Le 24 mars 2025, la direction de l’orientation du commandement de l’armée libanaise a publié un communiqué détaillant une série d’opérations menées contre le trafic illégal et la contrebande le long des frontières nord et est du Liban. Ces interventions, menées par la direction du renseignement et des unités de l’armée, ont abouti à l’arrestation de plusieurs contrebandiers, à la saisie de marchandises et à la fermeture de passages illégaux, dans un contexte de tensions croissantes à la frontière syrienne.
Opérations dans la région d’El-Qaa
Dans le cadre de la lutte contre les infiltrations et la contrebande, une patrouille de la direction du renseignement, appuyée par une unité de l’armée, a intercepté un groupe de contrebandiers près d’un passage illégal dans la région de Macharih El-Qaa, dans la Bekaa. Cinq citoyens libanais et un Syrien ont été arrêtés, et plusieurs véhicules chargés de carburant et de denrées alimentaires destinés à la contrebande ont été saisis. Cette zone, proche de la frontière syrienne, est un point chaud pour le trafic illicite, notamment depuis l’effondrement du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024.
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Une autre patrouille a perquisitionné des domiciles de suspects dans la même région, arrêtant un individu identifié par ses initiales (J.H.), recherché pour avoir organisé des opérations de contrebande, ouvert des passages illégaux et rouvert des voies précédemment fermées par l’armée. Ces actions s’inscrivent dans une campagne plus large lancée en février 2025 par les autorités syriennes à Homs pour fermer les routes de contrebande, souvent utilisées par des réseaux liés au Hezbollah, selon un rapport de FDD’s Long War Journal.
Intervention à Kfar Zabad, dans la Bekaa
Simultanément, une patrouille de la direction du renseignement a déjoué une opération de contrebande dans la localité de Kfar Zabad, près de Zahlé, dans la Bekaa. Des pistolets de guerre et des marchandises de contrebande en provenance de Syrie ont été saisis. Cette région, située à 15 kilomètres de la frontière, est un corridor connu pour le trafic d’armes et de biens, exacerbé par l’absence de démarcation officielle sur les 330 kilomètres de frontière libano-syrienne.
Les saisies et les suspects ont été remis aux autorités judiciaires compétentes, et des enquêtes sont en cours pour identifier et arrêter les autres complices. En 2024, l’armée libanaise a saisi 1,5 million de pilules de Captagon et 2 000 armes légères à la frontière (Douanes libanaises), mais le trafic persiste, alimenté par des réseaux transfrontaliers.
Un contexte de tensions frontalières
Ces opérations interviennent dans un climat tendu. Le 15 mars 2025, des affrontements à la frontière près de Homs ont fait 10 morts – trois soldats syriens et sept Libanais – après que Damas a accusé le Hezbollah d’avoir tué ses militaires, une accusation démentie par le mouvement chiite (AFP). L’armée syrienne a riposté par des frappes aériennes, touchant des villages libanais comme Al-Qasr. Un cessez-le-feu a été négocié le 17 mars, mais des incidents sporadiques, comme des tirs près d’Hermel le 20 mars (deux blessés, ministère de la Santé), montrent la fragilité de la situation.
Le Hezbollah, qui a longtemps contrôlé des pans de la frontière pour acheminer armes et fonds iraniens, a vu son influence diminuer après avoir perdu 3 000 combattants face à Israël en 2024 (ONU). La Syrie, sous le nouveau gouvernement de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), cherche à sécuriser ses frontières, saisissant 1,2 million de pilules de Captagon près de Homs en 2024 (ministère syrien de l’Intérieur). Ces efforts conjoints avec l’armée libanaise – 2 000 soldats déployés à Ras Baalbek (Reuters) – visent à juguler un trafic qui a généré 5,7 milliards de dollars par an sous Assad (New Lines Institute, 2023).
Une frontière poreuse, un défi persistant
Le Liban, avec 82 % de sa population sous le seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2024) et une livre à 92 000 LBP pour 1 USD (Lira Rate), dépend des importations – 80 % de ses besoins (Banque mondiale). La contrebande, bien que illégale, alimente une économie parallèle : en 2023, 600 000 pilules de Captagon ont été saisies à la frontière (Douanes libanaises). Mais elle exacerbe aussi les tensions, notamment dans des zones comme Baalbek-Hermel, où des clans transfrontaliers (Jaafar, Zaaiter) opèrent.
Le 24 mars 2025, sous le gouvernement de Nawaf Salam, ces opérations montrent la détermination de l’armée à sécuriser la frontière. Mais avec un cessez-le-feu fragile au Sud-Liban – 1 100 violations israéliennes depuis novembre 2024 (FINUL) – et une économie exsangue, le défi reste colossal pour un Liban au bord du gouffre.



