Dans un contexte de tensions régionales persistantes et de préparatifs intenses pour les élections législatives libanaises prévues le 10 mai 2026, le chef du parti des Forces libanaises, Samir Geagea, a procédé à une annonce significative depuis le siège du parti à Maarab. Il a officiellement désigné la députée Strida Touc Geagea et l’ancien député Joseph Ishak comme candidats pour les deux sièges maronites du caza de Bcharreh. Cette décision marque le coup d’envoi officiel de la campagne électorale dans ce district montagneux du Nord-Liban, une zone historiquement fidèle aux Forces libanaises et emblématique des dynamiques confessionnelles du pays.
L’annonce a eu lieu lors d’une réunion rassemblant les cadres du parti, les responsables des centres locaux, leurs adjoints, les coordinateurs étudiants et les membres de la machine électorale. Samir Geagea a déclaré que la commission exécutive des Forces libanaises avait décidé de reconduire Strida Touc Geagea et Joseph Ishak pour ces postes. Il a insisté sur le fait que cette choix n’était pas arbitraire, mais fondé sur les qualités et les réalisations des deux candidats, connues de tous au sein du parti et de la communauté locale.
Un choix fondé sur l’expérience et les réalisations
Samir Geagea a souligné que la reconduction de Strida Geagea et Joseph Ishak n’était pas motivée par des considérations personnelles ou familiales, mais par une évaluation objective de leurs compétences. « Vous connaissez bien notre camarade Strida et notre camarade Joseph, vous vivez avec eux au quotidien, et vous savez quelles sont leurs qualités », a-t-il affirmé devant l’assemblée. Ces qualités, selon lui, ont conduit à une approbation unanime au sein de la commission exécutive, sans recours à un vote majoritaire.
Strida Geagea, épouse de Samir Geagea et députée sortante, est une figure centrale des Forces libanaises depuis des années. Élue pour la première fois en 2005, elle a occupé divers rôles au Parlement, notamment au sein des commissions des finances et du budget, où elle s’est distinguée par ses interventions sur les questions économiques et les réformes administratives. Dans le caza de Bcharreh, elle est créditée d’initiatives en matière d’infrastructures, comme l’amélioration des routes et des réseaux d’eau, dans une région qui a longtemps souffert d’un sous-développement chronique. Joseph Ishak, ancien député, est quant à lui reconnu pour son engagement local, ayant servi dans des mandats précédents où il s’est focalisé sur les dossiers liés à l’agriculture et au tourisme, secteurs vitaux pour l’économie de Bcharreh, connue pour ses cèdres millénaires et ses sites historiques.
Samir Geagea a adressé un message direct aux deux candidats, les exhortant à redoubler d’efforts. « Atteindre le sommet du succès est difficile, mais y rester l’est encore plus », a-t-il déclaré. Il a rappelé le chemin parcouru depuis les élections précédentes : « Lorsque nous sommes arrivés au Parlement pour Bcharreh, il n’y avait pas de routes, pas d’infrastructures, pas d’eau, rien. Aujourd’hui, pour accomplir quelque chose, il faut creuser dans le rocher. » Cette métaphore illustre les défis accrus dans un Liban en crise, où les attentes des électeurs sont plus élevées face à l’effondrement économique et aux instabilités sécuritaires.
Les enjeux d’une élection pivotal pour la souveraineté
Ces élections de 2026 ne sont pas un scrutin ordinaire, a insisté Samir Geagea. Elles représentent une étape décisive dans le processus de récupération de l’État et de consolidation de sa souveraineté. Bcharreh, a-t-il ajouté, restera la pointe de lance dans la défense du projet étatique. Ce discours s’inscrit dans le contexte plus large des dynamiques libanaises actuelles, marquées par l’affaiblissement du Hezbollah suite au conflit avec Israël en 2023-2024 et à la chute du régime Assad en Syrie. Le parti des Forces libanaises, traditionnellement opposé au Hezbollah, voit dans ce scrutin une opportunité de renforcer son influence au Parlement, où il détient actuellement une vingtaine de sièges.
Le calendrier électoral, fixé par le décret du ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar, prévoit le vote des résidents libanais le 10 mai 2026, tandis que la diaspora votera les 1er et 3 mai, selon les pays de résidence. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 10 mars 2026, et les préparatifs administratifs sont en cours, malgré les débats persistants sur la loi électorale, notamment concernant le vote des expatriés et la possibilité d’ajouter six sièges dédiés à la diaspora. Le président du Parlement, Nabih Berri, a réaffirmé l’engagement à tenir les élections à la date prévue, rejetant toute idée de report malgré les appels de certains en raison des tensions sécuritaires au sud du pays.
Dans ce cadre, l’annonce de Samir Geagea intervient alors que d’autres formations politiques se mobilisent. Saad Hariri, ancien Premier ministre, a indiqué que son Mouvement du Futur participerait au scrutin, marquant un retour après son retrait en 2022. Du côté chiite, des candidats indépendants challengent le duopole Hezbollah-Amal, signe d’une fragmentation potentielle dans cette communauté. Le nouveau gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, et la présidence de Joseph Aoun, élu en 2025, incarnent un virage vers une réduction de l’influence iranienne via le Hezbollah, avec un accent sur la réforme et la souveraineté.
Bcharreh, un bastion historique des Forces libanaises
Le caza de Bcharreh, situé dans le gouvernorat du Liban-Nord, est une enclave maronite où les Forces libanaises ont toujours dominé électoralement. Lors des élections de 2022, Strida Geagea et Joseph Ishak ont remporté les deux sièges maronites avec des marges confortables, bénéficiant d’un soutien massif de la population locale, estimée à environ 50 000 habitants, dont une part significative d’expatriés. Ce district, qui comprend 22 villages, est connu pour son relief montagneux, ses forêts de cèdres classées au patrimoine mondial de l’Unesco, et son rôle dans l’histoire chrétienne libanaise, abritant le monastère de Saint-Charbel et la vallée de Qadisha.
Historiquement, Bcharreh a été un foyer de résistance pendant la guerre civile (1975-1990), où Samir Geagea a émergé comme leader des milices chrétiennes. Aujourd’hui, le district fait face à des défis économiques exacerbés par la crise libanaise : chômage élevé, dévaluation de la livre, et dépendance au tourisme et à l’agriculture. Les réalisations attribuées aux députés sortants incluent des projets d’irrigation, de routes asphaltées et d’électrification, financés par des aides internationales et des fonds locaux. Samir Geagea a insisté sur la nécessité de poursuivre ces efforts, avertissant que tout relâchement signifierait la fin du progrès : « À l’instant où nous nous reposons sur nos lauriers, nous sommes finis. »
Le lancement de la machine électorale
Parallèlement à l’annonce des candidats, Samir Geagea a officiellement lancé la machine électorale dans le caza de Bcharreh. Cette stratégie comprend un plan organisationnel complet : mobilisation des centres des Forces libanaises dans les 22 villages, activation du travail de terrain et des contacts directs avec les habitants, accompagnement des électeurs résidents et expatriés, et préparation logistique, organisationnelle et médiatique pour le jour du scrutin. Pour les expatriés, le vote est prévu le 1er ou le 3 mai, tandis que les résidents voteront le 10 mai.
Les participants à la réunion ont affirmé que Bcharreh restera « le chiffre difficile dans l’équation du Nord », soulignant l’unité populaire autour des candidats des Forces libanaises. Cette mobilisation vise à maximiser le taux de participation et le quotient électoral, dans un système proportionnel confessionnel qui favorise les listes fortes. Samir Geagea a appelé à un état d’alerte maximal au sein du parti et de la population, pour traduire ce soutien en victoire aux urnes, vue comme un triomphe pour l’option étatique et un rejet des tentatives de discrédit.
Des défis accrus dans un Liban en mutation
Les élections de 2026 se déroulent dans un Liban transformé par les événements récents. La guerre Israël-Hezbollah de 2023-2024 a laissé des séquelles, avec des destructions au sud et une économie exsangue. Le PIB a chuté de plus de 50 % depuis 2019, l’inflation dépasse les 100 %, et la dette publique avoisine les 150 milliards de dollars. Le gouvernement Salam, soutenu par la communauté internationale, met l’accent sur les réformes exigées par le FMI pour débloquer des aides, incluant la restructuration bancaire et la lutte contre la corruption.
Pour les Forces libanaises, ce scrutin est l’occasion de consolider leur bloc parlementaire, qui a joué un rôle clé dans l’élection de Joseph Aoun à la présidence, perçu comme un rempart contre l’influence du Hezbollah. Le parti milite pour le désarmement des milices, en ligne avec la résolution 1701 de l’ONU, et pour une loi électorale favorisant une représentation plus équitable de la diaspora, estimée à plus de 15 millions de personnes.
Samir Geagea a conclu son discours par des félicitations au parti et aux candidats, soulignant l’esprit d’équipe : « Je veux nous féliciter, féliciter notre camarade Strida et notre camarade Joseph, et vous féliciter tous pour cet esprit d’équipe intégré qui se complète mutuellement. » Il a exhorté à maintenir cette dynamique pour assurer plus de succès dans le prochain mandat.
Les implications immédiates pour le Nord-Liban
Dans le gouvernorat du Liban-Nord, où Bcharreh est enclavé, les dynamiques électorales impliquent une concurrence accrue. Les Forces libanaises y affrontent traditionnellement des alliances incluant le Courant patriotique libre de Gebran Bassil et des indépendants. Avec le retour du Mouvement du Futur de Hariri, les sunnites pourraient renforcer leur présence, altérant les équilibres confessionnels. À Bcharreh, la mobilisation des expatriés sera cruciale, car ils représentent une part significative des électeurs inscrits, avec des registrations ouvertes jusqu’en novembre 2025.
Les préparatifs incluent des campagnes de sensibilisation pour encourager l’inscription, particulièrement parmi les jeunes et les femmes, qui ont joué un rôle pivot dans les élections de 2022. Les défis sécuritaires persistent, avec des tensions sporadiques au sud influençant le climat national, mais le district de Bcharreh reste relativement stable. Les autorités locales coordonnent avec le ministère de l’Intérieur pour assurer la logistique, incluant la sécurisation des bureaux de vote et la formation des agents électoraux.
Cette annonce de Samir Geagea renforce la position des Forces libanaises dans le Nord, où elles contrôlent plusieurs municipalités suite aux élections locales de 2025. Les implications immédiates touchent à la coordination interpartisane, avec des discussions en cours sur des listes alliées pour maximiser les sièges. Le parti met l’accent sur des thèmes comme la souveraineté, la réforme économique et le développement régional, alignés sur les priorités du gouvernement actuel.
Les efforts de terrain se multiplient, avec des visites domiciliaires, des réunions communautaires et des campagnes numériques ciblant les expatriés. Les responsables des Forces libanaises dans Bcharreh ont détaillé un plan incluant la surveillance des listes électorales et la préparation aux recours potentiels, dans un système où les fraudes passées ont été dénoncées. Ces mesures visent à garantir un processus transparent, essentiel pour légitimer les résultats dans un Liban divisé.



