Les tensions à la frontière libano-israélienne persistent, avec une série d’incursions aériennes et d’actions militaires signalées au cours des dernières heures. Selon les informations relayées par l’Agence nationale d’information (ANI), un survol d’avions de guerre israéliens a été enregistré ce matin à 10h14 dans le ciel de la ville de Hermel et des villages environnants du nord de la Bekaa. Cet épisode s’inscrit dans une séquence d’activités intenses, incluant des survols de drones et des tirs d’artillerie nocturnes, qui soulignent la fragilité du cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024.
Cette incursion aérienne au-dessus de Hermel, une ville située à l’extrême nord-est de la Bekaa, à proximité de la frontière syrienne, intervient dans un contexte où les violations de l’espace aérien libanais par les forces israéliennes sont quasi quotidiennes. Hermel, connue pour son relief montagneux et ses liens historiques avec des communautés chiites, a déjà été le théâtre de survols similaires par le passé, mais l’intensité récente des mouvements aériens inquiète les habitants locaux. Les avions de guerre, probablement des appareils de type F-16 ou F-35 de l’armée de l’air israélienne, ont été observés volant à basse altitude, générant des ondes de choc sonores qui ont perturbé la vie quotidienne dans cette région agricole. Des témoins oculaires ont rapporté des bruits assourdissants, forçant les résidents à se confiner temporairement dans leurs domiciles.
Plus tôt dans la matinée, à 7h49, un survol intensif de drones israéliens a été noté au-dessus des villages et des localités de Marjayoun, dans le sud du Liban. Marjayoun, un district chrétien majoritairement, abrite plusieurs villages frontaliers et est stratégiquement positionné près de la ligne bleue, la démarcation établie par les Nations unies en 2000. Les drones, souvent des modèles Hermes ou Heron utilisés pour la reconnaissance et les frappes ciblées, ont patrouillé de manière soutenue, couvrant un large périmètre. Cette activité aérienne non habitée renforce les craintes d’une surveillance accrue, potentiellement prélude à des opérations plus directes.
La nuit précédente n’a pas été épargnée par les hostilités. À 6h45, l’armée israélienne a lancé plusieurs obus d’artillerie sur les environs des villages de Ramyeh et de Beit Lif, situés dans le secteur central du sud Liban. Ramyeh, un village druze perché sur des collines dominant la frontière, et Beit Lif, une localité chiite voisine, ont été touchés par ces tirs, qui ont visé des zones périphériques sans causer de victimes immédiates rapportées. Les obus, vraisemblablement de calibre 155 mm, ont explosé dans des terrains agricoles et forestiers, provoquant des incendies localisés et endommageant des infrastructures mineures. Ces bombardements nocturnes rappellent les échanges d’artillerie fréquents qui ont marqué les mois précédents.
Enfin, à 6h32, un survol intensif de drones ennemis a été enregistré au-dessus de la région de Tyr, de Bint Jbeil et du cours du fleuve Litani. Tyr, ville côtière antique et pôle économique du sud, Bint Jbeil, souvent qualifiée de « capitale de la résistance » en raison de son rôle lors des conflits passés, et le Litani, rivière vitale pour l’irrigation et l’hydroélectricité, forment un axe stratégique. Les drones ont survolé ces zones à basse altitude, effectuant des cercles répétés qui ont duré plusieurs heures. Cette présence aérienne persistante affecte non seulement la sécurité mais aussi l’économie locale, avec des pêcheurs et des agriculteurs contraints de limiter leurs activités.
Ces événements s’inscrivent dans une dynamique plus large de violations récurrentes du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, sous les auspices des États-Unis et de la France. Depuis cette date, les forces israéliennes ont mené plus de 11 000 incursions, incluant des survols, des frappes aériennes et des opérations terrestres limitées, justifiées par la nécessité de prévenir une reconstitution des capacités militaires du Hezbollah au sud du Litani. Le Hezbollah, de son côté, n’a lancé qu’une seule riposte documentée en 14 mois, optant pour une retenue qui contraste avec les escalades antérieures.
Incursions aériennes : une routine qui s’intensifie
Les survols d’avions de guerre et de drones israéliens ne sont pas nouveaux au Liban, mais leur fréquence a augmenté depuis le début de 2026. Le survol de Hermel ce matin marque la énième violation de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre de cet été-là. Cette résolution exige le retrait des forces israéliennes au sud de la ligne bleue, le désarmement des groupes armés au sud du Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) dans cette zone.
Hermel, avec sa population d’environ 20 000 habitants, est particulièrement vulnérable en raison de sa proximité avec des routes d’approvisionnement potentielles pour le Hezbollah. Les villages du nord de la Bekaa, comme Arsal ou Qaa, ont également rapporté des survols similaires au cours des semaines précédentes. Ces opérations aériennes permettent à Israël de collecter des renseignements en temps réel, cartographier des mouvements suspects et, le cas échéant, préparer des frappes ciblées. Les autorités libanaises ont systématiquement protesté auprès des Nations unies, arguant que ces incursions violent la souveraineté nationale et exacerbent les tensions.
À Marjayoun, le survol de drones ce matin a mobilisé les unités de l’armée libanaise locale, qui ont renforcé leurs patrouilles. Ce district, qui compte une importante présence de la Finul, a vu plusieurs incidents impliquant des casques bleus depuis le cessez-le-feu. Par exemple, le 2 février 2026, la Finul a suspendu temporairement ses patrouilles le long de la ligne bleue après que l’armée israélienne a annoncé la dispersion d’une substance chimique non toxique près de la frontière. Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, a déclaré : « Les Forces de défense israéliennes ont indiqué que les casques bleus devaient rester à l’écart de la zone », ce qui a entraîné une interruption de plus de neuf heures des activités de maintien de la paix.
Bombardements nocturnes : impacts sur les communautés frontalières
Les tirs d’artillerie sur Ramyeh et Beit Lif illustrent la persistance des actions au sol. Ramyeh, avec ses oliveraies et ses terrains escarpés, est un point chaud historique. Lors de la guerre de 2006, le village a subi d’intenses combats, et ses habitants, majoritairement druzes, maintiennent une neutralité relative dans les dynamiques confessionnelles libanaises. Beit Lif, adjacent, abrite une population chiite et a été touché par des obus qui ont creusé des cratères dans les champs, rendant certaines terres impraticables pour l’agriculture.
Ces bombardements, survenus après minuit, ont réveillé les résidents dans un rayon de plusieurs kilomètres. L’armée libanaise a inspecté les sites impactés à l’aube, confirmant l’absence de victimes mais notant des dommages matériels. Selon des rapports officiels, ces tirs visaient probablement des positions présumées du Hezbollah, bien que aucune confirmation n’ait été fournie par les autorités israéliennes pour cet incident spécifique. L’armée israélienne a, dans des cas similaires récents, justifié ses actions par la détection d’activités de reconstitution, comme l’élimination d’opérateurs Hezbollah impliqués dans des efforts d’ingénierie.
Survols au-dessus du Litani : enjeux stratégiques et environnementaux
Le survol intensif au-dessus de Tyr, Bint Jbeil et du Litani met en lumière les enjeux hydriques et économiques. Le fleuve Litani, long de 140 kilomètres, est crucial pour l’approvisionnement en eau du sud Liban. Des drones patrouillant son cours pourraient surveiller d’éventuels mouvements transfrontaliers ou des infrastructures liées au Hezbollah. Tyr, avec son port et ses sites archéologiques classés au patrimoine mondial de l’Unesco, voit son tourisme naissant entravé par ces activités aériennes. Bint Jbeil, symbole de résistance depuis 2006, reste un foyer de tensions, avec des frappes récentes ayant visé des véhicules et des bâtiments.
Ces survols s’ajoutent à une série d’incidents récents. Le 1er février 2026, l’armée israélienne a éliminé un responsable de division dans le département d’ingénierie du Hezbollah à Al-Dweir, au sud du Litani. Le lendemain, une frappe a ciblé un opérateur de défense aérienne à Harouf. Ces opérations, annoncées par les Forces de défense israéliennes (FDI), ont causé sept morts et 18 blessés entre le 26 janvier et le 1er février, dont au moins cinq membres du Hezbollah.
Réactions officielles et rôle de la Finul
Le gouvernement libanais, dirigé par le premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a condamné ces violations. Le président Joseph Aoun a récemment qualifié les dispersions de substances chimiques près de la frontière de « crime contre la santé », accusant Israël d’atteintes environnementales. « L’armée israélienne pulvérise des substances chimiques sur de vastes zones agricoles, particulièrement dans la ville d’Ayta ash-Shaab et ses environs », a-t-il déclaré, soulignant les risques pour les civils et les terres cultivables.
La Finul, forte de plus de 10 000 soldats de 50 pays, joue un rôle pivotal. Dans un communiqué du 2 février 2026, elle a exprimé des préoccupations sur l’impact potentiel des substances non identifiées sur les civils et l’agriculture, facilitant la collecte d’échantillons par l’armée libanaise pour des tests toxicologiques. Le porte-parole de la Finul a rappelé que les survols au-dessus de la ligne bleue violent la résolution 1701, appelant à une désescalade.
Du côté israélien, les FDI maintiennent que ces opérations visent à appliquer le cessez-le-feu en empêchant le réarmement du Hezbollah. Un communiqué du 1er février indique l’élimination d’un commandant d’artillerie à Al-Kharash et d’autres cibles, avec plus de 400 opérateurs Hezbollah tués depuis novembre 2024.
Déplacements de population et impacts humanitaires
Plus de 64 000 Libanais restent déplacés du sud depuis le conflit de 2024, avec des villages comme Ramyeh et Beit Lif partiellement désertés. Les survols et bombardements entravent le retour des résidents, affectant l’agriculture – olives, tabac et céréales – pilier de l’économie locale. Dans la Bekaa, les incursions aériennes perturbent les chaînes d’approvisionnement, aggravant la crise économique libanaise.
Récemment, le 3 février, des frappes ont ciblé des sites au sud, tuant un opérateur Hezbollah et blessant 13 personnes. Ces actions, combinées aux survols de drones, maintiennent une pression constante sur les communautés frontalières.
Violations persistantes et surveillance internationale
Les incidents de ce matin et de la nuit passée soulignent une escalade graduelle. Entre le 26 janvier et le 2 février, les FDI ont attaqué des cibles dans le sud et la Bekaa, éliminant huit opérateurs Hezbollah et détruisant des équipements. Une vidéo diffusée le 2 février montre des jets israéliens frappant des villages, ciblant des infrastructures présumées.
La communauté internationale, via le mécanisme de surveillance américano-français, suit ces développements. Des réunions à Naqoura visent à coordonner l’application de la résolution 1701, avec l’armée libanaise déployant des forces supplémentaires au sud.
Dans le district de Marjayoun, les drones ont survolé des zones résidentielles, forçant des écoles à fermer temporairement. À Tyr, les pêcheurs rapportent une baisse de 30 % de leurs prises due à la peur des incursions.
Ces activités militaires, bien que limitées, perpétuent un climat d’insécurité. Le survol de Hermel ce matin, suivi des événements nocturnes, illustre la complexité des dynamiques régionales, où la surveillance aérienne israélienne croise les intérêts sécuritaires libanais et les obligations onusiennes. Les tirs sur Ramyeh et Beit Lif, quant à eux, rappellent les risques d’escalade terrestre, tandis que les drones au-dessus du Litani surveillent un axe vital.



