Dans une intervention télévisée diffusée le 29 janvier 2026 sur la chaîne MTV, dans l’émission « Sar el Wa2t », le chef du parti des Forces libanaises, Samir Geagea, a lancé un appel ferme en faveur d’une décision politique explicite visant à dissoudre l’aile militaire du Hezbollah. Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par des tensions régionales persistantes, notamment après les récentes menaces proférées par le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Naim Qassim, qui a affirmé, le 27 janvier, que toute agression contre l’Iran serait considérée comme une attaque contre son organisation et pourrait enflammer la région entière. Geagea, figure centrale de l’opposition au Hezbollah, a insisté sur la nécessité de restaurer la souveraineté de l’État libanais, arguant que la persistance d’une structure armée parallèle entrave toute reconstruction nationale. Cette sortie médiatique, riche en détails sur les défis politiques, économiques et sécuritaires du Liban, reflète les dynamiques actuelles d’un pays encore fragilisé par les conflits passés et les crises internes.
Un appel pressant à la dissolution de l’aile militaire
Samir Geagea a été catégorique : « Il faut une décision politique claire pour dissoudre l’aile militaire du Hezbollah ». Il a souligné que cette mesure n’implique pas une confrontation armée, mais plutôt une série d’actions administratives, judiciaires et financières pour réaffirmer l’autorité de l’État. Selon lui, le Hezbollah, en conservant son arsenal et son organisation militaire – incluant un conseil jihadiste et des responsables militaires dans chaque région et village –, maintient une emprise qui empêche toute avancée significative. Geagea a rappelé que, malgré les rapports militaires indiquant une remise partielle d’armes au sud du Litani, le cœur du problème réside dans l’absence de transfert réel du pouvoir décisionnel sur la guerre et la paix. « La question n’est pas le nombre de missiles ou de drones, mais le contrôle de la souveraineté », a-t-il déclaré, en référence aux déclarations de Naim Qassim qui, quelques jours plus tôt, avait affirmé que le Hezbollah ne resterait pas neutre en cas de guerre entre les États-Unis et l’Iran, alignant ainsi le Liban sur les intérêts iraniens.
Cette position de Geagea s’ancre dans les événements récents. Le 27 janvier, Qassim a qualifié les menaces américaines contre le guide suprême iranien, Ali Khamenei, comme une menace directe contre des millions de chiites, dont son organisation. Il a averti que « une guerre contre l’Iran enflammerait la région », une déclaration qui, selon Geagea, fournit à Israël un prétexte pour des escalades futures et sape la sécurité nationale libanaise. Geagea a critiqué l’inaction du gouvernement, appelant le cabinet présidé par Nawaf Salam – formé le 8 février 2025 – à agir promptement. Il a suggéré que le Conseil des ministres adresse un message clair au Hezbollah, refusant tout discours qui outrepasse la loi et le constitution, et mobilise les instances judiciaires pour poursuivre de tels agissements. « Ce type de discours est un outrage à la loi, à la constitution et à l’État libanais », a-t-il martelé, en évoquant la responsabilité du président Joseph Aoun, élu le 9 janvier 2025, et du gouvernement dans la restauration de l’autorité étatique.
Geagea a également pointé du doigt les implications immédiates de cette situation. Il a noté que les pays amis du Liban, comme l’Arabie saoudite et les États du Golfe, maintiennent des restrictions sur les voyages de leurs citoyens vers le Liban en raison de la présence armée du Hezbollah. « Personne n’est prêt à aider le Liban tant que persiste cette réalité nommée Hezbollah », a-t-il affirmé. Il a insisté sur le fait que les réformes, bien que nécessaires, restent insuffisantes sans une résolution de ce dossier central. Geagea a évoqué les tentatives du président Aoun et du Premier ministre Salam pour gérer la situation avec prudence, mais a averti que l’absence d’une position ferme épuise le crédit du mandat présidentiel et plonge le pays dans une impasse plus profonde.
Les tensions régionales au cœur du débat
Les déclarations de Geagea interviennent alors que le Liban tente de consolider la cessation des hostilités conclue en novembre 2024 avec Israël, suite à une année de conflits frontaliers intenses. Ces affrontements, initiés par le Hezbollah en soutien aux Palestiniens de Gaza, ont causé des destructions massives au sud du Liban, avec des villages dévastés et des milliers de déplacés. Geagea a rappelé que les habitants du sud passent leurs jours loin de leurs foyers depuis plus d’un an, soulignant la nécessité d’une approche globale pour gérer les responsabilités de l’État. Il a critiqué la confiscation par le Hezbollah du droit de décider de la guerre et de la paix, qualifiant cela de « cœur de la crise ». En référence aux résolutions onusiennes, notamment la 1701 de 2006, qui prévoit le déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du Litani, Geagea a affirmé que l’armée accomplit son rôle technique, mais que la décision politique reste aux mains du Hezbollah.
Il a également abordé les spéculations sur une possible frappe contre l’Iran, alimentées par les positions de l’administration américaine sous Donald Trump. Geagea a indiqué que, d’après les suivis diplomatiques et médiatiques, des mouvements préliminaires pourraient précéder toute escalade. Il a exprimé des craintes que l’État libanais ajuste ses décisions en fonction de menaces potentielles contre l’Iran, soulignant que le Hezbollah, en alignant le Liban sur Téhéran, commet une « crime contre son environnement et contre tous les Libanais ». Qassim, dans son discours du 27 janvier, avait réitéré que le Hezbollah se tiendrait aux côtés de l’Iran en cas de conflit, une stance que Geagea a qualifiée de sortie flagrante de la loi, appelant à une réaction immédiate du gouvernement pour protéger la souveraineté libanaise.
Geagea a insisté sur le fait que dissoudre l’aile militaire du Hezbollah ne signifie pas attaquer des régions spécifiques comme la banlieue sud de Beyrouth, mais plutôt imposer la logique de l’État. « L’État possède des capacités bien supérieures à ce que certains imaginent », a-t-il dit, en évoquant le contrôle des aéroports, ports et infrastructures publiques. Il a proposé que le Conseil des ministres adopte une résolution claire interdisant les ailes militaires des partis, sans exception, et obligeant tout membre affilié à une telle structure à démissionner immédiatement. Cette mesure, selon lui, marquerait le début d’un processus où l’armée pourrait ensuite intervenir pour l’exécution technique.
Vers des alliances électorales élargies
À l’approche des élections législatives prévues pour mai 2026, Geagea a annoncé que les Forces libanaises se préparent à une campagne vigoureuse, visant à obtenir le plus grand nombre de sièges pour promouvoir leur vision. Il a révélé une orientation vers une alliance nationale large couvrant la plupart des régions et circonscriptions, sous le slogan de leur projet politique bien connu. « Nous entrerons dans ces élections avec toute notre force », a-t-il déclaré, en excluant tout partenariat avec l’axe de la résistance ou le Courant patriotique libre (CPL) de Gebran Bassil, qu’il a accusé d’avoir mené le pays à la ruine au cours des vingt dernières années.
Geagea a mis en garde contre les candidatures indépendantes ou centristes qui, bien que portées par des individus intègres, manquent d’impact collectif dans le parlement. Il a suggéré que ces indépendants forment un bloc unifié de dix à vingt députés pour influencer les décisions, plutôt que de rester dispersés. Il a loué la cohésion du bloc des Forces libanaises et des Kataëb, ainsi que des forces souverainistes, qui totalisent environ soixante-dix députés contre trente à trente-cinq pour l’axe de la résistance. Des négociations avancées avec les Kataëb sont en cours pour une alliance couvrant l’ensemble du Liban, avec des discussions spécifiques dans des circonscriptions comme Kesrouan et Baabda.
Il a également commenté le décret signé par le ministre de l’Intérieur Ahmad Al-Hajjar, convoquant les électeurs pour des scrutins échelonnés : les expatriés dans les pays arabes vers le 20 avril, en Europe et Amérique fin avril, et au Liban le 3 mai. Geagea a noté une observation légale sur le respect du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par la loi, appelant à des ajustements pour éviter toute contestation. Il a insisté sur la nécessité de modifier la loi électorale pour annuler la 16e circonscription et permettre aux expatriés de voter au Liban, un compromis convenu entre le président Aoun et le président du parlement Nabih Berri.
Bilan économique et défis de la reconstruction
Geagea a dressé un tableau contrasté de la situation économique, rejetant les atmosphères pessimistes tout en reconnaissant les défis. Il a salué le surplus budgétaire d’environ un milliard de dollars enregistré pour 2025 et début 2026, signe que les affaires progressent dans la bonne direction. Cependant, il a comparé la situation à une « roquette à deux ou trois mètres du sol », où il est difficile de déterminer si elle monte ou descend, appelant à une lecture calme et mesurée.
Sur le secteur de l’énergie, Geagea a qualifié la nomination de l’autorité de régulation de l’électricité de « plus grande réalisation » dans ce dossier. Il a loué les améliorations progressives des heures d’alimentation sous le ministre Joe Saddi, notant que la production oscille entre quatre et huit heures par jour sans charger le trésor public, contrairement aux années précédentes où un milliard de dollars annuels étaient dépensés. Il a attribué les retards à l’héritage du CPL, accusant Bassil d’avoir bloqué les investissements privés et causé des pertes cumulées de 23,5 milliards de dollars. Geagea a révélé que le coût de location des bateaux-générateurs s’élevait à 1,1 milliard de dollars, fonds qui auraient pu construire des centrales produisant mille mégawatts. Il a cité un communiqué du Trésor américain du 6 novembre 2020, sanctionnant Bassil pour corruption, en l’accusant d’avoir dirigé des fonds publics vers des proches via des sociétés écrans.
Pour la reconstruction du sud, Geagea a estimé le coût minimal à dix milliards de dollars, insistant sur la fin de l’état de guerre et l’obtention d’aides internationales. Il a critiqué le Hezbollah pour avoir entraîné la région dans le conflit, laissant les habitants déplacés et l’économie exsangue. « Celui qui détruit ne peut pas reconstruire », a-t-il dit, appelant à une sortie définitive de la guerre pour attirer les amis du Liban.
Critiques virulentes contre Gebran Bassil
Geagea n’a pas mâché ses mots contre Bassil, le qualifiant de « plus grand escroc » dans la gestion de l’électricité. Il a rappelé les sanctions américaines de 2020, accusant Bassil d’avoir utilisé ses postes ministériels pour enrichir ses proches. « Une université spécialisée dans le mensonge et l’escroquerie, présidée par Bassil, attirerait des foules », a-t-il ironisé. Geagea a rejeté la demande de Bassil pour un débat télévisé, affirmant que « je ne peux pas débattre avec le président de la plus grande université du monde dans ce domaine ».
Il a défendu les ministres des Forces libanaises, comme Youssef Raji aux Affaires étrangères et Joe Saddi à l’Énergie, contre les accusations de Bassil, arguant qu’ils appliquent le programme gouvernemental et la volonté de la majorité. Geagea a nié toute pression américaine, affirmant que les mesures actuelles répondent à des demandes libanaises datant de vingt ans.
Perspectives sur la stratégie de défense et les négociations
Geagea a rejeté les propositions de stratégie de défense impliquant des accords parallèles avec le Hezbollah, insistant sur le rôle exclusif de l’armée et du Conseil des ministres. Il a critiqué les mécanismes tripartites (ONU, armée libanaise, Israël) comme obsolètes, appelant à des négociations politiques directes pour résoudre les points d’occupation et stabiliser la frontière. « Cela ne signifie pas une normalisation, mais une stabilité ouvrant des horizons économiques », a-t-il expliqué.
Il a commenté les divergences entre le Hezbollah et Nabih Berri sur le monopole des armes, notant que Berri, « intelligent et habile », doit être jugé sur ses actes plutôt que ses paroles. Geagea a exclu tout soutien à Berri pour la présidence du parlement lors des prochaines élections, rappelant vingt ans d’opposition.
Enfin, sur les relations avec le président Aoun, Geagea a admis des divergences initiales sur le rythme des réformes, mais a noté une convergence récente due aux expériences accumulées. « Nous voyons désormais le problème du même angle », a-t-il dit, soulignant des discussions intenses pour avancer.
Les préparatifs électoraux en cours
Le décret convoquant les électeurs marque le début concret des préparatifs pour les législatives de mai 2026. Geagea a insisté sur le respect des délais légaux et des ajustements nécessaires, comme l’annulation de la 16e circonscription pour intégrer les expatriés. Il a affirmé que le gouvernement, malgré les défis matériels comme la carte magnétique, procédera aux élections selon la loi en vigueur si le parlement n’agit pas. Les Forces libanaises visent une alliance large, excluant les axes pro-Hezbollah, pour maximiser les sièges et promouvoir une vision souverainiste. Geagea a mis en garde contre les candidatures dispersées qui diluent l’impact, appelant à des blocs cohérents pour influencer le paysage post-électoral. Ces élections, dans un contexte de reconstruction et de tensions sécuritaires, testeront la capacité du Liban à renouer avec une stabilité institutionnelle.



