Le FMI presse Beyrouth d’accélérer les réformes financières
Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment adressé un avertissement ferme aux autorités libanaises, exigeant des progrès concrets sur les réformes du secteur bancaire. L’institution financière internationale, qui conditionne tout soutien économique à la mise en œuvre de mesures de restructuration, a exprimé son inquiétude quant à la lenteur du processus et aux désaccords persistants entre les responsables libanais.
Selon plusieurs sources proches des négociations, le FMI insiste sur la nécessité de restructurer le secteur bancaire afin de rétablir la confiance et d’assurer une stabilité financière durable. Toutefois, les divisions internes entre le gouvernement, la Banque du Liban et les grandes institutions bancaires retardent l’application des recommandations. Le principal point de blocage concerne la répartition des pertes financières, estimées à plus de 70 milliards de dollars, et la responsabilité des acteurs impliqués dans la crise.
Un secteur bancaire sous pression et en crise de confiance
Depuis l’effondrement du système financier libanais en 2019, le secteur bancaire a imposé des restrictions strictes sur les retraits et les transferts en devises, affectant directement près de 1,3 million de déposants. Cette crise a été marquée par une perte colossale estimée à plus de 72 milliards de dollars selon les dernières évaluations de la Banque du Liban, soit près de trois fois le PIB du pays. La dévaluation de la livre libanaise, qui est passée d’un taux officiel de 1 500 LBP pour 1 USD à plus de 90 000 LBP en février 2025, a aggravé la situation, entraînant une inflation annuelle de 140 % et une baisse de 90 % du pouvoir d’achat pour de nombreux citoyens.
Les banques ont mis en place un contrôle informel des capitaux, limitant les retraits en devises étrangères et forçant les épargnants à retirer leurs dollars en livres libanaises à un taux largement inférieur à celui du marché parallèle. Ce mécanisme, souvent qualifié de « haircut déguisé », a fait perdre à certains déposants jusqu’à 75 % de la valeur réelle de leurs économies. En parallèle, les restrictions sur les transferts internationaux ont paralysé plus de 30 000 entreprises libanaises, notamment dans les secteurs de l’import-export et du commerce, aggravant ainsi la récession économique.
L’impact de cette crise s’est également traduit par une chute des réserves en devises étrangères de la Banque du Liban, qui sont passées de 32 milliards de dollars en 2018 à environ 9,5 milliards de dollars en 2025, dont une grande partie est bloquée sous forme d’obligations et de réserves d’or. Ces tensions financières ont conduit à une réduction drastique des financements extérieurs, le Liban étant désormais classé parmi les économies les plus risquées au monde, avec une notation souveraine de « RD » (Restricted Default) selon Fitch Ratings.
Face à cette situation, le Fonds monétaire international (FMI) a intensifié ses pressions sur Beyrouth pour adopter une réforme structurelle du secteur bancaire. Parmi les principales recommandations du FMI figurent :
- L’annulation partielle des créances douteuses, notamment les 36 milliards de dollars de prêts non performants accumulés par les banques, en particulier ceux octroyés à des entreprises et des personnalités influentes sans garanties solides. Cette mesure vise à alléger la pression sur le bilan des banques, mais elle risque de déclencher une série de contentieux juridiques et une méfiance accrue des investisseurs.
- La recapitalisation des banques via des investisseurs privés, afin d’injecter entre 8 et 12 milliards de dollarsdans le système bancaire et d’éviter une faillite généralisée. Toutefois, les investisseurs internationaux restent prudents, 80 % des fonds étrangers ayant quitté le Liban depuis 2019 en raison du manque de transparence et des incertitudes politiques.
- Une restructuration globale du secteur financier, avec une régulation plus stricte visant à protéger les épargnants et empêcher les dérives ayant conduit à la crise. Le FMI demande notamment l’instauration d’une loi formelle sur le contrôle des capitaux, une condition sine qua non pour un plan de sauvetage durable.
Cependant, ces propositions se heurtent à une résistance majeure de la part des banques commerciales. Confrontées à des pertes estimées à près de 60 % de leurs actifs, elles tentent de limiter les dégâts en proposant une conversion forcée des dépôts en obligations d’État sur 30 ans, une mesure qui transfèrerait une grande partie du fardeau financier sur les déposants. Cette solution est jugée inacceptable par le FMI, qui la considère comme un moyen de socialiser les pertes des banques tout en préservant les actionnaires et les dirigeants du secteur bancaire.
Les banques plaident également pour la création d’un fonds de compensation financé par l’État et les bailleurs internationaux, qui prendrait en charge au moins 20 milliards de dollars de pertes bancaires. Toutefois, cette approche est vivement critiquée par l’Union européenne et les États-Unis, qui considèrent qu’une telle mesure favoriserait l’impunité des institutions financières responsables de la crise.
En attendant un compromis, le Liban reste dans une impasse financière. Le retard dans la mise en place des réformes menace de prolonger la récession et de précipiter une nouvelle dévaluation de la livre libanaise, qui pourrait atteindre 120 000 LBP pour 1 USD d’ici la fin de l’année si aucune solution durable n’est trouvée. Les négociations avec le FMI restent donc cruciales, mais leur issue dépendra de la capacité du gouvernement à imposer des réformes douloureuses, tout en évitant une implosion totale du système bancaire et un effondrement social plus large.
Les résistances politiques et institutionnelles bloquent les réformes
Le retard dans la mise en œuvre des réformes bancaires s’explique en grande partie par les conflits politiques internes, qui opposent le gouvernement, la Banque du Liban (BDL), les banques commerciales et divers acteurs économiques. L’absence d’un consensus clair sur la gestion des pertes et les responsabilités dans l’effondrement du système bancaire freine toute tentative de réforme. Cette situation paralyse les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) et empêche le pays d’accéder aux financements internationaux dont il a cruellement besoin.
Une fracture politique qui bloque les réformes
Le débat sur la restructuration du secteur bancaire est devenu un enjeu central dans la crise politique libanaise. Plusieurs camps s’opposent sur la manière dont les pertes bancaires – estimées à plus de 72 milliards de dollars – doivent être réparties.
- Le gouvernement et la Banque du Liban : Certains responsables gouvernementaux et dirigeants de la BDL estiment que le fardeau des pertes doit être partagé entre l’État, les banques et les déposants. Cependant, ils sont divisés sur la priorisation des mesures à prendre : faut-il restructurer en premier les banques ou commencer par stabiliser les finances publiques ?
- Les banques commerciales : Ces dernières cherchent à minimiser leur responsabilité et à éviter toute ponction trop importante sur leurs bilans. Elles ont plaidé pour un remboursement progressif des dépôts gelés sur plusieurs décennies et ont proposé la création d’un fonds de compensation financé par l’État, une solution rejetée par le FMI.
- Les partis politiques traditionnels : Certains partis influents, notamment ceux qui ont historiquement entretenu des relations étroites avec les banques et le secteur financier, freinent toute réforme qui pourrait nuire aux intérêts des grandes familles financières du pays.
Le blocage est également exacerbé par le manque de coordination entre les ministères et la BDL, qui adoptent parfois des positions contradictoires sur la manière d’appliquer les recommandations du FMI.
Une stratégie de temporisation pour éviter des mesures impopulaires
Certains partis politiques et groupes d’intérêts influents exercent des pressions pour retarder l’application des réformes, espérant obtenir des financements internationaux sans avoir à respecter des conditions trop strictes. Cette stratégie repose sur l’idée que des concessions politiques ou diplomatiques – comme un rapprochement avec des partenaires régionaux – pourraient permettre d’accéder à des aides extérieures sans passer par le FMI.
Cependant, cette stratégie du statu quo comporte plusieurs risques :
- Elle aggrave la perte de confiance des investisseurs et des institutions financières internationales, ce qui empêche tout afflux de capitaux dans l’économie libanaise.
- Elle prolonge l’incertitude monétaire et financière, poussant encore davantage les Libanais à retirer leurs liquidités du système bancaire et à investir dans des alternatives comme l’or ou les cryptomonnaies.
- Elle expose le pays à une pression économique croissante de la part des puissances occidentales, qui conditionnent leur aide à des réformes structurelles profondes.
Les résistances aux mesures fiscales et sociales du FMI
D’autres acteurs politiques et économiques craignent que les réformes exigées par le FMI ne déclenchent une crise sociale plus profonde. En effet, plusieurs mesures proposées, notamment la suppression des subventions sur les produits de base et l’augmentation des taxes sur les grandes entreprises, pourraient affecter les classes populaires et moyennes déjà fragilisées par la crise.
- Suppression des subventions : Le FMI a recommandé la suppression progressive des subventions sur les carburants, le blé et l’électricité, ce qui pourrait entraîner une hausse brutale des prix pour la population. Or, cette mesure est perçue comme dangereuse sur le plan politique, car elle risquerait d’alimenter de nouvelles vagues de contestation et de manifestations.
- Augmentation des impôts : Pour compenser les pertes du secteur bancaire, le FMI propose une hausse de la fiscalité sur les grandes entreprises et les transactions financières, ce qui inquiète certains groupes économiques influents. Ces derniers redoutent que cela entraîne une fuite supplémentaire des capitaux et un ralentissement des investissements dans l’économie libanaise.
Les gouvernements successifs ont donc hésité à appliquer ces réformes, redoutant un scénario similaire à la crise de 2019, lorsque l’annonce d’une taxe sur les appels via WhatsApp avait déclenché un soulèvement populaire.
Le risque d’une instabilité prolongée
Le manque de consensus sur la restructuration du secteur bancaire et les résistances politiques aux mesures du FMI compromettent les perspectives de redressement économique du Liban. Si les réformes ne sont pas mises en place rapidement, plusieurs conséquences sont à prévoir :
- Une dévaluation encore plus forte de la livre libanaise, qui pourrait dépasser 120 000 LBP pour 1 USD d’ici fin 2025, selon certaines projections.
- Une poursuite de l’effondrement du système bancaire, avec la fermeture probable de plusieurs établissements en difficulté.
- Une aggravation de la crise sociale, avec une hausse du chômage et un appauvrissement accru de la population.
Face à cette impasse, la pression internationale sur le Liban ne cesse d’augmenter. Le FMI a clairement indiqué que sans réforme bancaire, aucune aide significative ne serait accordée. De plus, plusieurs partenaires étrangers, dont les États-Unis et la France, conditionnent leur soutien à des avancées concrètes sur le plan économique et institutionnel.
En l’absence de solutions rapides, le Liban risque donc d’entrer dans une spirale d’instabilité durable, menaçant non seulement son économie, mais aussi son équilibre politique et social.
Le FMI maintient la pression sur Beyrouth
Face à ces blocages, le Fonds monétaire international (FMI) a multiplié les avertissements, soulignant que tout retard supplémentaire dans la mise en œuvre des réformes pourrait compromettre durablement la relance économique du Liban. L’absence de progrès significatifs expose le pays à un isolement financier accru, réduisant drastiquement ses chances d’obtenir des financements extérieurs et limitant les opportunités d’investissement.
Un accès aux financements internationaux de plus en plus compromis
Le FMI conditionne son aide à la mise en œuvre de réformes structurelles touchant principalement la restructuration du secteur bancaire, la stabilisation des finances publiques et la lutte contre la corruption. À ce jour, les autorités libanaises n’ont pas réussi à répondre à ces exigences, ce qui freine le déblocage d’un plan d’aide estimé à 3 milliards de dollars sur plusieurs années.
Sans cet accord, le Liban reste exclu des circuits financiers internationaux, ce qui signifie :
- Une absence d’accès aux marchés obligataires internationaux, empêchant le pays d’émettre de la dette pour financer son déficit public.
- Une perte de confiance des investisseurs étrangers, qui se traduirait par un retrait massif des capitaux et une fuite des investissements.
- Un gel des programmes d’aide économique, notamment ceux prévus par la Banque mondiale et l’Union européenne.
En parallèle, les agences de notation ont considérablement abaissé la note souveraine du Liban. Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s classent désormais le pays en catégorie « défaut partiel », ce qui signifie qu’il est considéré comme incapable de rembourser ses engagements financiers sans une restructuration majeure de sa dette. Cette situation limite encore davantage la capacité du Liban à lever des fonds à l’international.
Un risque accru de dépréciation de la livre libanaise
L’un des effets les plus immédiats de l’absence de réformes est la poursuite de la dévaluation de la livre libanaise. Depuis le début de la crise en 2019, la monnaie nationale a perdu plus de 95 % de sa valeur par rapport au dollar américain, passant de 1 500 LBP/USD à près de 90 000 LBP/USD en février 2025.
Le FMI estime que si aucune mesure de stabilisation n’est prise rapidement, la livre libanaise pourrait dépasser 120 000 LBP/USD d’ici la fin de l’année, ce qui aurait des conséquences désastreuses :
- Une inflation galopante dépassant 150 %, rendant l’accès aux biens de première nécessité encore plus difficile pour la population.
- Une hausse continue des prix des carburants, de l’alimentation et des services, accentuant la précarité de la classe moyenne et des ménages à faibles revenus.
- Une détérioration du climat des affaires, freinant encore davantage la reprise économique et accentuant la fermeture des entreprises locales.
Cette situation pousse également les commerçants et industriels libanais à adopter une « dollarisation de fait », où les prix sont de plus en plus indexés sur le dollar pour se protéger contre les variations brutales du taux de change. Toutefois, cela aggrave l’exclusion des classes populaires, dont les salaires sont souvent toujours payés en livres libanaises.
La Banque mondiale et l’Union européenne conditionnent leur aide aux réformes
Outre le FMI, plusieurs bailleurs de fonds internationaux, dont la Banque mondiale et l’Union européenne, ont clairement indiqué que tout soutien financier au Liban serait conditionné à la mise en œuvre de réformes structurelles crédibles.
- La Banque mondiale a suspendu plusieurs projets d’infrastructure et de développement, estimés à plus d’un milliard de dollars, jusqu’à ce que des avancées réelles soient constatées dans la lutte contre la corruption et la gestion transparente des finances publiques.
- L’Union européenne a exprimé sa volonté d’accorder un programme d’aide économique de 1,2 milliard d’euros, mais uniquement si des réformes concrètes sont mises en œuvre dans les secteurs bancaire et énergétique.
L’incapacité du Liban à répondre à ces exigences prolonge son isolement économique et diplomatique. De plus, les pays du Golfe, autrefois principaux investisseurs dans l’économie libanaise, ont considérablement réduit leur soutien financier, préférant attendre des signes de stabilisation avant d’envisager de nouveaux engagements.
Un compte à rebours pour éviter une crise totale
Le FMI et les bailleurs internationaux ont prévenu que le Liban ne pouvait plus se permettre de tergiverser. Chaque mois de retard dans la mise en œuvre des réformes augmente les pertes financières et réduit les chances d’un rebond économique.
En l’absence d’un accord avec le FMI et d’un plan de restructuration bancaire viable, le pays risque une nouvelle contraction économique pouvant dépasser -7 % de PIB en 2025, aggravant encore plus la précarité des Libanais et l’effondrement de l’État. Sans financement extérieur et avec une livre libanaise en chute libre, les réserves en devises pourraient être totalement épuisées d’ici 2026, rendant impossible l’importation de produits essentiels et mettant en péril l’ensemble du système économique libanais.
Face à cette situation critique, la pression monte sur les dirigeants libanais pour qu’ils cessent les blocages politiques et appliquent les mesures nécessaires. L’avenir économique du Liban dépend désormais de sa capacité à rétablir la confiance et à mettre en place les réformes structurelles exigées par la communauté internationale.
Quel avenir pour le secteur bancaire libanais ?
Si le Liban ne parvient pas à mettre en place un plan de restructuration acceptable, il risque de prolonger une crise financière déjà critique. Les experts estiment que la seule solution viable passe par une réforme en profondeur du système bancaire, avec une meilleure régulation et des mécanismes de protection pour les épargnants.
Le défi pour Beyrouth sera de trouver un équilibre entre les exigences du FMI et la réalité politique interne, tout en évitant une implosion du secteur financier. Sans engagement clair de la part des autorités, le Liban pourrait se retrouver dans une impasse, accentuant encore l’instabilité économique et sociale du pays.



