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La visite de Mohammed ben Salman à la Maison Blanche : un renouveau stratégique aux implications pour Beyrouth

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La scène s’est déroulée sous un ciel clair de novembre, à Washington, où le président Donald Trump a réservé un accueil fastueux au prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. Arrivé le 18 novembre 2025, le dirigeant saoudien a été reçu avec les honneurs réservés aux alliés les plus proches : une salve de 21 coups de canon, un tapis rouge déroulé sur la pelouse sud de la Maison Blanche, un défilé de chevaux noirs de la garde d’honneur, et un survol impressionnant d’avions de combat F-35 et F-15. Les images, diffusées en direct par les chaînes américaines et saoudiennes, ont capturé ce moment de mise en scène diplomatique, marquant le premier voyage de Mohammed ben Salman à la Maison Blanche depuis plus de sept ans.

Dans son discours public, Donald Trump n’a pas ménagé les éloges personnels, qualifiant le prince héritier de « futur roi » et d’« homme extrêmement respecté par tous ». Il a insisté sur les investissements saoudiens massifs attendus aux États-Unis, évoquant une relation qui transcende les simples habitudes diplomatiques pour devenir un « pari central » sur l’avenir du Moyen-Orient. Trump a salué les « transformations incroyables » opérées en Arabie saoudite sous l’égide de Vision 2030, le plan de diversification économique lancé par Mohammed ben Salman, qui vise à réduire la dépendance au pétrole en investissant dans les technologies, les mines et les infrastructures. Du côté saoudien, les déclarations ont fait écho à cette chaleur, avec des références répétées à une « sharakah bila houdoud », une coopération sans limites, reformulant ainsi une alliance stratégique qui avait connu des tensions sous l’administration précédente.

Les journaux américains et saoudiens ont largement relayé cette séquence, soulignant comment elle efface les ombres du passé, notamment les controverses autour de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. À Washington, tout semble calculé pour affirmer que cette relation n’est plus seulement une vieille habitude, mais un partenariat revitalisé, ancré dans les priorités de l’ère Trump : sécurité énergétique, emplois et influence régionale.

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Les enjeux d’une alliance renforcée

Au-delà de la pompe cérémonielle, les discussions entre Donald Trump et Mohammed ben Salman ont porté sur des dossiers concrets, avec des accords signés qui redéfinissent les contours de la coopération bilatérale. Parmi les points centraux figure un accord de défense élargi, baptisé U.S.-Saudi Strategic Defense Agreement, qui élève l’Arabie saoudite au statut d’allié majeur non-OTAN, le 20e pays à bénéficier de ce privilège. Cela ouvre la voie à des ventes prioritaires d’armements américains, incluant l’approbation pour l’acquisition de chasseurs furtifs F-35, une première pour Riyad, et près de 300 chars américains. Les sources officielles ont précisé que ces transactions visent à renforcer la capacité défensive saoudienne face aux menaces régionales, tout en générant des emplois aux États-Unis.

Sur le plan nucléaire civil, les deux parties ont signé une déclaration conjointe sur la coopération en matière d’énergie nucléaire, positionnant les entreprises américaines comme partenaires privilégiés pour le programme saoudien. Riyad, qui ambitionne de construire plusieurs réacteurs pour diversifier ses sources d’énergie, a insisté sur des garanties de non-prolifération, bien que des négociations persistent sur l’enrichissement d’uranium. Les chiffres évoqués donnent la mesure des enjeux : le secteur minier saoudien, riche en minéraux critiques comme le lithium et les terres rares, est évalué à plus de 1 300 milliards de dollars, et les accords ouvrent ces domaines aux investissements américains.

Les investissements bilatéraux constituent un autre pilier de ces pourparlers. L’Arabie saoudite s’est engagée à porter ses investissements aux États-Unis de 600 milliards de dollars – un montant sécurisé lors de la visite de Trump à Riyad en mai 2025 – à près de 1 000 milliards de dollars sur les années à venir. Ces fonds cibleront les secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies avancées et des infrastructures, avec un mémorandum d’entente spécifique sur l’IA pour protéger la propriété intellectuelle américaine tout en permettant à Riyad d’accéder à des systèmes de pointe. Les gains mutuels sont mis en avant : pour les États-Unis, cela signifie des milliers d’emplois et une sécurisation des chaînes d’approvisionnement ; pour l’Arabie saoudite, une accélération de sa modernisation économique et une réduction de sa dépendance vis-à-vis de la Chine.

Un forum d’investissement américano-saoudien, tenu en marge de la visite, a concrétisé ces engagements, avec des annonces sur la coopération en matière de minéraux critiques et de sécurité énergétique. Donald Trump a qualifié ces accords d’« historiques », soulignant qu’ils servent « les intérêts suprêmes de la paix ». Mohammed ben Salman, de son côté, a évoqué une « alliance plus forte et plus capable », capable de contrer les influences adverses, notamment iraniennes, dans la région.

Beyrouth à l’écoute des échos washingtoniens

À Beyrouth, cette séquence diplomatique est scrutée avec un mélange d’espoir et de prudence. Les milieux économiques libanais voient dans ce rapprochement entre Washington et Riyad un miroir potentiel pour leurs propres relations avec l’Arabie saoudite, qui avaient connu un gel notable ces dernières années. La récente visite d’une délégation saoudienne à Beyrouth, en octobre 2025, dans le cadre de l’initiative Beirut 1, est souvent citée comme un signe encourageant. Cette mission, axée sur la reprise des échanges commerciaux, a permis de lever partiellement les restrictions sur les exportations libanaises vers le royaume, imposées en 2021 en raison du trafic de captagon, une drogue synthétique produite en Syrie et transitant par le Liban.

Des analystes libanais, dans les colonnes des journaux économiques, estiment que l’axe Washington-Riyad pourrait rouvrir les vannes des aides et investissements saoudiens, à condition que Beyrouth avance sur les réformes exigées par le Fonds monétaire international et les partenaires arabes. Le Liban, en proie à une crise économique persistante avec une dette publique dépassant 100 milliards de dollars et une inflation qui a frôlé les 200 % en 2023 avant de se stabiliser autour de 70 % en 2025, compte sur ces flux pour relancer des secteurs comme l’agriculture et les services. Des chambres de commerce libanaises ont rapporté des discussions informelles sur des projets d’investissement saoudiens dans les infrastructures portuaires et énergétiques, potentiellement chiffrés à plusieurs centaines de millions de dollars.

Cependant, des voix plus sceptiques soulignent que le Liban risque d’être relégué à un rôle marginal dans cette grande équation géopolitique. Les dossiers prioritaires à Washington et Riyad – Gaza, Israël, l’Iran – placent Beyrouth en position de « théâtre d’application » plutôt que d’acteur principal. Les tensions au sud du Liban, avec des échanges sporadiques entre le Hezbollah et Israël malgré le cessez-le-feu de novembre 2024, renforcent cette perception. Certains éditorialistes libanais notent que, dans les communiqués officiels saoudiens, le Liban n’apparaît que comme un paramètre secondaire, lié à la stabilité régionale plutôt qu’à un agenda bilatéral dédié.

Les signaux saoudiens et leurs répercussions locales

Les messages implicites de cette visite ne passent pas inaperçus parmi les acteurs politiques libanais. Les conditions posées par Riyad et Washington pour un engagement accru sont claires : un contrôle renforcé des frontières pour endiguer le trafic de captagon, une lutte effective contre la corruption, et surtout, le monopole de la force publique par l’État libanais, impliquant un désarmement progressif des milices comme le Hezbollah. Le porte-parole du département d’État américain a rappelé, en marge de la visite, que toute aide régionale dépendrait de « progrès tangibles en matière de gouvernance et de sécurité ».

Pour une partie de la classe politique libanaise, notamment les factions sunnites et chrétiennes traditionnellement alignées sur Riyad, ce rapprochement est perçu comme une opportunité de récompense en cas de « bon comportement ». Des déclarations du ministre libanais des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, ont salué l’initiative saoudienne à Beyrouth, indiquant une volonté de coopérer sur les réformes économiques, y compris la soumission d’un budget actualisé au Parlement en juillet 2025. Des sources gouvernementales libanaises ont confirmé des discussions sur une aide saoudienne pour stabiliser la livre libanaise, potentiellement via des dépôts à la Banque centrale, évalués à 1 milliard de dollars.

À l’inverse, les craintes d’une marginalisation persistent si le Liban apparaît trop aligné sur l’axe iranien. Le Hezbollah, qui contrôle plusieurs portefeuilles ministériels dans le gouvernement de Nawaf Salam formé en février 2025, a réagi avec mesure, mais des analystes notent que les accords de défense américano-saoudiens pourraient accentuer les pressions sur Téhéran et ses alliés régionaux. Le ministre libanais de la Défense, Maurice Sleem, a évoqué la nécessité de renforcer l’armée nationale pour sécuriser les frontières sud, en ligne avec les résolutions de l’ONU comme la 1701, qui appelle au déploiement exclusif des forces armées libanaises dans cette zone.

La suite de ces développements dépendra des décisions prises à Washington et Riyad, mais aussi à Beyrouth, où les réformes structurelles – audit des comptes publics, restructuration bancaire – restent inachevées malgré les engagements pris en 2025. La gestion de la sécurité au sud du Liban, avec des patrouilles renforcées de la FINUL et des efforts pour prévenir les infiltrations, constitue un test immédiat. Des rapports récents de l’ONU indiquent une diminution des incidents frontaliers depuis le cessez-le-feu, mais la vigilance reste de mise face aux risques d’escalade. Les acteurs libanais, conscients de ces enjeux, multiplient les contacts diplomatiques pour s’insérer dans cette dynamique régionale revitalisée.

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Newsdesk Libnanews
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