Cinq jours après le début d’une nouvelle phase d’escalade militaire entre Israël et l’Iran (J+5), la stratégie israélienne semble avoir évolué. Initialement centrée sur la destruction du potentiel nucléaire iranien, elle viserait désormais deux objectifs : provoquer l’entrée en guerre des États-Unis et favoriser un changement de régime en Iran, les installations nucléaires iraniennes étant jugées inaccessibles aux forces israéliennes. Cette analyse s’appuie sur une série d’événements marqués par des frappes aériennes massives, des ripostes balistiques, une censure militaire en Israël et une activité diplomatique sous haute tension, avec un focus particulier sur le retour précipité du président américain Donald Trump à Washington.
Frappes israéliennes et censure militaire à J+5
Dans la nuit de mardi, marquant le début de cette escalade, l’armée de l’air israélienne (IAF) a effectué des frappes massives sur des cibles militaires en Iran occidental, visant des infrastructures de stockage et de lancement de missiles sol-sol, des lanceurs de missiles sol-air et des sites de stockage de drones. Des vidéos diffusées par l’armée israélienne montrent des attaques précises sur ces installations. Parmi les cibles figurent une base des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) à Abuzar, près de Mashhad, et des sites de défense antiaérienne à Ahvaz. Une frappe à Khomein a tué six membres des IRGC et deux membres des Basij. En Israël, une censure militaire a été instaurée, imposant un contrôle strict sur les informations relatives aux opérations en cours, limitant la diffusion de détails sensibles et renforçant la mobilisation des forces armées pour répondre à la menace iranienne.
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Des infrastructures civiles iraniennes ont également été touchées. Le siège de la radiotélévision iranienne (IRIB) à Téhéran a été frappé pendant une émission en direct, qualifiée de « crime de guerre » par le ministère iranien des Affaires étrangères. Plusieurs employés de l’IRIB ont été tués ou blessés, bien que la chaîne ait repris ses émissions depuis un autre site. Des frappes ont visé la place de la Liberté à Téhéran, l’aéroport international de Mehrabad, l’hôpital Al-Farabi à Kermanshah et un bâtiment de la défense civile à Musyan. Une explosion sur l’autoroute Téhéran-Qom a perturbé le trafic, et des vidéos montrent des dégâts dans le quartier de Shahrak-e Gharb à Téhéran.
Riposte iranienne et contre-attaques
L’Iran a activé ses défenses antiaériennes dans plusieurs villes, dont Téhéran, Natanz, Ispahan, Tabriz, Bandar Abbas et Hamadan, interceptant des drones et missiles israéliens. Trois drones ont été abattus à Malayer, dans la province de Hamadan. En riposte, l’Iran a lancé trois missiles balistiques sur Israël : l’un est tombé dans le Néguev, un autre a frappé la raffinerie de Bazan à Haïfa, tuant trois personnes, et un troisième a causé des dégâts localisés dans la même ville. Des drones suicides et des roquettes, probablement tirés depuis l’Iran ou le Yémen, ont déclenché des sirènes dans le nord et le centre d’Israël. Un missile intercepteur israélien a mal fonctionné au-dessus de Tel-Aviv, ses éclats tombant au sol, tandis qu’un autre a été intercepté près de Safed, en Haute-Galilée.
L’Iran a imité les tactiques israéliennes en diffusant des avertissements d’évacuation pour les habitants de Bnei Brak, près de Tel-Aviv, avant des frappes. Un entrepôt de drones et d’explosifs a été découvert au sud de Téhéran, et les autorités iraniennes ont annoncé l’arrestation de dizaines d’agents présumés du Mossad.
Pertes et mobilisation en Israël
En Israël, l’armée a signalé la mort du sergent-chef Naveh Leshem et des blessures graves pour un officier et trois soldats de la brigade Golani lors d’un incident distinct. Un hélicoptère a évacué des blessés, probablement de Gaza, vers l’hôpital Beilinson. Des abris ont été déployés dans les centres-villes du Grand Tel-Aviv, et l’IAF a revendiqué l’interception d’une cible aérienne suspecte en provenance de l’est. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a averti que les habitants de Téhéran « paieront le prix de la dictature », tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que l’IAF dominait les cieux iraniens, visant à neutraliser les menaces nucléaires et balistiques.
Possible implication américaine : le départ précipité de Trump
Un développement majeur concerne la possible entrée des États-Unis dans le conflit. Le président Donald Trump a quitté précipitamment le sommet du G7 au Canada pour regagner Washington, provoquant une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité nationale. La Maison-Blanche a indiqué que « les évènements au Moyen-Orient » motivaient ce retour. Trump s’est moqué du président français Emmanuel Macron, déclarant : « Macron ne sait pas pourquoi je suis de retour à Washington. » Peu après son départ, Trump a publié sur Truth Social : « L’Iran aurait dû signer l’accord que je leur avais demandé de signer. Quelle honte, et quel gâchis de vies humaines. En termes simples, L’IRAN NE PEUT PAS POSSÉDER D’ARME NUCLÉAIRE. Je l’ai répété maintes et maintes fois ! Tout le monde devrait immédiatement évacuer Téhéran ! »
Macron, de son côté, a révélé qu’une proposition de rencontre avait été faite pour obtenir un cessez-le-feu et lancer des discussions plus larges. Cependant, Trump a refusé de signer une déclaration du G7 appelant à la désescalade, affirmant que l’Iran « ne gagnera pas cette guerre » et soulignant le soutien américain à Israël. Des mouvements de ravitailleurs militaires américains vers l’Europe, notamment en Italie, en Espagne et en Allemagne, suggèrent une préparation à d’éventuelles opérations dans la région. Ces signaux alimentent les spéculations sur une implication militaire accrue des États-Unis.
Tensions diplomatiques et régionales
Sur le plan diplomatique, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont exhorté Israël à ne pas cibler des civils ou des officiels iraniens et ont appelé l’Iran à ne pas se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). L’Iran a informé le Conseil de sécurité de l’ONU que ses frappes sur Israël relevaient de la légitime défense et prépare un projet de loi pour suspendre sa participation au TNP. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a tenu une réunion d’urgence après que des frappes israéliennes ont endommagé quatre structures critiques du site nucléaire d’Esfahan.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé Israël de chercher à élargir le conflit et affirmé que les États-Unis pourraient stopper les attaques israéliennes par un simple appel. La Turquie s’est proposée comme médiatrice dans les négociations nucléaires, le Pakistan a fermé sa frontière avec l’Iran, et la Syrie a temporairement fermé son espace aérien après des explosions dans la province de Suwayda, liées à une nouvelle vague de missiles iraniens visant Israël. Des interférences électroniques croissantes dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz ont perturbé les systèmes de navigation maritime.
Perspectives d’escalade
Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien, réuni pour la quatrième fois depuis le début des hostilités, a promis de poursuivre des « coups sévères » contre Israël. Les frappes israéliennes, qualifiées d’agression par Téhéran, ont exacerbé les tensions, tandis que les déclarations des dirigeants des deux camps laissent peu de place à une désescalade immédiate. Les combats, qui se sont étendus à la Syrie et impliquent des acteurs régionaux, soulignent la complexité d’un conflit aux ramifications internationales.


