Les tensions à la frontière libano-israélienne ont connu une nouvelle flambée ce matin, avec des tirs de mitrailleuses dirigés contre les abords de la localité de Yaroun, dans le district de Bint Jbeil. Vers 10h15, des rumeurs de rshashat rashasha – ces rafales intenses et ciblées – ont retenti, marquant un épisode supplémentaire dans une série d’incidents qui émaillent la région depuis la mise en place du cessez-le-feu de novembre 2024. Ces actions, attribuées aux forces israéliennes, s’inscrivent dans un pattern de violations récurrentes, où les positions ennemies établies à l’intérieur du territoire libanais servent de bases pour des opérations offensives. Ce dernier événement, rapporté par l’Agence nationale d’information (ANI), souligne l’instabilité persistante d’une zone déjà marquée par des destructions massives au cours des mois précédents.
Les détails de l’incident à Yaroun révèlent une opération coordonnée. Les tirs ont visé les périphéries de la ville, sans causer de victimes immédiates signalées, mais instaurant un climat de peur parmi les résidents encore présents dans cette zone frontalière dévastée. Yaroun, une petite localité perchée sur les collines du sud du Liban, a déjà été le théâtre de multiples incursions au cours des dernières semaines. Selon les comptes rendus officiels, cette attaque a été précédée d’une action aérienne : une drone ennemie a largué une bombe sonique sur la ville voisine de Houla, un geste destiné à semer la panique sans infliger de dommages physiques directs, mais qui illustre la stratégie d’intimidation employée. Simultanément, une garnison positionnée sur le mont Blat – une colline stratégiquement située à l’intérieur des terres libanaises – a ouvert le feu avec des mitrailleuses en direction des abords de Marwahin et de Chehin, deux autres villages bordant la ligne bleue, la démarcation établie par les Nations unies en 2000.
Ces villages, Marwahin et Chehin, situés dans le secteur ouest du sud du Liban, ont été régulièrement ciblés par des tirs similaires au cours des mois récents. Marwahin, avec sa population majoritairement chiite et ses terres agricoles exposées, représente un point vulnérable où les forces libanaises peinent à maintenir une présence dissuasive face aux incursions récurrentes. Chehin, plus à l’intérieur, a vu ses infrastructures endommagées par des bombardements antérieurs, rendant la vie quotidienne précaire pour les habitants qui n’ont pas fui vers le nord. Ces tirs simultanés indiquent une coordination évidente, visant à tester les défenses libanaises tout en affirmant une présence militaire au-delà de la frontière reconnue.
Plus tôt dans la nuit, une incursion aérienne a eu lieu aux abords de Markaba, près d’Al Adeisseh. Une drone ennemie a lancé deux missiles sur des installations de traitement de roches, causant des dommages matériels significatifs aux équipements. Markaba, une ville frontalière dans le district de Marjayoun, est connue pour ses carrières et ses activités industrielles modestes, mais sa proximité avec la ligne bleue en fait un cible récurrente. Les missiles ont frappé à l’aube, un horaire choisi pour maximiser la surprise et minimiser les risques de riposte immédiate. Les dégâts, bien que limités à des biens matériels, soulignent l’impact économique de ces opérations sur une région déjà appauvrie par plus d’un an de conflit intermittent.
Une matinée marquée par des survols et des explosions
La matinée n’a pas été épargnée par d’autres signes de tension. Vers 9h55, une drone ennemie a été repérée survolant à basse altitude la ville de Baalbek et ses environs, dans la vallée de la Bekaa. Baalbek, célèbre pour ses ruines romaines classées au patrimoine mondial de l’Unesco, est située bien au nord de la zone tampon établie par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce survol, rapporté par des correspondants locaux de l’ANI, n’a pas entraîné d’attaque immédiate, mais il représente une violation flagrante de l’espace aérien libanais, une pratique récurrente qui alimente les craintes d’une extension du conflit vers des zones plus densément peuplées. La Bekaa, avec ses communautés mixtes et ses routes vitales reliant le Liban à la Syrie, est un enjeu stratégique pour toutes les parties impliquées.
La nuit précédente avait déjà été agitée. Vers 2h20 du matin, une explosion massive a retenti aux abords d’Al Adeisseh, une localité frontalière dans le district de Marjayoun. Cette détonation, exécutée par des forces ennemies, a visé une zone périphérique sans causer de victimes rapportées, mais elle a réveillé les souvenirs des destructions massives subies par la région lors des hostilités de 2024. Al Adeisseh, souvent au cœur des échanges de tirs, illustre la fragilité de la ligne bleue, où des incursions terrestres et aériennes se multiplient malgré les engagements internationaux.
Ces événements s’enchaînent dans un contexte où les violations du cessez-le-feu se comptent par dizaines chaque mois. Depuis novembre 2024, date de l’accord négocié par les États-Unis, Israël a mené plus de 50 frappes aériennes en janvier 2026 seul, selon des rapports d’organisations humanitaires comme le Norwegian Refugee Council. Ces actions, justifiées par l’armée israélienne comme des mesures préventives contre la reconstitution des infrastructures du Hezbollah, ont entraîné des pertes civiles et des destructions supplémentaires dans des villages déjà ravagés.
Le cadre historique des tensions frontalières
Pour comprendre l’ampleur de ces incidents, il faut replonger dans l’histoire tourmentée de la frontière libano-israélienne. Depuis le retrait israélien du sud du Liban en 2000, après 18 ans d’occupation, la ligne bleue a servi de démarcation provisoire, supervisée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Adoptée en 2006 à la suite de la guerre de 33 jours entre Israël et le Hezbollah, la résolution 1701 appelle au désarmement des milices au sud du Litani et au déploiement exclusif de l’armée libanaise dans cette zone. Pourtant, plus de deux décennies plus tard, ces dispositions restent lettre morte pour une large part.
Le conflit de 2024, déclenché par des tirs de roquettes du Hezbollah en soutien à Gaza le 8 octobre 2023, a ravagé le sud du Liban. Des villages entiers comme Kfar Kila, Odaisseh et Bint Jbeil ont été réduits en ruines, avec des bulldozers et des explosifs utilisés pour raser des quartiers entiers après le cessez-le-feu. Selon des estimations de l’ONU, plus de 100 000 Libanais restent déplacés, incapables de rentrer chez eux en raison des menaces persistantes et des zones minées. Israël, de son côté, maintient une présence dans cinq points contestés, incluant des fermes de Chebaa, revendiquées par le Liban mais occupées depuis 1967.
Dans ce paysage, le Hezbollah joue un rôle central. Affaibli par les pertes subies en 2024 – plus de 4 000 combattants tués selon des sources libanaises – le groupe continue de représenter une force paramilitaire influente, malgré les pressions internationales pour son désarmement. Le gouvernement libanais, sous la houlette du premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a lancé un plan en plusieurs phases pour déployer l’armée au sud du Litani, mais les délais s’allongent. En janvier 2026, l’armée libanaise a annoncé la complétion de la première phase, affirmant un contrôle opérationnel au sud du fleuve, sauf dans les zones encore occupées par Israël.
Les dynamiques régionales et les violations récentes
Les incidents de ce matin s’ajoutent à une liste croissante de violations. Le 19 février 2026, des forces israéliennes ont démoli deux maisons à Yaroun et Khiam, des actions qualifiées par l’armée israélienne de ciblage d’infrastructures du Hezbollah. Ces démolitions, souvent menées à l’aube, utilisent des charges explosives placées à l’intérieur des bâtiments, causant des dommages collatéraux aux structures avoisinantes. À Tabna, près de Saïda, des frappes aériennes ont visé des sites présumés d’armement, marquant une extension des opérations au-delà de la zone tampon.
Plus au nord, les survols de Baalbek rappellent les frappes de novembre 2024, qui avaient touché plus de deux douzaines de villages en 24 heures, causant des dizaines de morts. Le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a déclaré que ces raids visaient des caches d’armes et des lance-roquettes du Hezbollah, en violation des accords actuels. Du côté libanais, le ministère de la Santé a rapporté deux morts dans des frappes sur Hanine et Talloussah le 17 février, incluant un combattant du Hezbollah impliqué dans la reconstruction d’infrastructures.
Ces actions interviennent alors que des contacts officiels visent à empêcher le Liban d’être entraîné dans un conflit plus large impliquant l’Iran. Israël a relevé son niveau d’alerte le long de la frontière nord, préparant des plans incluant des frappes préventives contre le Hezbollah. Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a critiqué le gouvernement libanais pour son silence face aux attaques, affirmant que la situation ne peut perdurer sans réponse. Il a invoqué l’accord de Taëf, qui stipule la prise de mesures pour libérer les territoires occupés.
Les implications immédiates pour la Finul et l’ONU
La Finul, avec ses 10 000 casques bleus, joue un rôle crucial mais limité dans la surveillance de la ligne bleue. Des rapports internes, partagés par des pays contributeurs, documentent une hausse brutale des actions israéliennes contre la force onusienne, incluant des tirs directs et des incursions. En janvier 2026, plus de 50 incidents ont été recensés, le plus haut depuis le cessez-le-feu. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exprimé sa préoccupation lors d’une session du Conseil de sécurité, appelant à un respect strict de la résolution 1701 et à un retrait israélien des points occupés.
Au niveau libanais, le plan de désarmement progresse lentement. Le commandant de l’armée, Joseph Aoun, a briefé le cabinet sur une seconde phase nécessitant au moins quatre mois, extensible en fonction des capacités et des attaques israéliennes. Le Hezbollah a rejeté ce calendrier, le qualifiant de service rendu à Israël. Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a confirmé que le gouvernement a pris note du rapport militaire, accordant le délai demandé.
Les dommages économiques et humains accumulés
Les incidents comme ceux de Yaroun exacerbent une crise économique déjà aiguë au Liban. La dette publique dépasse 150 % du PIB, selon les derniers rapports du FMI, et l’inflation galopante frappe les régions du sud, où l’agriculture et les petites industries comme les carrières de Markaba constituent l’essentiel des revenus. Les destructions de 2024 ont coûté des milliards, avec des villages comme Aita al-Chaab et Yanouh voyant des familles entières déplacées. Le ministère de la Santé libanais a rapporté plus de 370 morts depuis le cessez-le-feu, incluant des civils tués dans des frappes comme celle du 9 février à Yanouh, où un enfant de trois ans a péri.
Israël justifie ces opérations par la nécessité d’empêcher la reconstitution des forces du Hezbollah. Le 19 février, des frappes ont ciblé des dépôts d’armes à Jabal al-Reihan et près de Yaroun, selon des déclarations militaires. Des sources libanaises contestent ces allégations, affirmant que les cibles incluent souvent des biens civils.
Les perspectives immédiates des opérations en cours
Les événements de ce matin coïncident avec une augmentation des incursions terrestres. Le 12 février, des raids à Adaysseh et Kfarkela ont démoli plusieurs bâtiments, avec des unités israéliennes pénétrant dans les quartiers centraux pour placer des explosifs. Ces opérations, menées sous couvert de nuit, visent des maisons endommagées précédemment, aggravant les destructions. À Baalbek, les survols de drones à basse altitude persistent, avec des rapports de vols similaires le 15 février près de la frontière syrienne.
Le 16 février, une frappe près de la frontière syro-libanaise a tué quatre personnes dans un véhicule, qualifiée par Israël de ciblage d’opérants de Jihad islamique palestinien. Le ministère libanais de la Santé publique a confirmé les victimes, soulignant l’extension des opérations vers l’est. Ces incidents, combinés aux tirs sur Marwahin et Chehin, indiquent une stratégie d’usure, où les forces israéliennes maintiennent une pression constante sur les villages frontaliers.
Dans la vallée de la Bekaa, les activités aériennes ennemies se multiplient, avec des frappes sur Majdal Anjar éliminant des opérants présumés. Le gouvernement libanais, via son ministère des Affaires étrangères, a déposé des plaintes auprès du Conseil de sécurité, dénonçant ces violations comme des entraves à la reconstruction. L’armée libanaise, renforcée par des aides internationales, déploie progressivement des unités supplémentaires au sud, mais les obstacles sur le terrain – incluant les attaques en cours – ralentissent le processus.
Les implications immédiates de ces incidents se font sentir dans les communautés locales. À Yaroun, les résidents rapportent des interruptions d’eau et d’électricité suite aux tirs, tandis qu’à Markaba, les dommages aux équipements de carrière affectent des dizaines d’emplois. Le survol de Baalbek a provoqué une alerte dans les écoles voisines, forçant des évacuations préventives. Ces faits, accumulés jour après jour, maintiennent la région dans un état de vigilance permanente, avec des patrouilles de la Finul augmentées pour documenter chaque violation.


