Tensions persistantes entre la présidence et le Parlement
Le climat institutionnel au Liban est marqué par une série de frictions croissantes, notamment entre le président de la République Joseph Aoun et le président du Parlement Nabih Berri. Le malaise, évoqué dans les discussions politiques récentes, reflète une déconnexion quasi-totale entre les deux pôles de l’exécutif et du législatif. L’expression « absence de chimie » résume un sentiment largement partagé au sein des cercles décisionnels. Au-delà d’un simple désaccord personnel, ce fossé s’exprime autour de divergences politiques profondes.
Selon des discussions relayées récemment, le président Aoun semble porter une vision réformiste de l’État, axée sur une autonomie présidentielle accrue et une révision des mécanismes électoraux. Cette orientation heurte de plein fouet la ligne défendue par le tandem Amal-Hezbollah, qui perçoit la posture du chef de l’État comme une mise à mal de l’équilibre communautaire et un alignement implicite sur les positions occidentales. Le rôle du Premier ministre Nawaf Salam, jugé trop proche de ces cercles diplomatiques, est également pointé du doigt comme un facteur d’isolement croissant de la présidence.
Discussions à huis clos et repositionnements partisans
Cette tension se matérialise concrètement dans les débats autour des projets de réformes institutionnelles. Des discussions à huis clos, organisées entre des proches de Joseph Aoun, des membres du Courant patriotique libre (CPL) et des Forces libanaises, témoignent d’un malaise grandissant au sein même des blocs chrétiens. Si le CPL a historiquement soutenu le Hezbollah, les dynamiques récentes laissent entrevoir une réorientation stratégique. La base militante du parti, ancrée dans une lecture communautaire des équilibres, montre des signes de lassitude à l’égard des compromis antérieurs.
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La posture de Gebran Bassil, président du CPL, reflète cette ambivalence. En tentant de repositionner son mouvement sur l’échiquier politique, il multiplie les contacts avec des acteurs traditionnellement rivaux, tout en maintenant une distance prudente vis-à-vis de ses anciens alliés. Cette stratégie s’avère pour l’instant inégale. Le parti peine à définir une ligne claire entre continuité institutionnelle et rupture programmatique, alors que les réformes électorales en discussion pourraient redessiner en profondeur la représentativité parlementaire.
Blocages sur les réformes et défiance institutionnelle
Le clivage s’exacerbe autour des tentatives de réforme du système électoral. La proposition portée par certains proches de la présidence d’introduire un mode de scrutin mixte, alliant proportionnelle et majoritaire, rencontre une opposition farouche de la part du président du Parlement et de ses alliés. Ces derniers dénoncent une volonté de reconfiguration des équilibres confessionnels à leur détriment.
Dans le même temps, la présidence cherche à renforcer le rôle du Conseil constitutionnel et à garantir une plus grande indépendance du pouvoir judiciaire. Des initiatives législatives allant dans ce sens ont été bloquées à plusieurs reprises par la majorité parlementaire, qui craint une recentralisation des pouvoirs entre les mains du chef de l’État. Le climat de méfiance est tel que toute initiative émanant du palais présidentiel est systématiquement perçue comme une tentative de contournement du cadre institutionnel traditionnel.
Affaiblissement des alliances historiques
Les dynamiques en cours témoignent également d’un effritement progressif des alliances établies depuis les années 2000. Le CPL, en froid avec le Hezbollah sur plusieurs dossiers, notamment la politique économique et la gouvernance des entreprises publiques, semble chercher de nouveaux points d’ancrage. Cette volonté de repositionnement ne va cependant pas sans risques. Plusieurs figures internes critiquent la lenteur de la transition stratégique et redoutent une perte de repères idéologiques.
Du côté des Forces libanaises, la stratégie consiste à maintenir une ligne dure vis-à-vis de la présidence tout en cherchant à s’imposer comme interlocuteur crédible dans les réformes. Cette attitude ambiguë reflète la complexité du moment politique, où chaque parti tente d’anticiper les prochaines échéances électorales tout en consolidant sa base sociale.
Un climat institutionnel sous tension
À l’échelle plus large, l’isolement du président Aoun met en lumière une crise de gouvernance qui ne dit pas son nom. Le rôle du Premier ministre Nawaf Salam, souvent réduit à un exercice de conciliation, ne suffit plus à compenser les désaccords profonds entre les principales institutions. Le Conseil des ministres peine à trancher sur les dossiers essentiels, paralysé par des vetos croisés et des stratégies d’obstruction.
La scène politique se trouve ainsi fragmentée en une multitude de pôles de décision, chacun avançant selon ses intérêts immédiats. Ce fractionnement empêche toute lecture cohérente du projet national. Les réformes attendues, tant sur le plan électoral que judiciaire, semblent condamnées à l’impasse tant que perdure cette logique d’affrontement.
Dans ce contexte, les appels à un dialogue national, réitérés sans effet tangible, sonnent creux. Les acteurs principaux semblent s’enfermer dans des postures défensives, guidés davantage par la préservation de leurs acquis que par une volonté réelle de compromis. Le risque, à terme, est celui d’un blocage durable de la machine institutionnelle, dont les premières victimes seraient une nouvelle fois les citoyens libanais.



