mercredi, février 25, 2026

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Sud-Liban: le retour impossible des déplacés

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Villages éventrés, vies suspendues

Dans les villages et petites villes du Sud, la question du retour ne se pose même plus pour une partie des familles déplacées. Les bombardements et frappes ciblées continuent de transformer les localités situées au-delà du Litani en champ de ruines, au point que des voix officielles reconnaissent que l’agression « détruit toute la vie dans les villages et les villes du Sud ».

Les images relayées ces derniers jours décrivent un paysage saturé de cratères, de maisons éventrées et de routes coupées. Un responsable libanais met en garde contre un scénario où ce « bombardement continu des villages au sud du Litani » débouche sur un « dépassement du stade de l’agression pour atteindre celui de l’occupation », évoquant un risque d’occupation de facto si la population ne peut plus se maintenir sur place.

Sur le terrain, les frappes visent indistinctement maisons, fermes, commerces et infrastructures publiques. Les habitants qui restent sont décrits comme vivant « sous la merci de l’agression », avec des drones qui survolent en permanence les localités et des raids aériens qui frappent les abords de villages comme Mays al-Jabal ou Aïta al-Chaab. 

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Dans ce contexte, nombre de familles ont quitté leurs villages pour se réfugier dans des quartiers plus éloignés de la ligne de front ou chez des proches dans la banlieue de Saïda, de Tyr ou de Beyrouth. Les articles insistent sur l’angoisse des mères et des enfants, sur les départs improvisés après un raid trop proche, sur ces voitures surchargées qui descendent vers le nord avec quelques valises et des matelas enroulés sur les toits. Le retour reste un horizon lointain, suspendu à des conditions de sécurité que rien, à ce stade, ne garantit.

Un cessez-le-feu sans paix et un Sud sous pression permanente

Un an après la signature de l’accord de cessation des hostilités du 27 novembre 2024, plusieurs interlocuteurs internationaux rappellent que cet accord n’a pas mis fin aux souffrances des civils. Un responsable humanitaire cité par la presse explique que les habitants du Sud « vivent dans une situation d’instabilité et d’insécurité depuis plus de deux ans, sans qu’aucune fin à cette crise ne se profile ».

Les articles détaillent la séquence: offensive déclenchée en octobre 2023, escalade en septembre 2024, puis guerre totale qui a fait plus de quatre mille morts et environ dix-sept mille blessés avant le cessez-le-feu négocié à la fin novembre 2024. Sur le papier, l’accord devait figer les lignes et ramener un minimum de stabilité. Dans la pratique, les violations se sont enchaînées. La même source souligne que l’ennemi continue de « défier l’accord », en maintenant notamment l’occupation de cinq collines libanaises conquises lors de la dernière guerre, en plus d’autres zones occupées depuis des décennies.

Les frappes récentes illustrent cette situation à la fois de cessez-le-feu formel et de guerre larvée. Un drone a visé une voiture à Toul, dans le caza de Nabatiyé, faisant un blessé. Des raids aériens ont ensuite ciblé la région du Khanouq, près d’Aïtaroun, avant de frapper à deux reprises la périphérie ouest de la localité de Tir Felsaya, où un parc sur les berges du fleuve a été bombardé sous prétexte qu’il s’agissait d’une installation militaire.

L’armée libanaise s’est rendue sur place et a constaté l’absence de toute infrastructure armée, confirmant le caractère civil du site visé. Cet épisode, combiné au cas d’un café inspecté à plusieurs reprises par des patrouilles militaires à la suite d’une plainte transmise par le biais du « mécanisme » et bombardé malgré le constat officiel qu’il n’abritait aucune arme, nourrit chez les habitants l’idée que les canaux de plainte pourraient servir de prétexte pour frapper des infrastructures civiles et accentuer l’exode.

Dans ces conditions, la notion même de « retour volontaire » perd de sa pertinence. Comment demander aux familles de remonter vers des villages qui restent pris pour cibles, alors que les routes sont surveillées et qu’une simple voiture peut être touchée par un drone à plusieurs kilomètres de la ligne de front ?

Une reconstruction sur le papier: les plans du gouvernement

Face à l’ampleur des destructions, le gouvernement a chargé une commission de plancher sur la reconstruction, en englobant les dégâts causés par la guerre au Sud et ceux résultant de l’explosion du port de Beyrouth. Lors de la dernière séance du Conseil des ministres, le ministre de l’Information a rendu publiques les premières conclusions de ce groupe de travail.

Le plan présenté suit une logique graduelle. Il prévoit d’abord la « classification des sinistrés » et la définition d’ordres de priorité pour l’indemnisation, en fonction du volume de financement disponible. Il insiste ensuite sur la nécessité de « terminer les opérations de recensement des dégâts et des inspections sur le terrain » par la Haute commission de secours et le Conseil du Sud.

Un troisième volet prévoit la vérification des évaluations des dommages par un bureau d’études indépendant, spécialisé sur le plan technique, puis le lancement des travaux de réparation des bâtiments touchés sur le plan structurel.

L’élément le plus directement lié au sort des déplacés concerne les « unités d’habitation partiellement endommagées ». Le plan fait de leur réhabilitation une « priorité », avec l’objectif explicite de permettre « le retour des familles dans leurs maisons ». Le texte prône par ailleurs une approche de « reconstruction en mieux », en insistant sur la nécessité de rebâtir les villages du Sud touchés par des destructions massives selon des standards améliorés.

Pour coordonner ces chantiers, une équipe technique spécialisée doit être mise en place. Elle regroupera des représentants de la présidence du Conseil des ministres, du Conseil du développement et de la reconstruction, de la Haute commission de secours, du Conseil du Sud et du ministère des Déplacés, avec un délai de deux semaines pour présenter ses propositions au gouvernement.

Sur le papier, ce dispositif offre une architecture complète: hiérarchisation des besoins, expertise technique, priorité donnée au logement, coordination interinstitutionnelle. Sur le terrain, toutefois, une limite s’impose immédiatement: aucune reconstruction durable ne peut être lancée tant que l’aviation et l’artillerie continuent de marteler les mêmes localités.

Le discours présidentiel: reconstruction, retour et négociation

Le chef de l’État a fait de la reconstruction et du sort des habitants du Sud l’un des axes centraux de ses interventions récentes. Devant ses visiteurs étrangers, il souligne que « le soutien moral à l’armée ne suffit pas » et que l’institution a besoin de « matériels et de véhicules militaires » qui devraient être fournis à travers une conférence internationale de soutien aux forces armées, préparée avec l’appui de partenaires étrangers.

Dans le même mouvement, il insiste sur la tenue d’un second rendez-vous international consacré à la reconstruction, présenté comme « la pierre angulaire pour permettre aux habitants du Sud, dont les villages et les maisons ont été détruits, de revenir et de tenir ».

Le président avertit pourtant que cette reconstruction « ne peut avoir lieu sous la poursuite des agressions israéliennes quotidiennes », d’autant que celles-ci visent de plus en plus « les citoyens et les infrastructures civiles et officielles », comme en témoigne l’attaque contre la localité de Bliada.

Sur le plan politique, il rappelle que ce qui empêche l’armée de compléter son déploiement jusqu’à la frontière internationale au sud, ce n’est pas un manque de volonté, mais « la poursuite de l’occupation de terres libanaises, la continuation des actes hostiles et le non-respect de l’accord de novembre 2024 ».

Le chef de l’État réaffirme par ailleurs son « choix de la négociation », présenté comme le seul moyen de rétablir durablement la stabilité au Sud et dans tout le pays, puisque « la poursuite de l’agression ne conduit à aucun résultat » et que l’expérience des autres conflits montre que la guerre finit toujours par revenir à la table des pourparlers.

Dans cette grille de lecture, le sort des déplacés devient un indicateur politique: tant qu’ils ne peuvent pas revenir, l’agression reste ouverte, l’occupation partielle se poursuit et la reconstruction demeure une promesse plutôt qu’un processus concret.

Un Sud vidé pour une « zone de sécurité » ?

Au-delà des lignes officielles, certaines analyses publiées dans la presse évoquent une stratégie plus large visant à transformer le Sud en zone sous contrôle sécuritaire, au prix du maintien des habitants loin de leurs villages. Un groupe politique met en garde contre « l’élargissement des agressions, des assassinats et des opérations israéliennes quotidiennes » qui, combinés aux pressions américaines, viseraient à pousser le gouvernement vers des « négociations directes » aboutissant à un accord de type 17 mai 1983 revisité.

Ce scénario évoque l’instauration d’un « espace de sécurité vital israélien » qui s’étendrait de la frontière jusqu’au fleuve Awali, selon des études mentionnées par ces mêmes sources. Un tel dispositif impliquerait de facto qu’une large bande du territoire soit soumise à des contraintes sécuritaires particulières, avec un contrôle renforcé des déplacements et un environnement militaire permanent, peu propice au retour massif des déplacés.

Parallèlement, certains éditoriaux critiquent l’idée selon laquelle l’État pourrait s’abriter derrière la responsabilité supposée d’un acteur armé pour justifier l’absence de réaction. Ils rappellent que le bombardement « quotidien sur les gens, les villages et les localités du Sud » devrait déclencher une mobilisation nationale totale, et que les tâches de l’État « envers ses citoyens et la sécurité de ses territoires ne sont pas conditionnelles », ni par la Constitution ni par les engagements gouvernementaux.

Dans cette perspective, le maintien des familles en exil intérieur n’est plus seulement une conséquence indirecte des combats, mais le produit d’un rapport de forces où l’ennemi cherche à imposer un nouveau statu quo territorial, et où l’État peine à assumer pleinement son rôle protecteur.

L’armée entre mandat sécuritaire et attentes des habitants

Au cœur de ce paysage, l’armée libanaise se voit confier un mandat élargi. Le chef de l’État rappelle qu’elle continue de travailler « dans les régions situées au sud du Litani », en particulier pour saisir les armes et les munitions, découvrir les tunnels et les dépôts, et « étendre pleinement l’autorité de l’État », conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité et au plan de sécurité élaboré à la demande du gouvernement.

Il insiste sur le fait que l’institution applique « avec précision » les instructions reçues, à rebours de ce que propage la propagande adverse, et souligne qu’elle jouit de la confiance des Libanais et des habitants des villages du Sud, qui suivent avec reconnaissance le travail des unités chargées de leur protection.

Un autre texte met en avant la « confiance existante entre l’armée et les habitants des villages et des localités au sud du Litani », en soulignant la nécessité de la renforcer, car l’armée « assumera dans un an la totalité des missions de sécurité » après le début du retrait des forces internationales de la zone d’opérations au début de 2026.

Les autorités militaires prévoient d’augmenter le nombre de soldats déployés dans le secteur à dix mille d’ici la fin de l’année, afin de compenser progressivement la réduction de la présence internationale.

Pour les déplacés, ces annonces sont ambivalentes. D’un côté, elles envoient le message qu’une architecture de sécurité nationale se met en place pour l’après-UNIFIL, ce qui pourrait, à terme, faciliter le retour. De l’autre, tant que les frappes se poursuivent et que l’ennemi maintient son occupation de plusieurs positions stratégiques, l’idée de redescendre vers la ligne de front reste difficile à envisager pour des familles qui ont déjà vécu des bombardements à répétition.

Le rôle des visites internationales et la visibilité des déplacés

La dimension humaine de la crise du Sud n’échappe pas aux discussions sur les visites internationales annoncées à Beyrouth. Un texte consacré aux préparatifs d’une venue du pape insiste sur la nécessité d’inclure dans son programme des « rencontres directes avec les sinistrés et les déplacés du Sud », afin de « prendre la mesure de leurs souffrances » et d’ancrer la solidarité internationale dans la réalité des villages touchés.

Cette injonction dépasse le simple registre symbolique. Elle vise à rappeler que derrière les négociations sur les frontières, les conférences de soutien à l’armée ou les mécanismes de cessez-le-feu, il y a des familles qui vivent dans des appartements surpeuplés, des écoles transformées en centres d’accueil informels, des personnes âgées coupées de leurs oliveraies, des enfants qui ne savent plus à quoi ressemble leur maison d’origine.

Les mêmes articles soulignent que l’image du pays à l’étranger dépend aussi de la manière dont il protège ses citoyens. Montrer les déplacés du Sud, écouter leur parole, fait partie d’une stratégie qui cherche à corriger la perception d’un « État perturbateur » et à la remplacer par celle d’un « pays menacé, sur lequel on porte atteinte », qui tente de faire respecter sa souveraineté et la sécurité de sa population.

Entre planification administrative et réalité des familles

L’écart entre les plans adoptés à Beyrouth et la réalité dans les villages se lit dans la chronologie elle-même. Le gouvernement demande à la commission de reconstruction de poursuivre ses travaux et de remettre des propositions dans un délai de deux semaines. Parallèlement, les articles de terrain continuent de relater des frappes contre des maisons, des commerces ou des routes, et décrivent des familles qui quittent encore leurs villages ou qui renoncent à y retourner après une courte tentative.

Les priorités fixées par l’exécutif – réparer les logements partiellement endommagés, reconstruire les villages les plus détruits, organiser les financements – ne peuvent se traduire en chantiers tant que les risques de nouvelles destructions restent élevés. Les ingénieurs et entreprises qui pourraient intervenir ne disposent ni des garanties de sécurité, ni de visibilité sur l’avenir des localités situées à proximité de la ligne dite « jaune », que l’ennemi continue de considérer comme zone d’opérations.

À cela s’ajoute une contrainte budgétaire lourde. Les textes rappellent que la capacité de l’État à indemniser les sinistrés et à financer les travaux dépend du « volume de financement disponible », lui-même conditionné par des aides extérieures et par l’avancement des réformes exigées par les bailleurs.

Les déplacés se retrouvent donc pris dans un double verrou: un verrou sécuritaire, qui rend le retour dangereux, et un verrou financier, qui retarde la mise en œuvre des projets de reconstruction.

Le temps long de l’exil intérieur

Pour les habitants du Sud, le déplacement n’est plus un épisode bref comme l’ont été certains exodes lors de conflits passés. Les articles insistent sur la durée: plus de deux ans d’instabilité, rythmé par les alertes, les bombardements et les annonces de cessez-le-feu qui ne tiennent pas.

Ce temps long pèse sur les liens sociaux. Des familles éclatées entre plusieurs régions, des villages où seuls restent les plus âgés ou ceux qui n’ont aucun moyen de partir, des enfants scolarisés ailleurs et qui s’habituent à une vie loin de leur lieu d’origine. Dans certains cas, les habitants qui ont tenté de revenir se sont retrouvés à nouveau sous le feu, comme à proximité de certains villages de la ligne de front, ce qui a découragé de nouvelles tentatives.

Les textes politiques appellent à « un sursaut national » pour accompagner les populations du Sud et rejettent les discours qui renvoient sur les habitants la responsabilité du conflit. Ils soulignent que l’État doit réaffirmer son devoir de protection « sans condition » envers ses citoyens, et que toute solution durable au dossier du Sud doit intégrer en priorité le droit des déplacés à rentrer chez eux dans la sécurité et la dignité.

Tant que cette équation n’est pas résolue, les conférences annoncées, les mécanismes discutés et les négociations envisagées restent détachés du quotidien de ceux qui, depuis des mois, vivent entre valises ouvertes et écrans de télévision allumés sur les nouvelles du Sud, sans pouvoir décider s’ils doivent continuer à attendre ou renoncer à l’idée de revenir.

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