Les frappes israéliennes sur Gaza ont fait au moins dix-sept morts palestiniens, principalement des femmes et des enfants, selon des responsables hospitaliers, mercredi matin. Ces incidents interviennent alors que Tsahal affirme que des tirs de militants ont blessé un soldat israélien, illustrant la fragilité persistante du cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre 2025.
Dans le quartier de Tuffah, au nord de Gaza, les troupes israéliennes ont ouvert le feu sur un bâtiment, tuant au moins onze personnes, pour la plupart issues de la même famille. Parmi les victimes figurent deux parents, leur fille âgée de dix jours, son cousin de cinq mois et leur grand-mère, selon l’hôpital Shifa qui a reçu les corps. Cette frappe a été suivie d’autres attaques qui ont porté le bilan à dix-sept morts pour la seule journée de mercredi. Une autre frappe a visé une tente familiale dans la ville de Khan Younis, tuant trois personnes, dont un garçon de douze ans, d’après l’hôpital Nasser. Enfin, des tirs de chars dans le quartier est de Zaytoun, à Gaza-Ville, ont tué trois autres Palestiniens, dont un mari et sa femme, toujours selon Shifa.
Ces événements s’inscrivent dans une série de violences qui ébranlent le cessez-le-feu négocié sous l’égide des États-Unis. Plus de 530 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis l’entrée en vigueur de l’accord, selon le ministère de la Santé de Gaza. L’armée israélienne maintient que ces opérations répondent à des violations par le Hamas ou à des attaques contre ses soldats. Au moins trois militaires israéliens ont été tués depuis le début du cessez-le-feu.
Une trêve sous tension permanente
Le cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre 2025, devait marquer la fin d’un conflit qui a ravagé Gaza pendant plus de deux ans. Négocié avec la médiation américaine, il prévoyait un retrait progressif des forces israéliennes, l’ouverture de passages pour l’aide humanitaire et des échanges de prisonniers. Pourtant, les incidents se multiplient, alimentant les accusations mutuelles de violations. L’armée israélienne a déclaré que ses avions et unités blindées ont riposté après que des militants ont ouvert le feu sur des troupes, blessant gravement un réserviste évacué vers un hôpital. Elle a qualifié cet assaut militant d’infraction flagrante à l’accord.
De son côté, le Hamas dénonce ces frappes comme des violations du cessez-le-feu. Des médiateurs ont condamné les attaques, mais Israël insiste sur son droit à se défendre. Le bilan global du conflit s’élève à plus de 71 800 Palestiniens tués depuis son déclenchement, selon le ministère de la Santé de Gaza, qui ne distingue pas entre combattants et civils. Ce ministère, sous contrôle du gouvernement dirigé par le Hamas, tient des registres détaillés considérés comme fiables par les agences onusiennes et des experts indépendants.
Les habitants de Gaza expriment leur frustration face à une trêve qui ne semble pas mettre fin à la violence. « La guerre génocidaire contre notre peuple dans la bande de Gaza continue », a écrit le Dr Mohamed Abu Selmiya, directeur de l’hôpital Shifa, sur Facebook. « Où est le cessez-le-feu ? Où sont les médiateurs ? »
Détails des frappes et impact immédiat
La frappe sur Tuffah a été particulièrement dévastatrice. Les corps arrivés à Shifa montraient des signes de blessures graves dues à des tirs directs et à des explosions. La famille touchée incluait des membres vulnérables, comme des nourrissons et des personnes âgées, soulignant l’impact sur les civils. À Khan Younis, la tente visée abritait une famille déplacée, un scénario courant dans un territoire où des centaines de milliers de personnes vivent dans des abris précaires depuis le début du conflit.
À Zaytoun, les tirs de chars ont détruit des structures résidentielles, ajoutant aux destructions massives déjà subies par Gaza. Ces incidents ont eu lieu tôt mercredi, alors que la population tentait de vaquer à ses occupations quotidiennes sous une trêve incertaine. Les hôpitaux, déjà surchargés, ont rapporté des dizaines de blessés en plus des morts, exacerbant une crise sanitaire persistante.
L’armée israélienne n’a pas commenté spécifiquement les autres frappes de la journée, mais a insisté sur le fait que ses actions étaient ciblées et réactives. Selon des sources militaires, les militants responsables des tirs initiaux opéraient depuis des zones urbaines densément peuplées, compliquant les opérations et augmentant les risques pour les civils.
Contexte d’un conflit prolongé
Le cessez-le-feu de 2025 succède à une série d’accords fragiles qui n’ont pas tenu. Depuis octobre, les violations se sont accumulées : Israël a violé l’accord au moins 1 450 fois entre le 10 octobre 2025 et le 31 janvier 2026, via des attaques aériennes, d’artillerie et des tirs directs, selon le Bureau des médias du gouvernement de Gaza. Ces infractions incluent 487 tirs sur des civils, 71 incursions dans des zones résidentielles, 679 bombardements et 211 démolitions de propriétés.
Les attaques israéliennes ont eu lieu sur 99 des 116 premiers jours de la trêve, ne laissant que 16 jours sans violence rapportée. Plus de 500 Palestiniens ont été tués depuis le 10 octobre, dont de nombreux femmes et enfants. Quatre soldats israéliens ont également perdu la vie dans des incidents présumés être des attaques militantes.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exprimé sa profonde préoccupation face aux violations persistantes du cessez-le-feu. « Ces violations doivent cesser et toutes les parties doivent respecter les décisions de la première phase de l’accord de paix », a-t-il déclaré lors d’un sommet à Doha. Des experts onusiens ont averti que les attaques israéliennes en cours constituent une violation flagrante de l’accord, menaçant la trêve fragile. « Depuis l’annonce du cessez-le-feu le 11 octobre, Israël a commis au moins 393 violations, tuant 339 Palestiniens, dont plus de 70 enfants, et blessant plus de 871 autres », ont-ils indiqué dans un communiqué.
Les implications humanitaires
La violence persistante aggrave une situation humanitaire déjà catastrophique à Gaza. Plus de 58 % du territoire reste sous contrôle militaire israélien, avec 40 sites actifs au-delà de la ligne de retrait convenue, en violation des termes du cessez-le-feu. L’aide humanitaire est entravée : Israël n’autorise que la moitié des livraisons prévues, et le passage de Rafah reste fermé pour la plupart des évacuations médicales.
Le 2 février, le passage de Rafah a rouvert partiellement, permettant à cinq patients d’être évacués, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cependant, des restrictions persistent, et les tempêtes hivernales compliquent la vie des déplacés, exposés au froid et aux inondations dans des tentes fragiles. Des parents luttent pour protéger leurs enfants avec des ressources limitées, risquant des maladies et des hypothermies.
Le Bureau des médias du gouvernement de Gaza rapporte 1 244 violations lors de la première phase, causant 449 morts et 1 246 blessés. Des États arabes et islamiques, dont l’Égypte, la Turquie et le Qatar, ont condamné ces infractions, notant que plus de 1 000 Palestiniens ont été tués ou blessés depuis octobre 2025.
Réactions internationales et accusations croisées
Les Nations unies ont exhorté les États à agir pour stopper les violations israéliennes qui menacent la trêve. « Les attaques israéliennes en cours contre la population palestinienne de Gaza constituent une violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu », ont déclaré des experts onusiens. Ils ont appelé à un accès humanitaire immédiat et sans entrave, y compris pour l’aide médicale.
Huit États musulmans, dont les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, ont condamné les violations répétées d’Israël lors d’une réunion à Abou Dhabi. « Une trêve fragile entre Israël et le Hamas est entrée en vigueur le 10 octobre 2025 après deux ans de conflit, suite à une médiation de l’Égypte, du Qatar, de la Turquie et des États-Unis », ont-ils rappelé dans un communiqué.
Le Hamas a averti des « conséquences graves » si Israël poursuit ses violations. Khalil al-Hayya, membre du bureau politique du Hamas, a condamné les « crimes et massacres » quasi quotidiens, affirmant qu’ils sont commis sous de faux prétextes. Il a souligné que l’engagement de la résistance palestinienne au cessez-le-feu dépend de l’obligation pour Israël de respecter ses engagements.
De son côté, l’armée israélienne affirme que ses frappes visent des commandants et sites du Hamas et du Jihad islamique palestinien en réponse à des violations. Le 31 janvier, des frappes ont tué au moins 32 Palestiniens, dont des enfants, après que des militants aient émergé d’un tunnel à Rafah. Israël décrit ces actions comme nécessaires pour démilitariser Gaza, où le Hamas conserve des armes malgré l’accord.
Évolution récente des incidents
Les incidents de février s’ajoutent à une escalade observée fin janvier. Le 31 janvier, des frappes israéliennes ont tué au moins 30 Palestiniens, marquant l’un des bilans les plus lourds depuis le cessez-le-feu. Ces attaques ont visé des appartements, des tentes et une station de police, selon des responsables de santé palestiniens. L’Égypte a condamné ces actions comme une menace directe au processus politique.
Le 3 février, des frappes ont tué quatre Palestiniens, dont un enfant de 30 mois, à Khan Younis. Des forces israéliennes ont également détruit la station d’eau de Morag à Rafah, privant un tiers de la ville d’eau. Ces actes illustrent comment les violations affectent l’infrastructure essentielle, approfondissant la crise humanitaire.
Le 1er février, des ministres des Affaires étrangères de huit pays musulmans ont dénoncé les violations israéliennes, soulignant leur impact sur la stabilité régionale. António Guterres a averti que toute force de stabilisation à Gaza doit avoir une pleine légitimité internationale pour soutenir les Palestiniens.
Perspectives sur les dynamiques régionales
Les tensions à Gaza influencent les équilibres régionaux, impliquant des acteurs comme l’Égypte, qui gère le passage de Rafah, et les États-Unis, garants de l’accord. Le président américain a salué la trêve comme une avancée, mais les violations soulèvent des doutes sur sa viabilité. Israël contrôle plus de la moitié de l’enclave, et le Hamas reste armé, compliquant la phase deux de l’accord, qui prévoit un désarmement et un retrait supplémentaire.
Des experts onusiens ont noté que des éléments du plan de paix sont incompatibles avec le droit international et l’avis consultatif de 2024 de la Cour internationale de justice, qui exige la fin de la présence illégale d’Israël dans les territoires occupés. La violence des colons en Cisjordanie a également augmenté, avec 260 attaques en octobre 2025.
Dans Gaza, les hôpitaux comme Shifa et Nasser fonctionnent au-delà de leurs capacités, avec 22 établissements hors service et 211 ambulances endommagées par des attaques. La réouverture partielle de Rafah le 2 février a permis l’évacuation de quelques patients, mais des restrictions persistent, bloquant la plupart des évacuations médicales.
Les implications immédiates des frappes récentes
Les frappes de mercredi ont non seulement causé des pertes humaines mais aussi suspendu les évacuations de patients via Rafah, selon des responsables palestiniens. La Société du Croissant-Rouge palestinien a été informée que les évacuations prévues pour la journée étaient annulées. Cela intervient alors que Rafah avait rouvert lundi pour des passages pédestres limités, marquant une étape dans l’accord de cessez-le-feu.
Israël a autorisé la réouverture pour le trafic piéton seulement, sous contrôle strict, même si le Hamas reste au pouvoir en attendant une nouvelle autorité de gouvernance. Des images satellites montrent une activité accrue dans les tunnels, et l’armée israélienne a démantelé un tunnel majeur à Khan Younis. Ces développements soulignent les défis pour démilitariser Gaza, où des milliers de roquettes et missiles restent cachés.
Les frappes ont visé des zones au-delà de la « ligne jaune » de l’accord, où Israël maintient des positions. Des rapports indiquent que des tirs de drones ont blessé des civils à Zeitoun, et des bombardements d’artillerie ont touché l’est de Jabalia. Ces actions perpétuent un cycle où les civils paient le prix le plus élevé, avec des familles entières décimées et des infrastructures vitales détruites.
La communauté internationale observe avec inquiétude ces évolutions, craignant un effondrement total de la trêve. Des sommets régionaux, comme celui tenu par la Turquie, appellent à stopper les violations et à permettre l’entrée d’aide. Pourtant, les incidents persistent, comme les frappes du 9 janvier qui ont tué 13 Palestiniens après un lancement raté de roquette.
Dans ce contexte, les dynamiques confessionnelles et régionales influencent les négociations : les sunnites égyptiens et qataris médiatisent, tandis que les chiites iraniens soutiennent indirectement le Hamas. Sans une application stricte de l’accord, les implications immédiates incluent une aggravation de la famine et des maladies, avec une eau disponible à seulement 4,74 litres par personne par jour, bien en deçà des normes d’urgence.



