Un constat daté: 2025 se ferme sans programme, malgré des signaux politiques
La fin 2025 se résume par un fait politique. Le Liban n’a pas basculé vers un programme avec le Fonds monétaire international. Le débat interne le présente comme un échec de séquence. Il n’est pas décrit comme un manque total de textes. Il est décrit comme un manque de crédibilité mesurable.
Le contexte social rend ce blocage plus lourd. La pauvreté est rappelée comme ayant été estimée à 45 % en 2019. Elle est ensuite citée à 75 % en 2020. Le même cadre évoque un niveau qui pourrait dépasser 80 % aujourd’hui. Dans un tel environnement, un programme ne peut pas être présenté comme un paquet technique. Il devient un sujet de survie sociale.
La stabilisation relative du taux de change est aussi mentionnée. Le chiffre qui revient est 89 500 livres pour un dollar en 2025, autour duquel une stabilité relative a été tenue. Cette stabilité calme le choc des prix. Elle ne répare pas le système bancaire. Elle ne débloque pas non plus les dépôts. C’est une stabilité de surface, pas une normalisation.
Enfin, une estimation de croissance est citée pour 2025. Le chiffre qui circule est 4,7 %. Il est associé à la saison touristique, au commerce et aux transferts des expatriés. Cette croissance ne signifie pas une sortie de crise. Elle montre plutôt que l’activité peut redémarrer sans réforme complète. Elle renforce aussi un paradoxe. L’économie peut respirer, tout en restant désorganisée.
La méthode au centre: des réformes existent, mais elles ne “ferment” pas les dossiers
Le débat insiste sur une idée simple. Des lois peuvent être adoptées. Elles restent insuffisantes si elles ne produisent pas des effets vérifiables. Trois chantiers sont cités comme emblématiques.
Le premier est le budget. Il existe comme texte. Il doit ensuite être exécuté. Sans exécution, il reste une intention.
Le deuxième est la modification de la loi sur le secret bancaire. Le texte peut être modifié. Il doit ensuite changer les pratiques. Une réforme d’accès à l’information ne vaut rien si l’information ne circule pas.
Le troisième est la réforme bancaire. Elle se présente comme une architecture. Elle devient crédible seulement si elle fixe les responsabilités, les bilans et une trajectoire de recapitalisation.
Dans ce cadre, la critique porte sur l’inachèvement. Les réformes sont décrites comme partielles. Elles sont aussi décrites comme incapables de fournir des “preuves sérieuses” aux partenaires. Le mot “preuve” revient car il résume l’attente du Fonds monétaire international. Un programme suppose une capacité à tenir une règle, même quand elle coûte.
Le “fossé financier” comme cœur du dossier FMI
Le projet de loi du fossé financier est placé au centre, car il touche la question la plus explosive. Les pertes. Elles sont rappelées comme dépassant des dizaines de milliards de dollars depuis 2019. Ce niveau de perte rend impossible une restitution intégrale rapide. Il rend aussi inévitable une répartition.
Un détail politique encadre ce texte. Il est qualifié de “non idéal” par le premier ministre Nawaf Salam. Cette qualification a deux effets. Elle autorise les amendements. Elle fragilise aussi le signal externe. Car un partenaire lit une trajectoire. Il veut un cap stable. “Non idéal” annonce un compromis interne encore mouvant.
L’arène devient alors le Parlement. La session extraordinaire est convoquée du 2 janvier 2026 au 1er mars 2026. Le décret de convocation est daté du 23 décembre 2025. Cette fenêtre fixe un calendrier. Elle impose un test. Les textes doivent avancer dans une période courte. Le budget 2026 est explicitement au centre de cette séquence. Le fossé financier s’y accroche naturellement.
Le chiffre qui structure tout: 100 000 dollars et plus de 84 % des déposants
Le débat sur le FMI se transforme en débat social à cause d’un seuil. 100 000 dollars. Ce seuil est lié à un ratio répété. Plus de 84 % des déposants seraient sous ce niveau. Ce chiffre change la politique du dossier. Il signifie que le problème n’est pas marginal. Il concerne une majorité.
Ce ratio a trois conséquences.
La première est électorale. Un texte qui ne protège pas clairement cette majorité devient politiquement suicidaire.
La deuxième est sociale. Une majorité touchée signifie une colère durable. Elle signifie aussi une pression sur la consommation, donc sur les recettes publiques.
La troisième est économique. Une réforme bancaire sans traitement crédible des petits dépôts ne restaure pas la confiance. Sans confiance, l’économie reste dominée par les paiements en espèces. Elle reste donc plus opaque.
La proposition la plus lisible citée dans le débat est la restitution de 100 000 dollars sur quatre ans. Ce chiffre implique une mécanique simple. 100 000 dollars divisés par 4 donnent 25 000 dollars par an. 25 000 dollars divisés par 12 donnent environ 2 083 dollars par mois. Cette lisibilité aide politiquement. Elle pose aussi un problème économique. Il faut financer ce flux pour une masse de déposants.
En parallèle, le même débat évoque des instruments à long terme pour ce qui dépasse cette tranche. Les maturités citées sont 10 ans, 15 ans et 20 ans. Ces horizons ancrent une perception. Le reste sera très long. Cette perception nourrit la défiance. Elle nourrit aussi la fuite vers les espèces.
La contestation n’est pas seulement bancaire, elle est sociale
Le dossier n’oppose pas uniquement banques et déposants. Il oppose aussi des structures collectives et l’architecture du texte.
Les caisses mutualistes et les syndicats affirment que certains fonds ne sont pas des dépôts ordinaires. Ils sont présentés comme des fonds de protection. Ils couvrent des soins. Ils financent des indemnités. Ils soutiennent des retraites. Si ces fonds sont traités comme des dépôts classiques, le choc devient social. Il devient une crise de prestations, puis une crise de santé, puis une crise de pauvreté.
Ce point compte pour le FMI. Un programme exige un minimum de paix sociale. Si une réforme bancaire détruit des filets sociaux, l’État perd le contrôle politique. Il perd aussi sa capacité à exécuter des mesures impopulaires. Le dossier social devient donc une variable de crédibilité.
Les banques défendent un autre risque: isolement financier et économie opaque
Le secteur bancaire avance un argument systémique. Une loi trop punitive peut casser la capacité d’un système bancaire à exister. Sans système bancaire fonctionnel, la vie économique se déplace encore plus vers les espèces. Cette dérive alimente une économie opaque. Elle augmente le risque d’isolement financier. Elle augmente aussi le risque d’exposition à des listes noires.
Cet argument pèse dans un pays dépendant des flux extérieurs. Il pèse aussi dans une économie où la croissance de 4,7 % en 2025 est attribuée en partie aux transferts. Si les canaux bancaires se ferment davantage, ces transferts coûtent plus cher. Ils deviennent moins fluides. L’activité peut ralentir.
La banque utilise donc un double message. Protéger les petits déposants est politiquement indispensable. Détruire le secteur bancaire est économiquement dangereux. Le Parlement doit arbitrer entre ces deux contraintes.
Le débat sur l’or révèle l’échelle du trou
Un chiffre a circulé dans la discussion sur les options de financement. 10 milliards de dollars d’or. Il est évoqué dans une logique de liquidation pour combler une partie des pertes. Que l’option soit défendue ou critiquée, ce chiffre sert de révélateur.
Il montre l’ordre de grandeur du problème. Il montre aussi que le débat touche aux actifs souverains. Cela change la nature de la négociation. Un programme FMI veut des garanties et une trajectoire. Toucher à un actif souverain peut être vu comme une ressource. Il peut aussi être vu comme une ligne rouge politique.
Ce point renforce la bataille de méthode. Certains veulent une solution rapide et visible pour la tranche des 100 000 dollars. D’autres refusent de mobiliser un actif national. D’autres encore veulent d’abord un audit des responsabilités avant toute mobilisation d’actifs.
Les “messages” et la méthode: pourquoi l’attente dure
Le débat décrit un enchaînement connu. Le pays produit des textes. Les partenaires attendent des preuves. Les preuves tardent. La confiance reste faible. L’accord reste hors d’atteinte.
Cette attente est décrite comme une attente de séquence, pas seulement de contenu. Un partenaire ne regarde pas une loi isolée. Il regarde l’ordre des étapes.
Première étape. Clarifier les pertes, donc clarifier les responsabilités. L’idée d’un audit à trois étages est au centre. État, Banque du Liban, banques.
Deuxième étape. Définir une hiérarchie de protection lisible. Le seuil 100 000 dollars et le chiffre de plus de 84 % structurent cette hiérarchie.
Troisième étape. Fixer des instruments et des délais soutenables. Les maturités de 10, 15 et 20 ans doivent être expliquées. Sinon, elles sont rejetées.
Quatrième étape. Exécuter. Sans exécution, le reste est un discours.
C’est sur l’exécution que la méthode est contestée. Le pays a déjà connu des annonces sans suite. Il est donc jugé sur des actes.
Des actes chiffrés mis en avant comme preuves d’exécution
Dans ce climat, des décisions chiffrées sont utilisées comme exemples. Elles servent à montrer que l’État peut recouvrer. Elles servent aussi à montrer qu’une institution de contrôle peut produire une sanction effective.
Un dossier cite des titres de recouvrement liés à des sanctions prononcées contre d’anciens ministres des Télécommunications. Le montant transmis est de 5,63 millions de dollars. Le même dossier évoque un montant additionnel proche de 20 millions de dollars, conditionné par la conclusion d’une procédure liée à un immeuble.
Ces chiffres sont faibles par rapport aux dizaines de milliards de pertes. Leur importance est ailleurs. Ils montrent une chaîne d’exécution. Décision, puis titres de recouvrement, puis transmission au ministère des Finances. Dans une discussion sur le FMI, ce type de chaîne a une valeur. Elle prouve une capacité à appliquer une règle contre des figures politiques.
Un autre chiffre, cité dans le même esprit d’exécution, est celui de 36,5 millions de dollars, présenté comme un montant associé à un recouvrement dans le secteur des télécommunications. Là aussi, l’enjeu n’est pas la taille macroéconomique. L’enjeu est la preuve d’une action.
Dans une négociation de programme, la discipline se lit souvent dans ce genre d’actes. Recouvrer, sanctionner, exécuter. Cela construit une crédibilité. Cela réduit l’impression d’impunité.
Le calendrier fiscal et les prorogations: un indicateur de gestion sous contrainte
Des décisions fiscales datées donnent un autre indicateur. Elles prolongent des délais et organisent des régularisations.
Une prolongation est citée jusqu’au 15 février 2026 pour un dispositif de règlement de pénalités de contrôle et de recouvrement, lié à des documents d’imposition émis depuis le 16 novembre 2022.
Une autre prolongation cite le 15 janvier 2026 pour les déclarations annuelles d’impôt sur le revenu 2023 et 2024, et le paiement correspondant, y compris pour des entreprises liées à des droits pétroliers.
Une troisième prolongation cite aussi le 15 janvier 2026 pour des déclarations annuelles électroniques fondées sur le bénéfice réel pour 2024, avec des formulaires identifiés, et une prolongation des déclarations papier pour 2024.
Ces dates disent quelque chose. Elles montrent une administration qui gère la contrainte par le calendrier. Cela peut être utile pour maximiser la conformité. Cela peut aussi être interprété comme un signe de fragilité d’exécution. Dans une négociation FMI, ce type de gestion est lu de deux manières. Soit comme pragmatisme. Soit comme incapacité à imposer une règle stable.
Le dossier des armes présenté comme facteur de crédibilité macroéconomique
Une thèse plus lourde est rapportée dans le débat. Le dossier des armes du Hezbollah est présenté comme essentiel à tout accord avec le FMI. L’idée est simple. Une réforme bancaire exige une chaîne de décision unifiée. Si la chaîne de décision est contestée, la réforme est jugée fragile.
Ce lien se reflète dans l’actualité du Sud. Une réunion du mécanisme de suivi est attendue le 7 janvier. Un rapport de l’armée est attendu au Conseil des ministres sur un plan de monopole des armes au nord du Litani. Dans le débat public, une phrase de Naim Kassem est rapportée comme ligne de condition: ne rien demander avant l’application d’engagements adverses.
Ce climat pèse sur l’économie. Il pèse sur la confiance. Il pèse sur la capacité du Parlement à voter une loi bancaire dure. Il pèse donc indirectement sur le FMI. Même si le Fonds parle de finances, il exige une capacité d’exécution dans le temps. La stabilité politique devient une donnée économique.
Pourquoi l’attente continue: le problème n’est pas le manque de chiffres, c’est l’absence de trajectoire acceptée
Les chiffres existent. Le pays parle de pauvreté entre 45 %, 75 % et plus de 80 %. Il parle de stabilité autour de 89 500 livres pour un dollar. Il parle de croissance autour de 4,7 %. Il parle d’un seuil de 100 000 dollars pour plus de 84 % des déposants. Il parle de maturités de 10, 15 et 20 ans. Il parle de pertes en dizaines de milliards. Il parle d’or à 10 milliards. Il parle de recouvrements de 5,63 millions, de près de 20 millions, et de 36,5 millions.
Le nœud est ailleurs. Il est dans l’ordre des étapes, et dans l’acceptabilité.
Si l’on protège la majorité sans clarifier les responsabilités, la loi est vécue comme une régularisation injuste.
Si l’on clarifie les responsabilités sans payer rapidement, la société se retourne contre l’État.
Si l’on promet un paiement rapide sans base de financement, l’État perd sa crédibilité dès la première échéance.
Si l’on étale trop, la confiance ne revient pas, et l’économie reste dominée par les espèces.
C’est cette équation qui explique la méthode contestée. Elle explique aussi pourquoi le FMI reste, à ce stade, une attente, plus qu’un cadre réel.



