Ah, l’ironie mordante de la géopolitique au Moyen-Orient : imaginez un ancien chef rebelle, autrefois traqué par les États-Unis avec une prime de 10 millions de dollars sur sa tête, qui se retrouve à serrer la main de Donald Trump dans le Bureau ovale, et voilà que les portes du Fonds monétaire international s’ouvrent grand pour la Syrie. Pendant ce temps, le Liban, ce voisin malchanceux enlisé dans une crise économique depuis 2019, continue de piétiner dans des négociations interminables avec le FMI, victime de ses propres banques qui ressemblent plus à des forteresses imprenables qu’à des institutions financières. On pourrait en rire jaune, si ce n’était pas si pathétique : Damas, tout juste émergée d’un chaos de 13 ans, accélère vers une bouée de sauvetage internationale, tandis que Beyrouth appuie sur tous les freins imaginables, bloqué par des réformes bancaires qui avancent à la vitesse d’un escargot sous anesthésie. Kristalina Georgieva, la directrice générale du FMI, n’a pas hésité à déclarer récemment que l’institution est « prête à soutenir la récupération économique de la Syrie », un pays qui, il y a encore un an, était persona non grata sur la scène financière mondiale. Au Liban ? Les missions du FMI se succèdent comme des promesses électorales, sans que les blocages internes ne cèdent d’un pouce.
La poignée de main historique à Washington : le coup d’accélérateur syrien
Et si le secret de cette accélération syrienne résidait dans une simple visite diplomatique ? Le 10 novembre 2025, Ahmad al-Sharaa, le dirigeant syrien intérimaire – oui, celui qui fut connu sous le nom de guerre d’Abu Mohammad al-Jolani – a foulé le sol de la Maison Blanche pour la première fois depuis l’indépendance de la Syrie en 1946. Une rencontre avec Donald Trump qui a tout d’un virage à 180 degrés : d’un côté, un président américain louant son hôte comme un « dur à cuire » issu d’une « région difficile », de l’autre, un leader syrien qualifiant l’événement de « tournant majeur » pour des « relations stratégiques » avec les États-Unis. Trump, fidèle à son style transactionnel, a promis de « faire tout ce que nous pouvons pour rendre la Syrie réussie », tout en saluant les « progrès accomplis » depuis l’assouplissement des sanctions. Sharaa, en costume sombre et cravate rouge, a nié toute implication dans les attentats du 11 septembre – « J’avais 19 ans, Al-Qaïda n’était pas sous ma responsabilité » – et a plaidé pour une coopération accrue contre l’État islamique.
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Cette visite n’est pas anodine dans le contexte économique : elle scelle un rapprochement qui facilite l’engagement du FMI. Moins d’un an après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, les États-Unis ont suspendu pour 180 jours certaines sanctions de la loi Caesar, ouvrant la voie à des transactions énergétiques – à l’exception de celles impliquant la Russie ou l’Iran. Sharaa a profité de l’occasion pour pousser à une abrogation permanente, arguant que ces mesures pénalisent injustement le nouveau gouvernement. Et le FMI suit : Georgieva a réaffirmé le soutien à la reconstruction syrienne, estimée à plus de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. C’est comme si une seule poignée de main avait débloqué le verrou géopolitique, transformant un paria en partenaire privilégié. Pendant que Trump offrait un chapeau MAGA à Sharaa en guise de geste symbolique, les discussions portaient sur l’intégration de la Syrie à la coalition anti-IS de 88 membres, avec des arrestations récentes de 71 suspects affiliés à l’organisation comme preuve de bonne foi.
Les négociations syriennes avec le FMI : un sprint après des années de paralysie
Revenons aux faits concrets : en juin 2025, une équipe du FMI menée par Ron van Rooden a atterri à Damas pour la première fois depuis 2009. Objectif ? Évaluer l’économie en ruines, discuter des priorités et tracer une feuille de route pour renforcer les capacités. Le ministre des Finances syrien, Yisr Barnieh, et le gouverneur de la Banque centrale, Abdulkader Husrieh, ont présenté un budget 2025 axé sur les salaires publics, la santé, l’éducation et l’aide aux vulnérables. Les défis sont titanesques : PIB effondré, six millions d’exilés, sept millions de déplacés internes, infrastructures dévastées. Pourtant, les Syriens poussent pour moderniser les systèmes fiscaux et douaniers, renforcer la gestion budgétaire et restaurer la confiance dans la livre syrienne.
Le FMI applaudit l’engagement : en octobre 2025, lors des réunions annuelles à Washington, la Syrie a fait son grand retour. Les autorités ont formellement demandé un programme d’aide, et les négociations avancent. Georgieva a insisté sur une « aide internationale substantielle et hautement concessive ». Des tables rondes co-organisées avec l’Arabie saoudite ont réuni ministres et banquiers pour discuter de la reprise. La visite de Sharaa le 10 novembre a sans doute accéléré les choses, alignant les intérêts américains sur la stabilité syrienne. On parle de renforcement des institutions clés – ministère des Finances, Banque centrale, agence de statistiques – avec une coordination évitant les doublons. C’est presque comique : un pays jadis sanctionné pour terrorisme se voit offrir une reconnexion au système financier mondial, grâce à un changement de régime et une diplomatie pragmatique.
Les blocages libanais : une tragicomédie qui s’éternise depuis six ans
De l’autre côté de la frontière, le Liban offre un contraste hilarant dans son absurdité. Depuis l’éclatement de la crise en 2019, Beyrouth négocie un plan de sauvetage FMI incluant un prêt de 3 milliards de dollars sur quatre ans. En novembre 2025, où en est-on ? Toujours dans les limbes des « discussions en cours ». La mission de mai-juin 2025, menée par Ernesto Ramirez Rigo, a couvert la viabilité bancaire, la durabilité fiscale, les politiques monétaires et la gouvernance. Quelques avancées : une loi amendée sur le secret bancaire en avril 2025, une loi sur la résolution bancaire soumise au Parlement, qui ne répond toutefois pas aux exigences du FMI. Mais pour le reste, c’est le néant.
Le ministre de l’Économie, Amer Bisat, admet que finaliser un accord « ne se fera pas en un jour » – un understatement monumental après plus de 2 000 jours de patinage. Bisat vante une « conviction sérieuse » pour des réformes sous l’égide du FMI, citant une trajectoire fiscale durable, la restructuration bancaire et l’amélioration de l’électricité. Pourtant, Ramirez Rigo critique le budget 2026 pour son manque d’ambition et la suppression d’une taxe sur les carburants. « Les décisions de dépenses doivent être cohérentes avec les financements disponibles », martèle-t-il. Le secteur bancaire, cœur du problème, reste gelé : dépôts inaccessibles depuis 2019, économie au cash, crédit au privé paralysé. Les élites politiques, enlisées dans la corruption et les intérêts confessionnels, bloquent tout.
La crise a fait chuter le PIB de 50 %, plonger un tiers de la population dans la pauvreté. Des politiques strictes ont généré un surplus fiscal et augmenté les réserves, mais c’est un pansement sur une plaie ouverte. Le FMI exige un cadre fiscal à moyen terme, mais les résistances persistent. En octobre 2025, Bisat parle d’un « tournant » avec des signes de reprise et un forum d’investissement visant 7,5 milliards de dollars. Mais qui y croit, quand les négociations avec les créanciers pour restructurer la dette étrangère traînent ? La Banque mondiale a approuvé 250 millions pour la reconstruction en juillet 2025, mais les délais menacent. Pendant que la Syrie avance grâce à sa visite washingtonienne, le Liban observe, résigné, comment un voisin ravagé par la guerre navigue mieux les eaux internationales.
L’ironie des contrastes : une visite qui change tout pour Damas, des réformes introuvables à Beyrouth
Le comble ? La visite de Sharaa à Washington le 10 novembre a non seulement boosté la coopération anti-terroriste – avec l’intégration des Forces démocratiques syriennes dans l’armée nationale – mais aussi ouvert des perspectives économiques. Marco Rubio, secrétaire d’État, insiste sur des « mécanismes clairs » pour des accords, incluant un soutien à la paix régionale. Des réactions américaines mixtes : la démocrate Jeanne Shaheen pousse pour lever les sanctions sans conditions, tandis que le républicain Lindsey Graham veut des revues semestrielles. Mouaz Moustafa, de la Syrian Emergency Task Force, avertit que des sanctions conditionnelles paralyseraient la Syrie – un écho ironique aux blocages libanais.
Au Liban, les défis s’empilent : absence de poursuites pour scandales financiers, lenteur des réformes anti-blanchiment. Une délégation du Trésor américain a discuté avec le président Joseph Aoun le 9 novembre 2025 de mesures financières et de sécurité, soulignant que combattre l’argent sale est aussi crucial que désarmer le Hezbollah. Le cabinet espère approuver une loi sur le gap fiscal bientôt, mais les doutes persistent en raison de la présence accrue du lobby bancaire au sein des plus hautes instances libanaise. L’Observatoire de la réforme arabe aussi pousse pour un nouveau modèle de reconstruction lors des réunions FMI d’octobre 2025, mais sans percée sur le plan bancaire, c’est du vent.



