La vérité est souvent érigée en vertu suprême, un phare moral pour guider individus et sociétés. Mais dans un monde ravagé par des conflits où des populations s’effondrent sous les bombes, où les récits s’entrechoquent avec fureur, la dire peut blesser, fracturer, voire anéantir. En 2025, ce débat s’enflamme avec la désinformation, les fake news et la manipulation sur les réseaux sociaux, qui embrouillent les faits, inondent les esprits de mensonges et propulsent des extrêmes comme Trump ou l’extrême droite en France et en Allemagne. Doit-on brandir la vérité, au risque de semer douleur et désordre, ou la voiler, l’adoucir, face à cette tempête de faussetés qui rend la réalité floue ?
Ce dilemme, ancré dans la philosophie depuis toujours, pulse avec une intensité brute alors que les guerres déchiquettent des nations, que les mensonges galopent et que les victimes s’entassent. En puisant dans les tensions internationales actuelles et les pensées de Platon, Kant, Nietzsche, Arendt et d’autres, l’enjeu éthique, politique et humain de la vérité se dévoile dans un monde brisé par la violence et la tromperie.
Quand la guerre brouille les lignes
Et si la vérité devenait une grenade dans les conflits d’aujourd’hui ? Prenez une nation qui, frappée par des attaques terroristes, riposte avec une puissance dévastatrice, laissant des milliers de civils morts. Les faits sont là : des ruines fumantes, des familles pulvérisées. Mais les fake news s’infiltrent : des vidéos trafiquées accusent les victimes de mise en scène – comme ces rumeurs de bébés soi-disant égorgés dans leurs couveuses, une fable ressuscitée d’anciennes guerres et virale sur X en 2025 –, tandis que des posts gonflent les chiffres, prétendant des centaines de milliers de morts pour noircir l’assaillant.
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Platon, dans La République, murmure que la vérité doit plier devant le bien commun, légitimant des « mensonges utiles » pour tenir les rênes. Pourtant, quand elle se perd dans un océan de désinformation, clamer les faits – qui est mort, qui a frappé – peut s’évaporer dans le bruit ou jeter de l’huile sur un feu déjà nourri par les mensonges. Ailleurs, une puissance engloutit une autre sous des prétextes bancals, et la bataille des récits explose. Les horreurs – massacres, foules en fuite – sont filmées, mais l’agresseur lâche des fake news par vagues de bots, jurant protéger, pas détruire.
Kant, dans Sur un prétendu droit de mentir par humanité, plante un drapeau inflexible : mentir, même face à ce chaos, est un crime contre l’humanité elle-même. Dire que cette puissance tue en connaissance de cause lacère les victimes, ravive leur plaie, et heurte un peuple gavé de propagande qui hurle au complot. Mais taire ces faits ? C’est ouvrir grand la porte aux fake news, qui s’engouffrent avec des histoires encore plus venimeuses.
Les réseaux sociaux : un miroir déformant
La vérité vacille plus encore sous les assauts des réseaux sociaux. Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, ricanait déjà : la vérité n’est qu’un mirage forgé par nos mains. En 2025, ce mirage se matérialise : un tweet invente une attaque chimique, un deepfake fabrique une conspiration, et des millions gobent avant que les faits ne rattrapent la rumeur – s’ils y arrivent. Les réseaux sociaux ne se contentent pas de répandre des fake news ; ils orchestrent une manipulation chirurgicale, attisant peurs et rancunes pour déchirer les esprits.
Aux États-Unis, Trump ressurgit en 2024, porté par des campagnes sur X et TikTok où des récits bidons sur l’immigration ou l’économie enflamment les foules. En France, le Rassemblement National, et en Allemagne, l’AfD, chevauchent des posts viraux accusant migrants ou élites, mêlant bribes de vrai à des torrents de faux. Et puis il y a ces pseudo-journalistes, vautours du clic, qui vomissent des fake news pour alimenter la haine : un blogueur prétend que des hordes étrangères brûlent des villages, un autre partage une photo trafiquée de cadavres pour exciter les foules xénophobes. Sans oublier les trolls d’internet, ces anonymes qui se prennent pour des personnalités de haut vol – penseurs autoproclamés ou insiders bidons – mais ne sont que des bas de gamme, semant des mensonges sur X ou Facebook, pardon Meta, pour quelques likes, gonflant les discours extrémistes et les tensions en 2025.
Hannah Arendt, dans Vérité et politique, souffle un avertissement : la vérité publique est une proie facile, surtout quand elle cogne contre des croyances bétonnées par la désinformation. Dévoiler cette manipulation – chiffres truqués, vidéos bidons – écorche ceux qui y ont cru, souvent des laissés-pour-compte, et creuse leur défiance envers tout. Ne rien dire, c’est laisser les extrêmes s’engraisser, faisant de la vérité une relique rare que plus personne ne traque.
Vérité ou douleur : le grand écart éthique
Alors, que faire quand la vérité déchire ? Kant martèle : elle est un devoir, point final – mentir, même pour désamorcer des fake news, souille la dignité humaine. Si une armée fauche des civils et que des rumeurs crient à la mise en scène, taire le réel par crainte de blesser ou d’embrouiller trahit ce principe. John Stuart Mill, dans De la liberté, contre-attaque : le juste limite la souffrance. Si clamer la vérité – combien de morts, vraiment – se noie dans des fake news qui salissent les victimes, mieux vaut peut-être temporiser, esquiver le pire.
Sartre, dans L’Existentialisme est un humanisme, enfonce le clou : dire la vérité, c’est être vrai, assumer l’absurde. Face à une désinformation qui fait douter de tout, se taire est une fuite. Mais Camus, dans L’Homme révolté, appelle à freiner : une vérité brutale, écrasée par les fake news, peut faire d’un différend une apocalypse. Une vidéo virale invente une horreur ; dire les faits blesse ceux qui y ont cru, ne rien dire consacre le mensonge.
Freud, dans L’Avenir d’une illusion, glisse une clé : les illusions consolent face au pire. Quand des fake news vendent une victoire ou une vengeance à un peuple brisé, lui dire qu’il est dupé peut l’achever. Kierkegaard, dans Crainte et Tremblement, murmure : parfois, taire une vérité écrasante est un élan de foi. Mais dans ce tourbillon de mensonges, ce silence livre le terrain à des récits encore plus noirs.
Le pouvoir joue avec le feu
La désinformation, c’est le jouet des puissants, et la vérité, leur punching-ball. Foucault, dans Surveiller et punir, décrypte : le pouvoir tord les récits à sa guise. Dans un conflit, une nation minimise ses pertes, les badigeonne de « dommages collatéraux », pendant que l’autre crache des fake news qui hurlent au carnage. En 2025, gouvernements et extrêmes lâchent trolls et algorithmes pour brouiller les pistes : un massacre devient un « couac », une crise un « complot extérieur ».
Orwell, dans 1984, avait vu juste : « La vérité, c’est ce que le Parti décide. » Les réseaux sociaux sont ce Parti, réécrivant tout pour des agendas bien huilés. Trump ou l’extrême droite en Europe carburent là-dessus : des posts sur X, gonflés par des bots, transmutent des vérités fragiles – insécurité, précarité – en fables simplistes qui caressent les colères et snobent les faits. Dire la vérité, c’est se rebeller. Assange l’a fait, dévoilant des secrets, et l’a payé cher.
Voltaire, dans Candide, se moquerait de notre quête d’une vérité perdue dans ce bazar de mensonges. Mais la taire, par peur des représailles ou de la manipulation, c’est courber l’échine devant le pouvoir. Arendt tonne : sans vérité, même bancale, la tyrannie jubile. Seulement, quand un mensonge atteint des millions en un clic, la vérité rame pour suivre. Et les gens ? Piégés. Une vidéo bidonne montre un bombardement ou une horde inventée ; un témoin, par crainte ou conviction, relaie.
Simone Weil, dans L’Enracinement, dit : la vérité est vitale, mais elle pèse. Face à ces manipulations, la dire expose à la haine, surtout quand la foule chérit le récit qui la berce.
Les extrêmes dansent sur les cendres
La vérité peut-elle encore calmer les flammes quand les extrêmes s’envolent ? Desmond Tutu, avec sa Commission Vérité et Réconciliation, y croyait : exposer les faits, même rudes, peut panser les plaies. Dans une guerre où les fake news chargent chaque camp de crimes fictifs, dire ce qui s’est passé – qui a saigné, qui a tiré – fait mal mais pourrait libérer. Mandela, dans Un long chemin vers la liberté, y voit une étape vers le pardon.
Mais quand les mensonges ont figé la défiance, comme avec les récits extrémistes en France ou en Allemagne qui peignent migrants ou élites en monstres via des posts en boucle, cette vérité sonne comme un murmure dans une tempête. Gandhi, dans Tous les hommes sont frères, rêve d’une vérité douce, la satyagraha, qui rallie sans cogner. Face aux fake news qui dopent les extrêmes, c’est beau, mais fragile : un thread viral pulvérise une enquête sérieuse en un scroll.
Martin Luther King Jr., dans La Force d’aimer, martèle : la vérité, même face aux mensonges, doit porter de l’amour. Dans un conflit ou face à Trump et consorts, débusquer les faits sous les récits trafiqués pourrait fissurer les murs de haine, mais à condition que les foules, gavées de manipulations, tendent l’oreille – un pari fou en 2025. Kant hurle oui, par devoir ; Mill tergiverse, par calcul ; Nietzsche se gausse des fake news ; Arendt redoute leurs vagues ; Camus plaide la nuance ; Tutu parie sur la rédemption.
En 2025, alors que des nations se déchirent et que les réseaux sociaux catapultent les extrêmes, la question flotte. Dire la vérité peut illuminer ou lacérer, taire peut calmer ou vendre l’âme. Face aux fake news et aux algorithmes qui couronnent Trump ou l’extrême droite, c’est une guerre : percer la brume des mensonges. Pascal, dans Les Pensées, glisse : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » ; entre faits, mensonges et âmes à vif, la vérité tangue, insaisissable.



