Dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 juin 2025, un large raid aérien israélien a visé plusieurs quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, provoquant un état de panique généralisé et une vague de déplacements internes. Cette offensive, qualifiée de la plus violente depuis la trêve de fin 2024, a été dénoncée unanimement par les autorités libanaises comme une violation flagrante des accords internationaux et des résolutions des Nations unies, notamment la 1701.
Multiples cibles en banlieue sud de Beyrouth
Selon Al Akhbar (6 juin 2025), l’aviation israélienne a mené plus de vingt frappes consécutives contre des bâtiments résidentiels situés dans les quartiers de Haret Hreik, Bourj el-Barajneh et Hadath. L’armée israélienne affirme avoir ciblé des infrastructures souterraines utilisées, selon elle, pour la fabrication de drones par des cellules liées au Hezbollah. Cependant, le rapport publié par Ad Diyar (6 juin 2025) évoque des zones strictement résidentielles, sans aucune présence militaire, et souligne que les inspections effectuées par l’armée libanaise n’ont révélé ni armes ni matériel sensible dans les sites bombardés.
L’impact psychologique sur la population civile a été immédiat. Des scènes de panique ont été observées dans les rues, à la veille de la fête de l’Aïd al-Adha. Comme le rapporte Al Joumhouriyat (6 juin 2025), des messages audio falsifiés ont circulé sur les téléphones des habitants de la région de Aïn Qana et de nombreuses localités du Sud, les exhortant à fuir leurs habitations. La confusion a alimenté un climat d’insécurité généralisée, aggravé par les embouteillages massifs et les coupures d’électricité enregistrées au moment des frappes.
Réactions politiques internes et mobilisation des institutions
Le président de la République Joseph Aoun a rapidement condamné ce qu’il qualifie d’« acte de provocation coordonné » avec l’administration américaine. Dans un communiqué cité par Al Joumhouriyat (6 juin 2025), il dénonce « une estocade portée à la souveraineté libanaise à travers le sang de ses civils » et appelle la communauté internationale à intervenir pour freiner l’escalade.
Le Premier ministre Nawaf Salam a, pour sa part, fustigé « une agression délibérée contre la stabilité du pays et son économie touristique en pleine saison », comme l’indique Al Quds (6 juin 2025). Il a souligné que ces attaques interviennent au moment où le gouvernement célébrait ses 100 jours d’existence, avec un discours de bilan portant sur les efforts de démilitarisation de l’aéroport de Beyrouth et de réformes institutionnelles.
De son côté, le président du Parlement Nabih Berri a déclaré, dans les colonnes de Al Joumhouriyat (6 juin 2025), que « ce type d’offensive ne cible pas une zone ou une confession, mais le Liban tout entier ». Il appelle à « une unité nationale renforcée face à l’agression continue de l’ennemi israélien ».
Analyse stratégique de l’attaque
L’ampleur des frappes a conduit plusieurs médias à y voir un message politique clair adressé par Tel-Aviv. Pour Al Bina’ (6 juin 2025), cette opération s’inscrit dans une tentative israélienne de rétablir sa force de dissuasion après les échecs militaires face à la résistance à Gaza. L’éditorialiste Nasser Qandil y dénonce « la volonté de certains courants politiques locaux de présenter le désarmement de la Résistance comme une garantie de stabilité, alors même que le véritable moteur de l’escalade reste l’agenda expansionniste d’Israël ».
Les motivations israéliennes sont également liées à des enjeux de politique intérieure. Ad Diyar (6 juin 2025) évoque une manœuvre de diversion menée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dont la coalition gouvernementale d’extrême droite est fragilisée par des scandales judiciaires et une instabilité croissante. Cette interprétation est renforcée par les analyses publiées dans Al Akhbar (6 juin 2025), qui décrivent l’offensive comme « une fuite en avant » dans un contexte de contestation interne israélienne.
Soutiens régionaux et dénonciation des alliances internationales
La dimension géopolitique du conflit est largement abordée dans Al Quds (6 juin 2025), qui révèle que les opérations ont été menées avec l’aval explicite de Washington. Le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a confirmé à la chaîne 14 que l’attaque avait été « coordonnée avec nos partenaires américains ». Cette confirmation ravive les critiques libanaises contre le rôle des États-Unis dans la couverture diplomatique des opérations israéliennes, perçue comme une complicité active.
Le chef du gouvernement Nawaf Salam a, dans son discours du 6 juin 2025 rapporté par Al Sharq, rappelé que le Liban ne peut garantir sa sécurité sans une cessation des violations israéliennes et un respect total de la résolution 1701, qui prévoit le retrait d’Israël de toutes les terres libanaises encore occupées.
Conséquences humanitaires et logistique de crise
Sur le terrain, la situation reste critique. Les unités de la Défense civile ont été déployées en urgence dans les quartiers affectés. Comme le détaille Al Akhbar (6 juin 2025), elles ont assisté les évacuations des familles et procédé au balisage des immeubles les plus menacés d’effondrement. L’armée libanaise a pris en charge la coordination des interventions via des canaux sécurisés avec la FINUL.
Plusieurs milliers de personnes ont quitté la banlieue sud pour se réfugier temporairement dans des écoles ou chez des proches. Selon Al Liwa’ (6 juin 2025), la zone a connu une réduction immédiate de l’activité économique, les commerces ayant baissé rideau par peur de nouvelles frappes. Des files d’attente se sont formées devant les stations-service et les boulangeries, alimentées par une crainte d’un siège durable.
Enjeux sécuritaires à venir
La suite des événements reste imprévisible. Les autorités libanaises, selon Ad Diyar (6 juin 2025), redoutent un glissement vers un affrontement militaire plus large, déclenché soit par une erreur de calcul, soit par une riposte armée du Hezbollah. Le chef de la formation, Naim Kassem, s’est jusqu’ici abstenu de tout commentaire officiel, renforçant les spéculations sur la possibilité d’une réponse différée et stratégique.
L’ensemble des acteurs politiques libanais insiste sur la nécessité d’une position unifiée face à une situation jugée « pré-insurrectionnelle ». Al Bina’ (6 juin 2025) note que cette crise pourrait catalyser un repositionnement politique intérieur, avec un renforcement des appels à la souveraineté nationale et à l’unité face à l’agresseur extérieur.
Bilan provisoire et mobilisation diplomatique
Le bilan humain demeure incertain, plusieurs victimes étant encore sous les décombres, selon la Défense civile citée par Al Joumhouriyat. Le ministère de la Santé a parlé de dizaines de blessés, dont certains dans un état critique. Une réunion d’urgence du Conseil des ministres a été convoquée, et des appels à l’aide ont été adressés à plusieurs chancelleries européennes.
Le Liban cherche par ailleurs à mobiliser la Ligue arabe et les instances internationales pour une réponse coordonnée à ce qu’il considère comme un acte de guerre. Al Quds (6 juin 2025) mentionne une initiative diplomatique en cours pour réunir une session extraordinaire du Conseil de sécurité.
Politique locale : entre commémoration gouvernementale et riposte aux frappes israéliennes
À l’occasion des 100 premiers jours de son gouvernement, le Premier ministre Nawaf Salam a prononcé un discours de bilan largement relayé dans la presse nationale. Ce moment, initialement prévu pour valoriser les avancées institutionnelles et économiques du cabinet, a été profondément impacté par les événements sécuritaires survenus la nuit du 5 au 6 juin 2025. Les frappes israéliennes contre plusieurs quartiers de la banlieue sud de Beyrouth ont détourné l’attention publique et imposé un recentrage du discours politique sur la souveraineté et la sécurité nationale.
Discours de Nawaf Salam : priorités de réforme et état des lieux
Dans une déclaration rapportée par Al Akhbar (6 juin 2025), Nawaf Salam a présenté les grandes lignes de son action gouvernementale, insistant sur la nécessité de restaurer la confiance dans les institutions publiques et de réduire l’influence des factions armées dans les infrastructures civiles. Il a souligné que « le retrait progressif des emblèmes partisans de l’aéroport de Beyrouth » représente une étape vers la neutralité institutionnelle, en particulier dans les points stratégiques du pays.
Ce discours, tenu dans le contexte du raid israélien, a pris une tournure résolument défensive. Salam a affirmé que « la paix ne peut être assurée tant que la souveraineté territoriale est violée quotidiennement par des survols ou frappes militaires » (Al Quds, 6 juin 2025). Il a aussi mis en lumière l’insécurité chronique dans certaines régions périphériques, soulignant les difficultés logistiques pour maintenir l’ordre public dans les zones exposées.
Réaction parlementaire et consensus autour de la riposte diplomatique
Dans les rangs parlementaires, l’unité a été de mise dans la condamnation de l’offensive israélienne. Le président de la Chambre, Nabih Berri, a déclaré, dans les colonnes de Al Joumhouriyat (6 juin 2025), que cette attaque constitue « un affront non seulement à la souveraineté libanaise, mais aussi à la cohésion sociale et politique d’un pays déjà fragmenté ». Il a également lancé un appel à la mobilisation de toutes les composantes de l’État pour porter plainte auprès des instances internationales, en particulier le Conseil de sécurité.
Le député Mohammad Raad, président du bloc parlementaire « Al Wafaa lil Mouqawama », a tenu un discours remarqué dans lequel il a fustigé ce qu’il appelle « la politique des deux poids deux mesures » pratiquée par les puissances occidentales. Cité par Al Quds (6 juin 2025), il a rappelé que « le droit de riposte est un droit sacré aussi bien pour l’État que pour la Résistance ». Il a également affirmé que « la volonté populaire reste indéfectiblement liée à la cause nationale, quelles que soient les circonstances régionales ».
Activité gouvernementale et pilotage de crise
Face à l’urgence sécuritaire, le Conseil des ministres s’est réuni en session extraordinaire le matin du 6 juin 2025. Selon Al Liwa’ (6 juin 2025), la réunion s’est tenue sous haute surveillance, en présence de responsables militaires et sécuritaires, pour évaluer les dommages matériels, coordonner les secours et mettre en place des mécanismes de relogement temporaire pour les sinistrés.
Le ministre de l’Intérieur a affirmé que « l’État, dans toutes ses composantes, est mobilisé pour garantir la sécurité des personnes et des biens », comme le rapporte Ad Diyar (6 juin 2025). Il a également annoncé le déploiement de renforts militaires dans les zones sensibles et l’activation de cellules de crise dans les mohafazats concernées.
De son côté, le ministère des Affaires sociales a activé des centres d’accueil dans les écoles publiques du Metn et de la banlieue sud, afin de prendre en charge les familles déplacées par les frappes. L’accent a été mis sur l’accueil des personnes vulnérables, en particulier les enfants et les personnes âgées, selon les informations publiées par Al Bina’ (6 juin 2025).
Réponses des figures de la majorité et de l’opposition
Dans ce climat de tensions, plusieurs leaders politiques ont pris la parole pour renforcer la légitimité des institutions. Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre, a soutenu la réaction gouvernementale, tout en appelant à une clarification des rapports entre le Hezbollah et l’État. Selon Al Sharq (6 juin 2025), Bassil a affirmé que « l’heure est à la réaffirmation de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les choix de défense stratégique ».
Walid Joumblatt, leader du Parti socialiste progressiste, a pour sa part mis en garde contre « toute aventure militaire irréfléchie » et demandé que la diplomatie libanaise soit placée en première ligne. Il a critiqué « la spirale de surenchère verbale qui pourrait dégénérer en confrontation armée incontrôlable » (Al Akhbar, 6 juin 2025).
Ligne politique de Joseph Aoun et rôle du commandement militaire
Le président de la République Joseph Aoun a adopté une posture de chef d’État garant de l’unité nationale. Comme le rapporte Al Joumhouriyat (6 juin 2025), il a effectué plusieurs appels à l’étranger, notamment à la France et à la Russie, pour dénoncer l’agression et demander des garanties sur la sécurité du Liban. Il a également salué la retenue des forces armées libanaises, appelant au calme et à la discipline.
Le commandement de l’armée libanaise a quant à lui publié une note opérationnelle évoquant « une position défensive strictement dissuasive » tout en demandant à la population de coopérer avec les autorités sécuritaires. Les patrouilles ont été renforcées aux abords des institutions publiques et dans les zones résidentielles proches de la ligne bleue.
Interactions régionales et perspectives politiques
Sur le plan régional, plusieurs observateurs politiques voient dans l’attaque un test de la capacité du Liban à gérer une crise multidimensionnelle sans glisser vers le chaos. Al Bina’ (6 juin 2025) souligne que la réaction du cabinet Salam a permis de cristalliser un front politique relativement uni, au moins à court terme, face à une menace externe partagée.
Toutefois, le débat reste vif sur l’opportunité de modifier la politique de défense du pays, sujet encore tabou dans les cercles décisionnels. Des voix s’élèvent pour demander une conférence nationale sur la stratégie sécuritaire, dans le but de réconcilier l’existence de groupes armés autonomes avec les exigences d’un État de droit.
Citations et discours des personnalités politiques : mobilisation verbale face à la crise sécuritaire
Les déclarations publiques de plusieurs responsables politiques libanais ont marqué l’actualité du 6 juin 2025, en réaction aux événements survenus la nuit précédente. Ces prises de parole, aux accents variés, traduisent l’état de crispation du champ politique face à la double pression des menaces extérieures et des attentes populaires. Dans un contexte dominé par les frappes israéliennes contre la banlieue sud de Beyrouth, les discours ont alterné entre dénonciation, appel à l’unité et positionnement stratégique.
Joseph Aoun : langage d’État et interpellation internationale
Le président de la République, Joseph Aoun, s’est exprimé dans un communiqué diffusé par la présidence et relayé par Al Joumhouriyat (6 juin 2025) et Ad Diyar (6 juin 2025). Il a condamné avec fermeté l’attaque israélienne en ces termes : « Cette estocade est une estompe volontaire de notre souveraineté, une violation délibérée du droit international, et un message adressé à Washington à travers le sang des civils libanais. » Il a aussi affirmé : « Le Liban ne pliera pas sous le chantage militaire. »
En appelant la communauté internationale à assumer ses responsabilités, Joseph Aoun a cherché à positionner son mandat comme une référence d’autorité morale et politique. Il a également souligné la nécessité d’une réponse unifiée : « Notre réponse ne saurait être fragmentée. La défense de la nation est une responsabilité collective. »
Nawaf Salam : entre fermeté et institutionnalisme
Le Premier ministre Nawaf Salam a tenu une allocution officielle à l’occasion des cent jours de son gouvernement. Celle-ci, rapportée par Al Akhbar (6 juin 2025) et Al Quds (6 juin 2025), a été largement dominée par la question sécuritaire. Il y a notamment déclaré : « Tant que les violations israéliennes perdurent, il n’y aura ni stabilité, ni sécurité durables au Liban. » Il a aussi dénoncé une tentative de saboter la saison touristique et les efforts de relance économique.
Dans un passage remarqué, il a affirmé : « Nous ne permettrons pas que Beyrouth soit une boîte postale pour envoyer des messages de mort. » Cette expression a été abondamment citée et commentée dans les médias. Il a ajouté : « Il est de notre devoir de maintenir la souveraineté de l’État par des moyens légaux et politiques, et non par des slogans ou des réactions impulsives. »
Mohammad Raad : rhétorique de la Résistance
Le chef du bloc parlementaire « Al Wafaa lil Mouqawama », Mohammad Raad, a pris la parole lors d’un point presse au Parlement. Selon Al Quds (6 juin 2025), il a déclaré : « Si l’objectif est de frapper la Résistance, alors essayez de toutes vos forces, mais vous ne pourrez abattre la volonté de notre peuple. » Il a poursuivi en dénonçant les doubles standards : « Les mêmes qui nous demandent de désarmer sont ceux qui ferment les yeux sur les crimes de guerre à Gaza. »
Il a également évoqué la conjoncture politique interne : « Le moment n’est pas à la division. Ceux qui cherchent à remettre en cause les fondements de notre défense nationale sont en réalité les complices involontaires de l’agresseur. »
Nabih Berri : appel à l’unité nationale
Le président de la Chambre, Nabih Berri, a publié une déclaration où il reprend largement les propos de Joseph Aoun. Dans Al Joumhouriyat (6 juin 2025), il affirme : « Ce qui s’est passé est un affront à tout le Liban, à tous les Libanais. Il ne s’agit pas d’une attaque contre un quartier, mais contre l’idée même de nation. » Il appelle à « un front libanais uni, au-delà des clivages et des appartenances ».
Dans une formule qui a marqué les esprits, il déclare : « Comme à chaque Aïd, le sang libanais est versé. Mais cette fois, nous ne nous contenterons pas de prières. Nous exigeons des garanties. »
Naim Kassem : silence stratégique ou calcul politique
Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, n’a pas encore prononcé de discours officiel depuis les événements. Toutefois, plusieurs déclarations d’anciens discours ont été remobilisées dans la presse, notamment par Al Akhbar (6 juin 2025), pour rappeler ses positions sur le droit à la résistance.
Dans une allocution datant du 1er juin 2025, Kassem affirmait : « La Résistance ne réagit pas sous l’effet de l’émotion. Elle agit selon une stratégie définie, en fonction des intérêts du peuple et de la souveraineté nationale. » Cette absence de réaction immédiate est interprétée par certains comme une volonté d’éviter l’escalade, tandis que d’autres y voient un moment de préparation.
Autres déclarations significatives : figures secondaires et religieux
Dans le cadre de la fête de l’Aïd al-Adha, plusieurs leaders religieux ont commenté la situation. Le mufti de la République a évoqué, dans un message relayé par Al Liwa’ (6 juin 2025), « un moment de recueillement souillé par la brutalité et l’injustice ». Il a appelé à « la solidarité entre les Libanais, quelles que soient leurs confessions ».
Walid Joumblatt, dans une courte déclaration à Al Sharq (6 juin 2025), a insisté sur la « nécessité de privilégier l’outil diplomatique à la réaction impulsive ». Quant à Gebran Bassil, il a rappelé « l’importance d’une clarification du rôle du Hezbollah au sein du système national de défense. »
Thèmes récurrents et styles contrastés
Dans l’ensemble des prises de parole, plusieurs thématiques dominent : la souveraineté nationale, la dénonciation de l’agression israélienne, la nécessité de l’unité nationale et la critique de la communauté internationale. Les styles divergent selon les interlocuteurs : Joseph Aoun adopte un ton présidentiel solennel ; Nawaf Salam développe une rhétorique institutionnelle et légaliste ; Mohammad Raad défend une ligne offensive ; Nabih Berri privilégie le consensus.
Cette diversité illustre une scène politique polarisée, mais contrainte à l’unité symbolique face à un ennemi commun. Le poids des mots, dans ce contexte, devient un élément central de la gestion de crise. Chaque phrase est scrutée, chaque déclaration décryptée comme un indice d’orientation stratégique.
Diplomatie : repositionnements géostratégiques autour du Liban et implications régionales
La scène diplomatique libanaise et régionale connaît une intensification notable à la suite des récents développements sécuritaires. Alors que les frappes israéliennes sur Beyrouth ont cristallisé l’attention internationale, les acteurs mondiaux réajustent leurs positions. Cette dynamique s’inscrit dans un environnement complexe marqué par le retour en force de l’axe Moscou-Téhéran-Washington et l’implication croissante de plusieurs États du Golfe et de la Méditerranée orientale.
Initiatives diplomatiques du Liban : quête d’alliances et levée d’alerte
Le président Joseph Aoun a mené une série d’appels diplomatiques dès les premières heures du 6 juin 2025. Selon Al Quds (6 juin 2025) et Al Joumhouriyat (6 juin 2025), des échanges ont eu lieu avec des représentants de l’Élysée, du Kremlin et de plusieurs capitales arabes, dans le but de mobiliser un soutien politique face à ce que Beyrouth qualifie de « violation manifeste de la souveraineté libanaise et du droit international ».
Nawaf Salam, Premier ministre, a simultanément saisi les représentations libanaises à l’étranger pour qu’elles formulent des plaintes formelles auprès des organismes internationaux, dont le Conseil de sécurité et la Ligue arabe. Il a insisté, d’après Al Akhbar (6 juin 2025), sur la nécessité d’une session spéciale du Conseil de sécurité pour discuter des violations israéliennes et du non-respect de la résolution 1701.
Russie, Iran et États-Unis : le triangle stratégique du moment
La diplomatie régionale est fortement impactée par l’évolution des relations entre Washington, Moscou et Téhéran. Al 3arabi Al Jadid (6 juin 2025) rapporte une conversation téléphonique de 75 minutes entre Donald Trump et Vladimir Poutine, centrée sur la relance des négociations nucléaires iraniennes. Trump y aurait affirmé : « L’Iran ne doit pas posséder l’arme nucléaire. Nous sommes d’accord là-dessus. »
Selon les propos rapportés par la même source, Poutine a proposé que la Russie participe activement aux discussions avec Téhéran pour éviter une rupture définitive du cadre négocié de Vienne. Trump a répondu favorablement à cette idée, jugeant qu’un rôle russe pourrait « accélérer un compromis » avec l’Iran. Cette proposition s’est concrétisée par une annonce du Kremlin relayée par l’agence Erna, confirmant la disponibilité de Moscou à faire jouer sa relation stratégique avec Téhéran.
Confirmation iranienne et implications régionales
Du côté iranien, la réaction a été rapide. L’ambassadeur d’Iran à Moscou, Kazem Jalali, a révélé, d’après Al 3arabi Al Jadid (6 juin 2025), une visite prochaine de Vladimir Poutine à Téhéran, dans le cadre de cette médiation trilatérale. Il a évoqué une « montée de niveau stratégique » des relations russo-iraniennes et souligné que la coordination diplomatique allait au-delà du nucléaire, intégrant les enjeux régionaux, dont la situation au Liban.
Cette intensification des échanges coïncide avec une montée de la tension militaire dans le sud du Liban. Plusieurs analystes cités dans Al Bina’ (6 juin 2025) estiment que la diplomatie russe cherche à se repositionner comme acteur de stabilité, en capitalisant sur le retrait partiel des États-Unis de certaines scènes proches-orientales.
Arabie Saoudite et Syrie : diplomatie triangulaire via Riyad
Un élément inédit est survenu avec la rencontre mentionnée par Al Sharq (6 juin 2025) entre Donald Trump, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président syrien Ahmad al-Shar’ et Recep Tayyip Erdogan, par visioconférence. Cette rencontre, orchestrée par le royaume saoudien, avait pour objectif de discuter d’un plan de stabilisation régional incluant la Syrie, le Liban et l’Irak.
Le président Ahmad al-Shar’ aurait accepté d’ouvrir un canal d’échange avec l’administration Trump, via l’intermédiaire de Jonathan Bass, homme d’affaires proche du président américain. Cette rencontre reflète la volonté saoudienne de se repositionner comme arbitre régional. Le rôle croissant de Riyad dans les dossiers syriens et libanais est interprété comme un signe d’autonomie diplomatique croissante vis-à-vis de Washington.
Rôle de la France et implications européennes
Dans ce contexte tendu, la France maintient un rôle actif, bien que discret. D’après Al Quds (6 juin 2025), des consultations ont eu lieu entre l’ambassadeur de France à Beyrouth et les ministères de la Défense et des Affaires étrangères libanais. Paris appelle à la retenue tout en défendant l’application stricte de la résolution 1701. Les diplomates français ont également souligné l’importance de maintenir les canaux humanitaires et d’éviter une crise migratoire à la frontière nord du Liban.
Des sources proches de l’Élysée, citées indirectement dans Al Joumhouriyat, évoquent un possible déplacement d’un émissaire spécial de l’Union européenne dans les jours à venir, dans le but de désamorcer l’escalade entre Israël et le Hezbollah, et d’évaluer les besoins humanitaires.
Turquie et Qatar : médiation parallèle en Palestine et en Méditerranée
La question palestinienne reste centrale dans les efforts de stabilisation régionale. Selon Al 3arabi Al Jadid (6 juin 2025), des contacts ont été établis entre le Qatar et la direction politique du Hamas pour proposer une plateforme de négociation sur un échange de prisonniers et une trêve à Gaza. Le médiateur américain Steven Witkoff a confirmé, par voie diplomatique, que ces efforts qataris sont soutenus par Washington.
La Turquie, de son côté, joue une partition plus discrète, mais les sources diplomatiques mentionnent une tentative d’Ankara de relancer les pourparlers de sécurité en Méditerranée orientale, incluant des discussions sur les frontières maritimes entre le Liban, Chypre et Israël.
Position israélienne sur le front diplomatique
Le gouvernement israélien, représenté par son Premier ministre Benjamin Netanyahou, a justifié les récentes frappes par la présence supposée de centres de production de drones en banlieue sud de Beyrouth. Selon Al Quds (6 juin 2025), l’État hébreu a confirmé que les attaques avaient été préalablement coordonnées avec Washington. Ce choix assumé affaiblit la portée des protestations libanaises auprès des instances internationales, selon plusieurs diplomates interrogés.
Israël affirme agir pour sa sécurité nationale et refuse toute enquête internationale, invoquant son droit à l’autodéfense. Le Conseil de sécurité, bien qu’interpellé par plusieurs membres non permanents, n’a pas encore fixé de session d’urgence.
Politique internationale : réajustements des équilibres globaux au cœur de la recomposition moyen-orientale
Le 6 juin 2025, la presse internationale et régionale révèle une série de mouvements diplomatiques majeurs qui reflètent une redistribution des rôles sur la scène mondiale. Les interactions entre les États-Unis, la Russie, l’Iran, la Chine, Israël et plusieurs puissances arabes marquent un tournant dans la dynamique stratégique post-ukrainienne et post-pandémique. Le Levant, incluant le Liban, la Syrie et la Palestine, s’impose de nouveau comme un théâtre central d’affrontement, mais aussi de médiations.
États-Unis : une diplomatie bilatérale pragmatique sous Donald Trump
La quatrième conversation téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine, rapportée par Al 3arabi Al Jadid (6 juin 2025), montre une volonté américaine de revenir à la table des négociations sur le dossier nucléaire iranien, tout en maintenant une posture de fermeté. Trump a ainsi déclaré : « L’Iran ne doit pas posséder l’arme nucléaire. Le temps presse pour prendre une décision. » Il a aussi accepté la médiation russe, jugeant qu’elle pourrait « débloquer une impasse stratégique ».
Parallèlement, le président américain poursuit son approche bilatérale en politique étrangère, en privilégiant des échanges directs avec les chefs d’État. Comme le révèle Al Sharq (6 juin 2025), il a récemment participé à une réunion à distance avec les présidents syrien Ahmad al-Shar’ et turc Recep Tayyip Erdogan, organisée par l’Arabie Saoudite. Cette configuration illustre le contournement des formats multilatéraux traditionnels, au profit d’arrangements ponctuels.
Russie : acteur stabilisateur ou puissance intéressée ?
La Russie s’affirme de plus en plus comme le point de passage obligé dans la résolution des crises moyen-orientales. Outre son rôle dans le dossier nucléaire iranien, elle s’investit dans la stabilisation du Levant, selon Al Quds (6 juin 2025). Poutine a annoncé sa visite prochaine à Téhéran, et son conseiller diplomatique, Youri Ouchakov, a évoqué « la volonté de Moscou de jouer un rôle utile dans la normalisation des relations entre l’Iran et ses voisins ».
Cette posture est toutefois nuancée par des analystes cités par Al Bina’ (6 juin 2025), qui rappellent que la Russie ne déploie pas de forces stabilisatrices dans la région et mise avant tout sur son poids diplomatique pour monnayer des positions dans d’autres dossiers, notamment africains ou européens.
Iran : offensive diplomatique discrète mais résolue
Téhéran, tout en acceptant le rôle de Moscou, continue d’exiger des garanties sur la levée des sanctions économiques. Dans une déclaration reprise par Al Quds (6 juin 2025), l’ayatollah Ali Khamenei a affirmé : « Ce que veulent les Américains, ce n’est pas seulement un gel nucléaire, mais une dépendance structurelle. L’indépendance nationale commence par une autonomie technologique. »
Le ministre iranien des Affaires étrangères, en tournée en Irak et au Liban, a indiqué que l’Iran « ne négociera pas sous pression ». Cette inflexibilité est aussi une manière de conserver son influence dans les espaces de tension, notamment en Syrie et au Liban.
Israël : intensification sécuritaire et agenda électoral
Les récents bombardements sur Gaza et Beyrouth s’inscrivent dans une logique de durcissement sécuritaire. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, cité dans Al 3arabi Al Jadid (6 juin 2025), a déclaré : « Nous n’avons d’autre choix que de neutraliser toutes les menaces qui émergent, même au cœur des quartiers résidentiels. » Il a aussi affirmé que « la coordination avec les États-Unis reste totale, y compris dans les décisions militaires ».
Ce positionnement est analysé comme une tentative de restaurer sa popularité en interne, alors que sa coalition est mise à mal par des scandales financiers. Les experts cités dans Ad Diyar (6 juin 2025) estiment que « l’escalade militaire pourrait être un levier pour détourner l’attention de la crise politique ».
Chine : repositionnement économique et surveillance stratégique
Si la Chine ne s’implique pas directement dans les crises sécuritaires actuelles, elle continue de renforcer sa présence économique dans la région. Comme l’indique un article de Al Quds (6 juin 2025), elle a récemment conclu des accords énergétiques avec l’Iran et l’Irak, et souhaite intégrer la Syrie dans son programme d’infrastructures transcontinentales.
Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a toutefois rappelé que « toute solution durable au Moyen-Orient nécessite le respect des principes de souveraineté et de non-ingérence ». Cette prise de position, bien que générale, souligne la volonté de Pékin de se présenter comme un arbitre neutre.
Europe : voix en retrait, préoccupations humanitaires
L’Union européenne apparaît affaiblie sur le plan diplomatique, faute d’unité de vue sur les dossiers du Proche-Orient. Selon Al Joumhouriyat (6 juin 2025), une délégation européenne devrait se rendre à Gaza pour évaluer les besoins humanitaires. La France, par le biais de son ambassadeur à Beyrouth, a réitéré son soutien au respect du droit international et à la résolution 1701.
Toutefois, l’UE reste peu audible dans les processus de négociation stratégique, souvent éclipsée par l’activisme américain et russe. Des diplomates cités dans Al Sharq évoquent un « vide d’influence européenne », notamment en ce qui concerne les leviers de pression sur Israël ou sur les groupes armés régionaux.
Émergence d’axes régionaux autonomes
Enfin, la recomposition des alliances arabes est une constante majeure de la scène internationale. L’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis multiplient les initiatives pour contenir les tensions, chacun selon son axe d’intérêts. Le Qatar, impliqué dans les négociations entre le Hamas et Israël, mise sur sa diplomatie humanitaire. L’Arabie Saoudite cherche à restructurer le Levant en incluant la Syrie dans une nouvelle logique régionale, comme le montre la réunion avec Trump et al-Shar’.
Cette dynamique est renforcée par l’affaiblissement du rôle traditionnel des puissances tutélaires occidentales. De plus en plus, ce sont des coalitions régionales fluides, ponctuellement alignées, qui déterminent le tempo des relations internationales au Moyen-Orient.
Économie : incertitudes financières et défis structurels au cœur du redressement libanais
Le 6 juin 2025, les journaux libanais mettent en lumière une série d’indicateurs économiques préoccupants, révélant la fragilité persistante du modèle libanais malgré certains signaux de reprise. L’agression israélienne récente a, en outre, exacerbé les tensions économiques, en particulier dans le secteur du tourisme et de l’investissement. Tandis que le gouvernement de Nawaf Salam célèbre ses cent jours, la situation économique demeure incertaine, prise en étau entre stagnation interne et dépendance aux soutiens extérieurs.
Stabilité monétaire et marché des changes
L’une des principales préoccupations exprimées dans Al Joumhouriyat (6 juin 2025) concerne la stabilité de la livre libanaise. Après une période d’appréciation modérée au début de l’année, le taux de change est reparti à la baisse face au dollar, atteignant 92 000 livres pour un dollar dans les jours précédant l’attaque israélienne, selon Al Sharq (6 juin 2025). Cette dépréciation s’explique par un double phénomène : une hausse des importations liée à la saison estivale, et un afflux limité de devises malgré l’ouverture partielle de la saison touristique.
Le marché parallèle reste le principal canal de change, malgré les efforts de la Banque centrale pour encourager l’utilisation de la plateforme Sayrafa. Les commerçants et prestataires de services, selon Al Bina’ (6 juin 2025), continuent de fixer leurs tarifs selon le taux du marché noir, introduisant une variabilité permanente dans les prix à la consommation.
Inflation et pouvoir d’achat
L’inflation, bien qu’en légère décélération depuis le pic de mars 2025, reste élevée. Les données publiées par le ministère de l’Économie, citées dans Ad Diyar (6 juin 2025), indiquent une hausse moyenne de 8 % des prix alimentaires entre avril et mai. Cette situation pèse lourdement sur les classes moyennes et populaires, d’autant que les salaires du secteur public n’ont pas été ajustés depuis le dernier décret de correction de fin 2024.
Dans plusieurs témoignages rapportés par Al Liwa’ (6 juin 2025), des familles décrivent leur difficulté à faire face aux dépenses liées à la fête de l’Aïd al-Adha. Le coût moyen d’un panier alimentaire pour un repas de fête a doublé en un an, selon une étude de l’Université libanaise relayée dans Al Akhbar (6 juin 2025).
Secteur bancaire : statu quo et attente de restructuration
Le dossier de la restructuration bancaire reste au point mort. Alors que le gouvernement avait promis une feuille de route claire dans ses premiers 100 jours, aucune mesure concrète n’a encore été mise en œuvre, selon Nida’ Al Watan (6 juin 2025). Le projet de loi sur la répartition des pertes reste bloqué entre le Parlement et les représentants de la Banque du Liban.
La fédération des déposants, quant à elle, continue de dénoncer la politique de gel des comptes en devises, considérée comme une « spoliation institutionnalisée », d’après Al Quds (6 juin 2025). Des manifestations ont eu lieu la semaine précédente devant le siège de la BDL à Hamra.
Tourisme : coup d’arrêt brutal au démarrage saisonnier
Le secteur touristique, qui montrait des signes de reprise avec l’annonce de 800 000 visiteurs attendus pour l’été, selon Al Sharq (6 juin 2025), a subi un choc avec les frappes israéliennes sur Beyrouth. Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers le Liban, entraînant une vague d’annulations de réservations.
Les professionnels du secteur, interrogés par Al Bina’, estiment que 30 à 40 % des séjours prévus pour la seconde moitié de juin ont déjà été annulés. La région du Metn et celle du Sud, qui comptaient sur un afflux libano-émigré important, enregistrent des pertes directes, notamment dans l’hôtellerie et la restauration.
Aide internationale et relations avec le FMI
Le programme d’aide du Fonds monétaire international reste suspendu à la conditionnalité des réformes. Al Joumhouriyat (6 juin 2025) rapporte que le chef de mission du FMI pour le Liban a exprimé « sa déception » face à l’absence de progrès législatif. Le gouvernement libanais, bien qu’ayant validé un plan de réformes budgétaires, peine à traduire ces engagements en lois effectives.
Une délégation libanaise devrait se rendre à Washington fin juin pour relancer les discussions, mais les analystes estiment que « sans consensus politique clair, aucun financement structurel ne sera débloqué », comme le note Al 3arabi Al Jadid (6 juin 2025).
Investissements et climat des affaires
Le climat d’investissement reste miné par l’instabilité politique et sécuritaire. Le rapport trimestriel de la chambre de commerce libanaise, cité dans Al Quds, signale une baisse de 25 % des nouvelles immatriculations d’entreprises par rapport à la même période en 2024. Les investisseurs attendent des signaux plus clairs sur la régulation bancaire et la stabilité des changes avant de réengager leurs capitaux.
Le Premier ministre Nawaf Salam a tenté de rassurer les milieux d’affaires lors d’une intervention devant le syndicat des industriels, en affirmant : « Le Liban reste une destination stratégique pour la relocalisation industrielle régionale, à condition de retrouver une stabilité juridique et logistique. »
Énergies, agriculture et biens essentiels
Enfin, les secteurs de l’énergie et de l’agriculture demeurent en souffrance. La dépendance à l’importation d’hydrocarbures continue de faire fluctuer le coût de la production. Selon Ad Diyar, le ministère de l’Énergie envisage de négocier de nouveaux accords avec l’Égypte pour assurer l’approvisionnement en gaz.
Dans le domaine agricole, la sécheresse enregistrée dans la Békaa et le Sud pourrait entraîner une baisse de 30 % de la production de légumes d’été, selon les données de la FAO relayées par Al Akhbar. Les coopératives agricoles demandent des subventions d’urgence, notamment pour les semences et le carburant.
Justice : enquêtes en cours, blocages institutionnels et pression de l’opinion publique
Le secteur judiciaire libanais reste l’un des plus affectés par les dysfonctionnements structurels de l’État. Le 6 juin 2025, plusieurs journaux libanais relatent des affaires en cours, des décisions judiciaires bloquées ou différées, ainsi que des critiques croissantes sur l’indépendance des magistrats. Dans un climat tendu par les récents événements sécuritaires, la justice apparaît comme un terrain de contestation entre revendications populaires, pressions politiques et inertie institutionnelle.
Dossier des portefeuilles bancaires gelés et conflits juridico-politiques
Une nouvelle plainte collective déposée par un groupe de déposants contre plusieurs banques commerciales et la Banque du Liban a été enregistrée devant le tribunal de première instance de Beyrouth. Cette action, relayée par Al Quds (6 juin 2025), vise à contester la légalité du gel prolongé des comptes en devises, dénoncé comme une confiscation illégitime.
L’association des déposants a tenu une conférence de presse devant le palais de justice, appelant à la levée des restrictions sur les retraits bancaires, tout en exigeant la mise en examen de hauts responsables financiers. Le président du Syndicat des avocats de Beyrouth a exprimé son soutien partiel, estimant que « la justice doit pouvoir trancher, indépendamment des calculs économiques ou politiques ».
Affaire de corruption au ministère des Travaux publics
Selon Al Akhbar (6 juin 2025), un dossier de détournement de fonds publics concernant des projets de réhabilitation routière dans la région du Chouf est actuellement en instruction. Les magistrats chargés de l’enquête soupçonnent plusieurs fonctionnaires d’avoir surévalué les contrats de bitumage et de drainage dans le but de reverser des commissions illégales à des intermédiaires politiques locaux.
Un ancien directeur général du ministère a été convoqué pour audition, mais son avocat a invoqué des problèmes de santé pour justifier son absence. Le juge d’instruction a ordonné la saisie de documents comptables et de correspondances électroniques. Cependant, selon Nida’ Al Watan (6 juin 2025), le processus reste entravé par le manque de coopération de certains services administratifs.
Crimes et homicides : hausse des faits divers violents
Les faits divers violents sont également en hausse, selon les données du ministère de l’Intérieur rapportées dans Ad Diyar (6 juin 2025). Entre janvier et mai 2025, on recense une augmentation de 17 % des homicides par arme à feu, en particulier dans les régions périphériques. La récente affaire d’un triple meurtre à Baalbeck a relancé le débat sur l’accès aux armes légères et la prolifération de milices locales.
Dans cette affaire, la victime principale était un responsable municipal connu pour sa lutte contre le trafic de drogue. L’enquête est dirigée par la brigade criminelle de la région du Hermel, mais les suspects identifiés n’ont pas encore été interpellés. Des journalistes de Al Bina’ (6 juin 2025) soulignent que plusieurs témoins refusent de coopérer, craignant des représailles.
Lenteurs judiciaires et critiques institutionnelles
Le syndicat des magistrats a publié un communiqué critiquant le sous-financement chronique de la justice. Le texte, reproduit dans Al Liwa’ (6 juin 2025), déplore l’état des palais de justice, l’insuffisance des greffiers et l’absence de moyens logistiques. Il appelle également à une réforme de l’indépendance de la magistrature, citant les ingérences du pouvoir exécutif dans plusieurs affaires sensibles.
Le bâtonnier de Tripoli a déclaré que « la justice libanaise souffre autant que les citoyens qu’elle est censée protéger. » Plusieurs ONG, dont Legal Agenda, évoquent un climat d’impunité, notamment dans les affaires de corruption politique. Leurs rapports récents dénoncent « une instrumentalisation du pouvoir judiciaire pour bloquer ou diluer les dossiers sensibles ».
Affaires liées à la guerre et enquêtes sur les bombardements
La nuit du 5 au 6 juin 2025 a entraîné l’ouverture de plusieurs enquêtes judiciaires relatives aux dommages humains et matériels causés par les frappes israéliennes. Le parquet militaire a été saisi pour déterminer s’il existe des preuves de crimes de guerre, en particulier l’usage de munitions incendiaires contre des zones civiles.
Comme le rapporte Al Joumhouriyat (6 juin 2025), des experts indépendants ont été sollicités pour documenter les impacts sur les immeubles de Hadath et de Bourj el-Barajneh. Une coordination a été mise en place avec la FINUL, mais l’absence de mandat explicite de la Cour pénale internationale entrave l’ouverture d’une instruction formelle.
Blocage du dossier sur l’explosion du port de Beyrouth
Le dossier de l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020 reste paralysé. Aucune nouvelle audition n’a eu lieu depuis février 2025. Le juge Tarek Bitar, toujours officiellement en charge du dossier, se voit refuser l’accès à certains documents essentiels sous couvert du secret d’État. Selon Al Sharq (6 juin 2025), cette obstruction serait motivée par la crainte d’implications politiques directes de figures encore en poste.
Des familles de victimes ont organisé un sit-in silencieux le 5 juin devant le port, appelant à une relance immédiate de l’enquête. Leur porte-parole a dénoncé un « crime institutionnalisé du silence ». Le dossier reste l’un des plus symboliques de l’échec de l’appareil judiciaire à garantir la vérité et la responsabilité.
Tensions entre instances judiciaires et exécutives
Enfin, une polémique oppose actuellement le Conseil supérieur de la magistrature au ministre de la Justice, à propos des nominations de juges. Le ministre a rejeté une liste transmise par le CSM, considérant qu’elle ne respecte pas « l’équilibre confessionnel ». Cette décision a été vivement critiquée dans Nida’ Al Watan (6 juin 2025), où des juristes dénoncent « une subordination politique rampante de la justice ».
Le président Joseph Aoun a déclaré que « l’indépendance du pouvoir judiciaire est un pilier fondamental de toute démocratie », sans commenter directement le différend. Mais ce conflit illustre les tensions persistantes entre volonté de réforme et intérêts partisans.
Culture : entre héritage artistique, création contemporaine et résilience culturelle
Le paysage culturel libanais, le 6 juin 2025, se distingue par une série d’initiatives artistiques, de publications littéraires et d’événements soulignant la vitalité du secteur, malgré les tensions sécuritaires et les défis économiques. Les journaux accordent une place significative à la culture, perçue à la fois comme un vecteur de résistance symbolique et comme un champ d’expression collective.
Mode et design : Elie Saab à la Biennale de Florence
Le couturier libanais Elie Saab fait l’actualité avec sa participation à la Biennale de design et de mode de Florence, en Italie. Selon Al Bina’ (6 juin 2025), il y présente une collection intitulée « Mémoire des cèdres », inspirée de motifs floraux et architecturaux typiques du Mont-Liban. La presse italienne salue cette initiative comme « une leçon d’élégance méditerranéenne », selon des extraits cités par le journal.
Dans une interview accordée à Al Quds (6 juin 2025), Saab affirme que « la culture libanaise ne s’exporte pas, elle voyage naturellement, car elle parle à tous les sens ». Il a aussi évoqué l’importance de relier la couture à l’histoire du pays, précisant que certaines pièces sont brodées avec des vers extraits de poètes libanais du XXe siècle.
Littérature : parutions nouvelles et mémoire de la guerre
Deux publications notables sont évoquées dans Al Joumhouriyat (6 juin 2025). La première est le roman « Rue de l’églantier », de l’écrivaine Joumana Haddad, qui retrace l’enfance d’une fille chrétienne dans un Beyrouth divisé par la guerre civile. Le livre, bien que fictionnel, s’inspire de souvenirs familiaux et adopte un style épuré, dans la lignée de l’écriture minimaliste.
La seconde œuvre, « Ce que les pierres racontent », de Ziad Majed, est une compilation d’essais sur le patrimoine architectural libanais détruit ou abandonné depuis 1975. L’auteur, politologue de formation, y mêle analyse historique, témoignages d’architectes et réflexions sur la perte d’identité urbaine.
Cinéma et mémoire : projections autour du conflit palestinien
Plusieurs projections de films ont été organisées à l’Institut français de Beyrouth et à la Cinematheque du Sud. Al Sharq(6 juin 2025) mentionne en particulier la diffusion du film « Wajh al-Madina » de Nadine Labaki, consacré à la vie quotidienne à Gaza, filmé en collaboration avec des cinéastes palestiniens. La réalisatrice y explore, sans voix off, les gestes simples du quotidien sous les bombardements.
Une table ronde a suivi la projection, avec la participation d’universitaires et de membres d’ONG, sur le thème : « L’image comme résistance : filmer au lieu de pleurer ». Cet événement a attiré un large public, malgré la proximité temporelle des frappes israéliennes sur Beyrouth.
Musique : concerts solidaires et continuité artistique
Dans un contexte troublé, plusieurs artistes libanais maintiennent leur programmation. Le compositeur Marcel Khalifé, figure emblématique de la chanson engagée, a donné un concert acoustique à Tyr, selon Al Liwa’ (6 juin 2025), dédié aux victimes des récentes violences. Il a interprété des textes de Mahmoud Darwich et de Gibran Khalil Gibran, dans une ambiance sobre et recueillie.
Le concert a été retransmis en direct sur plusieurs plateformes numériques, dont celle de l’Université américaine de Beyrouth. Selon les organisateurs, plus de 50 000 connexions ont été recensées dans les premières 24 heures, illustrant le besoin d’un espace de communion artistique au-delà de la peur.
Expositions : retour sur les archives de la guerre civile
Le musée Sursock, récemment rouvert après sa restauration, accueille l’exposition « Des archives aux récits : regards croisés sur la guerre », présentée par Al Akhbar (6 juin 2025). Elle rassemble des documents, photos, dessins et témoignages de civils, militaires, artistes et enfants ayant vécu la guerre civile entre 1975 et 1990.
Le commissaire de l’exposition souligne que « l’objectif n’est pas de juger, mais de permettre aux jeunes générations de comprendre ce qu’on leur a volontairement caché ». L’exposition inclut également un espace interactif où les visiteurs peuvent enregistrer leur propre récit oral ou écrire un témoignage sur des supports manuscrits.
Agenda culturel en cours et à venir
Selon Al Quds et Nida’ Al Watan (6 juin 2025), plusieurs événements sont maintenus ou annoncés dans les jours à venir :
- Le festival de jazz de Zouk Mikael est maintenu, avec des artistes du Liban, de France et du Canada. L’organisation prévoit des concerts en plein air avec accès limité pour des raisons de sécurité.
- Une exposition collective de jeunes photographes libanais intitulée « Instants suspendus » est prévue au centre culturel de Tripoli.
- La pièce de théâtre « Les os du Levant », écrite par Fadi Tabet, sera jouée à la salle Monnot le 8 juin.
- La Fondation Charles Corm accueille une lecture-performance autour de textes de poésie contemporaine syrienne.
- L’artiste visuel Hatem Imam inaugure une installation immersive intitulée « Solstice vertical », au Beirut Art Center.
Résilience culturelle et politiques publiques
Enfin, plusieurs voix du secteur appellent à une politique publique plus soutenue en matière culturelle. Le Syndicat des artistes libanais, dans une déclaration publiée dans Ad Diyar (6 juin 2025), plaide pour la création d’un fonds d’urgence culturel et d’une caisse de retraite pour les artistes. La ministre de la Culture a promis une réforme du statut des professions artistiques, mais sans calendrier précis.
Selon les observateurs, la culture au Liban continue de s’affirmer comme un espace d’expression libre, malgré l’effondrement des structures de financement. Elle apparaît même, pour une partie de la population, comme un dernier bastion de cohérence nationale.



