Dans une interview diffusée le 20 février 2026 par le commentateur conservateur Tucker Carlson, Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël, a tenu des propos qui ont suscité une vive controverse au sein de la communauté internationale. Interrogé sur l’interprétation d’un verset biblique évoquant une promesse divine de terres s’étendant du Nil à l’Euphrate, Huckabee a déclaré qu’il serait « acceptable » pour Israël de revendiquer l’ensemble de ce territoire, une zone couvrant une grande partie du Moyen-Orient actuel, incluant des pays comme la Jordanie, la Syrie, le Liban, ainsi que des portions de l’Arabie saoudite et de l’Irak. Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions exacerbées au Proche-Orient, marqué par les négociations sur l’avenir de Gaza et les menaces d’une confrontation avec l’Iran.
L’interview, menée à l’aéroport Ben Gourion en Israël, a révélé des divergences profondes au sein de la droite américaine sur la question israélienne. Nommé par le président Donald Trump en novembre 2024 et confirmé par le Sénat en avril 2025, Huckabee, ancien gouverneur de l’Arkansas et figure évangélique, s’est présenté comme un défenseur ardent d’Israël. Carlson, connu pour ses critiques croissantes envers la politique étrangère américaine, l’a confronté sur les implications d’une telle vision biblique, soulignant que cela impliquerait la souveraineté israélienne sur des États souverains.
Une interview tendue avec Tucker Carlson
L’échange a débuté par une discussion sur les fondements historiques et religieux du droit d’Israël à exister. Huckabee a insisté sur le fait que la légitimité d’Israël repose non seulement sur le droit international, mais aussi sur une promesse divine énoncée dans la Genèse 15:18, où Dieu assure à Abram – futur Abraham – et à ses descendants un territoire allant « du fleuve d’Égypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate ». Carlson a alors poussé l’ambassadeur à clarifier les implications contemporaines de ce texte, notant que cette description englobe « pratiquement tout le Moyen-Orient ».
Huckabee a répondu avec prudence initiale, affirmant que « ce ne serait pas nécessairement aussi étendu », avant d’ajouter, sous la pression de Carlson : « Il serait acceptable s’ils prenaient tout. » Il a rapidement tempéré ses propos, les qualifiant de « quelque peu hyperboliques », et a précisé qu’Israël n’aspirait pas à une telle expansion. « Ils ne veulent pas le prendre. Ils ne demandent pas à le prendre », a-t-il insisté, en soulignant que l’État hébreu se concentrait sur sa défense face aux menaces existentielles, comme celles posées par le Hamas à Gaza ou le Hezbollah au Liban.
L’interview a également abordé d’autres sujets sensibles, tels que la rencontre de Huckabee avec Jonathan Pollard, un ancien analyste de la marine américaine condamné pour espionnage au profit d’Israël en 1987 et gracié par Trump en 2020. Carlson a accusé l’ambassadeur de prioriser les intérêts israéliens sur ceux des États-Unis, citant des exemples de tensions diplomatiques, comme les critiques israéliennes envers des figures américaines perçues comme insuffisamment pro-israéliennes. Huckabee a défendu sa position en rappelant que l’alliance entre Washington et Jérusalem était essentielle pour la stabilité régionale, particulièrement face à la perspective d’une guerre avec l’Iran.
Ces échanges ont mis en lumière les fractures au sein de la coalition républicaine, où Huckabee incarne une ligne traditionaliste évangélique, tandis que Carlson représente une frange isolationniste de plus en plus critique envers l’engagement américain au Moyen-Orient. L’ambassadeur a réitéré que les États-Unis devaient soutenir Israël sans réserve, arguant que la sécurité de l’État hébreu était intrinsèquement liée à celle de l’Occident. Il a évoqué les événements récents, comme les frappes israéliennes sur des positions iraniennes en Syrie le 15 février 2026, qui ont fait 12 morts parmi les miliciens pro-Téhéran, selon des rapports officiels syriens.
Le recours à la Bible pour justifier les revendications territoriales
Huckabee a ancré ses arguments dans une lecture littérale de l’Ancien Testament, affirmant que la terre promise n’était pas seulement un concept spirituel, mais un « peuple, un lieu et un but ». Il a décrit Israël comme un État-nation fondé sur une alliance divine datant de milliers d’années, antérieure aux revendications arabes ou palestiniennes. Cette interprétation, courante dans les cercles évangéliques américains, pose la Bible comme un « acte de propriété originel » pour le peuple juif.
Carlson a contesté cette vision, demandant si elle impliquait un droit divin supérieur aux frontières actuelles reconnues par l’ONU. Huckabee a maintenu que, bien qu’Israël ne cherche pas l’expansion, une telle revendication biblique restait valide en principe. Il a rappelé que des figures politiques israéliennes, comme le ministre des Finances Bezalel Smotrich, avaient déjà affiché des cartes incluant des territoires jordaniens et syriens comme partie d’un « Grand Israël », lors d’événements en 2023. Ces propos ont ravivé les débats sur l’annexion potentielle de la Cisjordanie, que Trump a publiquement rejetée en 2025, tout en maintenant un soutien militaire ferme à Israël.
L’ambassadeur a également défendu les actions israéliennes à Gaza, où les opérations militaires ont conduit à plus de 45 000 morts palestiniens depuis octobre 2023, selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza. Il a insisté sur le fait que le Hamas n’avait « aucun avenir » dans l’administration du territoire, et a mentionné des discussions avec des États arabes du Golfe pour une structure intérimaire post-conflit, potentiellement supervisée par les États-Unis. Ces négociations, révélées en septembre 2025, impliquent des pays comme les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, qui conditionnent leur participation à des avancées vers une solution à deux États.
Les réactions indignées dans le monde arabe
Les déclarations de Huckabee ont suscité une vague de condamnations immédiates de la part des pays arabes et musulmans, qui y voient une menace directe à leur souveraineté. Le ministère jordanien des Affaires étrangères a qualifié les propos d’« absurdes et provocateurs », affirmant qu’ils constituent une « violation des normes diplomatiques, une atteinte à la souveraineté des États de la région et une infraction flagrante au droit international et à la Charte des Nations unies ». Le porte-parole Fouad Majali a souligné que ces remarques contredisent la position officielle de Trump, qui rejette l’annexion de la Cisjordanie occupée. Amman, qui administre les lieux saints musulmans à Jérusalem via le Waqf, a rappelé que la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et Gaza sont des territoires palestiniens occupés selon le droit international.
La Ligue arabe a réagi avec une fermeté similaire, son secrétaire général Ahmed Aboul Gheit décrivant les commentaires comme « extrêmement radicaux » et « contraires à tous les principes diplomatiques ». Il a averti que de telles déclarations risquaient d’« enflammer les émotions religieuses et nationales » au moment où des négociations sensibles sur la paix régionale sont en cours. Le ministère palestinien des Affaires étrangères a condamné les affirmations de Huckabee comme contredisant les faits religieux, historiques et le droit international, accusant l’ambassadeur de promouvoir une idéologie extrémiste qui ignore les résolutions de l’ONU, comme la 242 de 1967 appelant au retrait israélien des territoires occupés.
D’autres pays ont exprimé leur préoccupation. L’Égypte, dont le territoire du Sinaï pourrait être impliqué dans une interprétation extensive du « fleuve d’Égypte », a vu des analystes officiels qualifier les propos de « dangereux pour la stabilité régionale ». Le Caire, médiateur clé dans les pourparlers sur Gaza, a réitéré son opposition à toute expansion israélienne. La Syrie, déjà affaiblie par des frappes israéliennes récentes, a dénoncé via son ministère des Affaires étrangères une « agression verbale » qui justifie les violations continues de sa souveraineté aérienne. Même l’Arabie saoudite, engagée dans une normalisation potentielle avec Israël sous les auspices américains, a émis une note diplomatique discrète, selon des sources proches du dossier, soulignant que de telles déclarations compliquent les efforts de paix.
Ces réactions s’inscrivent dans un climat de défiance accrue, exacerbé par les sanctions imposées en juin 2025 par des alliés américains comme le Royaume-Uni et l’Australie contre deux ministres israéliens extrémistes, Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, pour incitation à la violence contre les Palestiniens en Cisjordanie. Huckabee avait alors qualifié ces mesures de « choquantes », arguant qu’elles interféraient dans les affaires internes d’Israël.
Le sionisme chrétien : une idéologie influente aux États-Unis
Les positions de Huckabee s’enracinent dans le sionisme chrétien, un mouvement théologique et politique qui interprète la Bible comme soutenant le retour des Juifs en Terre sainte comme un prélude à la seconde venue du Christ. Né au XIXe siècle en Grande-Bretagne avec des figures comme Lord Shaftesbury, il s’est développé aux États-Unis au XXe siècle, influencé par des prédicateurs comme John Nelson Darby et son dispensationalisme, qui divise l’histoire biblique en ères distinctes où Israël joue un rôle central dans les prophéties apocalyptiques.
Aux États-Unis, ce courant est particulièrement fort parmi les évangéliques, qui représentent environ 25 % de l’électorat et ont été un pilier de la base trumpiste. Des organisations comme Christians United for Israel (CUFI), fondée par le pasteur John Hagee, mobilisent des millions de fidèles pour soutenir Israël politiquement et financièrement. Huckabee, qui se décrit comme un « sioniste non repentant et non réformé », incarne cette alliance : lors de sa campagne présidentielle en 2008, il avait nié l’existence d’un peuple palestinien distinct, affirmant que les Palestiniens pouvaient trouver de la terre ailleurs dans les pays musulmans, qui possèdent « 644 fois plus de territoire que celui contrôlé par Israël ».
Cette idéologie influence la politique étrangère américaine depuis des décennies. Sous Reagan, elle a soutenu l’alliance avec Israël contre le communisme ; sous George W. Bush, elle a justifié l’invasion de l’Irak comme une bataille contre les forces du mal prophétisées. Trump l’a amplifiée avec des mesures comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale en 2017 et des Hauteurs du Golan comme israéliennes en 2019. Huckabee, en tant qu’ambassadeur, prolonge cette ligne, mais ses propos récents révèlent des tensions internes : Carlson, autrefois chez Fox News comme Huckabee, critique désormais ce qu’il voit comme une soumission américaine aux intérêts israéliens, accusant Netanyahu d’influencer indûment Washington.
Les évangéliques voient dans les événements actuels – comme la guerre à Gaza ou les tensions avec l’Iran – des signes des temps de la fin, décrits dans l’Apocalypse et Ézéchiel, où une coalition contre Israël précède l’Armageddon. Huckabee a qualifié le conflit à Gaza de « guerre verticale : le paradis contre l’enfer », lors d’une interview avec CBN en 2025, soulignant que le soutien à Israël est un impératif moral pour les chrétiens.
Les implications pour la politique américaine au Moyen-Orient
Ces déclarations interviennent alors que les États-Unis cherchent à contenir l’escalade avec l’Iran. Des sources diplomatiques indiquent que Washington a discuté avec des États du Golfe d’une administration intérimaire pour Gaza post-Hamas, impliquant une supervision américaine temporaire. Huckabee a confirmé ces pourparlers en septembre 2025, précisant qu’aucun accord n’était finalisé, mais que les pays arabes pourraient jouer un rôle clé, à condition qu’Israël accepte une solution à deux États – une perspective lointaine sous Netanyahu.
Les tensions avec l’Iran s’intensifient : des préparatifs iraniens pour une contre-proposition à des attaques limitées américaines ont été rapportés le 21 février 2026, suite à des frappes sur des sites nucléaires suspects. Huckabee a accusé Téhéran de déstabiliser la région via ses proxies, comme les Houthis au Yémen, qui ont attaqué des navires en mer Rouge le 18 février, perturbant le commerce mondial. Les États-Unis ont répondu par des bombardements sur des positions houthies, tuant 17 miliciens selon le Pentagone.
Dans ce contexte, les propos de Huckabee compliquent la diplomatie américaine. Trump, réélu en 2024, a promis une « paix par la force », mais ses alliés arabes, comme la Jordanie gardienne des lieux saints, exigent des garanties contre l’expansionnisme israélien. Le royaume hachémite, qui a signé la paix avec Israël en 1994, a rappelé son ambassadeur à Jérusalem en novembre 2023 en protestation contre les opérations à Gaza, et a renforcé ses troupes à la frontière cisjordanienne en janvier 2026 face à l’augmentation des violences des colons, qui ont causé 500 morts palestiniens en 2025 selon l’ONU.
Les tensions régionales actuelles
Les événements récents soulignent la fragilité de la région. Le 19 février 2026, l’ambassade américaine à Jérusalem a émis une alerte de sécurité en raison de manifestations contre les déclarations de Huckabee, qui ont rassemblé des milliers de personnes à Amman et Ramallah. En Syrie, des milices pro-iraniennes ont lancé des roquettes sur des positions israéliennes au Golan le 20 février, en représailles aux frappes du 15, blessant deux soldats israéliens. Israël a riposté par des bombardements sur Damas, détruisant un dépôt d’armes selon l’armée.
À Gaza, 37 organisations humanitaires risquent de cesser leurs opérations d’ici fin février en raison de nouvelles régulations israéliennes sur les données, imposées pour des motifs de sécurité. Cela aggrave la crise humanitaire, avec 2,3 millions de Palestiniens dépendant de l’aide, et des taux de malnutrition atteignant 30 % chez les enfants, d’après l’OMS. Huckabee a défendu ces mesures comme nécessaires pour empêcher le détournement d’aide vers le Hamas, tout en appelant à une augmentation des livraisons via le point de passage de Kerem Shalom, où 200 camions entrent quotidiennement depuis janvier 2026.
En Cisjordanie, les sanctions internationales contre Ben-Gvir et Smotrich n’ont pas freiné les implantations : 10 000 nouvelles unités ont été approuvées en 2025, la plus haute depuis 2017. Huckabee a critiqué ces sanctions comme une ingérence, affirmant que les ministres israéliens agissaient dans le cadre de la loi nationale. Ces développements alimentent les craintes d’une intifada généralisée, avec 150 incidents violents rapportés en février 2026 par l’armée israélienne.
L’Iran, quant à lui, a accéléré son programme nucléaire, atteignant un enrichissement à 84 % en février 2026 selon l’AIEA, proche du seuil militaire. Téhéran prépare une contre-proposition à des attaques américaines limitées, impliquant potentiellement des concessions sur ses proxies régionaux. Les États-Unis ont renforcé leur présence militaire, avec le déploiement de deux porte-avions en Méditerranée orientale le 10 février. Huckabee a averti que toute agression iranienne contre Israël déclencherait une réponse américaine décisive, citant l’alliance comme un rempart contre l’expansionnisme chiite.
Ces dynamiques illustrent les défis immédiats pour la stabilité, avec des négociations sur un cessez-le-feu à Gaza bloquées sur la question des otages – 120 toujours détenus par le Hamas au 21 février – et des appels de l’ONU à une reprise des pourparlers sur deux États, ignorés par le gouvernement Netanyahu.



