mercredi, janvier 14, 2026

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Tensions au sommet : nomination controversée au parquet financier libanais

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Une désignation attendue mais minée par les rivalités

La nomination du magistrat Maher Chaaito au poste de procureur financier marque l’issue d’un long bras de fer politique entre les plus hautes autorités de l’État libanais. Après plusieurs mois de blocage, le président de la République Joseph Aoun, le président du Parlement Nabih Berri, le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre de la Justice Adil Nassar sont parvenus à un compromis. Ce choix survient à un moment critique pour le Liban, où les questions de gouvernance, de lutte contre la corruption et d’indépendance de la justice figurent au cœur des priorités nationales et internationales.

Le poste de procureur financier, stratégique dans le contexte de crise économique et de surveillance des fonds publics, est demeuré vacant ou marginalisé pendant plusieurs années. Son titulaire est censé enquêter sur les crimes économiques, les abus de biens publics, les détournements de fonds et la corruption à grande échelle mais aussi et surtout les détournement de fonds dont sont accusés les intérêts bancaires et financiers depuis l’instauration d’un contrôle informel des capitaux en 2019. C’est donc dans une atmosphère tendue que cette désignation a été décidée, au terme de tractations confidentielles au plus haut niveau de l’État.

Des tractations intenses et un équilibre politique fragile

Le nom de Maher Chaaito n’était pas le premier sur la table. D’après des sources proches des cercles politiques, d’autres candidats, dont le juge Zahir Hamadeh, figuraient initialement en tête de liste. Ce dernier était réputé proche du président du Parlement Nabih Berri, ce qui aurait conduit le président Joseph Aoun et ses alliés à bloquer sa nomination, au motif d’un manque d’indépendance supposé. À l’inverse, des noms plus techniques, portés par la mouvance réformiste, auraient été écartés en raison de leur manque d’ancrage politique.

Face à cette impasse, le compromis autour de Chaaito a été trouvé comme une solution médiane, acceptable par les différents pôles de pouvoir mais sans enthousiasme manifeste. Le processus de désignation n’a donné lieu à aucune annonce publique formelle. L’accord aurait été finalisé lors d’une réunion discrète au palais présidentiel, en présence des représentants des trois présidences et du ministre de la Justice.

Controverse autour du passé financier de Chaaito

À peine la nomination rendue publique, des révélations ont émergé sur les conditions financières personnelles du magistrat. Selon des documents bancaires ayant fuité dans certains cercles judiciaires, Chaaito aurait bénéficié d’un prêt immobilier subventionné d’un montant de 2,267 millions de dollars, contracté auprès d’une banque soutenue par la Banque du Liban. Ce montant est largement supérieur au plafond réglementaire autorisé pour un magistrat en fonction, qui est censé limiter ses engagements financiers afin de garantir son indépendance.

L’octroi de ce prêt suscite des interrogations sur les critères appliqués par la banque, mais aussi sur les relations entre le magistrat et certains milieux influents. Des observateurs y voient une possible entorse aux règles de déontologie qui encadrent la profession judiciaire, en particulier pour un poste aussi sensible que celui de procureur financier. Le fait que cette information ait émergé si rapidement après sa nomination accentue le climat de suspicion généralisée.

Un poste stratégique au cœur des réformes exigées

Le poste de procureur financier est placé au cœur de plusieurs réformes exigées par les partenaires internationaux du Liban, notamment l’Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ces derniers conditionnent leur aide au renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire et à la capacité des institutions à enquêter sur les crimes économiques. À ce titre, la nomination de Chaaito était attendue comme un signal, positif ou négatif, selon les critères retenus.

L’évaluation des grandes fortunes issues du secteur public, l’investigation des transactions douteuses liées à la Banque du Liban, la supervision des appels d’offres publics et la vérification des actifs des hauts fonctionnaires relèvent théoriquement du champ d’action du procureur financier. Or, la crédibilité de ces investigations dépend étroitement de l’image de neutralité et de probité du magistrat en poste.

Les réactions du monde judiciaire : entre prudence et malaise

Du côté des magistrats, la nomination de Maher Chaaito suscite une gêne palpable. Plusieurs juges, tout en saluant la sortie du blocage institutionnel, expriment des doutes sur la méthode de désignation, jugée opaque et politisée. Des syndicats de magistrats appellent à une réforme du processus de nomination pour le rendre plus transparent, plus collégial et moins dépendant des rapports de force politiques.

Dans certains cercles judiciaires, on s’interroge également sur les critères ayant présidé au rejet d’autres candidats réputés compétents mais écartés pour des raisons politiques. Le cas de Zahir Hamadeh est emblématique de cette logique d’exclusion mutuelle entre pôles de pouvoir. Ce type de mécanisme compromet, selon plusieurs analystes, l’indépendance réelle de la justice en la subordonnant aux compromis tactiques entre élites.

Les ONG et les observateurs internationaux préoccupés

Les associations libanaises spécialisées dans la transparence et la lutte contre la corruption, tout comme plusieurs observateurs européens, ont exprimé des réserves sur cette nomination. Certaines organisations, bien qu’elles ne mettent pas en cause directement la personne de Chaaito, déplorent le manque de procédure publique et le faible niveau de documentation rendu accessible.

Des diplomates occidentaux estiment que cette décision pourrait affaiblir les arguments du Liban dans ses négociations avec les institutions internationales. En l’absence de mécanismes de contrôle renforcés sur les conflits d’intérêts, la nomination d’un magistrat controversé pourrait être interprétée comme un signe de continuité plutôt que de réforme.

Un test pour la crédibilité du nouveau pouvoir exécutif

Pour le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, cette nomination constitue un test politique et symbolique. Elle intervient dans une phase de transition institutionnelle, où la communauté internationale scrute les premiers actes des nouvelles autorités. Le choix du procureur financier est donc perçu comme un révélateur de la volonté de rupture ou de continuité.

Si Chaaito parvient à démontrer son indépendance et à initier des procédures crédibles contre les dossiers de corruption majeurs, il pourrait inverser la perception initiale. À l’inverse, toute inertie ou signe de complaisance renforcera l’idée d’un système figé et incapable de se réformer de l’intérieur.

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Newsdesk Libnanews
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