Un avertissement contre la montée des tensions internes
Gébran Bassil, chef du Courant patriotique libre, a pris la parole devant le Parlement lors de la séance consacrée au débat sur la déclaration ministérielle du gouvernement Nawaf Salam. Dans un discours marqué par un ton ferme et une mise en garde explicite, il a averti les nouvelles autorités libanaises contre toute décision qui pourrait conduire le pays vers une guerre civile. Il a mis en cause ceux qui, selon lui, chercheraient à exacerber les tensions internes, que ce soit par erreur ou sous l’influence de forces étrangères.
Ce message s’adresse en grande partie aux nouvelles autorités et à l’approche qu’elles pourraient adopter vis-à-vis du Hezbollah, de son arsenal militaire et de son influence politique. Bassil a souligné que toute confrontation directe avec le Hezbollah, sans un consensus national, pourrait s’avérer dangereuse et mener le pays vers une spirale incontrôlable.
Une critique de la stratégie du Hezbollah dans le conflit de Gaza
Gébran Bassil a également abordé la participation du Hezbollah dans la guerre à Gaza et ses répercussions stratégiques sur le Liban. Il a qualifié l’intervention du parti de « grave erreur stratégique », estimant qu’elle avait affaibli non seulement le Hezbollah, mais aussi la position du Liban dans le rapport de force avec Israël.
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Selon lui, en s’impliquant dans ce conflit sous le slogan de « l’unité des fronts », le Hezbollah a échoué à atteindre ses objectifs, notamment en ce qui concerne la dissuasion d’Israël. Cette situation a conduit, selon Bassil, à une perte de légitimité nationale pour le Hezbollah, qui s’est retrouvé isolé dans sa résistance à l’occupation israélienne.
Il a également relevé que cette situation s’est traduite par une omission notable du terme « résistance » dans la déclaration ministérielle du gouvernement Nawaf Salam. Cependant, il a tenu à préciser que, si le Hezbollah a perdu une partie de sa légitimité nationale, le Liban, en tant que pays, conserve pleinement son droit de résister à toute forme d’occupation.
Soutien à la déclaration ministérielle et au cadre stratégique de défense
Malgré ces critiques, Bassil a affirmé son adhésion aux principes énoncés dans la déclaration ministérielle du gouvernement en matière de défense et de souveraineté nationale. Il a exprimé son accord avec plusieurs éléments clés du texte, notamment :
L’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui vise à maintenir la stabilité à la frontière sud du Liban et à empêcher toute violation territoriale. La nécessité de libérer toutes les terres libanaises encore sous occupation. L’affirmation du monopole de l’État sur la détention d’armes et la décision de guerre et de paix. La mise en place d’une stratégie de défense nationale, qui permettrait d’instituer un cadre de concertation sur la gestion des questions militaires et sécuritaires.
En soutenant ces principes, Bassil semble vouloir se positionner comme un acteur clé dans la redéfinition du rôle du Hezbollah dans l’échiquier national, tout en évitant une confrontation frontale avec le parti chiite.
Une volonté d’apaisement sur le dossier de l’énergie
Dans un autre registre, Bassil a abordé le secteur de l’énergie, qui a longtemps été une pierre d’achoppement entre son parti et ses adversaires politiques. Il a salué l’approche « objective » du nouveau ministre de l’Énergie, Joe Saddi, et a promis que le Courant patriotique libre ne chercherait pas à entraver son travail.
Ce positionnement marque un changement de ton notable, alors que dans le passé, le FPM a souvent été accusé de monopoliser la gestion du secteur de l’énergie à des fins politiques. Bassil a profité de son intervention pour dénoncer les obstacles qui auraient été placés par ses rivaux contre les ministres de l’Énergie issus de son parti, affirmant que ces entraves ont retardé des projets essentiels pour le pays.
Cette déclaration intervient alors que Joe Saddi, proche des Forces libanaises, un parti en opposition frontale avec le FPM, a pris la tête du ministère de l’Énergie. Bassil semble ainsi vouloir se démarquer d’une posture d’opposition systématique et afficher une volonté de collaboration sur ce dossier stratégique.
Un discours à double tranchant
Le discours de Gébran Bassil illustre une posture politique ambivalente. D’un côté, il adopte une ligne critique envers le Hezbollah, soulignant les erreurs stratégiques du parti dans sa gestion du conflit de Gaza et mettant en avant la nécessité de renforcer l’autorité de l’État sur les questions de défense. De l’autre, il veille à ne pas rompre totalement avec son ancien allié, en insistant sur le droit du Liban à la résistance et en mettant en garde contre toute tentative de marginalisation du Hezbollah qui pourrait entraîner des tensions internes.
En parallèle, sa prise de position sur le secteur de l’énergie vise à se repositionner comme un acteur pragmatique, prêt à coopérer avec des adversaires politiques sur certains dossiers. Il cherche ainsi à regagner en crédibilité après une période de tensions avec plusieurs forces politiques du pays.
Ce discours, qui oscille entre confrontation et conciliation, pourrait être une tentative de repositionnement stratégique en vue des échéances politiques à venir. Dans un contexte où les alliances sont mouvantes et où le rapport de force entre les différentes factions est en pleine mutation, Bassil semble chercher à maintenir un équilibre délicat entre l’affirmation de son leadership et la nécessité d’éviter un isolement politique.



