mercredi, janvier 14, 2026

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Tensions régionales : la parole aux dirigeants

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Le printemps 2025 s’ouvre sur un Liban pris dans un tourbillon de crises multiples. Sur le plan intérieur, la crise économique prolongée, les blocages politiques et la paralysie institutionnelle fragilisent le pays. Sur le plan régional, les tensions frontalières, notamment au sud du Liban, ainsi que les répercussions des conflits au Moyen-Orient, accentuent la pression. Dans ce contexte, les déclarations des principaux responsables politiques prennent une dimension stratégique. Elles éclairent non seulement les intentions des acteurs mais aussi les équilibres fragiles sur lesquels repose la stabilité du pays et de la région.

Joseph Aoun : fermeté présidentielle face aux menaces internes

Joseph Aoun, président de la République depuis début 2025, a multiplié les interventions publiques pour affirmer le rôle de l’État dans un contexte de défiance généralisée. Lors d’une allocution prononcée à l’occasion de la commémoration de l’indépendance, il a déclaré que « l’armée nationale reste le garant ultime de la souveraineté et de la stabilité du Liban ». Cette affirmation vise à rassurer une population inquiète face à la multiplication des incidents sécuritaires et à l’incapacité du pouvoir civil à faire face aux urgences.

Joseph Aoun a également insisté sur la nécessité de réformes immédiates, déclarant que « le Liban ne pourra sortir de sa crise actuelle sans une refondation complète de ses institutions ». Il appelle à dépasser les querelles partisanes pour engager un redressement national. Son positionnement met en avant l’image d’un chef d’État soucieux de préserver l’unité du pays face aux tentations de fragmentation.

Sur le plan sécuritaire, le président a mis en garde contre « toute tentative de remise en cause de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national », visant sans le nommer le Hezbollah et d’autres groupes armés non étatiques. Ces déclarations s’inscrivent dans une logique de fermeté, Joseph Aoun cherchant à affirmer la primauté de l’armée et des institutions nationales face aux menaces internes.

En matière diplomatique, il a salué les initiatives internationales en faveur de la stabilisation du Liban, tout en réaffirmant le refus de toute ingérence étrangère excessive dans les affaires intérieures du pays. Cette ligne de conduite s’inscrit dans la tradition d’équilibre que le Liban tente de maintenir au sein d’une région polarisée.

Nawaf Salam : un appel renouvelé à la réforme et à la responsabilité

Le Premier ministre Nawaf Salam s’exprime régulièrement sur l’urgence des réformes économiques et institutionnelles. Intervenant lors d’un forum économique à Beyrouth en avril 2025, il a reconnu que « le Liban est à un point de bascule », appelant à « une action collective immédiate pour éviter l’effondrement complet ».

Il a détaillé les mesures prioritaires que son gouvernement entend mettre en œuvre : finalisation d’un accord avec le FMI, restructuration du secteur bancaire, réforme du secteur de l’énergie et lutte contre la corruption endémique. Nawaf Salam souligne que « la crédibilité internationale du Liban est en jeu », insistant sur le fait que les partenaires internationaux attendent des gestes forts et des actes concrets.

Sur la scène diplomatique, Nawaf Salam s’est entretenu avec les dirigeants du groupe international de soutien au Liban, réaffirmant l’engagement de son gouvernement à respecter les réformes demandées en échange d’une relance des aides financières promises. Il a également indiqué que « des avancées substantielles ont été réalisées dans les négociations avec la Banque mondiale et le FMI », même si des obstacles persistent, notamment sur la répartition des pertes du secteur bancaire.

Sur le plan sécuritaire, le Premier ministre a réitéré que « la sécurité du Liban est une priorité absolue » et que le gouvernement travaillera en étroite collaboration avec les forces armées pour garantir la stabilité du territoire, notamment face aux tensions croissantes à la frontière sud.

Enfin, Nawaf Salam a adressé un message clair aux acteurs politiques internes : « Les divisions internes ne doivent plus être un prétexte à l’inaction. L’histoire nous jugera sur notre capacité à surmonter cette crise sans précédent. »

Naim Kassem : le Hezbollah entre dissuasion et diplomatie

Naim Kassem, désormais à la tête du Hezbollah depuis début 2025, a multiplié les prises de parole ces dernières semaines pour clarifier la posture du mouvement face aux défis actuels. Dans une allocution télévisée début avril, il a réaffirmé que « la résistance reste la garantie de la souveraineté libanaise face aux ambitions de l’ennemi israélien ». Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions frontalières accrues, marquées par des échanges de tirs sporadiques et des démonstrations de force de part et d’autre de la Ligne bleue.

Au-delà de la rhétorique de dissuasion, Naim Kassem a également mis en avant la nécessité d’une solution politique régionale. Il a salué « les efforts de médiation entrepris par certains pays amis pour éviter une confrontation ouverte », tout en prévenant que « toute agression contre le Liban entraînera une réponse proportionnée et déterminée ». Par cette double approche, le chef du Hezbollah cherche à projeter une image de force tout en laissant la porte ouverte à la diplomatie.

Sur le dossier économique, Kassem a dénoncé la pression internationale exercée sur le Liban, accusant les États-Unis de « mener une guerre économique contre notre peuple » par le biais des sanctions et du blocage de l’aide internationale. Il critique également le rôle des institutions financières internationales, qu’il accuse de chercher à imposer des réformes contraires aux intérêts du peuple libanais.

Naim Kassem plaide toutefois pour des réformes nationales, mais sous contrôle souverain. Il précise que « le Hezbollah soutient toutes les réformes qui renforcent la justice sociale et protègent les catégories les plus vulnérables ». Cette position vise à désamorcer les accusations selon lesquelles le Hezbollah ferait obstacle aux réformes économiques nécessaires.

En matière de politique intérieure, Kassem réaffirme que « le Hezbollah est un acteur politique à part entière », revendiquant sa participation aux institutions de l’État tout en refusant les tentatives de marginalisation. Il appelle à la formation d’un gouvernement d’unité nationale capable de faire face à la crise.

Les voix d’autres figures politiques libanaises face à la crise

La scène politique libanaise ne se limite pas aux déclarations des figures de l’exécutif ou du Hezbollah. Plusieurs autres leaders politiques, porteurs d’influences majeures dans leurs communautés respectives, ont également pris la parole pour exprimer leurs positions sur la crise actuelle et les attentes de réformes.

Samir Geagea : une attaque frontale contre la corruption

Samir Geagea, chef des Forces libanaises, adopte une posture de fermeté contre ce qu’il qualifie de « système corrompu responsable de l’effondrement national ». Dans un discours prononcé à Maarab fin mars 2025, il a martelé que « la seule issue pour sauver le Liban réside dans l’application stricte des réformes et l’éradication complète de la corruption enracinée dans l’appareil d’État ».

Il critique vigoureusement le rôle du Hezbollah, l’accusant d’entraver la souveraineté du Liban et de maintenir le pays sous la coupe d’agendas régionaux extérieurs. « Tant que les armes illégales menacent l’État, aucune réforme sérieuse ne sera possible », a-t-il insisté, appelant à une internationalisation accrue du dossier libanais pour surmonter les blocages internes.

Sur le plan économique, Geagea soutient les exigences du FMI mais plaide pour que les réformes incluent une « véritable justice sociale », afin d’éviter que le poids de la restructuration bancaire ne repose uniquement sur les épargnants et les petites entreprises.

Gebran Bassil : repositionnement stratégique du Courant patriotique libre

Gebran Bassil, leader du Courant patriotique libre, tente quant à lui de repositionner son mouvement au centre du jeu politique. Lors d’un entretien diffusé début avril 2025, il a reconnu la nécessité de réformes structurelles tout en dénonçant « les pressions extérieures visant à imposer des solutions unilatérales qui ne tiennent pas compte des équilibres internes du Liban ».

Bassil insiste sur la nécessité d’un dialogue national pour parvenir à un consensus sur les grandes réformes économiques et institutionnelles. « Le Liban ne peut accepter des diktats extérieurs qui ne respectent pas sa souveraineté », a-t-il affirmé, tout en se disant ouvert à une coopération avec les institutions internationales, sous réserve que les intérêts du Liban soient pleinement pris en compte.

Il propose notamment la mise en place d’une conférence nationale économique pour aligner les priorités des différentes forces politiques sur les réformes urgentes, dans un cadre de transparence renforcée.

Walid Joumblatt : l’appel à un compromis national

Walid Joumblatt, figure historique du Parti socialiste progressiste, adopte un ton conciliant, appelant à « un compromis national pour éviter l’effondrement total ». Lors d’une interview début avril 2025, il a souligné que « le Liban ne peut pas se permettre un effondrement total de ses institutions », plaidant pour une sortie de crise par la voie du dialogue.

Il met en garde contre les « aventureux de tous bords » qui privilégieraient l’escalade politique ou militaire, appelant les différentes factions à faire preuve de responsabilité collective. Sur les réformes économiques, Joumblatt prône des mesures ciblées de soutien aux populations les plus vulnérables et une répartition équitable des sacrifices à consentir pour relancer l’économie.

Il se dit favorable à une coordination étroite avec les institutions internationales, « à condition que le peuple libanais en soit le bénéficiaire direct », insistant sur la nécessité d’un contrôle transparent des fonds d’aide internationale.

Nabih Berri : la recherche d’un équilibre parlementaire

Nabih Berri, président du Parlement et leader du mouvement Amal, multiplie les déclarations en faveur d’une accélération du processus législatif pour adopter les lois requises par les bailleurs internationaux. « Notre responsabilité collective est d’éviter la faillite totale de l’État », a-t-il déclaré lors d’une session parlementaire début avril 2025.

Il insiste sur l’urgence de voter les projets de loi liés à la réforme du secteur bancaire et à la lutte contre le blanchiment d’argent. Tout en rappelant son attachement à la souveraineté nationale, Berri reconnaît que « le Liban ne peut se permettre de tourner le dos à la communauté internationale au moment où le soutien extérieur est vital ».

Sur la scène politique interne, il appelle les forces parlementaires à surmonter leurs divergences et à « placer l’intérêt national au-dessus des calculs partisans », dans un discours visant à rétablir un minimum de consensus pour faire avancer le processus de réformes.

Les positions internationales sur le Liban et le Moyen-Orient

La communauté internationale suit avec une attention soutenue l’évolution de la situation libanaise et régionale. Les déclarations de responsables étrangers se sont multipliées au cours des dernières semaines, traduisant la gravité des enjeux liés à la stabilité du Liban et, plus largement, à l’équilibre régional.

La France : une mobilisation constante pour la stabilité libanaise

Le président français Emmanuel Macron, particulièrement actif sur le dossier libanais, a rappelé lors de la conférence internationale de mars 2025 que « le Liban est un maillon essentiel de la stabilité régionale ». Il a fermement déclaré que « l’inaction n’est plus une option » pour les dirigeants libanais, insistant sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre des réformes économiques et institutionnelles.

La diplomatie française, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a annoncé la création d’un mécanisme de suivi international chargé de vérifier l’application effective des réformes promises par Beyrouth. Paris considère que seule une pression concertée des bailleurs internationaux permettra de débloquer les 11 milliards de dollars d’aidespromis lors de la conférence CEDRE en 2018, restés gelés jusqu’à présent.

La France maintient également ses contacts étroits avec les principales parties libanaises et régionales pour favoriser une désescalade des tensions frontalières et soutenir les initiatives de stabilisation.

Les États-Unis : fermeté sur les réformes et la sécurité régionale

Le département d’État américain a récemment affirmé que « le soutien au peuple libanais reste ferme, mais il passe par des réformes profondes et la limitation de l’influence des groupes armés ». Cette position, réitérée lors d’un sommet régional début avril 2025, confirme la ligne de Washington consistant à conditionner l’aide économique et militaire à des avancées concrètes en matière de gouvernance et de souveraineté étatique.

Les États-Unis exercent également une pression ciblée à travers des sanctions contre des responsables politiques et financiers libanais soupçonnés de corruption ou de collusion avec des activités illicites. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à isoler les acteurs qui freinent le processus de réforme.

Washington soutient par ailleurs les efforts de médiation régionale pour prévenir une escalade militaire au Liban-Sud et pour encourager le dialogue interlibanais sur la relance économique et la stabilité politique.

Les pays du Golfe : conditionnalité de l’aide et rôle de médiateur

Les pays du Conseil de coopération du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, insistent sur la nécessité pour le Liban de s’engager résolument sur la voie des réformes et de la neutralité régionale. Le ministre saoudien des Affaires étrangères a déclaré que « le Liban ne doit pas être l’otage de groupes qui servent des agendas extérieurs ».

Les pays du Golfe conditionnent le déblocage de toute nouvelle aide financière à une réduction tangible de l’influence du Hezbollah et à la mise en œuvre de réformes de gouvernance transparentes. Ils participent également aux efforts de médiation visant à stabiliser le Liban, tout en gardant une distance prudente face aux dynamiques internes complexes du pays.

L’Union européenne : pression et soutien technique

L’Union européenne adopte une approche équilibrée, combinant pression politique et assistance technique. Bruxelles a réaffirmé son soutien au Liban, soulignant toutefois que « la reprise économique et la stabilité politique passent par des réformes structurelles indispensables ».

L’UE finance plusieurs programmes d’appui à la gouvernance et à la société civile libanaises, visant à renforcer la transparence, la lutte contre la corruption et la résilience sociale. Elle soutient également les efforts du FMI et de la Banque mondiale pour coordonner l’assistance économique internationale au Liban.

Les diplomates européens multiplient les échanges avec les acteurs politiques libanais pour promouvoir une feuille de route de réformes intégrée, tout en encourageant la tenue d’élections transparentes et inclusives.

Analyse croisée des déclarations et enjeux à venir
Les prises de parole des responsables politiques libanais et des acteurs internationaux dessinent les contours d’une crise multidimensionnelle, où les lignes de fracture se combinent aux urgences économiques et sécuritaires. À travers ces déclarations, plusieurs constantes émergent, mettant en lumière les blocages persistants mais aussi les points d’appui pour une éventuelle sortie de crise.
Entre convergence de diagnostic et divergence de solutions
Sur le constat, les discours convergent largement. Tous reconnaissent la gravité de la situation économique, l’urgence des réformes et la nécessité d’éviter l’effondrement total de l’État. Joseph Aoun évoque « la refondation complète des institutions », Nawaf Salam insiste sur « l’action collective immédiate », tandis que Walid Joumblatt parle de « compromis national ». Même Naim Kassem, dans une posture plus critique des pressions extérieures, admet que « des réformes nationales sont nécessaires ».
Cependant, les divergences apparaissent dès lors qu’il s’agit de la mise en œuvre des solutions. Les acteurs politiques se divisent sur la question de la répartition des charges des réformes, de la souveraineté des décisions et de l’intégration ou non des exigences internationales dans le calendrier politique interne. Les débats sur la réforme du secteur bancaire en sont l’illustration la plus vive, opposant partisans d’une restructuration radicale et défenseurs des intérêts des établissements financiers.
La pression internationale, levier ou facteur d’impasse ?
La communauté internationale joue un rôle ambigu. D’un côté, elle constitue un levier essentiel pour contraindre les dirigeants libanais à s’engager sur la voie des réformes. Les 11 milliards de dollars d’aides gelées depuis la conférence CEDRE de 2018 représentent une perspective de soutien massif pour relancer l’économie nationale.
De l’autre, les conditionnalités strictes imposées par le FMI et les bailleurs internationaux sont perçues par certains responsables libanais comme des ingérences inacceptables. Gebran Bassil dénonce des « solutions unilatérales », tandis que Naim Kassem fustige « la guerre économique menée contre notre peuple ».
Cette tension entre pression externe et revendication de souveraineté complique le dialogue et risque de prolonger la paralysie décisionnelle. Les bailleurs internationaux doivent donc trouver un équilibre délicat entre fermeté et accompagnement, pour éviter que le Liban ne s’enferme dans un réflexe de rejet.
Un risque de fragmentation interne accentué
Les déclarations de Samir Geagea et de Naim Kassem illustrent la profondeur des fractures politiques et communautaires qui traversent le Liban. Tandis que Geagea appelle à « une internationalisation accrue du dossier libanais », Kassem défend la posture d’autonomie stratégique face aux influences extérieures. Ces positions opposées reflètent des visions antagonistes de l’avenir du pays.
La multiplication des discours radicaux alimente le risque d’une fragmentation politique plus profonde, à un moment où la survie de l’État dépend d’un minimum de consensus national. Les efforts de Nabih Berri pour restaurer un équilibre parlementaire témoignent d’une volonté d’éviter l’explosion de la scène politique, mais leur efficacité reste incertaine.
Les prochains mois, une fenêtre d’opportunité réduite
Au regard des échéances diplomatiques et financières, le Liban dispose d’une fenêtre d’opportunité étroite pour engager les réformes exigées par la communauté internationale. Les discussions avec le FMI doivent aboutir dans le courant de l’année 2025 pour espérer débloquer les financements nécessaires à la stabilisation macroéconomique.
La pression populaire, portée par une société civile mobilisée et une diaspora de plus en plus critique, accentue cette urgence. Les manifestations régulières et les revendications citoyennes constituent un signal clair adressé aux élites politiques.
En parallèle, les risques d’escalade régionale, notamment à la frontière sud avec Israël, imposent une stabilisation rapide pour éviter que la crise économique ne se double d’une déflagration militaire.
Les mois à venir seront donc décisifs pour déterminer si le Liban parvient à s’extraire de l’impasse actuelle ou s’il s’enfonce davantage dans la crise.

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