Elu 13ème Président de la République Libanaise depuis l’indépendance du Liban, à l’issue d’un 46ème tour de scrutin, ce 31 octobre 2016, adulé par les uns, haïs par d’autres, le Général Michel Aoun reste une personne dont le parcours politique est sujet à de nombreuses controverses.


Un élève officier brillant

aoun1Né dans une famille chrétienne maronite en février 1935 selon la biographie officielle, d’autres sources font plutôt elles d’une naissance le 30 septembre 1933 à Haret Hreik, banlieue sud de Beyrouth, le Général Michel Aoun fut très tôt promis à une brillante carrière militaire. Il s’engage en effet à l’Académie militaire comme officier cadet en 1955 pour être promu sous lieutenant en 1958, puis lieutenant en 1961. Il sera reçu pour des stages de formations complémentaires à l’École d’application d’artillerie de Chalons-sur-Marne, en France (1958-1959), puis à Fort Sill, dans l’Oklahoma aux États-Unis (en 1966) et à l’École supérieure de guerre, en France (1978-1980) alors que le Liban s’enfonçait dans un conflit fratricide depuis avril 1975.

Une carrière militaire lancée alors que le Liban était en guerre civile

Revenu au Liban en 1980, il sera rapidement nommé chef d’une brigade de l’Armée Libanaise en charge de la surveillance de la fameuse ligne verte, ligne de démarcation entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest. Promu Général de Brigade en 1982, il sera à la tête de la 8ème brigade tout juste constituée, corps d’élite multiconfessionel de l’Armée Libanaise.

C’est à sa tête qu’il surprendra en 1983 l’état major de l’Armée Libanaise qui conseillait au Président de la République d’alors, Amine Gemayel de quitter le Palais Présidentiel de Baabda, lors de la guerre de la montagne, en défendant la localité stratégique de Souk el Gharb face à des forces supérieures en nombre constituées par le PSP et différentes milices musulmanes soutenues par l’Armée Syrienne.

Ce fait d’arme lui permettra d’obtenir le rang de Lieutenant Général et deviendra le commandant de l’Armée Libanaise en 1984.

Une nomination au poste de Premier Ministre au moment le plus critique de la guerre civile

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Le Général Michel Aoun sera nommé Premier Ministre le 22 septembre 1988, à 15 minutes de l’expiration du  mandat du Président de la République Amine Gemayel. Ce dernier mettra en avant le respect du Pacte National et l’absence de chef d’état maronite afin de permettre la nomination transitoire d’un maronite à la tête de l’Etat, la constitution libanaise stipulant que le chef du conseil est alors Président par Intérim de la République Libanaise.

Face au refus des personnalités politiques ou de juges de premier plan à la participation à un cabinet d’union national en vue de préparer des élections présidentielles, le Général Michel Aoun formera alors un cabinet militaire dont les membres de la communauté musulmane seront poussés à la démission par le régime syrien de Hafez el Assad. Le cabinet précédent du premier ministre Salim Hoss refusera également de se considérer démissionnaire, provoquant une cession des autorités publiques entre régions sous contrôle de l’Armée Libanaise du Général Michel Aoun, principalement constituées d’une partie du Metn, du Kesrouan et du caza de Byblos ainsi que de la partie Est de la capitale, régions dites libres ou contrôlées par « la Légitimité » pour reprendre les termes usités à l’époque et celles occupées par l’Armée Syrienne.

Face à l’Armée Syrienne, l’Armée Libanaise ne pourra remporter une victoire militaire mais dispose tout de même de 40% des effectifs de l’institution militaire et de l’essentiel des armes lourdes. Le Général Michel Aoun peut également compter sur l’appui de la milice des Forces Libanaises de Samir Geagea et des appuis politiques du « Parti national libéral » et de son chef Dany Chamoun, du « Parti des Druzes Libres » et son dirigeant Farid Hamadé.

Décidant d’élargir l’autorité de l’état notamment en contrôlant les ports de la région, le Général Michel Aoun décidera en février 1989 de la prise du Port de Beyrouth aux Forces Libanaises. Ces derniers, face à la perte d’une des principales sources de financement, décideront de s’opposer à l’Armée Libanaise. Ainsi débutera un conflit fratricide entre Samir Geagea et Michel Aoun.

Le Général Michel Aoun, en dépit d’une tentative d’assassinat le 14 février 1989, décide de poursuivre cette politique de mise sous tutelle des ports illégaux le long des côtes libanaises en créant en Mars 1989, un centre de contrôle du trafic maritime. Ces derniers, aux mains des milices pro-syriennes décideront de bombarder en représailles les zones sous contrôle de l’Armée Libanaise et notamment le Palais de Baabda, siège du gouvernement provisoire du Général Aoun.

La Guerre de Libération et le chemin de l’exil

Débutera alors un sanglant bras de fer entre le Général Michel Aoun qui déclarera le 14 Mars 1989, la Guerre de Libération contre l’occupation syrienne et les différentes milices libanaises d’alors, soutenues par Damas et dont il sera l’un des plus farouches opposants.

Réunis à Taëf en dépit de la décision de dissolution d’un Parlement élu en 1972 et dont le mandat n’a été de cesse renouvelé en raison des évènements, une partie des députés libanais adoptent un accord qui institutionnalise le confessionalisme jusque là non écrit du système libanais en limitant les prérogatives présidentielles et en acceptant la présence de l’Armée Syrienne sur le territoire du Pays des Cèdres. Le Général Aoun dénoncera cet accord dit de Taëf mais ne sera pas soutenu dans sa démarche par la communauté internationale, plus occupée à gérer le dossier du conflit irakien. Les Pays de la Coalition contre Saddam Hussein auraient ainsi fermé les yeux sur le rôle de la Syrie au Liban contre une participation de Damas contre l’Irak.

0101_aoun2Il trouvera cependant un soutien inconditionnel d’une grande partie de la population des zones qu’il contrôle avec une manifestation d’une ampleur inégalée durant tous les évènements de la guerre civile, le 24 octobre 1989.

Après l’élection le 5 novembre 1989 de René Moawad à la tête de l’Etat et son assassinat le 22 novembre, dit-on en raison de son refus au recours à la violence, sera élu Elias Hraoui qui désignera le Général Emile Lahoud comme, officiellement, commandant de l’Armée Libanais. Le Général Aoun, qui avait déjà rejeté les accords de Taëf refusera toute légitimité à ces derniers. Il devra alors faire face aux assauts simultanées des Forces Libanaises, des milices pro-syriennes, des troupes sous commandement du Général Emile Lahoud et des unités des troupes syriennes soutenues par leur aviation, le 13 octobre 1990. Négociant son retrait et cherchant à obtenir la vie sauve à ses hommes, il se réfugiera à l’ambassade de France d’où il annoncera sa reddition. La prise sous contrôle des zones dites libres sera toutefois marquée par des massacres de militaires pro-aounistes notamment à Dahr al-Wahsh ou une unité de 200 hommes de l’Armée Libanaise s’était illustrée face à l’Armée Syrienne qui avait perdu sur ce front 500 soldats les jours précédents. De nombreux militaires libanais seront ainsi froidement assassinés en dépit d’assurances obtenues par le Général Emile Lahoud à ce que ne soit pas menées d’actes de vengeances à l’encontre du personnel militaire.

Il sera exfiltré 10 mois plus tard par la DGSE, dit-on contre l’assurance de renoncer à toute activité politique.

Cependant, son action politique se prolongera avec la constitution d’un courant politique, le Courant Patriotique Libre dès 1992, qui n’aura de cesse de dénoncer le rôle et les ingérences syriennes au Liban et qui réclamera le retrait des troupes syriennes stationnées au Pays des Cèdres.

Débutera alors la mise du Liban, mise sous double coupe réglée et tutelle, politique et militaire pour la Syrie et économique pour l’Arabie Saoudite via leurs hommes de lige respectifs.

Un Retour Triomphal au Liban

En dépit d’une assurance de Rafic Hariri alors premier Ministre en janvier 1999 de ne pas être arrêté à son retour au Liban, Michel Aoun poursuivra son exil en France jusqu’en 2005.

Suite à l’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la résolution 1559 en septembre 2004, résolution exigeant le retrait des troupes syriennes hors du Liban et de l’assassinat, le 14 février 2005 de l’ancien premier Ministre Rafic Hariri, de larges manifestations ont alors lieu au Liban. Ainsi débute ce qu’on a, alors, appelé la Révolution des Cèdres. Damas sera accusé de cet assassinat. Les pressions exercées tant localement qu’au niveau international aboutira au retrait des troupes syriennes le 29 avril 2005, à la sortie de prison de Samir Geagea et au retour du Général Aoun au Liban qui avait alors déclaré n’avoir aucun doute sur l’implication de Damas dans cet acte terroriste.

Revenu au bout de 15 exil, le 7 mai 2005, un de ses premiers gestes sera de rencontrer son adversaire historique au sein de la communauté chrétienne, Samir Geagea. Les élections parlementaires de 2005 conduiront à ce que certains nommeront un véritable Tsunami politique. Les listes soutenues par son mouvement et comprenant notamment le parti arménien du Tashnaq obtiendront le vote de prêt de 70% de la communauté chrétienne et 21 députés. En dépit de cette représentativité, il sera mis à l’écart du gouvernement de Fouad Saniora et alors que son mouvement désormais appelé Bloc du Changement et de la Réforme sera le seul présent au sein de l’opposition, le Hezbollah et Amal y participant. Il placera son action politique contre la corruption représentée par ceux qui avant collaboraient avec l’occupant syrien avant de retourner opportunément leurs vestes.

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En février 2006, le CPL signera un accord d’entente avec le mouvement chiite Hezbollah, redistribuant ainsi les cartes de la scène politique, lui permettant de se relancer alors qu’il était précédemment isolé. Précédemment catalogué comme faisant parti du 14 Mars, puis considéré comme indépendant, certains experts catalogueront alors le CPL comme faisant partie de la coalition dite du 8 Mars ou figurent en bonne place les partis libanais pro syriens. Le Général Michel Aoun se fera alors accusé par ses adversaires politiques de retournement de veste. Il rétorquera à ceux-ci que le Mémorandum d’entente avec le Hezbollah vise, entre autre, à discuter avec le mouvement chiite de son désarment, de la protection du Liban vis-à-vis notamment des menaces israéliennes et de permettre l’établissement de discussions avec la Syrie en vue d’une normalisation des relations entre les 2 pays.

Candidat à la succession d’Emile Lahoud, le Général Michel Aoun sera contraint de voter en faveur du commandant de l’Armée Libanaise, le Général Michel Sleiman qui sera élu président de la République le 25 mai 2008 suite à la médiation du Qatar et en présence de son émir, le cheikh Hamad ben Khalifa. Cet état du Golfe prend alors contrepied l’influence de l’Arabie Saoudite et des accords de Taëf via les accords de Doha.

Une participation aux gouvernements, sous le sceau d’une crise politique

Participant à un premier gouvernement présidé par Fouad Saniora en 2008, le Courant Patriotique Libre obtiendra le 7 mai 2009, 19 sièges en son propre nom. Il obtiendra alors 5 ministres dont celui de vice-président du Conseil attribué au Général Abou Jamra, au sein du cabinet qui lui succèdera et qui sera présidé par le fil de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, Saad Hariri.

Marqué par de nombreuses crises en son sein, ce cabinet finira par être démissionnaire le 12 janvier 2011, suite à l’annonce par le Ministre de l’Energie et des ressources hydrauliques, par ailleurs gendre du Général Aoun, Gébran Bassil, de la démission des ministres de l’opposition. Elle reproche au Premier Ministre Saad Hariri de ne pas annoncer la cessation de la coopération des autorités libanaises avec le Tribunal International en charge de juger les personnes suspectées d’être impliquées dans l’assassinat de son père, Rafic Hariri, alors que ce dernier allait accuser des membres supposés du Hezbollah de cet acte terroriste.

Un gouvernement présidé par Nagib Mikati sans la présence du 14 Mars sera constitué avec notamment la présence de 6 ministres du CPL et 11 ministres proches de lui.

Un nouveau champ de bataille, la Loi Electorale

A l’issue de l’échec de l’organisation d’un nouveau scrutin législatif normalement prévu en mai 2013, le CPL n’aura de cesse que de dénoncer le mode de scrutin marginalisant selon lui la communauté chrétienne. Le CPL sera le seul parti à s’opposer au fait que le Parlement en place décidera alors de reporter les élections prévues pour septembre 2014 puis à juin 2017. Il s’opposera également au Premier Ministre Tamam Salam au sujet des prérogatives du Premier Ministre, estimant que seul le Conseil des Ministres est apte à recevoir les prérogatives normalement dévolues à la Présidence de la République en l’absence de Président de la République et non le Président du Conseil. Il exigera également un rééquilibrage des mécanismes de décision des autorités publiques en faveur de la communauté chrétienne.

Par ailleurs, la coalition Amal-CPL-Hezbollah boycottera les différents scrutins présidentiels, provoquant un défaut de quorum et cela en raison de l’absence d’un accord concernant le nom d’un candidat.

L’alliance surprise avec les Forces Libanaises

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Coup de théâtre sur la scène politique. Après la décision de l’ancien premier ministre de soutenir la candidature de Sleiman Franjieh pourtant membre du courant dit du 8 Mars, le dirigeant des Forces Libanaises a décidé de soutenir celle du Général Michel Aoun à l’issue d’une réunion avec ce dernier, tout en poursuivant sa mésentente avec le Hezbollah. Il s’agit d’un tournant historique au sein de la communauté chrétienne ou les 2 adversaires scellent une alliance électorale basées sur un Mémorandum d’Entente de 10 points dont l’acceptation par le CPL des accords de Taëf, la nécessité de disjoindre le dossier syrien du dossier libanais, le respect des résolutions internationales concernant le Liban et la nécessaire mise en place d’une nouvelle loi électorale.

Le Hezbollah, quant à lui poursuivra son alliance avec le CPL et réaffirmera son soutien à la candidate du Général Aoun.

Face à l’impossibilité de poursuivre son soutien à Sleiman Franjieh, alors que s’accumulent les déboires financiers de ses sociétés notamment en Arabie Saoudite et débordé par des courants plus extrémistes personnifiés par le Ministre de la Justice démissionnaire Achraf Rifi au sein de la communauté sunnite, Saad Hariri finira par se rallier au Général Aoun le 20 octobre 2016, annonçant son intention de voter à sa faveur et cela afin, selon les rumeurs actuelles, d’obtenir le poste de Premier Ministre.

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