Il faut bien le dire, la diplomatie américaine sous l’ère Trump a un certain panache pour faire grincer des dents. Lors d’une conférence de presse au palais présidentiel de Baabda, au Liban, l’émissaire spécial Tom Barrack, plus habitué aux conseils d’administration qu’aux subtilités du protocole diplomatique, a offert un spectacle digne d’un western de série B.
Agacé par le brouhaha des journalistes locaux, il n’a pas hésité à leur lancer un cinglant : « Taisez-vous un instant… au moment où la situation deviendra chaotique, bestiale, nous partirons. » Bestiale, rien que ça ! On imagine la tête des reporters, déjà sur les nerfs dans un pays où la liberté de la presse est un sport de combat, face à cet homme d’affaires reconverti en diplomate, qui semble avoir oublié que les mots ont un poids, surtout dans un contexte aussi explosif que celui du Liban. La scène, relayée à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux, a déclenché une vague d’indignation.
Les journalistes libanais, qui risquent leur vie pour couvrir un pays en crise, n’ont pas apprécié d’être qualifiés d’« animalistes ». Les réactions ont fusé, entre colère et moquerie, dénonçant l’arrogance d’un émissaire américain venu sermonner un pays sur le désarmement du Hezbollah tout en manquant cruellement de tact.
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La présidence libanaise, gênée aux entournures, a vite publié un communiqué pour regretter ces propos « tenus par inadvertance par un invité», tout en caressant dans le sens du poil les médias locaux, salués pour leur « devoir professionnel et national ». Un bel exercice de damage control, mais le mal était fait.
Il faut dire que Barrack n’était pas à Baabda pour distribuer des bonbons. Sa mission ? Pousser le Liban à désarmer le Hezbollah, une question aussi épineuse qu’un cactus dans un pays où le mouvement chiite est à la fois une force politique et une milice armée. Sous la pression des États-Unis, le gouvernement libanais a adopté le 5 août une feuille de route confiant à l’armée le soin d’élaborer un plan de désarmement d’ici fin 2025.
Une décision historique, mais qui coince : le Hezbollah, affaibli par un an de conflit avec Israël, n’a aucune intention de rendre les armes sans garanties, notamment un retrait israélien des positions qu’il occupe au Liban-Sud.Barrack, flanqué de son adjointe Morgan Ortagus, a tenté de jouer la carte de l’optimisme, saluant la « réponse réfléchie » de Beyrouth tout en pressant Israël de faire un pas en retour.
Mais son ton paternaliste et ses maladresses ont éclipsé le message. Quand il évoque une « zone économique Trump » pour remplacer l’influence iranienne au Liban-Sud, on frôle le sketch : quoi de mieux qu’un projet estampillé Trump pour résoudre des décennies de tensions géopolitiques ? On imagine déjà les néons clignotants et les casinos au bord du Litani.
Trump, Lula et la diplomatie du bulldozer
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump ne fait pas dans la dentelle non plus. Dans une déclaration récente, il a laissé entendre que les Américains seraient « favorables à une dictature ». Rien de moins ! Une sortie qui, si elle n’est pas nouvelle dans le répertoire trumpien, a de quoi faire tiquer, surtout quand elle coïncide avec des critiques internationales sur l’hégémonie américaine.
Le président brésilien Lula, jamais en reste, a enfoncé le clou en accusant les États-Unis de « penser qu’ils dirigent le monde ».
Difficile de lui donner tort quand on voit l’attitude de Barrack à Baabda ou les récentes frasques diplomatiques américaines.Et que dire de l’épisode français ? L’ambassadeur des États-Unis en France, convoqué par le Quai d’Orsay pour s’expliquer sur on ne sait quelle nouvelle bourde, a brillé par son absence, envoyant à sa place un simple chargé d’affaires.
Résultat : deux directrices du ministère français des Affaires étrangères ont dû se contenter de recevoir ce sous-fifre, loin du prestige d’un tête-à-tête avec le ministre Jean-Noël Barrot. Une petite humiliation diplomatique, comme une cerise sur le gâteau d’une semaine où les États-Unis semblent avoir décidé de snober le monde entier.
Les journalistes, victimes collatérales d’un monde en crise
Revenons à Baabda. L’incident est d’autant plus choquant que les journalistes libanais, comme leurs confrères à Gaza ou ailleurs au Proche-Orient, travaillent dans des conditions extrêmes. En 2023-2024, le conflit entre le Hezbollah et Israël a fait des ravages, y compris parmi les reporters. À Gaza, des dizaines de journalistes ont été tués dans des frappes israéliennes, souvent qualifiées de « ciblées » par Tsahal, mais dont l’impact sur les civils et les médias est dévastateur. Hier encore, un journaliste palestinien a perdu la vie, ajoutant une ligne tragique à un bilan déjà lourd.
Dans ce contexte, traiter les reporters de « bestiaux » n’est pas seulement maladroit, c’est une insulte à ceux qui risquent tout pour informer.L’arrogance de Barrack reflète une certaine vision américaine : celle d’un pays qui, sous Trump, se voit comme le shérif du monde, distribuant ordres et leçons sans se soucier des susceptibilités locales.
Pourtant, au Liban, où chaque mot est une bombe à retardement, un peu de finesse aurait été bienvenue. Au lieu de cela, Barrack a choisi la manière forte, comme si crier sur des journalistes allait convaincre le Hezbollah de déposer les armes. Spoiler : ça ne marche pas comme ça.
Une diplomatie à la sauce Trump : plus de bruit que de résultats
L’incident de Baabda n’est que le dernier épisode d’une série de couacs diplomatiques qui semblent définir la politique étrangère de Trump 2.0. Entre les menaces voilées de Barrack sur un Liban qui risquerait d’être « laissé pour compte » s’il ne suit pas la feuille de route américaine, les provocations de Netanyahu promettant au Liban un sort semblable à celui de Gaza, et les absences calculées des diplomates américains en France, on dirait une sitcom géopolitique où personne ne lit le script.
Et pendant que les États-Unis jouent les gros bras, le Liban reste coincé dans un étau. D’un côté, les pressions américaines et israéliennes pour désarmer le Hezbollah ; de l’autre, les réticences du mouvement chiite, soutenu par l’Iran, qui voit dans ses armes une garantie de survie face à un voisin belliqueux. Ajoutez à cela une crise économique et politique qui asphyxie le pays, et vous obtenez une poudrière où les maladresses de Barrack ne font qu’attiser les flammes.
Un peu de modestie, Monsieur Barrack ?
Alors, que retenir de ce fiasco ? Peut-être que la diplomatie, même à l’américaine, gagnerait à troquer l’arrogance pour un zeste d’humilité. Tom Barrack, avec ses origines libanaises, aurait pu se souvenir que dans un pays où chaque communauté, chaque mot, chaque geste est scruté, on ne gagne pas des cœurs en insultant ceux qui portent la plume.
Quant à Trump et sa vision d’un monde pliant sous la bannière étoilée, il pourrait méditer sur les paroles de Lula : diriger le monde, c’est bien, mais encore faut-il le faire avec un minimum de classe.
En attendant, les journalistes libanais, eux, continuent leur travail, malgré les insultes, les bombes et les pressions. Et si c’était eux, les vrais héros de cette tragicomédie diplomatique ? À Baabda comme ailleurs, ils rappellent que la vérité, même dans le chaos, ne se tait pas. Alors, Monsieur Barrack, la prochaine fois, essayez un sourire. Ça désarme mieux que des mots mal choisis.



