dimanche, février 22, 2026

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Venezuela : la malédiction pétrolière qui enrichit les élites et condamne le peuple à la misère

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Le Venezuela, pays aux réserves pétrolières les plus vastes au monde, avec plus de 300 milliards de barils prouvés selon les dernières estimations de l’OPEP en 2025, incarne un paradoxe économique saisissant. Malgré cette abondance, la richesse générée par l’or noir n’a pas profité à la majorité de la population, mais a plutôt consolidé les privilèges d’une élite restreinte, creusant un fossé social abyssal. En janvier 2026, alors que le pays traverse une instabilité accrue suite à des événements géopolitiques récents, les indicateurs socio-économiques révèlent une pauvreté touchant près de 80 % des Vénézuéliens, selon un rapport de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) publié fin 2025. Cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une dépendance structurelle au pétrole, marquée par une mauvaise gestion, une corruption endémique et des influences extérieures qui ont exacerbé les vulnérabilités internes.

Les fondements d’une dépendance fatale

L’histoire économique du Venezuela est indissociable de son pétrole, découvert en quantités commerciales dès 1917 dans le bassin du lac Maracaibo. Dès les années 1920, sous le régime autoritaire de Juan Vicente Gómez, les concessions généreuses accordées aux compagnies étrangères, principalement américaines comme Standard Oil et Gulf Oil, ont posé les bases d’une économie extractive. À l’époque, le pays exportait déjà plus de 90 % de son pétrole brut, avec des royalties minimales reversées à l’État. En 1935, les exportations pétrolières représentaient 91,2 % des exportations totales, selon des archives historiques de la Banque centrale du Venezuela.

Cette dépendance s’est accentuée après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la demande mondiale en énergie a explosé. Le Venezuela, alors l’un des principaux exportateurs mondiaux avec une production culminant à 3,5 millions de barils par jour dans les années 1960, a cofondé l’OPEP en 1960 pour tenter de réguler les prix. Pourtant, les bénéfices n’ont pas ruisselé vers la base. Les élites locales, composées de grands propriétaires terriens, de politiciens et d’entrepreneurs liés aux partis traditionnels comme Acción Democrática et Copei, ont capté une large part des revenus via des contrats publics opaques et des alliances avec les multinationales. Un rapport de la Banque mondiale datant des années 1980 estime que jusqu’à 30 % des recettes pétrolières étaient dissipées en corruption et en inefficacités administratives.

Le syndrome hollandais à l’œuvre

Économiquement, cette manne a engendré ce que les experts appellent le « syndrome hollandais », un phénomène où l’afflux de devises pétrolières surévalue la monnaie nationale, rendant les autres secteurs non compétitifs. Au Venezuela, l’agriculture, qui représentait 20 % du PIB dans les années 1950, a chuté à moins de 5 % dans les années 1980, selon des données de l’Institut national de statistiques. Les importations bon marché ont inondé le marché, décourageant la production locale et favorisant une urbanisation chaotique autour de Caracas et des zones pétrolières.

Les élites ont profité de cette structure : les familles influentes contrôlaient les importations, les banques et les médias, accumulant des fortunes colossales. Par exemple, durant le boom pétrolier de 1973-1974, suite à l’embargo arabe, les recettes ont quadruplé, atteignant 10 milliards de dollars annuels. Le président Carlos Andrés Pérez a lancé le plan « La Grande Venezuela », investissant dans des projets pharaoniques comme des usines sidérurgiques et des autoroutes. Mais une grande partie des fonds a été détournée : des scandales comme celui de la Recadi (Régime de change différentiel) dans les années 1980 ont permis à des fonctionnaires et des entrepreneurs de s’enrichir via des allocations de devises subventionnées, au détriment des classes moyennes et populaires.

La corruption comme pilier du système

La corruption n’était pas un accident, mais un élément structurel. Sous la « démocratie pactedée » de 1958 à 1998, où Acción Democrática et Copei se partageaient le pouvoir, les revenus pétroliers finançaient un clientélisme généralisé. Des emplois publics pléthoriques et des subventions étaient distribués pour acheter la loyauté, sans créer de croissance inclusive. PDVSA, la compagnie nationale créée en 1976 après la nationalisation, est devenue un État dans l’État, avec des salaires exorbitants pour ses cadres – souvent issus des élites – mais peu de retombées pour les communautés locales.

Dans les régions productrices comme l’État de Zulia ou le bassin de l’Orénoque, la pollution environnementale et le sous-investissement ont aggravé la misère. Des études de l’ONU sur le développement humain dans les années 1990 indiquent que, malgré un PIB par habitant élevé (environ 3 000 dollars en 1980), les indicateurs sociaux restaient médiocres : une mortalité infantile à 30 pour 1 000 naissances et un analphabétisme à 10 %. Le coefficient de Gini, mesurant les inégalités, dépassait 0,45 en 1989, plaçant le Venezuela parmi les nations les plus inégalitaires d’Amérique latine.

La chute des prix et l’explosion des inégalités

La crise des années 1980 a révélé les failles du modèle. La chute des prix du pétrole, de plus de 70 % entre novembre 1985 et mars 1986, a provoqué une récession profonde. Le « vendredi noir » de février 1983, avec une dévaluation de 60 % du bolivar, a entraîné une inflation galopante et une dette extérieure triplée, atteignant 30 milliards de dollars. Les mesures d’austérité imposées par le FMI – réduction des subventions sur l’essence et les aliments – ont déclenché des émeutes, comme le Caracazo de 1989, où plus de 300 personnes ont perdu la vie lors de la répression par les forces de sécurité.

À cette époque, la pauvreté touchait 40 % de la population, contre 20 % une décennie plus tôt, selon la CEPALC. Les élites, protégées par leurs réseaux, ont maintenu leurs privilèges, tandis que les bidonvilles se multipliaient. En 1995, sous la présidence de Rafael Caldera, la pauvreté atteignait 60 %, exacerbée par une libéralisation économique mal gérée qui a favorisé les importateurs liés aux cercles du pouvoir.

La montée d’Hugo Chávez face au rejet des élites

C’est dans ce climat de désillusion que Hugo Chávez a émergé. Ancien officier parachutiste, Chávez a tenté un coup d’État en février 1992 contre Carlos Andrés Pérez, accusé de corruption massive. Emprisonné deux ans, il est libéré en 1994 et fonde le Mouvement pour la cinquième République, capitalisant sur le discrédit des partis traditionnels. Les élections de 1998 le portent au pouvoir avec 56 % des voix, sur une plateforme anti-corruption et de redistribution des richesses.

Chávez dénonçait le « pacte de Punto Fijo » de 1958, qui assurait l’alternance entre deux partis mais excluait les masses populaires. Son discours anti-impérialiste, ciblant les États-Unis et leur influence sur le pétrole vénézuélien, résonnait avec une population frustrée par des décennies de domination étrangère et d’inégalités. En 1999, il convoque une Assemblée constituante pour réécrire la Constitution, approuvée par 72 % des votants lors d’un référendum. Cela renforce le pouvoir exécutif et permet des réformes sociales financées par le pétrole.

Sous Chávez, les prix du baril grimpent à plus de 100 dollars dans les années 2000, enabling des programmes comme les « misiones » : Barrio Adentro pour la santé gratuite avec des médecins cubains, et Mercal pour des aliments subventionnés. Ces initiatives réduisent la pauvreté de 50 % à 25 % entre 2003 et 2012, selon la CEPALC. Pourtant, elles s’accompagnent d’une recentralisation du pouvoir : Chávez purge les opposants des forces armées, licencie 18 000 employés de PDVSA lors d’une grève en 2002-2003, coûtant 13,5 milliards de dollars en pertes, et nationalise des actifs étrangers en 2007.

Les sanctions américaines : un facteur d’aggravation ?

De facto, les États-Unis ont contribué à saboter l’économie vénézuélienne via un régime de sanctions progressif. Dès 2002, Washington soutient tacitement le coup d’État raté contre Chávez, comme l’admet un rapport du Département d’État en 2004. Les sanctions débutent en 2005, ciblant des individus pour corruption, mais s’intensifient sous Barack Obama en 2015, déclarant le Venezuela une « menace à la sécurité nationale ».

Sous Donald Trump en 2017, elles visent PDVSA, interdisant les importations de pétrole et gelant les actifs aux États-Unis, y compris la raffinerie Citgo. En 2019, l’accès aux marchés financiers internationaux est bloqué, réduisant les exportations de 2,5 millions de barils par jour en 2016 à moins de 800 000 en 2025. Un rapport du Government Accountability Office (GAO) américain en 2020 estime que ces mesures ont coûté plus de 30 milliards de dollars en pertes de revenus au Venezuela.

Joe Biden assouplit temporairement les restrictions en 2023, permettant à Chevron de reprendre des opérations limitées, augmentant les exportations de 12 %. Mais Trump réimpose un régime strict en 2025, incluant un embargo naval en janvier 2026. Des économistes du Center for Economic and Policy Research affirment que ces sanctions ont accéléré le déclin, forçant le régime à se tourner vers la Chine et la Russie pour des prêts, aggravant la dette à 150 milliards de dollars en 2025.

Les sanctions touchent particulièrement le secteur pétrolier : l’interdiction d’importations de diluants paralyse l’extraction de brut extra-lourd, et le gel d’actifs empêche les réparations d’infrastructures. Un rapport de l’OPEP en 2024 note une chute de production due à ces restrictions, combinée à une mauvaise gestion interne. L’ONU, dans un rapport de 2021, indique que les sanctions contribuent à l’hyperinflation (plus de 65 000 % en 2018) et à l’exode de 7 millions de Vénézuéliens.

Les implications immédiates dans le contexte actuel

En janvier 2026, les marchés pétroliers réagissent à l’instabilité vénézuélienne avec une baisse du Brent à 60 dollars le baril, anticipant une potentielle reprise de production. Les raffineries américaines du Golfe, adaptées au brut lourd vénézuélien, expriment un intérêt, mais les coûts de raffinage – 10 à 15 dollars supplémentaires par baril – et les pressions environnementales freinent les investissements. Les compagnies comme Chevron et Exxon attendent des garanties, face à des dettes chinoises de 19 milliards de dollars garanties par du pétrole.

Au Venezuela, la production stagne à capacité réduite, avec PDVSA gérant des extractions minimales malgré l’embargo. Les régions du bassin de l’Orénoque souffrent de dégradations infrastructurelles, inopérantes depuis des années. Des discussions entre acteurs internationaux et locaux se poursuivent, avec des projections indiquant une possible augmentation de 200 000 barils par jour si la stabilité s’améliore, bien que les risques géopolitiques persistent. Les communautés locales, exposées à la pollution et à la précarité, surveillent ces évolutions, tandis que les flux vers la Chine et la Russie pourraient être réorientés, compliquant davantage le paysage économique.

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