Le samedi 13 septembre 2025, l’armée libanaise a réceptionné cinq camions chargés d’armes en provenance du camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Hilweh, situé près de Saïda, et trois autres du camp d’al-Beddawi, dans le nord du Liban, marquant une étape significative dans le processus de désarmement des factions palestiniennes. Cette opération s’inscrit dans une initiative plus large visant à collecter les armes des groupes non étatiques au Liban, dans un contexte de tensions régionales persistantes et de pressions internationales croissantes. Cet article examine les détails de cet événement, son contexte politique et géopolitique, ainsi que les dynamiques complexes qui entourent le désarmement des camps palestiniens et des groupes armés au Liban.
Une remise d’armes sous haute surveillance
Le samedi 13 septembre, l’opération de remise d’armes a mobilisé des unités de l’armée libanaise pour réceptionner un arsenal conséquent provenant des camps d’Ain al-Hilweh et d’al-Beddawi. Selon des sources officielles, les cinq camions d’Ain al-Hilweh contenaient un mélange d’armes légères, de munitions et d’équipements militaires appartenant principalement au mouvement Fatah, dirigé par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. À al-Beddawi, trois camions ont été livrés, comprenant des armes similaires, bien que les détails précis sur leur contenu n’aient pas été rendus publics. Cette remise s’est déroulée sous la supervision du Comité de dialogue libano-palestinien, une instance chargée de coordonner les discussions entre les autorités libanaises et les factions palestiniennes.
Le processus a été marqué par une organisation rigoureuse. Les camions, escortés par des unités de l’armée libanaise, ont quitté les camps dans la matinée, après des semaines de négociations entre les factions palestiniennes et les autorités. Cette opération intervient dans le cadre d’un accord conclu en mai 2025, lors d’une visite à Beyrouth du président Mahmoud Abbas, où il s’est entretenu avec le président libanais Joseph Aoun. Cet accord stipule que les armes détenues dans les camps palestiniens doivent être remises aux autorités libanaises, une décision visant à renforcer le contrôle de l’État sur les armes en circulation et à répondre aux exigences internationales, notamment celles des États-Unis.
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Le rôle central du mouvement Fatah
Jusqu’à présent, le mouvement Fatah est la seule faction palestinienne à avoir entamé la remise de ses armes. Outre Ain al-Hilweh et al-Beddawi, Fatah a également livré des armes provenant d’autres camps, notamment celui de Burj al-Barajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth, et de camps situés dans la région de Tyr. Le processus a débuté en août 2025 à Burj al-Barajneh, où les premières livraisons d’armes ont été effectuées dans un climat de coopération relative. Cette démarche reflète l’engagement de Fatah à soutenir l’initiative de désarmement, dans un contexte où le mouvement cherche à renforcer sa légitimité auprès des autorités libanaises et de la communauté internationale.
Cependant, la remise d’armes par Fatah ne s’est pas faite sans défis. Dans le camp d’Ain al-Hilweh, connu pour être l’un des plus grands et des plus instables des camps palestiniens au Liban, des tensions internes entre factions rivales ont compliqué les discussions. Ce camp, qui abrite environ 70 000 réfugiés selon les estimations de l’UNRWA, est un foyer de rivalités entre Fatah et des groupes islamistes, notamment des factions proches du Hamas. Malgré ces obstacles, Fatah a réussi à coordonner la remise de ses arsenaux, renforçant ainsi son rôle de partenaire clé dans le dialogue avec les autorités libanaises.
Négociations en cours avec le Hamas
Le Comité de dialogue libano-palestinien a annoncé, le vendredi 12 septembre 2025, que des discussions étaient en cours avec le Hamas pour la remise de ses armes. Ces négociations, qualifiées de « constructives » par le comité, visent à finaliser le processus d’ici la fin du mois de septembre. Le Hamas, qui maintient une présence armée dans plusieurs camps, notamment à Ain al-Hilweh et à al-Beddawi, a jusqu’à présent hésité à s’engager pleinement dans le désarmement. Cette réticence s’explique par la position stratégique du mouvement dans le contexte des tensions régionales, notamment avec Israël.
Durant l’année écoulée, marquée par des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le Hamas a revendiqué plusieurs tirs de roquettes depuis le Liban vers le territoire israélien, souvent en coordination avec d’autres factions palestiniennes. Ces actions ont exacerbé les tensions dans le sud du Liban, où les camps palestiniens sont parfois utilisés comme bases arrière pour des opérations militaires. La pression exercée par les autorités libanaises, sous l’impulsion des États-Unis, vise à mettre fin à ces activités et à centraliser le contrôle des armes sous l’autorité de l’État.
Le Comité de dialogue libano-palestinien a exprimé un optimisme prudent quant à l’issue des négociations avec le Hamas. « Nous sommes en dialogue constant avec toutes les factions, y compris le Hamas, et nous anticipons une finalisation prochaine de ce dossier », a déclaré un porte-parole du comité le 12 septembre. Toutefois, la complexité des relations entre les factions palestiniennes et les dynamiques internes des camps rendent cet objectif ambitieux.
Un contexte historique et politique complexe
La remise d’armes des camps palestiniens s’inscrit dans une histoire longue et tumultueuse. Depuis des décennies, les camps palestiniens au Liban, qui abritent environ 222 000 réfugiés selon l’UNRWA, fonctionnent comme des enclaves semi-autonomes. Par convention, l’armée libanaise n’intervient pas à l’intérieur de ces camps, laissant aux factions palestiniennes la responsabilité de gérer la sécurité. Cette pratique, héritée des accords du Caire de 1969, a permis à des groupes comme Fatah, le Hamas et d’autres factions islamistes de maintenir des arsenaux importants.
Cependant, cette autonomie a souvent été une source de tensions. Les camps, en particulier Ain al-Hilweh, ont été le théâtre d’affrontements armés entre factions rivales, parfois avec des conséquences dévastatrices pour les populations civiles. En 2023, des combats dans Ain al-Hilweh avaient fait plusieurs morts et poussé des centaines de familles à fuir. Ces incidents ont renforcé la détermination des autorités libanaises à reprendre le contrôle des armes dans ces zones.
L’accord de mai 2025 entre Mahmoud Abbas et Joseph Aoun marque un tournant. Il reflète la volonté du gouvernement libanais, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam (en fonction depuis février 2025), de répondre aux pressions internationales tout en consolidant l’autorité de l’État. Le ministre de la Défense, Maurice Sleem, a supervisé la mise en œuvre de cet accord, en coordination avec le commandement de l’armée libanaise. « La collecte des armes des factions non étatiques est une priorité pour garantir la stabilité et la souveraineté du Liban », a déclaré Sleem lors d’une allocution le 10 septembre 2025.
Pressions internationales et rôle des États-Unis
Le désarmement des camps palestiniens s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, marqué par des pressions accrues des États-Unis sur le gouvernement libanais. Washington a intensifié ses appels à la mise en œuvre de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2004, qui exige le désarmement de tous les groupes armés non étatiques au Liban, y compris le Hezbollah et les factions palestiniennes. Ces pressions se sont accentuées après une année de violences transfrontalières entre le Hezbollah et Israël, qui ont culminé avec un cessez-le-feu en novembre 2024.
En parallèle, les États-Unis ont conditionné leur soutien économique et militaire au Liban à des réformes structurelles, y compris le désarmement. En juin 2025, une délégation américaine conduite par la sous-secrétaire d’État aux affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf, a rencontré des responsables libanais à Beyrouth pour discuter de la mise en œuvre de la résolution 1559. « La présence d’armes illégales dans les mains de groupes non étatiques constitue une menace pour la stabilité régionale », a déclaré Leaf lors d’une conférence de presse à l’issue de sa visite.
Cette pression s’accompagne d’une menace implicite : l’élargissement des opérations militaires israéliennes au Liban en cas de non-respect des engagements. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, Israël a maintenu une posture militaire agressive à la frontière sud, menaçant de reprendre les hostilités si des tirs de roquettes, y compris ceux revendiqués par des factions palestiniennes, se reproduisent.
Le défi du désarmement du Hezbollah
Parallèlement à la collecte des armes dans les camps palestiniens, le gouvernement libanais a chargé l’armée de préparer un plan pour désarmer le Hezbollah d’ici la fin de l’année 2025. Cette tâche, bien plus complexe, constitue un défi majeur pour les autorités. Le Hezbollah, qui dispose d’un arsenal bien supérieur à celui des factions palestiniennes, joue un rôle central dans la politique et la sécurité du Liban. Sa puissance militaire, estimée à des dizaines de milliers de roquettes et de missiles, en fait un acteur incontournable dans la région.
Le plan de désarmement du Hezbollah, élaboré sous la supervision du ministre de la Défense, vise à intégrer progressivement les armes du groupe dans l’arsenal de l’État. Cependant, les négociations avec le Hezbollah restent dans une phase préliminaire. Le 8 septembre 2025, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Naïm Qassem, a déclaré : « Toute discussion sur le désarmement doit prendre en compte les réalités sécuritaires du Liban et les menaces extérieures. » Cette position reflète la réticence du groupe à céder ses armes sans garanties sur la sécurité nationale.
Une étape vers la stabilisation ?
La remise des armes des camps d’Ain al-Hilweh et d’al-Beddawi le 13 septembre 2025 représente une avancée notable dans les efforts du Liban pour renforcer son autorité sur les groupes armés non étatiques. Cependant, le processus reste fragile, confronté à des défis logistiques, politiques et géopolitiques. Les négociations en cours avec le Hamas, l’instabilité chronique dans certains camps et l’immense défi du désarmement du Hezbollah suggèrent que la route vers une stabilisation durable est encore longue.
Le 14 septembre 2025, le Comité de dialogue libano-palestinien a tenu une réunion à Beyrouth pour évaluer les progrès réalisés. Selon un communiqué officiel, les autorités libanaises prévoient d’intensifier les inspections dans les camps pour s’assurer que toutes les armes ont été déclarées. Parallèlement, l’UNRWA a appelé à une protection accrue des civils dans les camps, soulignant que le désarmement ne doit pas se faire au détriment des populations vulnérables.
L’opération du 13 septembre, bien que symbolique, envoie un signal fort : le Liban, sous pression interne et externe, s’engage dans une démarche de centralisation du contrôle des armes. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si cet élan peut être maintenu, notamment dans le cadre des discussions avec le Hamas et des efforts plus larges visant le Hezbollah.



