jeudi, janvier 22, 2026

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Tensions au Liban : l’armée face à l’épreuve du désarmement du Hezbollah

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Un commandant sous pression : les allégations de menace de démission réfutées par l’armée

Le Liban traverse une période de tensions exacerbées, où le général Rodolphe Haykal, commandant en chef de l’armée libanaise, se retrouve au cœur d’une polémique alimentée par des rapports médiatiques. Le quotidien Al-Akhbar, proche du Hezbollah, a affirmé que Haykal aurait menacé de démissionner plutôt que de voir l’armée impliquée dans un conflit interne sanglant. Selon ce journal, le commandement militaire, incluant l’état-major, les services de renseignement et les commandants régionaux, rejette l’élaboration d’un plan exécutif de désarmement du Hezbollah avec une liste de cibles ou un calendrier précis. « Le commandant de l’armée libanaise a informé les parties concernées qu’il préfèrerait démissionner plutôt que de voir l’armée verser du sang libanais », rapporte Al-Akhbar, mettant en avant les pressions exercées par des délégations américaines.

Ces allégations ont été fermement démenties par un communiqué officiel de l’armée libanaise, publié vendredi matin. L’institution y réaffirme son engagement à exécuter ses missions avec « le plus haut degré de responsabilité et de professionnalisme », en veillant à la sécurité nationale et à la stabilité intérieure, conformément aux décisions des autorités politiques. « L’armée reste engagée à accomplir son devoir national, quelles que soient les difficultés rencontrées. Ce devoir national, que l’armée est honorée d’accomplir, est une obligation constante et irréversible », précise le texte. Le communiqué appelle les médias à éviter les spéculations sur les affaires internes de l’armée et à se référer exclusivement à ses déclarations officielles pour des informations fiables.

Ce démenti intervient alors que Haykal présidait une réunion extraordinaire vendredi avec le commandement et les officiers supérieurs. Il y a évoqué les responsabilités majeures de l’armée dans une période marquée par les violations israéliennes du cessez-le-feu. « L’armée porte des responsabilités majeures à différents niveaux et entre dans une phase critique dans laquelle elle entreprendra des missions sensibles », a-t-il déclaré, selon le compte-rendu officiel. Il a insisté sur la nécessité de prendre « les mesures nécessaires pour assurer le succès de sa mission, en tenant compte du maintien de la paix civile et de la stabilité intérieure ». Haykal a ajouté : « Rien ne nous empêchera de continuer à assumer nos responsabilités dans différentes régions et le long de la frontière. »

L’armée libanaise n’a pas l’intention de prendre des mesures susceptibles d’ouvrir la voie à un affrontement avec le Hezbollah ou avec l’environnement populaire qui le soutient, d’autant plus que ses unités sont déjà déployées dans le Sud et issues majoritairement de cette terre. Cette position, rapportée par des sources sécuritaires, souligne la composition sociologique de l’armée, où une part significative des soldats provient des régions chiites, bastions du Hezbollah. Cela renforce les craintes d’une division interne en cas de conflit armé.

Versions contrastées : entre rapports médiatiques et déclarations officielles

Les récits sur la position de l’armée libanaise varient selon les sources, révélant les fractures narratives au sein de la société libanaise. Al-Akhbar dépeint un commandement réticent, avec Haykal menaçant explicitement de démissionner pour éviter un bain de sang. Le journal cite des sources affirmant que les dirigeants de l’armée rejettent un plan opérationnel détaillé, craignant une confrontation directe. Cette version met l’accent sur les pressions américaines, évoquant même des propositions de renseignements israéliens et d’accompagnement par drones pour cibler le Hezbollah.

Le communiqué officiel de l’armée, en revanche, projette une image d’unité et de détermination. Il réfute implicitement ces allégations en insistant sur l’engagement total de l’institution, sans mentionner de démission ou de refus. Il met en avant les sacrifices des militaires face aux attaques israéliennes continues et appelle à la prudence médiatique. La réunion présidée par Haykal suggère une posture proactive, avec des discussions sur le renforcement des capacités et la coopération avec la Syrie pour sécuriser les frontières.

Des sources sécuritaires indépendantes confirment une menace de démission de Haykal, arguant qu’il refuse de placer l’armée en confrontation directe avec le Hezbollah. « Le commandant de l’armée estime que c’est trop. Les États-Unis et d’autres demandent à l’armée de faire l’impossible : sécuriser les frontières avec Israël, maintenir la sécurité dans le pays et collecter les armes du Hezbollah. Comment et avec quel équipement ? », s’interroge un responsable. Cette version intermédiaire reconnaît les pressions mais souligne l’opposition de Haykal à un processus précipité, préférant un accord global.

En comparant ces versions, des divergences émergent. Al-Akhbar omet les avancées de l’armée dans la collecte d’armes palestiniennes, se focalisant sur le refus du désarmement du Hezbollah. Le communiqué officiel évite toute référence aux tensions internes, projetant une façade unie. Les rapports internationaux intègrent ces contrastes, notant le rejet du Hezbollah tout en soulignant les progrès symboliques, comme les remises d’armes par des factions palestiniennes. Ces divergences reflètent les fractures politiques libanaises, où chaque narration sert des intérêts spécifiques.

Le cadre sécuritaire : un cessez-le-feu fragile et des violations persistantes

Le Liban émerge d’une guerre dévastatrice avec Israël, conclue en novembre 2024 par un cessez-le-feu négocié par les États-Unis. Ce conflit a infligé de lourdes pertes au Hezbollah : des milliers de combattants tués, des leaders clés comme Hassan Nasrallah éliminés, et plus de la moitié de son arsenal détruit. Avant la guerre, le groupe revendiquait plus de 100 000 combattants et un arsenal sophistiqué financé par l’Iran. Affaibli, il voit son influence contestée, ouvrant la porte à des discussions sur son désarmement.

Le cessez-le-feu reste toutefois précaire. Israël mène des frappes aériennes quasi quotidiennes, violant les termes de l’accord. Ces attaques ont tué ou blessé des centaines de personnes, majoritairement des membres du Hezbollah, mais aussi des civils. Une frappe récente a tué un enfant et blessé son père dans le sud du Liban. L’armée libanaise, déployée mais passive, évite toute confrontation directe avec les forces israéliennes, exposant ses limites en matière de souveraineté nationale.

Dans ce contexte, le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam et le président Joseph Aoun – ancien commandant de l’armée –, a approuvé début août un plan pour confiner les armes aux forces de sécurité officielles d’ici fin 2025. Ce plan, inspiré d’une proposition américaine, prévoit quatre phases : une déclaration gouvernementale engageante, un déploiement de l’armée pour collecter les armes, un retrait israélien des cinq collines occupées au sud, et une consolidation de la souveraineté étatique. « Le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam a commis un grave péché en prenant une décision pour dépouiller le Liban de ses armes pour résister à l’ennemi israélien… Cette décision sert pleinement l’intérêt d’Israël », a rétorqué le Hezbollah dans un communiqué.

Les ministres chiites ont quitté la session du cabinet en protestation, marquant un clivage profond. Le Hezbollah traite la décision « comme si elle n’existait pas », accusant le gouvernement de capituler face aux « diktats » américains. Naim Qassem, leader du groupe, a averti : « Si le gouvernement cherche la confrontation avec le Hezbollah, il n’y aura pas de vie au Liban », évoquant le spectre de la guerre civile de 1975-1990, qui a fait plus de 100 000 morts.

Pressions géopolitiques : le rôle des émissaires américains et les réponses israéliennes

Les États-Unis exercent une pression accrue sur Beyrouth pour accélérer le désarmement. Les émissaires Tom Barrack et Morgan Ortagus ont visité le Liban, insistant sur un plan concret. Ortagus a déclaré que les autorités libanaises doivent « mettre en action » leur décision, promettant une réponse israélienne proportionnelle. « Chaque étape que le gouvernement libanais prend, nous encouragerons le gouvernement israélien à faire de même », a-t-elle affirmé.

Ces visites ont choqué les responsables libanais. Barrack et Ortagus n’ont pas pu garantir une désescalade israélienne avant que l’armée ne commence à collecter les armes. « Les envoyés américains ont stupéfié les officiels libanais en disant qu’ils ne pouvaient pas garantir une désescalade israélienne avant que l’armée annonce son plan et commence à collecter les armes du Hezbollah », rapportent des sources sécuritaires.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a proposé un retrait progressif des troupes si Beyrouth implémente le plan. « Ce que Israël a maintenant dit est ‘Nous ne voulons pas occuper le Liban. Nous sommes heureux de nous retirer du Liban’, et nous répondrons à ces attentes de retrait avec notre plan dès que nous verrons quel est le plan pour désarmer réellement le Hezbollah », a indiqué un responsable américain. Pourtant, Israël maintient ses occupations et violations, compliquant le processus.

Avancées concrètes : la collecte d’armes auprès des factions palestiniennes

L’armée libanaise progresse dans des opérations ciblées. Vendredi, elle a reçu des armes du camp de Burj el-Barajneh, incluant divers types d’armes, roquettes et munitions, en coordination avec les autorités palestiniennes. Jeudi, des collectes similaires ont eu lieu dans les camps de Rashidiyeh, Buss et Burj Shemali près de Tyr. Ces actions marquent les premiers pas vers un monopole étatique sur les armes, conformément à un accord entre le président palestinien Mahmoud Abbas et Joseph Aoun.

Ces opérations contrastent avec les défis posés par le Hezbollah, dont l’arsenal reste intact malgré les pertes. Le groupe, affaibli mais résilient, maintient son influence dans les régions chiites. « Même dans sa forme handicapée et sa capacité limitée actuelle, il reste un atout iranien. Je dirais même que l’Iran a pris le leadership du Hezbollah », note un expert libanais.

Enjeux économiques et sociaux : reconstruction et soutien international

Le Liban, en faillite depuis 2019, conditionne son redressement à des réformes et au désarmement. Le gouvernement a levé le secret bancaire et adopté des lois bancaires, mais les défis persistent. Des milliers de déplacés reçoivent une aide en espèces pour six mois, mais la reconstruction du sud nécessite des milliards.

Les États du Golfe, comme le Qatar et l’Arabie saoudite, promettent un soutien pour intégrer les 40 000 ex-combattants du Hezbollah dans l’économie civile. « Si nous demandons à une partie de la communauté libanaise de renoncer à son moyen de subsistance – car désarmer le Hezbollah, c’est parler de 40 000 personnes payées par l’Iran – on ne peut pas juste prendre leurs armes et dire ‘bonne chance, allez planter des oliviers’. Nous devons les aider », a déclaré un émissaire américain.

La population reste divisée. Une habitante du sud confie : « C’est pourquoi je suis contre le désarmement du Hezbollah. L’armée libanaise régulière manque simplement des moyens pour défendre le pays. » Un autre Libanais ajoute : « Le pays est en faillite et en mauvais état. Le désarmement devrait se produire après la reconstruction, pas avant. »

La session du cabinet imminente : un tournant décisif

La session du cabinet, initialement prévue pour le 2 septembre mais reportée au 5, discutera le plan de l’armée. Des sources indiquent qu’un bref ajournement pourrait survenir en cas de complications internes. Le discours attendu du président du Parlement Nabih Berri, allié du Hezbollah, pourrait influencer les débats. « Nous sommes ouverts au dialogue, à mettre fin à l’agression israélienne contre le Liban, à libérer sa terre, à libérer les prisonniers, à travailler pour construire l’État et à reconstruire ce qui a été détruit par l’agression brutale », a déclaré le Hezbollah.

L’armée, en contact avec les autorités syriennes pour sécuriser les frontières, renforce ses capacités avec l’aide de pays amis. Ces efforts visent à contrer les flux d’armes iraniens via la Syrie, autrefois facilités sous Bachar al-Assad.

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