Le député et président du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, a publiquement accusé le gouvernement libanais et le ministère de l’Énergie de renier leurs promesses et de faire preuve d’un mépris total envers les droits des citoyens, dans un contexte marqué par l’augmentation récente des taxes sur les carburants. Dans un message diffusé sur la plateforme X le 17 février 2026 à 8h16, Bassil a évoqué une hausse qu’il qualifie de significative sur l’essence, rappelant ses oppositions passées devant le Conseil d’État. Cette sortie intervient alors que les prix à la pompe ont enregistré plusieurs ajustements à la hausse au cours des dernières semaines, reflétant les fluctuations du marché pétrolier mondial et les défis internes du secteur énergétique libanais, exacerbés par une crise économique persistante.
Selon les tableaux officiels publiés par le ministère de l’Énergie et de l’Eau, les tarifs des hydrocarbures sont révisés de manière hebdomadaire en fonction des cours internationaux du Brent et du taux de change stabilisé autour de 89 500 livres libanaises pour un dollar américain. Le 13 février 2026, le prix de l’essence 95 octanes s’est établi à 1 424 000 livres libanaises pour 20 litres, marquant une augmentation de 14 000 livres par rapport à la semaine précédente, tandis que le diesel a progressé de 9 000 livres pour atteindre 1 354 000 livres. Ces hausses, bien que progressives, s’inscrivent dans une tendance observée depuis le début de l’année, où les prix cumulés ont augmenté d’environ 6 % pour l’essence, aggravant les pressions sur les transporteurs et les ménages dans un pays où les alternatives aux véhicules privés restent limitées en raison des défaillances des transports publics.
Gebran Bassil, dans son intervention sur X, a rappelé avoir défié le gouvernement au Parlement alors que des manifestants protestaient à l’extérieur, anticipant une politique de concessions superficielles. Il a déclaré : « Je savais qu’elle vous donnerait d’une main pour reprendre de l’autre, mais je n’imaginais pas qu’elle irait jusqu’à une augmentation de 25 % sur l’essence, malgré notre opposition réussie devant le Conseil d’État par le passé. » Cette allusion au Conseil d’État renvoie à des contentieux antérieurs sur des mesures fiscales similaires, illustrant les frictions récurrentes entre l’opposition et l’exécutif en matière de gestion énergétique. Bien que les hausses récentes ne correspondent pas exactement à ce pourcentage en un seul ajustement, Bassil semble pointer du doigt l’impact cumulé des taxes et des variations tarifaires, dans un écho aux critiques formulées par son parti en juin 2025 contre l’augmentation des taxes sur les carburants.
Les ajustements tarifaires des carburants au Liban
Les prix des carburants sont fixés chaque semaine par le ministère de l’Énergie et de l’Eau, en coordination avec la Banque du Liban pour les importations. Le 10 février 2026, l’essence 95 octanes a augmenté de 7 000 livres pour s’établir à 1 410 000 livres, tandis que le diesel a grimpé de 8 000 livres à 1 345 000 livres, avec une hausse de 131 000 livres pour le gaz. Avant cela, le 6 février 2026, une augmentation de 12 000 livres avait porté l’essence 95 octanes à 1 403 000 livres, et le diesel avait bondi de 22 000 livres à 1 336 000 livres. Ces mouvements reflètent l’influence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la volatilité des cours du pétrole, avec le Brent oscillant autour de 83 dollars le baril en février 2026.
Fin janvier 2026, des variations similaires avaient été enregistrées : le 30 janvier, l’essence 95 octanes avait progressé de 7 000 livres à 1 381 000 livres, après une hausse de 7 000 livres le 27 janvier portant le prix à 1 342 000 livres. Le diesel et le gaz ont suivi des trajectoires comparables. Ces données, issues des publications officielles du ministère, mettent en évidence une pression soutenue sur les importateurs, qui opèrent dans un marché dollarisé depuis la levée des subventions en 2021. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, formé en février 2025, maintient une tarification alignée sur les coûts réels, évitant les subventions passées qui avaient épuisé les réserves en devises.
La position de Gebran Bassil dans le paysage politique
Gebran Bassil, député de Batroun et président du CPL, s’est érigé en opposant virulent aux politiques économiques du cabinet Salam depuis sa formation en février 2025. Son message sur X exprime un sentiment de trahison face aux engagements pris lors de négociations parlementaires antérieures. Il reproche au gouvernement et au ministère de l’Énergie un « mépris complet pour vos droits et le coût élevé de la vie », visant les Libanais aux prises avec une inflation persistante et une dévaluation monétaire historique. Ancien ministre de l’Énergie de 2014 à 2020 sous plusieurs cabinets, Bassil s’appuie sur son expérience pour contester les mesures actuelles, rappelant comment son parti avait contesté des hausses fiscales similaires devant le Conseil d’État en 2011, aboutissant à l’abolition d’une taxe de 5 000 livres sur l’essence.
Cette critique s’inscrit dans une série d’interventions du CPL contre les décisions fiscales. En juin 2025, le parti avait dénoncé l’augmentation des taxes sur les carburants – 100 000 livres sur 20 litres d’essence et 174 000 livres sur 20 litres de diesel – destinée à financer des aides aux forces armées. Mise en œuvre le 1er juillet 2025, cette mesure a été qualifiée d’« improvisée » par le CPL, qui a envisagé des recours judiciaires. Bassil, positionné en opposition depuis février 2025, utilise ces plateformes pour mobiliser contre ce qu’il perçoit comme du clientélisme gouvernemental.
L’évolution des subventions énergétiques au Liban
Les subventions sur les carburants ont constitué un pilier controversé de la politique économique libanaise jusqu’à leur suppression progressive en 2021. À l’époque, la Banque du Liban accordait des dollars à taux préférentiel pour les importations d’essence, de diesel et de gaz, mais cette pratique a vidé les réserves étrangères, contribuant à la crise de liquidités. En août 2021, la banque centrale a mis fin à ces lignes de crédit subventionnées, entraînant des hausses immédiates des prix et des pénuries temporaires. Des files d’attente aux stations-service et l’émergence de marchés noirs ont marqué cette période, avec des augmentations pouvant atteindre 25 % pour l’essence en octobre 2021, selon les rapports officiels.
Depuis, le Liban importe près de 100 % de ses besoins pétroliers, dans un secteur marqué par une dépendance aux générateurs privés en raison des pannes chroniques d’Électricité du Liban (EDL). Les réformes, encouragées par le Fonds monétaire international (FMI), incluent la restructuration d’EDL et la promotion des énergies renouvelables. En janvier 2026, le ministre de l’Énergie Joe Saddi a annoncé le lancement des travaux de réhabilitation de la centrale hydroélectrique d’El Bared, financés par la coopération allemande via la KfW et soutenus par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ce projet vise à accroître la production de 15 % et à réduire les émissions de CO2 de 31 000 tonnes par an, bénéficiant à environ 27 000 résidents dans le cadre d’une stratégie de transition énergétique alignée sur les objectifs climatiques de l’ONU.
La conjoncture économique libanaise
Le Liban endure une crise économique profonde depuis 2019, avec une contraction cumulée du PIB de près de 40 % jusqu’en 2024. Selon la Banque mondiale, le PIB réel a reculé de 5,7 % en 2024 en raison des conflits régionaux et des tensions internes, mais une reprise modeste de 3,5 % est projetée pour 2025, soutenue par les transferts de la diaspora et un tourisme émergent. L’inflation, qui a culminé à 268 % en avril 2023, s’est atténuée à 14,7 % au premier semestre 2025, grâce à la stabilisation du taux de change depuis août 2023. Néanmoins, elle demeure élevée par rapport aux standards mondiaux, due à des structures oligopolistiques et à des majorations locales.
La dette publique excède 350 % du PIB en 2022, d’après la Banque mondiale, et le pays reste en défaut sélectif sur sa dette extérieure depuis 2020. Le budget 2026, évalué à environ 6 milliards de dollars, reflète une austérité contrainte, avec des dépenses concentrées sur les services essentiels. Le FMI, lors de ses consultations, insiste sur des réformes structurelles pour débloquer un programme d’assistance, incluant la restructuration bancaire et l’apurement des pertes à la Banque du Liban. En 2025, les investissements directs étrangers nets ont représenté 3,26 % du PIB, signalant une confiance timide, mais l’accès aux marchés internationaux reste entravé sans restructuration de la dette.
Le mandat de Joe Saddi au ministère de l’Énergie
Nommé en février 2025, Joe Saddi, consultant chevronné en ingénierie et énergie, pilote le ministère de l’Énergie et de l’Eau dans un environnement marqué par de multiples défis. Succédant à Walid Fayad, Saddi a priorisé la réforme du secteur électrique, grevé par des pertes annuelles estimées à 2 milliards de dollars dues à la corruption et aux inefficacités. En février 2026, lors d’une rencontre avec le ministre qatari des Affaires énergétiques Saad bin Sherida Al Kaabi, Saddi a salué le soutien du Qatar, soulignant les efforts pour sécuriser des approvisionnements en gaz et pétrole. Des pourparlers avec les Émirats arabes unis, via le ministre des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed, ont porté sur des partenariats énergétiques en septembre 2025.
Saddi promeut une transparence accrue, avec l’adoption de paiements en ligne pour les factures d’électricité et la restructuration d’EDL. En novembre 2025, il a présenté un plan de financement autonome pour le secteur, réduisant la dépendance aux subventions budgétaires. Le ministère publie hebdomadairement les tableaux des prix des carburants, alignés sur les cours internationaux, évitant les distorsions antérieures qui favorisaient la contrebande vers la Syrie. Le 17 février 2026, lors d’une session du Conseil des ministres présidée par le président de la République, des nominations au conseil d’administration d’EDL ont été validées, visant à renforcer la gouvernance sans annonces directes sur les carburants.
Les répercussions sur la population libanaise
Les hausses des prix des carburants affectent directement les ménages, où 44 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté monétaire en 2022, selon la Banque mondiale. La pauvreté multidimensionnelle touche près des trois quarts des Libanais, avec des déficits en accès à l’éducation, à la santé et à l’énergie. Le panier minimum de survie pour une famille de cinq personnes atteint 509 dollars en septembre 2025, en hausse de 16 % sur un an, tandis que le panier alimentaire par personne s’élève à 40,4 dollars. Les employés du secteur public, rémunérés en livres libanaises, voient leur pouvoir d’achat divisé par dix depuis 2019.
Dans les zones rurales comme la Bekaa ou le Nord, dépendantes du diesel pour l’agriculture et les générateurs, ces augmentations accentuent les disparités régionales et confessionnelles. Les communautés sunnites de Tripoli et chiites du Sud font face à des coûts accrus pour le transport, crucial dans un pays sans réseau ferré efficient. Les projections pour 2026 anticipent une croissance du PIB de 4 %, conditionnée à la stabilité politique et aux réformes, mais sans interventions immédiates, les effets sur le coût de la vie perdurent. Le FMI indique que l’inflation pourrait descendre à 15,2 % en 2025, atteignant un chiffre unique en 2026 pour la première fois depuis 2019, grâce à la dollarisation des prix. Les envois de fonds, essentiels pour 80 % des ménages, soutiennent la consommation, mais les tensions régionales impliquant Israël et le Hezbollah maintiennent l’incertitude sur les importations énergétiques. Les nominations à EDL du 17 février 2026 visent à améliorer la production, mais les coupures persistent, contraignant au recours aux générateurs privés dont les tarifs suivent les carburants.


