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Dix ans après les attentats de Paris : le Liban face aux échos des explosions de Beyrouth et à la transition syrienne

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Les rues de Paris se sont remplies ce jeudi 13 novembre 2025 de dignitaires et de citoyens pour marquer le dixième anniversaire des attaques terroristes qui ont frappé la capitale française en 2015, tuant 130 personnes et en blessant des centaines d’autres. Des cérémonies officielles, menées par le président Emmanuel Macron, ont eu lieu devant le Bataclan, les cafés visés et le Stade de France, où des plaques commémoratives ont été dévoilées. Mais à Beyrouth, ce même anniversaire ravive un souvenir parallèle et souvent occulté : les explosions meurtrières du 12 novembre 2015 dans le quartier de Bourj el-Barajneh, qui ont fait 43 morts et plus de 200 blessés, revendiquées par l’État islamique. Alors que la France honore ses victimes avec une solennité nationale, le Liban, plongé dans ses propres crises, observe ces commémorations avec un mélange de solidarité et d’amertume, rappelant comment la tragédie beyrouthine a été éclipsée par celle de Paris. Cette date coïncide avec la récente visite, le 10 novembre 2025, d’Ahmed al-Sharaa, leader de la nouvelle administration syrienne issue de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), à la Maison Blanche, où il a rencontré le président Donald Trump pour discuter de la coopération contre l’État islamique, marquant un tournant dans les relations régionales et ravivant les débats sur les liens passés des groupes djihadistes syriens avec Daesh, responsable des attentats de 2015.

Les attaques de 2015, synchronisées dans leur horreur, ont révélé les ramifications d’une menace terroriste transnationale. À Paris, neuf assaillants, armés de fusils d’assaut et de ceintures explosives, ont ciblé des lieux emblématiques de la vie nocturne : le Bataclan, où 90 personnes ont péri lors d’un concert des Eagles of Death Metal ; les terrasses de cafés comme Le Carillon et La Belle Équipe, où des dizaines de civils ont été abattus ; et les abords du Stade de France, où trois kamikazes se sont fait exploser pendant un match amical entre la France et l’Allemagne. Le bilan officiel, établi par les autorités françaises, fait état de 130 morts et 413 blessés, dont 99 dans un état critique. L’État islamique a revendiqué ces actes dans une vidéo diffusée le lendemain, les qualifiant de « vengeance » contre les frappes aériennes françaises en Syrie et en Irak.

À Beyrouth, la veille, deux kamikazes ont frappé un quartier chiite densément peuplé, l’un d’eux se faisant exploser dans une rue commerçante animée, l’autre étant stoppé par un civil, Adel Termos, qui a sacrifié sa vie pour limiter les dégâts. Les explosions ont dévasté des immeubles résidentiels, des boutiques et une mosquée, tuant des familles entières, des enfants et des passants. Le ministère libanais de la Santé a rapporté 43 décès confirmés, dont plusieurs femmes et mineurs, et plus de 239 blessés, beaucoup souffrant de brûlures graves et d’amputations. L’État islamique a revendiqué l’attaque comme une opération contre le Hezbollah, allié du régime syrien, dans le cadre de sa campagne contre les « apostats ». Ces événements, survenus à moins de 24 heures d’intervalle, ont illustré la portée globale de l’organisation terroriste, capable de coordonner des opérations simultanées en Europe et au Moyen-Orient.

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La réaction immédiate du Liban aux attentats de Paris

Dès l’annonce des attaques à Paris, le gouvernement libanais de l’époque, dirigé par le premier ministre Tammam Salam, a exprimé sa solidarité. Dans un communiqué officiel du 14 novembre 2015, le ministère des Affaires étrangères libanais a condamné « ces actes barbares qui visent l’humanité entière », appelant à une coopération internationale accrue contre le terrorisme. Le président Michel Suleiman, alors en exercice, a déclaré : « Le Liban, qui a souffert du terrorisme, se tient aux côtés de la France dans cette épreuve. » Des veillées ont été organisées à Beyrouth, avec des drapeaux français illuminés sur des bâtiments publics, et des messages de condoléances ont afflué de toutes les communautés libanaises – sunnites, chiites, chrétiennes et druzes.

Pourtant, cette solidarité a été teintée d’une frustration palpable. Les médias libanais et internationaux ont rapidement focalisé leur attention sur Paris, reléguant les explosions de Beyrouth à des notes de bas de page. Un porte-parole du Hezbollah, organisation présente dans le quartier touché, a noté lors d’une conférence de presse le 13 novembre 2015 : « Nos morts sont aussi innocents que ceux de Paris, mais le monde semble les oublier plus vite. » Cette perception d’un « deux poids, deux mesures » a été amplifiée par les réseaux sociaux, où des Libanais ont partagé des images des décombres de Bourj el-Barajneh juxtaposées à celles du Bataclan, soulignant l’écart dans la couverture médiatique. L’Organisation des Nations unies, par la voix de son secrétaire général Ban Ki-moon, a condamné les deux attaques dans un communiqué conjoint le 14 novembre 2015 : « Ces actes odieux à Beyrouth et Paris démontrent que le terrorisme ne connaît pas de frontières et doit être combattu collectivement. »

Le contexte des tensions régionales en 2015

Ces attentats s’inscrivaient dans un paysage régional marqué par la guerre en Syrie, où l’État islamique avait proclamé son califat en 2014. Le Liban, frontalier de la Syrie, subissait les retombées du conflit : afflux de réfugiés syriens, plus d’un million à l’époque, et incursions terroristes sporadiques. Le Hezbollah, engagé aux côtés du régime de Bachar al-Assad, était une cible privilégiée de l’État islamique, qui voyait dans les chiites des hérétiques. Israël, de son côté, surveillait étroitement la frontière sud, où des échanges de tirs avec le Hezbollah étaient récurrents, en vertu de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre de cet été-là et imposer un cessez-le-feu, tout en renforçant la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).

La résolution 1701 appelait au désarmement des milices non étatiques au sud du Litani et au déploiement exclusif des Forces armées libanaises dans cette zone. En 2015, le secrétaire général de l’ONU rapportait dans son rapport périodique sur la mise en œuvre de la résolution que « des violations persistantes, y compris des transferts d’armes vers le Hezbollah, menacent la stabilité régionale ». Le gouvernement israélien, par la voix de son porte-parole, avait alors averti que toute escalade liée aux activités de l’État islamique ou du Hezbollah pourrait entraîner une réponse militaire. Au Liban, ces tensions exacerbaient les divisions confessionnelles, avec les sunnites de Tripoli souvent sympathisants de groupes rebelles syriens, tandis que les chiites du sud soutenaient le Hezbollah.

Les répercussions économiques et sociales au Liban

Les attentats de 2015 ont aggravé une économie libanaise déjà fragile. Selon les données du ministère des Finances libanais, les pertes directes liées aux explosions de Beyrouth s’élevaient à plusieurs millions de dollars en dommages infrastructurels et en soins médicaux. Mais l’impact indirect était plus profond : un tourisme en berne, avec une chute de 20 % des arrivées internationales en 2016, et une augmentation des dépenses sécuritaires. Le Fonds monétaire international (FMI), dans son rapport de 2016 sur le Liban, notait une inflation annuelle de 4,5 % et une dette publique atteignant 150 % du PIB, exacerbée par les coûts liés aux réfugiés et à la sécurité.

Dix ans plus tard, en 2025, ces défis persistent et se sont intensifiés. Le cabinet actuel, formé en février 2025 sous la direction du premier ministre Nawaf Salam, fait face à une dette publique estimée à 154,81 % du PIB selon les projections pour 2025, avec une inflation qui a culminé à 150 % en 2023 avant de se stabiliser autour de 15 % en septembre 2025 d’après les rapports de la Banque mondiale. Le PIB nominal, qui était de 52 milliards de dollars en 2019, a chuté à environ 23 milliards en 2021, avec une reprise projetée à 28 milliards en 2025. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a déclaré lors d’une session du Conseil des ministres le 29 juillet 2025 : « Nous devons prioriser la restructuration bancaire pour restaurer la confiance et attirer les investissements internationaux. » Ces chiffres, croisés avec les évaluations de la Banque mondiale dans son Moniteur économique du Liban du printemps 2025, soulignent une contraction économique prolongée, avec des dépenses publiques en hausse de 15 % pour la sécurité intérieure.

Les dynamiques géopolitiques contemporaines

Aujourd’hui, le Liban observe les commémorations parisiennes à travers le prisme de ses propres menaces sécuritaires. Les tensions avec Israël ont escaladé en 2025, avec des échanges de tirs quasi quotidiens le long de la Ligne bleue, malgré le cessez-le-feu négocié par les États-Unis et la France en novembre 2024. Le 11 novembre 2025, une frappe massive de l’armée israélienne dans le sud du Liban a ciblé des installations du Hezbollah, tuant deux operatives et blessant sept personnes, selon des rapports officiels. Le porte-parole de l’armée israélienne a justifié l’opération comme une réponse à des tentatives de réarmement du Hezbollah, incluant des transferts d’armes depuis la Syrie. La résolution 1701 reste au cœur des discussions : dans son rapport du 11 juillet 2025, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a noté que « le Hezbollah continue de renforcer ses capacités militaires malgré les disruptions », appelant à un retrait complet des forces non étatiques au sud du Litani.

Le gouvernement libanais, sous Nawaf Salam, a endossé un plan de l’armée libanaise le 6 septembre 2025 pour rétablir le monopole étatique sur les armes, comme l’a annoncé le ministère de la Défense. Le ministre de la Défense, Michel Menassah, a déclaré lors d’une réunion du cabinet : « Ce plan vise à déployer les Forces armées libanaises dans toutes les régions, en conformité avec les résolutions de l’ONU. » Cependant, le Hezbollah, par la voix de son chef adjoint Naim Qassem le 11 novembre 2025, a rejeté ces frappes israéliennes persistantes, déclarant que « tout a une limite » et que ces actions « ne peuvent continuer ». Ces déclarations interviennent alors que la FINUL, renforcée par des contingents italiens et français, rapporte des violations quotidiennes, avec plus de 30 incidents documentés en octobre 2025.

L’ascension des groupes syriens et leurs liens historiques avec Daesh

La transition en Syrie, marquée par la chute du régime de Bachar al-Assad le 8 décembre 2024 suite à une offensive rebelle menée par Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), ajoute une couche de complexité aux préoccupations libanaises. HTS, anciennement lié à al-Qaïda sous le nom de Jabhat al-Nusra, a entretenu des relations ambivalentes avec Daesh au début du conflit syrien. Entre avril 2013 et février 2014, les deux groupes ont partagé une phase de coopération limitée au sein du mouvement djihadiste plus large, avant de devenir des rivaux acharnés, HTS menant des campagnes contre les cellules de Daesh en Syrie. Daesh, responsable des attentats de Beyrouth et Paris en 2015, avait émergé d’une scission avec al-Qaïda en Irak, et ses opérations en Syrie visaient autant les forces d’Assad que les autres factions rebelles, y compris celles qui deviendraient HTS.

Ahmed al-Sharaa, leader d’HTS et chef de l’administration transitoire syrienne, a visité Washington le 10 novembre 2025, devenant le premier dirigeant syrien à être reçu à la Maison Blanche. Lors de cette rencontre avec le président Trump, la Syrie a annoncé son adhésion à la coalition internationale contre l’État islamique, un geste qui vise à isoler les vestiges de Daesh dans le désert syrien. Le secrétaire général de l’ONU, dans un communiqué du 7 novembre 2025, a salué cette initiative tout en appelant à une vigilance accrue contre toute résurgence terroriste dans une Syrie fragmentée. Au Liban, cette évolution suscite des interrogations, particulièrement dans les milieux chiites et chrétiens, où l’on craint que les liens passés d’HTS avec des éléments djihadistes ne favorisent des infiltrations à la frontière, déjà poreuse en raison des flux de réfugiés.

Les implications pour les relations libano-syriennes

La frontière libano-syrienne, longue de 375 kilomètres, reste un point de friction majeur. En 2025, les Forces armées libanaises ont rapporté plus de 50 incidents impliquant des tentatives de contrebande d’armes depuis la Syrie, souvent attribuées à des réseaux liés au Hezbollah mais aussi à des groupes djihadistes résiduels. Le ministre des Affaires étrangères libanais, Youssef Raghi, a déclaré le 12 novembre 2025 lors d’une réunion avec des diplomates européens : « La stabilité syrienne est essentielle pour la nôtre, mais nous surveillons de près tout mouvement qui pourrait raviver les menaces de 2015. » Bien que HTS ait combattu Daesh ces dernières années, éliminant des leaders comme Abu Hussein al-Husseini al-Qurashi en 2023, des analystes notent que des alliances tactiques passées persistent dans la mémoire collective libanaise.

Le cabinet de Nawaf Salam, incluant des figures comme le ministre de l’Intérieur Ahmed al-Hajjar et le ministre des Affaires sociales Haneen Sayed, a priorisé la coordination avec l’ONU pour renforcer les patrouilles frontalières. Le 9 novembre 2025, une réunion du Conseil des ministres a discuté d’un rapport sur les flux migratoires syriens, estimés à 1,5 million de réfugiés au Liban, dont beaucoup originaires de zones autrefois contrôlées par Daesh ou HTS. Ces discussions interviennent alors que la FINUL documente des violations israéliennes, comme la présence de forces au nord de la Ligne bleue, qualifiées de « menace à la souveraineté libanaise » par Guterres dans son rapport de juillet 2025.

Les défis sécuritaires immédiats au sud

En novembre 2025, les Forces de sécurité intérieure libanaises ont intensifié les patrouilles dans les quartiers sensibles de Beyrouth, craignant une résurgence de menaces djihadistes inspirées par l’État islamique. Le 11 novembre 2025, l’armée israélienne a averti les résidents de plusieurs villages du sud Liban d’évacuer, signalant des opérations contre des positions du Hezbollah impliquant des armes smugglées via la Syrie. Le porte-parole de la FINUL a rapporté que ces actions pourraient compromettre le cessez-le-feu fragile. Parallèlement, le cabinet libanais a discuté le 13 novembre 2025 d’un rapport sur la mise en œuvre du plan de désarmement, avec des débats sur l’intégration des milices dans les structures étatiques. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raghi, a souligné lors d’une conférence de presse : « Le Liban reste engagé envers la résolution 1701 pour préserver sa souveraineté. » Ces mesures, couplées à des aides internationales pour la reconstruction, illustrent les efforts en cours pour stabiliser le pays face aux souvenirs persistants des attentats de 2015 et aux évolutions syriennes, où des groupes autrefois alliés à Daesh dans une phase initiale du conflit gèrent désormais le pouvoir transitoire, influençant les dynamiques frontalières et les flux d’armes observés récemment.

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