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La démission de Wafiq Safa au Hezbollah : un tournant dans la restructuration interne du parti

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Le 6 février 2026, le Hezbollah a accepté la démission de Wafiq Safa, responsable de longue date de l’unité de liaison et de coordination, marquant un événement inédit au sein de l’organisation libanaise. Cette décision, survenue dans un contexte de recomposition des instances dirigeantes, intervient alors que le parti fait face à des défis internes et externes accentués par les séquelles du conflit avec Israël en 2024. Safa, figure emblématique de la coordination sécuritaire avec les institutions libanaises, avait soumis sa démission il y a plusieurs semaines, mais celle-ci n’a été entérinée qu’après son insistance réitérée. Ce départ, présenté comme volontaire, s’inscrit dans un processus plus large d’ajustements organisationnels initiés sous la direction du secrétaire général Naim Qassem, successeur de Hassan Nasrallah éliminé en septembre 2024.

Wafiq Safa, un pilier de l’appareil sécuritaire du Hezbollah

Wafiq Safa, né dans les années 1960 dans le sud du Liban, a gravi les échelons du Hezbollah depuis les années 1980, devenant une pièce maîtresse de son architecture interne. Nommé en 1987 par Hassan Nasrallah à la tête du comité de sécurité, rebaptisé par la suite unité de liaison et de coordination, il a supervisé pendant des décennies les relations du parti avec les agences de sécurité libanaises, incluant l’armée, les forces de sécurité intérieure et les services de renseignement. Cette position lui conférait un rôle pivotal dans la gestion des interfaces entre le Hezbollah et l’État libanais, souvent qualifié de « ministre de la Défense » ou « ministre de l’Intérieur » officieux au sein de l’organisation.

Au fil des ans, Safa a été impliqué dans de multiples dossiers sensibles. Il a coordonné les échanges avec les autorités libanaises lors des tensions frontalières, géré les protocoles de sécurité lors d’événements publics et supervisé les mesures de protection des hauts dirigeants du parti. En 2019, il a fait l’objet de sanctions américaines pour son rôle présumé dans des activités de corruption et de contournement des institutions étatiques, accusations qu’il a toujours réfutées. Plus récemment, en octobre 2024, il a échappé à une tentative d’assassinat israélienne lors de frappes sur des bâtiments dans les quartiers de Basta Fawqa et Noueiri à Beyrouth, qui ont causé une vingtaine de victimes civiles. Cet épisode a illustré la vulnérabilité des cadres supérieurs du Hezbollah face aux opérations ciblées d’Israël, dans le cadre d’une guerre qui a infligé de lourdes pertes à l’organisation, avec des milliers de combattants tués et une infrastructure militaire sévèrement endommagée.

Safa était perçu comme un proche de Hassan Nasrallah, incarnant une ère de centralisation du pouvoir au sein du parti. Son unité gérait non seulement les aspects sécuritaires, mais aussi les liens politiques avec d’autres factions libanaises, renforçant l’influence du Hezbollah sur le paysage national. Cependant, des rapports internes ont révélé des frictions croissantes dès la fin de 2025, avec des tentatives de redistribution des responsabilités au sein de l’unité, visant à diluer les concentrations de pouvoir héritées de l’ancienne direction.

Les circonstances de la démission : une restructuration forcée par les pertes de 2024

La démission de Safa n’est pas un acte isolé, mais le fruit d’un processus engagé depuis la fin de l’année 2025, selon des sources proches du parti. À la suite des pertes subies lors du conflit avec Israël, qui a duré plusieurs mois et abouti à un cessez-le-feu précaire en novembre 2024, le Hezbollah a entamé une révision de sa structure interne. Naim Qassem, élu secrétaire général en octobre 2024, a initié des changements visant à adapter l’organisation à un environnement post-conflit marqué par une surveillance accrue internationale et des pressions pour un désarmement partiel.

Dès janvier 2026, des informations ont circulé sur des luttes de pouvoir au sein de la direction, avec des efforts pour limiter l’autorité de Safa. Des sources ont indiqué que ces mesures, menées par Qassem, visaient à écarter les centres de pouvoir associés à l’ère Nasrallah et à installer une équipe plus alignée sur les nouvelles priorités. Safa, dont le rôle avait été progressivement réduit, aurait menacé de démissionner face à ces restrictions, menant à une période de retrait et de tensions internes. Le 6 février, le leadership a finalement accepté sa démission, nommant Hussein Abdullah, commandant du secteur sud, comme successeur. Abdullah, connu pour son expérience sur le terrain frontalier, apporte une expertise militaire directe, signalant un recentrage sur les aspects opérationnels plutôt que sur les liaisons politiques.

Cette restructuration s’étend au-delà de Safa. Le Hezbollah a fusionné plusieurs unités logistiques, de soutien et financières pour rationaliser ses ressources, affaiblies par les destructions de 2024. Des rumeurs persistantes, bien que non confirmées, évoquent des suspicions de trahison interne, amplifiées par des infiltrations israéliennes ayant conduit à l’élimination de plusieurs cadres. En décembre 2025, des allégations ont émergé sur l’utilisation de bâtiments résidentiels à Sin el-Fil par des figures du parti, incluant potentiellement Safa, pour des réunions sécurisées, provoquant des protestations locales et des enquêtes municipales. Ces incidents soulignent une crise de confiance interne, comparable aux vulnérabilités révélées lors des combats, où des fichiers d’agents présumés ont compromis la sécurité du parti.

Les implications pour le Hezbollah : adaptation ou affaiblissement ?

Le départ de Safa symbolise une adaptation forcée du Hezbollah à un paysage régional transformé. Depuis le cessez-le-feu de 2024, supervisé par les États-Unis et la France, l’organisation fait face à des exigences accrues pour respecter la résolution 1701 de l’ONU, qui prévoit le déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du Litani et le retrait des milices armées. Safa, en tant que lien principal avec les forces de sécurité libanaises, incarnait la mainmise du parti sur ces institutions, souvent critiquée comme une ingérence dans les affaires d’État. Son remplacement par un profil plus militaire pourrait indiquer une volonté de réduire cette visibilité politique, tout en renforçant les capacités opérationnelles face à des menaces persistantes.

Des sources internes ont décrit ce mouvement comme un message d’adaptation, avec une réduction progressive des prérogatives de Safa depuis la fin de 2025. Cela coïncide avec des débats sur la capacité du parti à naviguer dans un environnement imposé par Washington et Tel-Aviv, incluant des sanctions renforcées et une surveillance des frontières. Le Litani, ligne sensible depuis 2006, reste un point de friction : des incidents sporadiques, comme des tirs de roquettes ou des survols de drones, ont testé les limites du cessez-le-feu, plaçant le Hezbollah devant des choix cruciaux pour éviter une escalade.

Le rôle pivot de l’armée libanaise dans les tensions régionales

Au cœur de ces dynamiques se trouve l’armée libanaise, posée comme une « ligne rouge » par de multiples acteurs. Rejetant les attaques politiques contre l’institution, des voix au sein du gouvernement et de la société civile insistent sur la nécessité de renforcer ses moyens pour assurer une stabilisation durable. L’armée, avec ses 80 000 hommes environ, est vue comme un pivot pour implémenter la résolution 1701, mais elle se heurte à des contraintes budgétaires sévères, avec un budget 2025 réduit de 20 % en raison de la crise économique persistante. Des débats intenses portent sur les conditions d’un déploiement accru au sud, où l’armée doit coordonner avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), forte de 10 000 casques bleus.

En décembre 2024, une réunion tendue entre Safa et le commandant de l’armée, le général Joseph Aoun, a illustré ces pressions. Safa aurait tenté d’imposer des modalités pour contourner certaines clauses du cessez-le-feu, provoquant un échange vif. Depuis, l’armée a renforcé ses positions au sud du Litani, avec des patrouilles conjointes avec la Finul, mais des incidents isolés – comme des tirs sur des véhicules onusiens en janvier 2026 – ont souligné les défis. Le gouvernement libanais, sous la présidence de Michel Aoun jusqu’en 2022 puis de ses successeurs, a réaffirmé le rôle exclusif de l’armée dans la défense nationale, mais les influences confessionnelles – sunnites à Tripoli, chiites au sud – compliquent les équilibres.

Les échéances dangereuses et les conditions imposées par les puissances extérieures

Le Hezbollah se trouve confronté à des échéances qualifiées de « très chaudes » par des observateurs régionaux. Le Litani, frontière symbolique, est au centre des préoccupations : Israël exige un retrait complet des forces du parti au nord de cette ligne, sous peine de reprises hostiles. Des sources diplomatiques indiquent que les États-Unis, via leur médiation, ont imposé des conditions strictes, incluant des mécanismes de vérification par des tiers. En janvier 2026, des survols israéliens ont violé l’espace aérien libanais à plus de 50 reprises, provoquant des alertes au sein du parti.

Cette situation dépasse le cadre technique pour toucher à la capacité de l’État libanais à éviter une confrontation généralisée. Le Hezbollah, affaibli par les pertes de 2024 – estimées à plus de 3 000 combattants et des arsenaux détruits à 70 % selon des rapports onusiens – doit interpréter ces nouvelles réalités. Des citations de porte-parole onusiens, comme celles du secrétaire général António Guterres en décembre 2025, appellent à une « désescalade immédiate » et au respect intégral de la 1701. Le gouvernement libanais, avec son ministre des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib jusqu’en février 2025 puis son successeur, a plaidé pour un soutien international accru à l’armée, incluant des livraisons d’équipements américains et français.

Dans ce schéma, l’armée émerge comme un point de pression : elle subit des demandes extérieures pour un déploiement renforcé, tout en affrontant des résistances internes liées aux dynamiques confessionnelles. Des rapports du Conseil des ministres, datés de juillet 2025, soulignent la soumission d’un budget intégrant des allocations pour l’armée, mais l’inflation galopante – à 150 % en 2025 selon la Banque mondiale – limite les marges de manœuvre. Le FMI, dans son rapport de septembre 2025, estime la dette libanaise à 200 % du PIB, appelant à des réformes structurelles pour débloquer des aides.

Les dynamiques confessionnelles et régionales en jeu

Les tensions au Liban restent ancrées dans un tissu confessionnel fragile. Au sud, dominé par les communautés chiites, le Hezbollah maintient une influence prépondérante, mais les destructions de 2024 ont érodé son soutien local, avec des milliers de déplacés et une économie ravagée. À Tripoli, bastion sunnite, des appels à une neutralité accrue émergent, reflétant les clivages post-2024. Le cabinet de Nawaf Salam, formé en février 2025, intègre des ministres comme Hanine Sayyed aux Affaires sociales, confirmés par des communiqués officiels de la présidence.

Sur le plan régional, les implications immédiates de la démission de Safa touchent aux relations avec l’Iran, principal souteneur du Hezbollah. Téhéran, affaibli par ses propres sanctions, pousse à une prudence accrue, tandis qu’Israël maintient une posture offensive, avec des exercices militaires en janvier 2026 simulant des incursions au Liban. Des incidents récents, comme des tirs de roquettes depuis le sud en février 2026, ont testé la résilience du cessez-le-feu, sans escalade majeure pour l’instant.

Les faits récents, incluant des patrouilles renforcées de la Finul et des discussions trilatérales Liban-Israël-ONU en janvier 2026, soulignent les implications immédiates : une surveillance accrue des mouvements au sud du Litani, avec des rapports onusiens notant 15 violations israéliennes en une semaine. Le Hezbollah, via ses canaux, a réaffirmé son engagement au cessez-le-feu, mais des sources indiquent des préparatifs discrets pour une éventuelle reprise. L’armée libanaise, quant à elle, a déployé 5 000 soldats supplémentaires au sud depuis décembre 2025, coordonnant avec la Finul pour inspecter des sites suspects. Ces mesures, ancrées dans les résolutions onusiennes, visent à prévenir une confrontation, mais les pressions persistantes des États-Unis et d’Israël – incluant des menaces de sanctions supplémentaires – maintiennent une tension palpable.

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