Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 octobre 2025, le Liban procédera au passage à l’heure d’hiver, conformément au calendrier annuel fixé par décret. À minuit, les horloges seront reculées d’une heure, ramenant le pays de l’heure d’été (UTC+3) à l’heure standard (UTC+2). Cette opération, qui offre une heure de sommeil supplémentaire aux six millions d’habitants, survient alors que le pays émerge à peine d’un conflit dévastateur et d’une crise énergétique chronique. Le gouvernement de Nawaf Salam, en fonction depuis le 8 février 2025, a confirmé sans modification ce rituel, via un communiqué du Conseil des ministres indiquant que « le changement d’heure sera appliqué à l’heure prévue pour maintenir la cohérence des services publics et des échanges internationaux ». Ce passage, ancré dans la loi depuis 2007, souligne les continuités d’un État où les ajustements saisonniers contrastent avec les disruptions géopolitiques récentes.
Le basculement temporel n’est qu’une formalité technique pour beaucoup, mais il implique des ajustements concrets. Depuis le 30 mars 2025, date du passage à l’heure d’été, le Liban a profité d’une heure de lumière supplémentaire en soirée, favorisant une exploitation accrue de l’énergie solaire résiduelle. Ce dimanche, les horaires solaires se réaligneront : à Beyrouth, le soleil se lèvera aux alentours de 6h15 au lieu de 7h15, et se couchera vers 17h, contre 18h auparavant. Les autorités ont exhorté la population à synchroniser montres, horloges numériques, véhicules et systèmes informatiques avant minuit, sous peine de perturbations dans les banques, les transports et les écoles. Middle East Airlines, la compagnie nationale, a déjà recalibré ses 150 vols hebdomadaires pour ce week-end, évitant tout décalage aux aéroports de Beyrouth et Tripoli. Les institutions financières, opérant majoritairement en dollars via des liens avec les places de New York et Francfort, ont émis des rappels pour que les transactions transfrontalières ne souffrent d’aucune asynchronie.
Ce changement, routinier en 2025, évite les écueils des années passées, marquées par des controverses vives. En mars 2023, sous le gouvernement intérimaire de Najib Mikati, une décision de report d’un mois du passage à l’heure d’été – pour coïncider avec la fin du ramadan – avait fracturé le pays en deux fuseaux horaires. Banques et administrations publiques étaient restées à l’heure d’hiver, tandis que médias, commerces et aéroports avançaient leurs horloges, générant un chaos aux frontières et dans les communications internationales. Des plaintes de voyageurs avaient afflué, et des responsables du ministère de l’Intérieur avaient qualifié cette mesure de « décision unilatérale aggravant les clivages confessionnels ». Les sunnites de Tripoli y voyaient un accommodement pour les observants du jeûne, perçu comme un déséquilibre face aux communautés chrétiennes et druzes. En 2025, le cabinet Salam, formé après l’élection de Joseph Aoun à la présidence le 13 janvier, opte pour une application stricte du décret-loi n° 4203 de 2007, évitant toute dérogation.
Origines d’un mécanisme temporel forgé par l’histoire libanaise
L’institution du changement d’heure au Liban remonte aux premières décennies du XXe siècle, sous influence mandataire. Introduit en 1928 par les autorités françaises, il cherchait à rationaliser l’éclairage dans une Beyrouth en pleine urbanisation. La loi de 1955, adoptée sous le Premier ministre Abdullah Yafi, fixe le cadre moderne : avancement d’une heure du dernier dimanche de mars au dernier dimanche d’octobre, justifié par des économies d’énergie dans un pays dépendant des importations de fioul. À l’époque, la production électrique, gérée par Électricité du Liban (EDL) depuis 1964, peinait déjà à suivre la croissance démographique.
La guerre civile de 1975-1990 ébranle ce système. Les divisions territoriales rendent les décrets centraux inopérants : l’ouest de Beyrouth, sous contrôle palestinien, applique sporadiquement les changements, tandis que l’est chrétien les ignore souvent, créant des décalages locaux de 30 minutes pour des raisons de sécurité. Des archives militaires rapportent des incidents absurdes, comme des échanges de tirs calés sur des horloges divergentes le long de la ligne verte. La reconstruction des années 1990, impulsée par Rafic Hariri, rétablit l’unité : en 1993, un décret aligne le Liban sur l’Europe, avec un passage au dernier dimanche de mars. Hariri, Premier ministre sunnite de Saïda, y voyait un atout pour les échanges commerciaux, le tourisme représentant alors 20 % du PIB.
Les crises externes testent la résilience du mécanisme. En 2006, lors de la guerre avec Israël, le gouvernement Fouad Siniora reporte l’heure d’été au 1er juillet, citant des priorités de survie et des économies sur le carburant pour les générateurs d’urgence. Le ministre des Finances de l’époque, Jihad Azour, explique que « dans les circonstances exceptionnelles, chaque minute compte pour la logistique humanitaire ». La guerre en Syrie dès 2011 surcharge les réseaux : avec 1,5 million de réfugiés, la demande électrique bondit de 30 %, et en 2019, Saad Hariri envisage une abolition permanente, arguant d’un impact marginal sur la consommation. Le projet échoue face aux lobbies touristiques, qui chiffrent à 50 millions de dollars annuels les gains des soirées prolongées à Byblos et Jounieh.



