode de plus en plus courante pour les petits criminels cherchant à s’approvisionner en nourriture, argent ou autres biens de première nécessité.
Les enlèvements contre rançon, également signalés en hausse dans certaines régions du pays, exacerbent encore les tensions sociales. Selon des sources sécuritaires, les enlèvements visent non seulement les riches hommes d’affaires, mais également des membres de familles populaires qui sont capturés pour extorquer des rentes aux familles. Ces pratiques ont souvent lieu dans des zones reculées où l’autorité de l’État est faible, ce qui laisse un vide sécuritairefacilement exploité par les criminels organisés.
Cette montée de la criminalité, exacerbée par la détérioration économique, pose un défi de taille pour les forces de sécurité libanaises, déjà sous pression. Le Liban, autrefois connu pour sa stabilité relative en matière de sécurité, est désormais confronté à des actes de violence de plus en plus fréquents, engendrant une inquiétude croissante parmi la population.
Les forces de sécurité sous pression : un manque de ressources et de motivation
Les forces de sécurité libanaises, notamment la police nationale et l’armée libanaise, se retrouvent aujourd’hui dans une position de fragilité extrême face à la montée de la criminalité. D’après Al Akhbar du 21 février 2025, la situation des forces de l’ordre est particulièrement préoccupante, car elles sont sous-financées, démoralisées, et sous-équipées. L’infrastructure des forces de sécurité est en état de délabrement, ce qui complique leur capacité à faire face à une criminalité en constante augmentation et à maintenir un niveau de sécurité acceptable.
Les bas salaires des policiers et des militaires sont un facteur majeur de cette crise. Un policier libanais gagne en moyenne 3 000 000 livres libanaises par mois, soit l’équivalent de moins de 20 dollars US dans un contexte de dévaluation rapide de la monnaie. Cette rémunération ne permet pas aux agents de maintenir un niveau de vie décent, ce qui a conduit de nombreux policiers et soldats à quitter leurs postes pour chercher une meilleure stabilité financièreà l’étranger ou dans des emplois alternatifs. « Nous avons perdu environ 20% de nos effectifs dans les deux dernières années », confie un responsable de la police libanaise, qui déplore l’exode massif des jeunes recrues vers des pays du Golfe, où les salaires sont bien plus attractifs.
Le départ des agents a laissé un vide sécuritaire dans de nombreuses régions, notamment dans les zones rurales et les banlieues périphériques où la criminalité est la plus élevée. Les patrouilles de police sont de moins en moins fréquentes, et les interventions rapides se font de plus en plus rares, laissant la population vulnérable à des actes de violence. Ce manque de présence sécuritaire a contribué à l’expansion des gangs et des groupes criminels organisés, qui opèrent désormais en toute impunité dans certaines zones du pays.
L’armée libanaise, bien qu’encore plus respectée que la police, fait face aux mêmes problèmes de financement et de ressources. Bien qu’elle bénéficie de l’aide militaire étrangère, principalement des États-Unis et des pays européens, cette assistance ne suffit pas à combler les lacunes internes, notamment en matière de logistique et de moyens de communication. La réorganisation des forces de sécurité est devenue une nécessité, mais elle reste bloquée par des facteurs politiques internes et un manque de volonté de la part du gouvernement libanais de mettre en œuvre des réformes structurelles profondes.
Les membres des forces de sécurité, démotivés par leurs conditions de travail, se retrouvent souvent dans une position où ils doivent faire face à des choix difficiles : ignorer certains actes criminels faute de moyens, ou prendre des mesures de répression plus sévères, ce qui peut entraîner des accusations d’abus de pouvoir. De nombreux policiers ont dénoncé le climat de corruption au sein des rangs de la police, où certains officiers sont accusés de fermer les yeux sur des activités criminelles en échange de pots-de-vin ou de bénéfices personnels. Cela ne fait qu’ajouter une couche de méfiance populaire à l’égard des forces de sécurité et à l’inefficacité de l’État face à la crise.
Répercussions sociales : les tensions croissantes dans la société libanaise
La montée de la criminalité et de l’insécurité au Liban a des répercussions profondes sur la société dans son ensemble, exacerbant les tensions sociales et alimentant un climat de désespoir et de fractures sociales. La précarité économique, déjà généralisée, se trouve aujourd’hui couplée à une croissance des actes de violence, ce qui crée un sentiment de vulnérabilité chez la population, en particulier parmi les classes populaires qui sont les premières victimes de cette détérioration sécuritaire.
La crise de la confiance envers les institutions publiques, déjà amorcée à cause de la corruption généralisée et de l’inefficacité du gouvernement, s’est encore intensifiée avec la hausse de la criminalité. Les Libanais se sentent abandonnés par un État qui semble incapable de garantir leur sécurité ou d’assurer le bon fonctionnement de ses forces de l’ordre. Dans plusieurs quartiers populaires de Beyrouth et des banlieues périphériques, la montée des vols à main armée et des enlèvements a généré une méfiance croissante envers les autorités. Les citoyens, lassés par l’inefficacité de la police, se tournent parfois vers des solutions individuelles ou cherchent à s’organiser en groupes de défensedans des zones considérées comme dangereuses. Cela entraîne une privatisation de la sécurité, où des citoyens ordinaires prennent des mesures pour se protéger, allant de la mise en place de gardes de quartier à la création de milices locales pour lutter contre la criminalité.
Cette situation contribue à un sentiment d’anomie chez de nombreux jeunes Libanais, qui, face à l’absence de perspective d’avenir et à la détérioration de la stabilité publique, se laissent parfois entraîner dans des actes de violence ou rejoignent des groupes criminels. En 2024, une enquête menée par l’Association libanaise pour les droits civils a révélé que plus de 40 % des jeunes Libanais âgés de 18 à 30 ans admettent que la précarité et l’insécurité les poussent à envisager des solutions violentes ou à se tourner vers des actes illégaux pour subsister. Ces jeunes, souvent issus des quartiers défavorisés, sont victimes de la crise économique et d’un manque d’opportunités professionnelles, ce qui alimente leur désillusion envers un système politique qu’ils jugent inefficace.
Le sentiment d’abandon généralisé engendre une polarisation sociale plus grande. Les riches continuent de vivre dans des zones sécurisées, protégées par des sociétés de sécurité privées, tandis que les couches les plus pauvres de la population sont de plus en plus exposées à la criminalité. Cette fracture sociale est exacerbée par la disparité croissante entre les secteurs privés et publics, où les premières sont souvent beaucoup mieux protégées et peuvent se permettre des solutions alternatives (comme l’achat de services de sécurité privée), tandis que les secondes doivent faire face à des manques criants de services publics de qualité.
Les tensions communautaires au Liban, déjà exacerbées par des facteurs historiques, sont également renforcées par cette situation d’insécurité. Certaines communautés sont perçues comme plus vulnérables à la criminalité, ce qui aggrave les divisions internes du pays. Dans les quartiers mixtes, notamment à Beyrouth et Tripoli, les conflits de voisinage liés à la criminalité peuvent se transformer en conflits communautaires, exacerbant les tensions sectaires. Cela crée un cercle vicieux où les problèmes de sécurité renforcent les fractures politiques et sociales, compliquant encore davantage la réconciliation nationale et la mise en place d’une véritable stabilité sociale.
En conclusion, la montée de la criminalité et des tensions sociales au Liban engendre une situation d’instabilité généralisée, où les failles sécuritaires nourrissent les fractures sociales et la désillusion générale de la population. Si cette situation n’est pas rapidement contenue, elle pourrait avoir des répercussions graves sur la cohésion sociale du pays, affaiblissant encore davantage le tissu social et économique du Liban.



