Le général Rodolphe Haykal, commandant en chef de l’armée libanaise, s’est rendu en Arabie saoudite pour une série de discussions avec des responsables saoudiens, selon des informations rapportées par la chaîne Al-Jadeed. Ce déplacement intervient dans un contexte marqué par des efforts diplomatiques intenses pour consolider la stabilité au Liban, alors que les tensions avec Israël persistent malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024. Nommé à la tête de l’armée en mars 2025, le général Haykal, né en 1969 à Beyrouth et issu d’une longue carrière militaire, incarne une figure clé dans la mise en œuvre des engagements libanais post-conflit. Son agenda en Arabie saoudite, bien que non détaillé publiquement, porte vraisemblablement sur le renforcement du soutien militaire et financier au Liban, pays confronté à une crise économique profonde et à des défis sécuritaires permanents. Ce voyage fait suite à une visite aux États-Unis la semaine précédente, où le général a rencontré des hauts responsables militaires et politiques américains, soulignant l’importance des partenariats internationaux pour l’armée libanaise.
Une visite au royaume dans un contexte de soutien régional accru
L’arrivée du général Haykal à Riyad marque un moment significatif pour les relations libano-saoudiennes, souvent marquées par des fluctuations liées aux dynamiques régionales. L’Arabie saoudite, traditionnelle partenaire du Liban, a suspendu une aide de trois milliards de dollars en 2016 en raison de tensions diplomatiques, mais des signes de réchauffement se manifestent depuis la fin des hostilités avec Israël. Lors de ce déplacement, le commandant libanais pourrait plaider pour la réactivation de ce soutien financier, essentiel pour équiper l’armée libanaise face à ses missions de sécurisation du territoire. Le royaume wahhabite, conscient des enjeux géopolitiques, voit dans l’armée libanaise un rempart contre l’influence iranienne, incarnée par le Hezbollah. Des sources diplomatiques indiquent que les discussions pourraient aborder l’assistance technique et logistique, notamment pour la mise en œuvre du plan de désarmement des groupes armés non étatiques au sud du Litani. Ce voyage s’inscrit dans une série d’initiatives saoudiennes visant à stabiliser le Liban, incluant des invitations à des figures libanaises pour discuter de la reconstruction post-conflit. Le général Haykal, promu au rang de général en mars 2025 après une carrière incluant des postes dans la 11e brigade d’infanterie, représente une armée qui doit naviguer entre impératifs nationaux et pressions internationales.
Les entretiens aux États-Unis : un bilan contrasté
La semaine précédant son arrivée en Arabie saoudite, le général Haykal a effectué une visite officielle aux États-Unis, du 2 au 5 février 2026, sur invitation du chef d’état-major interarmées américain. Cette première visite à Washington depuis sa nomination a inclus des rencontres avec des conseillers de la Maison Blanche, des responsables des départements de la Défense et des Affaires étrangères, ainsi que des membres du Congrès et du Conseil de sécurité nationale. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération militaire, l’amélioration des capacités de l’armée libanaise et les développements sécuritaires régionaux. Le général a réaffirmé l’engagement du Liban à établir un monopole étatique sur les armes, y compris celles du Hezbollah, tout en soulignant les défis internes complexes. Cependant, la visite a été marquée par des tensions, notamment lors d’une rencontre abrégée avec le sénateur républicain Lindsey Graham, qui a interrogé le commandant sur la perception du Hezbollah comme organisation terroriste. Graham a exprimé des doutes sur la fiabilité de l’armée libanaise en tant que partenaire, soulignant les interrogations américaines sur l’efficacité du désarmement. Malgré ces frictions, des sources officielles libanaises ont qualifié les échanges de positifs, avec un accent sur le rôle central de l’armée dans la préservation de la souveraineté et de la paix civile. Le général Haykal a également visité le quartier général du Commandement central américain à Tampa, en Floride, pour discuter de la coordination avec le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu.
L’achèvement de la première phase du plan de désarmement au sud du Litani
L’armée libanaise a annoncé le mois dernier avoir achevé la première phase de son plan visant à désarmer le Hezbollah dans la zone comprise entre la frontière israélienne et le fleuve Litani. Cette étape, couvrant environ 30 kilomètres de profondeur, vise à établir un monopole étatique sur les armes dans cette région stratégique, conformément aux engagements internationaux. L’armée a déclaré avoir étendu son contrôle opérationnel de manière « effective et tangible », excluant toutefois les territoires encore occupés par les forces israéliennes. Des opérations ont permis la saisie d’armes, la destruction d’infrastructures militaires et le déminage partiel, bien que des travaux restent en cours pour éliminer les munitions non explosées et les tunnels. Ce progrès intervient dans un contexte où l’armée libanaise, forte de ses 80 000 hommes, doit composer avec des ressources limitées face à un Hezbollah affaibli mais résistant. Le plan global, baptisé « Bouclier de la patrie », comprend cinq phases et s’appuie sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exige le désarmement des milices au sud du Litani. Des sources militaires indiquent que plus de 80 % de la zone est désormais libre d’armes du Hezbollah, avec une coopération partielle de la FINUL pour la vérification. Cependant, des retards sont signalés en raison des violations israéliennes, qui compliquent le déploiement complet des forces libanaises.
Les modalités du cessez-le-feu de novembre 2024
Le cessez-le-feu conclu en novembre 2024, sous médiation américaine et française, visait à mettre fin à plus d’un an d’hostilités entre Israël et le Hezbollah, soutenu par l’Iran. Les termes de l’accord stipulent que le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du Litani et démanteler ses infrastructures militaires dans les zones évacuées, tandis que les forces israéliennes doivent se retirer du territoire libanais. Ce cadre s’appuie sur la résolution 1701 de l’ONU, adoptée en 2006, qui prévoit une zone démilitarisée au sud du Litani sous contrôle exclusif de l’armée libanaise et de la FINUL. L’accord inclut un mécanisme de surveillance dirigé par les États-Unis, impliquant la France, pour vérifier le respect des engagements. Depuis son entrée en vigueur le 27 novembre 2024, le cessez-le-feu a permis une relative accalmie, mais des violations persistantes ont été enregistrées. La FINUL, forte de plus de 10 000 casques bleus, a réduit son effectif de près de 2 000 hommes récemment et prévoit un retrait progressif d’ici mi-2027, laissant place à l’armée libanaise. Des déclarations officielles de l’ONU soulignent l’importance de ce mécanisme pour prévenir une reprise des hostilités, avec plus de 7 800 violations aériennes recensées depuis l’accord, majoritairement du côté israélien.
Le refus catégorique du Hezbollah face aux appels au désarmement
Malgré les engagements du cessez-le-feu, le Hezbollah rejette fermement toute idée de reddition de ses armes, qualifiant ces demandes de « plan israélo-américain ». Le secrétaire général Naim Qassem a déclaré que le désarmement équivaudrait à une capitulation face à Israël et aux États-Unis, affirmant que le groupe ne renoncera pas à ses armes tant que les agressions israéliennes persistent. Il a souligné que les propositions américaines visent à affaiblir la résistance libanaise, tout en refusant de légitimer l’occupation. Des déclarations du Hezbollah insistent sur le fait qu’il n’y a plus de présence armée au sud du Litani, mais le groupe argue que l’accord ne s’étend pas au nord du fleuve. Ce refus complique la seconde phase du plan de désarmement, qui concerne la zone entre le Litani et l’Awali, à environ 40 kilomètres au sud de Beyrouth. Des analystes notent que le Hezbollah, bien qu’affaibli par la guerre, conserve une influence politique significative au Liban, avec des ministres au gouvernement. Qassem a averti que toute tentative de confrontation armée mènerait à une crise majeure, potentiellement à une guerre civile. Cette position est renforcée par des alliances régionales, notamment avec l’Iran, qui continue de soutenir le groupe malgré les pressions internationales.
Les actions israéliennes persistantes et leurs implications
Israël maintient des troupes dans cinq positions frontalières stratégiques au Liban, qu’il considère essentielles pour sa sécurité, malgré les obligations de retrait prévues par le cessez-le-feu. Ces positions, situées sur des collines dominant des villages libanais, permettent un contrôle visuel et opérationnel sur la frontière. L’armée israélienne justifie cette présence par la nécessité de prévenir toute réarmement du Hezbollah, accusant le groupe de violations continues. Des frappes aériennes régulières ont été menées, avec plus de 50 raids en janvier 2026 seul, le plus haut niveau depuis l’accord, selon des organisations humanitaires. Ces actions ont causé des centaines de victimes civiles au Liban et entravé le retour des déplacés. Le ministère libanais des Affaires étrangères a déposé des plaintes auprès de l’ONU, documentant plus de 10 000 violations israéliennes depuis novembre 2024. Des sources israéliennes, comme l’armée de défense d’Israël (Tsahal), affirment que ces opérations ciblent des infrastructures terroristes et des tunnels, avec des explosions secondaires confirmant la présence d’armes. La FINUL a enregistré des milliers de survols aériens israéliens, compliquant ses patrouilles. Cette situation prolonge les tensions, avec des avertissements libanais sur les risques d’escalade si Israël ne se retire pas. Des médiateurs internationaux, dont les États-Unis et la France, pressent pour une pleine mise en œuvre de l’accord, tandis que l’armée libanaise coordonne avec la FINUL pour sécuriser la zone. Les implications immédiates incluent des retards dans la reconstruction et une instabilité accrue, affectant l’économie libanaise déjà fragile.
Les perspectives diplomatiques et les défis sécuritaires immédiats
Les visites successives du général Haykal aux États-Unis et en Arabie saoudite illustrent les efforts libanais pour mobiliser un soutien international face aux défis post-cessez-le-feu. En Arabie saoudite, les entretiens pourraient inclure des discussions sur une conférence de soutien à l’armée libanaise prévue en mars à Paris, où la France, les États-Unis et l’Arabie saoudite coordonnent pour renforcer les capacités militaires libanaises. Des déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, insistent sur la nécessité de doter l’armée des moyens pour désarmer le Hezbollah et remplacer progressivement la FINUL. Au Liban, le cabinet a approuvé le plan de l’armée en septembre 2025, malgré l’absence des ministres chiites, marquant une étape vers le confinement des armes sous contrôle étatique. Cependant, les violations israéliennes, incluant des pulvérisations chimiques sur des terres libanaises et des incursions, compliquent le processus. L’armée libanaise a démenti des allégations de rencontres secrètes avec des officiers israéliens aux États-Unis, affirmant son engagement pour la souveraineté. Des rapports de l’ONU indiquent que la FINUL suspend parfois ses patrouilles en raison de ces tensions. Les implications immédiates pour le Liban incluent une pression accrue sur son économie, avec une dette élevée et une inflation persistante, rendant impératif un soutien extérieur. L’armée, pivot de la stabilité, doit équilibrer ses opérations internes avec les exigences internationales, alors que le Hezbollah maintient sa rhétorique de résistance. Des découvertes récentes de tunnels du Hezbollah par l’armée, saluées par les États-Unis, démontrent les progrès, mais soulignent les risques d’escalade si les retraits israéliens ne s’accélèrent pas.

