Les 2 et 3 septembre 2025, le Sud-Liban a été le théâtre d’une série de bombardements israéliens d’une intensité accrue, visant des infrastructures présumées du Hezbollah dans plusieurs localités, dont Yaroun, Barb A-Talatin, Al-Kaem, Khraibeh et Deir Taqla. Ces frappes, qui ont causé au moins cinq morts et plusieurs blessés, dont un ouvrier syrien, interviennent dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées, à la veille d’une réunion cruciale du conseil des ministres libanais prévue le 5 septembre, où le désarmement du Hezbollah figure implicitement à l’ordre du jour. Parallèlement, ces opérations militaires semblent liées à la décision récente de la France, portée par le président Emmanuel Macron, de reconnaître l’État palestinien à l’ONU en septembre 2025, une annonce qui a provoqué une vive réaction en Israël. Alors que le Hezbollah maintient une posture de retenue sans riposte directe, ces bombardements pourraient paradoxalement consolider sa position contre tout désarmement, en invoquant la menace israélienne persistante.
Une intensification des frappes aériennes
Les forces armées israéliennes (Tsahal) ont mené, les 2 et 3 septembre 2025, des opérations aériennes d’envergure dans le Sud-Liban, ciblant des équipements et des sites soupçonnés d’être utilisés par le Hezbollah. Selon un communiqué de Tsahal daté du 3 septembre, ces frappes ont visé « des équipements de génie civil, incluant des bulldozers et des excavatrices, détournés à des fins militaires en violation de la résolution 1701 de l’ONU ». Un porte-parole militaire a précisé : « Ces infrastructures étaient en cours de reconstruction pour des capacités terroristes dans une zone où seules les forces libanaises et la FINUL sont autorisées. » Des images circulant sur les réseaux montrent des colonnes de fumée s’élevant au-dessus des collines, tandis que des témoins locaux rapportent des explosions puissantes, certaines ressenties jusqu’à des kilomètres.
À Yaroun, une usine de traitement des eaux a été gravement endommagée le 2 septembre, privant près de 80 000 habitants d’accès à l’eau potable, selon les autorités locales. Le lendemain, le 3 septembre, des frappes ont touché Khraibeh, causant plusieurs morts et blessés, et Deir Taqla, où un hangar de réparation de bulldozers a été détruit, tuant un ouvrier syrien. À Barb A-Talatin et Al-Kaem, des habitations civiles ont été affectées, avec des rapports indiquant des incendies et des perturbations dans les services essentiels. L’Organisation mondiale de la santé a signalé, dans un bulletin du 3 septembre, que les infrastructures médicales de la région, déjà sous tension en raison de la crise économique libanaise, font face à une surcharge immédiate. Ces actions s’inscrivent dans une série d’opérations menées par Israël depuis janvier 2025, visant à empêcher toute reconstitution des capacités militaires du Hezbollah au sud du fleuve Litani, conformément à l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.
Un timing lié à la réunion du 5 septembre
Ces bombardements surviennent à un moment stratégique pour le Liban, alors que le conseil des ministres, reporté au 5 septembre 2025, doit examiner un plan de désarmement des milices, proposé par l’armée libanaise et soutenu par les États-Unis. Ce plan, aligné sur la résolution 1701 de l’ONU, stipule que seules les forces armées libanaises et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) peuvent opérer au sud du Litani. Le comité de surveillance du cessez-le-feu, dirigé par les États-Unis et incluant la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, supervise l’application de cet accord. Un haut responsable du ministère libanais de la Défense a déclaré, sous couvert d’anonymat : « Ce plan représente une étape cruciale pour restaurer la souveraineté nationale, mais il est entravé par l’influence politique et militaire du Hezbollah. »
Bien que le désarmement ne figure pas explicitement à l’agenda officiel de la réunion, publié le 3 septembre, il est au cœur des discussions internes au gouvernement libanais. Les frappes israéliennes semblent destinées à accentuer la pression sur Beyrouth, en rappelant les conséquences d’un statu quo. Un message rapporté d’Israël au gouvernement libanais, transmis avant la réunion, indique : « Si vous ne le faites pas, nous le ferons. » Cependant, ces actions pourraient avoir l’effet inverse, renforçant la détermination du Hezbollah à refuser tout désarmement. Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a affirmé le 25 août 2025 : « Ces armes sont notre âme, notre honneur, notre dignité. Celui qui veut nous désarmer cherche à nous arracher l’âme. » Cette position, amplifiée par les bombardements récents, permet au groupe de justifier le maintien de son arsenal face à l’« agression israélienne ».
L’absence de riposte du Hezbollah
Le Hezbollah a adopté une posture de retenue face aux frappes des 2 et 3 septembre, sans aucune riposte militaire rapportée. Cette décision s’explique par l’affaiblissement du groupe suite à la guerre de 2024, qui a entraîné la perte de milliers de combattants et de dirigeants clés, dont Hassan Nasrallah, ainsi que la destruction d’une partie significative de son arsenal. Selon des rapports, le Hezbollah a démantelé 190 de ses 265 positions militaires au sud du Litani depuis novembre 2024, mais conserve des capacités résiduelles. Des sources au sein du groupe ont indiqué que toute escalade pourrait compromettre la coopération avec l’armée libanaise dans la zone du Litani si les pressions pour le désarmement persistent.
Des manifestations de partisans du Hezbollah ont eu lieu à Beyrouth le 3 septembre, avec des drapeaux jaunes brandis pour dénoncer les « agressions israéliennes ». Un membre du conseil politique du Hezbollah a déclaré : « Chaque frappe israélienne prouve que notre résistance est nécessaire pour protéger le Liban. » Cette retenue tactique, bien que limitant l’escalade immédiate, renforce le discours interne du groupe contre toute concession sur les armes.
La FINUL prise pour cible
Les opérations israéliennes ont directement impacté la FINUL, chargée de maintenir la paix dans le Sud-Liban. Le 2 septembre 2025, des drones israéliens ont largué quatre grenades près d’une position de la FINUL à Naqoura, endommageant des infrastructures sans blesser de Casques bleus. Jeanine Hennis-Plasschaert, coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, a condamné l’incident : « Toute attaque contre les forces de maintien de la paix constitue une violation grave du droit international et compromet les efforts de stabilisation. » Le ministère français des Affaires étrangères a réagi le 3 septembre : « La France appelle toutes les parties à respecter la sécurité des Casques bleus. »
La FINUL, forte de 10 000 militaires issus de 40 pays, dont environ 700 Français, opère dans un environnement de plus en plus hostile. Ses patrouilles, visant à surveiller la « Ligne bleue » entre le Liban et Israël, sont souvent entravées par les tensions. Le renouvellement unanime de son mandat par le Conseil de sécurité le 29 août 2025 a été salué par Emmanuel Macron : « La FINUL reste un pilier de la stabilité régionale. » Cet incident s’ajoute à une série d’accrochages, comme celui de juillet 2025 qui avait blessé deux soldats malaisiens.
L’engagement historique de la France au Liban
La France entretient une relation privilégiée avec le Liban, ancrée dans des liens historiques, culturels et diplomatiques. Emmanuel Macron s’est personnellement investi dans la stabilisation du pays depuis l’explosion du port de Beyrouth en août 2020. En janvier 2025, lors d’une visite à Beyrouth, il a annoncé l’organisation d’une conférence d’aide pour la reconstruction et appelé Israël à accélérer son retrait du Sud-Liban. « Il est essentiel d’accélérer le retrait des troupes israéliennes pour permettre au Liban de retrouver pleinement sa souveraineté », a-t-il déclaré le 17 janvier 2025, lors d’une rencontre avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam.
En juillet 2025, Macron a reçu Salam à Paris, où la France a promis 88 millions d’euros pour la reconstruction, conditionnés à des réformes économiques. « La France restera aux côtés du Liban pour garantir sa souveraineté et sa stabilité », a réitéré Macron en août 2025. La contribution française à la FINUL, avec 700 militaires, souligne cet engagement, plaçant Paris en première ligne des dynamiques régionales. Les frappes près des positions françaises pourraient ainsi être vues comme une pression indirecte sur la France, en ciblant un pays où Macron investit personnellement.
La reconnaissance de la Palestine : un catalyseur de tensions
L’annonce par la France de reconnaître l’État palestinien à l’ONU en septembre 2025 a intensifié les frictions avec Israël. Le 1er septembre 2025, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré : « La reconnaissance de la Palestine est une étape nécessaire pour une paix juste et durable au Proche-Orient. » Cette décision, alignée avec d’autres pays comme le Royaume-Uni et le Canada, vise à soutenir une solution à deux États lors de l’Assemblée générale de l’ONU.
Israël a réagi vivement. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié cette initiative de « récompense au terrorisme » et de « menace pour la sécurité régionale ». Un député israélien a averti sur les réseaux sociaux : « La France doit comprendre que reconnaître la Palestine maintenant renforce les ennemis d’Israël. » Des responsables israéliens ont écrit à Macron pour exprimer leur colère, arguant que cette reconnaissance est contre-productive. Dans ce contexte, les bombardements au Sud-Liban pourraient servir de message indirect à Paris, en exploitant la vulnérabilité du Liban, un pays cher à Macron, pour influencer la position française.
Les implications humanitaires immédiates
Les frappes des 2 et 3 septembre aggravent une crise humanitaire déjà aiguë dans le Sud-Liban. L’Unicef estime que 400 000 personnes sont directement affectées, avec des écoles, des centres de santé et des infrastructures hydrauliques endommagés. Des milliers de familles ont fui vers Saïda et Tyr, augmentant les déplacements internes. Médecins sans frontières a rapporté le 3 septembre une hausse des cas de malnutrition parmi les enfants et les femmes enceintes. L’ONU a lancé un appel de fonds de 200 millions de dollars le 2 septembre pour répondre à ces besoins, mais les contributions demeurent limitées face à l’ampleur des destructions.
Des pressions internationales sur Beyrouth
Les États-Unis exercent une pression accrue sur le Liban pour désarmer le Hezbollah, sans équivalent sur Israël. Cette asymétrie complique les efforts libanais, où le Hezbollah perçoit le désarmement comme une question de survie. Le Premier ministre Nawaf Salam a convoqué une réunion d’urgence le 3 septembre avec des représentants de l’ONU, de la France et des États-Unis pour discuter des bombardements. Ces discussions soulignent les défis du gouvernement libanais, tiraillé entre les exigences internationales et les réalités internes, alors que les frappes israéliennes persistent et que le Hezbollah maintient sa rhétorique de résistance.



