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L’armée libanaise annule le défilé militaire à la veille de la 82e fête de l’indépendance

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Le commandement de l’armée libanaise a officialisé hier soir l’annulation du traditionnel défilé militaire prévu pour demain, samedi 22 novembre, marquant le 82e anniversaire de l’indépendance du Liban. Cette décision, communiquée par la Direction de l’orientation de l’armée dans un communiqué laconique, invoque les « circonstances actuelles que traverse le pays ». Les célébrations se limiteront à une cérémonie protocolaire restreinte, avec dépôt de gerbes au monument des Martyrs sur la place des Martyrs et au siège du ministère de la Défense à Yarzé, en présence d’une délégation officielle limitée.

Cette annulation, qui constitue la sixième consécutive depuis 2019, intervient dans un contexte où le Liban commémore l’indépendance proclamée le 22 novembre 1943 face au mandat français. Elle reflète les défis persistants d’un pays confronté à une crise économique prolongée et à des tensions sécuritaires au sud, un an après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël le 27 novembre 2024.

Une annonce prévisible face aux contraintes budgétaires et opérationnelles

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Le communiqué de l’armée, diffusé via ses canaux officiels, reste sobre : « En raison des circonstances actuelles, le commandement de l’armée a décidé de limiter les célébrations au volet protocolaire essentiel. » Cette formulation, récurrente ces dernières années, dissimule à peine les réalités financières et sécuritaires qui rendent impossible l’organisation d’un événement d’envergure impliquant des milliers de soldats, des véhicules blindés et des survols aériens. Depuis plusieurs semaines, l’absence de préparatifs visibles dans les rues de Beyrouth – aucune répétition sur la corniche, pas de fermeture prolongée du centre-ville, ni de survols d’hélicoptères – avait déjà laissé présager cette issue pour les habitants de la capitale.

Les observateurs notent que cette mesure n’est pas inattendue, compte tenu du déploiement massif des forces armées au sud du Litani. L’armée libanaise, renforcée par des unités spécialisées, maintient une présence accrue dans cette zone pour veiller au respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 et renforcée suite au conflit de 2024. Des patrouilles conjointes avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) absorbent une part significative des ressources humaines et logistiques, rendant inopportun le redéploiement temporaire de troupes pour un défilé symbolique.

Le cessez-le-feu de 2024 : une stabilité précaire au sud

Le contexte régional demeure marqué par les séquelles du conflit d’octobre-novembre 2024, qui a entraîné plus de 4 500 décès civils et militaires, ainsi que le déplacement temporaire de 1,2 million de personnes, selon les estimations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Au sud du Liban, environ 120 000 habitants n’ont pas encore regagné leurs domiciles, en raison des destructions étendues et des opérations de déminage qui avancent lentement sous la supervision de la FINUL et des équipes libanaises.

Malgré le cessez-le-feu, des incidents isolés persistent : tirs de roquettes sporadiques vers le Golan occupé, survols de drones israéliens au-dessus de la ligne bleue, ou échanges de tirs le long de la frontière. Le rapport intérimaire du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, présenté au Conseil de sécurité le 15 novembre 2025, recense 47 violations documentées depuis le début de l’année, dont 12 pour le seul mois d’octobre. « La stabilité reste précaire, et toute escalade pourrait compromettre les avancées diplomatiques », a déclaré la coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, lors d’une session à huis clos du Conseil de sécurité la semaine dernière.

Dans ce cadre, l’armée libanaise priorise ses missions opérationnelles. Des unités d’élite, entraînées avec l’assistance de partenaires internationaux tels que la France et le Royaume-Uni, sont mobilisées en permanence pour sécuriser la zone tampon. Le commandement, dirigé par le général Rodolphe Haykal depuis sa nomination le 13 mars 2025, a récemment renforcé les checkpoints le long du Litani, avec le soutien de 15 000 casques bleus de la FINUL provenant de 48 pays contributeurs. Organiser un défilé aurait nécessité le retrait temporaire de ces forces, une option écartée pour éviter tout vide sécuritaire.

Les accusations réciproques entre Beyrouth et Tel-Aviv compliquent davantage la situation. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a récemment accusé Israël de refuser de négocier sur les différends frontaliers, soulignant que le cessez-le-feu de 2024 prévoyait un retrait israélien du sud Liban en janvier 2025, qui n’a été que partiellement exécuté. De son côté, Israël pointe du doigt les efforts présumés de réarmement du Hezbollah, justifiant des frappes ciblées en territoire libanais.

La crise économique : un frein insurmontable aux dépenses protocolaires

La crise économique, entrée dans sa septième année en 2025, représente un facteur décisif dans cette annulation. Selon les données actualisées de la Banque du Liban publiées le 10 novembre 2025, l’inflation annuelle a légèrement augmenté à 15,1 % en septembre, marquant le niveau le plus élevé depuis février, après 14,2 % le mois précédent. Cumulée depuis 2019, cette inflation dépasse largement les niveaux antérieurs, avec une dévaluation de la livre libanaise de plus de 98 % entre janvier 2023 et mars 2024, et un taux annuel de 221,3 % en 2023 seul.

Les salaires des militaires, autrefois protégés par des mécanismes d’indexation, ont perdu plus de 90 % de leur valeur réelle, entraînant une vague de démissions et une baisse du moral au sein des troupes. Le ministère des Finances, dirigé par Yassine Jaber depuis la formation du gouvernement Salam en février 2025, a imposé un gel strict sur les dépenses non essentielles. Lors d’une réunion du Conseil des ministres le 5 novembre 2025, le ministre a présenté un rapport indiquant un déficit du Trésor public de 15 milliards de dollars pour l’exercice en cours, sans adoption définitive du budget 2025 par le Parlement.

Le coût estimé d’un défilé militaire – carburant pour les véhicules blindés, maintenance des équipements, primes pour les participants – s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars, une somme incompatible avec les priorités actuelles. Des aides internationales conditionnelles, telles que les 120 millions de dollars alloués par les États-Unis en octobre 2025 pour le paiement des soldes et l’acquisition d’équipements non létaux, ont permis une stabilisation temporaire, mais ces fonds sont réservés aux opérations de terrain, non aux événements protocolaires.

Le Fonds monétaire international, dans son rapport du 18 novembre 2025, a salué les efforts de restructuration bancaire du gouvernement, mais a conditionné tout prêt supplémentaire à une réduction des dépenses publiques de 20 % d’ici fin 2026. Dans ce contexte, le Premier ministre Nawaf Salam, nommé le 13 janvier 2025 et ayant formé son cabinet le 8 février, a réaffirmé lors d’une allocution récente l’importance de concentrer les ressources sur la reconstruction et la sécurité, plutôt que sur des manifestations symboliques.

Un programme cérémoniel minimal pour honorer l’indépendance

Les commémorations du 22 novembre débuteront à 8 h 30 au ministère de la Défense à Yarzé. Le Premier ministre Nawaf Salam, accompagné du président du Parlement Nabih Berri et du commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, procédera au dépôt d’une gerbe en hommage aux martyrs de l’armée. Une minute de silence sera observée, suivie d’une prière interconfessionnelle prononcée par des représentants des principales communautés religieuses du pays. Aucun discours public n’est prévu ; un message écrit du chef du gouvernement sera diffusé en soirée sur les chaînes d’État.

À travers le territoire, les casernes organiseront des cérémonies internes : montée des couleurs, prises d’armes et lectures de l’hymne national, sans ouverture au public. Dans les villes comme Tripoli, Saïda, Zahlé ou Baalbeck, les autorités locales prévoient des illuminations modestes des bâtiments publics et des distributions de drapeaux aux écoliers, mais sans rassemblements massifs pour limiter les besoins en forces de sécurité. Le ministère de l’Intérieur, sous la direction d’Ahmed al-Hajjar, a émis une circulaire interdisant les feux d’artifice et les cortèges motorisés, citant des risques d’incidents.

Les réactions de la population : entre résignation et nostalgie

Dans les quartiers de Beyrouth comme Gemmayzé ou Hamra, l’annonce de l’annulation passe presque inaperçue au milieu des préoccupations quotidiennes. Un ancien militaire, interrogé dans un café local, exprime une résignation pragmatique : « Avec les salaires en retard et le carburant rationné, il vaut mieux économiser pour l’essentiel plutôt que pour un spectacle. » Une enseignante d’Achrafieh regrette cependant la perte symbolique : « Le défilé rappelait l’unité de l’armée, la seule institution encore respectée dans ce chaos. »

Sur les réseaux sociaux, les hashtags #Indépendance82 et #LibanRésilient circulent avec modération. Des vidéos d’archives des défilés des années 1990 et 2000, montrant des formations de blindés et d’infanterie, sont partagées, évoquant une époque de relative stabilité. Les autorités ont renforcé la surveillance en ligne pour prévenir toute incitation à des manifestations non autorisées, dans un pays où les tensions sociales demeurent vives.

Les initiatives civiles pour pallier l’absence d’événements officiels

En l’absence de célébrations d’envergure étatiques, des associations civiles prennent le relais. Des groupes d’anciens combattants prévoient des hommages spontanés dans les villages du sud, tels que Marjayoun, Bint Jbeil ou Aita al-Chaab, où des drapeaux libanais sont accrochés aux façades endommagées par le conflit de 2024. À Beyrouth, des organisations non gouvernementales projettent des images du cèdre national sur le Grand Sérail et organisent des concerts acoustiques dans les espaces verts publics, en respectant les restrictions sur les rassemblements.

Les médias d’État, supervisés par le ministère de l’Information dirigé par Paul Morcos, diffuseront un documentaire historique sur Télé Liban, retraçant les étapes de l’indépendance depuis 1943. Des montages d’images d’archives mettront en lumière le rôle de l’armée dans la préservation de la souveraineté, sans omettre les défis contemporains. La diaspora libanaise maintient ses traditions : des rassemblements sont prévus place de la République à Paris, rue Sainte-Catherine à Montréal, devant l’Opéra de Sydney, et sur l’avenue Paulista à São Paulo, avec des messages affirmant la résilience du Liban.

Les défis internes de l’armée libanaise

Au sein de l’institution militaire, forte de 80 000 hommes, l’annulation est accueillie avec une frustration contenue. Un officier, sous couvert d’anonymat, confie : « Nous aurions aimé démontrer notre préparation au peuple, mais les priorités sont ailleurs – salaires impayés, équipements vétustes, rotations épuisantes au sud. » L’armée reste l’institution la plus appréciée selon les sondages récents du Beirut Center for Research and Information, publiés le 12 novembre 2025, avec un taux de confiance de 72 %.

Les formations internationales se poursuivent : des instructeurs britanniques et français dispensent des modules sur le déminage et la surveillance frontalière, dans le cadre du mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Le ministère de la Défense, piloté par Michel Menassa, a récemment acquis 50 véhicules tout-terrain via un don qatari, renforçant la mobilité des unités au sud.

Les missions multiples et les ressources limitées

L’armée gère simultanément plusieurs fronts : maintien de l’ordre dans les camps de réfugiés palestiniens, où des heurts ont été signalés à Aïn el-Héloué le 17 novembre 2025 ; lutte contre les trafics dans la plaine de la Békaa, avec la saisie de 2 tonnes de captagon le 10 novembre ; et surveillance des frontières avec la Syrie, où les flux migratoires illégaux ont augmenté de 30 % depuis janvier, selon le rapport de l’Organisation internationale pour les migrations daté du 19 novembre 2025.

Ces opérations, coordonnées avec les Forces de sécurité intérieure, épuisent les budgets alloués. Le ministère des Finances a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 50 millions de dollars le 8 novembre pour couvrir les arriérés de salaires, mais les syndicats militaires réclament une indexation permanente sur le dollar. Dans les casernes, les rations alimentaires ont été réduites de 15 % depuis septembre, illustrant les mesures d’austérité imposées.

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