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Samir Geagea presse l’État d’agir face au Hezbollah

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Au lendemain des frappes israéliennes les plus meurtrières de cette phase de guerre, Samir Geagea appelle l’État libanais à changer de cap. Le chef des Forces libanaises estime que la sortie de crise passe par une décision claire du gouvernement : dissoudre les ailes militaires et sécuritaires du Hezbollah et imposer l’autorité de l’État. Dans un entretien accordé à Radio Liban Libre, il juge que les condamnations et les indignations ne suffisent plus, et que le pouvoir doit désormais prendre une décision politique et l’exécuter.

Le chef des Forces libanaises a choisi le moment. Alors que le Liban reste sous le choc des bombardements israéliens de la veille, Samir Geagea a livré jeudi un discours de rupture, centré sur une idée unique : la solution, selon lui, ne se trouve ni dans l’accumulation des condamnations, ni dans les seules discussions régionales, mais dans une décision souveraine libanaise concernant le Hezbollah. Dans ses propos, le drame des dernières heures n’est pas présenté comme un épisode de plus dans une guerre longue. Il est décrit comme le point où le pays n’a plus le droit de différer les choix qu’il repousse depuis des années.

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Geagea a d’abord posé un constat de gravité extrême. Ce qui s’est produit mercredi, a-t-il dit, relève de “l’enfer”. Il a souligné que l’ampleur des frappes et du chaos avait été telle que les forces de sécurité avaient demandé aux habitants de ne pas descendre dans les rues, afin de laisser passer les ambulances, les équipes de secours et la Défense civile. Pour lui, ce simple fait dit tout de la profondeur du traumatisme vécu par le pays. Il ne s’agit plus d’un incident grave parmi d’autres, mais d’un moment qui oblige l’ensemble des responsables à se confronter à leurs responsabilités politiques immédiates.

Dans cette logique, Samir Geagea a tenu à se distinguer d’une exploitation purement émotionnelle de la séquence. Il a expliqué qu’il n’aimait pas “investir” dans les événements ni en tirer un avantage politicien. Mais il a aussitôt ajouté qu’il serait irresponsable de ne pas considérer ce qui s’est passé comme une sommation politique adressée à tout le monde. L’événement, dans sa lecture, n’est pas seulement une tragédie nationale. Il est aussi une mise en demeure : soit le Liban décide enfin comment se sortir de cette mécanique de destruction, soit il continuera à subir les mêmes scènes, avec des bilans toujours plus lourds.

Un discours recentré sur la cause intérieure de la crise

L’un des axes principaux de son intervention consiste à déplacer le centre du débat. Samir Geagea reproche à une partie des médias et des responsables politiques de fixer l’attention au mauvais endroit. Selon lui, le pays s’enferme dans un cycle connu : condamnations, dénonciations, indignations, débats de vocabulaire, puis retour à l’impuissance. Il a même pris un exemple précis pour illustrer ce qu’il considère comme un égarement du débat public : les discussions autour de la terminologie utilisée dans le communiqué du président Joseph Aoun, notamment l’usage du mot “victimes” plutôt que “martyrs”.

Pour le chef des Forces libanaises, ce type de querelle éloigne le pays de la seule question qui mérite d’être posée dans l’urgence. Cette question, il l’a formulée de manière frontale : que faut-il faire pour sortir les Libanais de cet enfer et pour arrêter cette machine destructrice ? A ses yeux, le vrai débat ne porte pas sur les nuances sémantiques, ni même sur la répétition de la dénonciation des attaques israéliennes. Il porte sur la capacité du pouvoir libanais à agir sur la cause intérieure qui, selon lui, alimente l’effondrement sécuritaire du pays.

C’est ici que Geagea déroule sa thèse centrale. Il affirme que la crise que vit le Liban depuis 2024 a une issue identifiable : la dissolution des ailes militaires et sécuritaires du Hezbollah. Il présente cette mesure non comme une option parmi d’autres, mais comme la clé de sortie de crise. Dans sa lecture, tout le reste relève de l’évitement ou du déplacement de la discussion. Israël, ses attaques et ses agressions restent une réalité qu’il ne nie pas. Mais il accuse “l’autre camp” de focaliser systématiquement le débat sur cet aspect afin d’empêcher que soit posée la question qu’il juge décisive : celle de l’arsenal du Hezbollah et de son autonomie militaire par rapport à l’État.

Geagea soutient ainsi que la revendication de mettre fin aux structures armées et sécuritaires du Hezbollah n’est pas une exigence idéologique ou partisane. Il la décrit comme une demande “libanaise par excellence”. Il lui donne même un fondement politique et juridique large. Selon lui, ces structures sont contraires à l’accord de Taëf, à la Constitution, aux lois libanaises et aux résolutions internationales adoptées à propos du Liban, de la résolution 1559 à la résolution 1701. Son argument n’est donc pas seulement sécuritaire. Il est aussi institutionnel : tant que cette situation perdure, l’État libanais reste partiellement dépossédé de sa fonction régalienne la plus élémentaire.

L’État au centre, et non plus la patience de l’État

Dans ses propos, Samir Geagea a cherché à déplacer une autre idée qu’il considère comme dangereuse : celle d’un État incapable. Il dit rejeter la théorie selon laquelle l’État libanais serait impuissant par nature. Pour lui, l’État est capable, à condition d’avoir l’intention politique et le courage d’agir. Cette distinction est essentielle dans son discours. Elle lui permet de ne pas s’arrêter à un constat d’effondrement. Il ne dit pas que le Liban n’a plus d’État. Il dit que l’État refuse encore de prendre la décision qu’impose la situation.

De là découle sa critique directe de la présidence et de la majorité gouvernementale. Geagea estime que, depuis le début du mandat, Joseph Aoun et la majorité ministérielle ont cherché à prolonger les délais, à temporiser, à retarder l’application de ce qu’ils savent nécessaire à l’égard du Hezbollah. Il leur reconnaît implicitement une forme de bonne foi dans leur approche, mais il leur demande aujourd’hui de revoir leur méthode. Le temps des paris sur l’apaisement graduel ou sur la patience institutionnelle, dit-il en substance, a atteint ses limites.

Le chef des Forces libanaises pose alors une question qui structure tout son raisonnement : jusqu’à quand attendre ? Faut-il attendre que le Liban soit entièrement détruit ? Cette interrogation n’est pas une formule rhétorique dans son discours. Elle sert à opposer deux temporalités. D’un côté, celle du pouvoir, qui continue selon lui à prolonger la mise en œuvre des décisions nécessaires. De l’autre, celle de la guerre, qui ne ralentit pas et qui impose son rythme par les morts, les blessés et les destructions.

Geagea pousse cette critique jusqu’à affirmer que le gouvernement doit désormais “prendre la décision et l’exécuter”. Le verbe exécuter compte ici autant que le verbe décider. Dans sa vision, le Liban ne souffre plus d’un manque de diagnostics. Il souffre d’un défaut de passage à l’acte. La question du Hezbollah, selon lui, n’est plus un dossier théorique, ni une matière de négociation infinie. C’est un test de souveraineté immédiat pour l’exécutif.

“Nous avons essayé par la douceur”

L’un des passages les plus révélateurs de son intervention concerne le ton qu’il recommande désormais aux autorités. Samir Geagea appelle le président de la République, le Premier ministre et la majorité gouvernementale à dire “ça suffit”. Il affirme que l’État a beaucoup essayé “par la douceur” et que cela n’a pas produit de résultat. Il les invite donc à faire appel à ce qu’il appelle “l’État profond”, à procéder aux changements nécessaires et à faire comprendre à tous que la patience a assez duré.

Cette formule, particulièrement lourde dans le contexte libanais, vise à introduire une idée de bascule. Geagea ne propose pas une simple révision de langage ou un ajustement de doctrine. Il appelle à une séquence plus ferme, dans laquelle le pouvoir utiliserait tous ses ressorts pour imposer l’autorité de l’État. Son raisonnement repose sur une idée simple : si le pouvoir continue à agir comme si le temps du compromis permanent n’était pas achevé, alors il portera une part de responsabilité dans le prolongement de la catastrophe.

Ce passage montre aussi que Geagea veut sortir la question du Hezbollah du seul registre moral. Il ne se contente pas de dire que son arsenal est illégal. Il dit que l’État a une obligation d’action. Il retourne ainsi la pression politique. Le Hezbollah, selon lui, agit depuis longtemps contre les intérêts libanais, contre les institutions, contre les lois et contre la Constitution. Cela, dit-il, tout le monde le sait. La vraie question devient alors : pourquoi l’État continue-t-il à prolonger cette situation ?

Il formule cette critique avec une certaine brutalité. D’accord, dit-il en substance, l’État a laissé passer un mois, deux mois, trois mois. Mais où en est-on aujourd’hui ? Le pays a-t-il gagné du temps utile, ou bien a-t-il seulement accumulé de nouveaux désastres ? Cette façon de poser la question transforme la patience gouvernementale en sujet de responsabilité. Le retard n’est plus présenté comme une prudence vertueuse. Il devient, dans son argumentaire, un facteur aggravant.

Une majorité gouvernementale sommée de trancher

L’entretien donne aussi à entendre une volonté de pression directe sur la coalition au pouvoir. Samir Geagea ne parle pas d’un État abstrait. Il parle du président de la République, du président du Conseil et de la majorité ministérielle. Il considère que le centre effectif de la décision se trouve dans le Conseil des ministres. Il le dit de manière explicite : au Liban, la décision est tout entière au sein du gouvernement. Il insiste sur le fait qu’il existe une Constitution, des lois en vigueur, et que le cabinet reste le lieu de toutes les décisions.

Cette insistance n’est pas anodine. Elle vise à couper court à l’argument, souvent avancé dans le débat libanais, d’un État empêché par des forces parallèles ou par des rapports de force impossibles à modifier. Geagea affirme au contraire qu’aucune partie n’oserait lever la tête contre une décision claire du gouvernement si celui-ci décidait réellement de l’imposer. Le propos est maximaliste, et chacun pourra en discuter la faisabilité concrète. Mais politiquement, il remplit une fonction nette : retirer à l’exécutif l’argument de l’impossibilité.

Il demande donc à la majorité au pouvoir de revoir son approche des ailes militaires et sécuritaires du Hezbollah. Dans son discours, il ne reste plus beaucoup de place pour l’ambivalence. Soit la majorité assume la décision, soit elle assume la continuité du désastre. Ce cadrage est dur, mais il est au cœur de la stratégie de communication du chef des Forces libanaises : faire de la question du Hezbollah non plus un dossier parmi d’autres, mais le critère principal de crédibilité du pouvoir.

En filigrane, Geagea adresse aussi un message à l’opinion. Si la majorité ne bouge pas, elle ne pourra plus se réfugier derrière le discours de la bonne intention. Les événements de la veille ont, selon lui, vidé cet argument de sa substance. Après une journée d’une telle violence, continuer à temporiser reviendrait à accepter la possibilité que le pays revive les mêmes scènes demain.

Le parallèle avec Gaza et le cas du Hamas

L’un des passages les plus frappants de son intervention concerne Gaza. Samir Geagea affirme que, s’il avait été à la place du Hamas le 8 octobre 2023, il aurait remis ses armes. Selon lui, si cela avait été fait à ce moment-là, Gaza aurait évité près de 100 000 morts, ainsi que le niveau de destruction et de souffrance observé depuis. Ce parallèle a une fonction argumentative précise : il vise à montrer que l’entêtement armé conduit, selon lui, au même résultat partout dans la région.

Par cette comparaison, Geagea tente de replacer le Liban dans une séquence régionale plus large. Il dit en substance que le cours des choses est désormais clair dans la politique arabe et internationale. Continuer à parier sur des armes autonomes, sur des logiques de fronts parallèles ou sur des dispositifs armés extérieurs à l’État mènerait inévitablement à la même impasse : destruction massive, morts par milliers, puis retour, finalement, à la nécessité de la même conclusion politique.

Son propos est volontairement brutal. Il pose une question glaçante : faut-il vraiment que le Liban soit entièrement détruit, que les morts se comptent par milliers, pour finir par arriver au même résultat ? Là encore, il ne s’agit pas d’une formule accessoire. Ce parallèle avec Gaza lui permet d’introduire une temporalité de l’urgence absolue. L’idée est claire : si le Liban n’agit pas maintenant, il risquera de payer plus tard un prix encore plus élevé pour une issue identique.

Ce point donne aussi à son intervention une dimension régionale plus assumée. Geagea ne parle pas seulement du Hezbollah comme d’une anomalie intérieure libanaise. Il l’inscrit dans une logique plus large d’organisations armées qui, selon lui, conduisent les sociétés qu’elles prétendent défendre à une destruction encore plus grande.

La crédibilité de l’État en question

Dans la dernière partie de ses propos, Samir Geagea revient à la notion de crédibilité étatique. Il estime que l’État libanais a aujourd’hui perdu sa crédibilité. Pour appuyer cette idée, il cite un exemple concret : lorsque Israël a menacé de frapper le poste-frontière de Masnaa, les autorités syriennes ont, selon lui, contacté Washington pour obtenir l’arrêt de cette menace. Il pose alors la question : les autorités libanaises sont-elles capables, elles, de parler de cette manière aux Américains ? Pour lui, la réponse implicite est non, et cette incapacité dit quelque chose du niveau de dégradation de la crédibilité du pouvoir libanais.

Le propos est sévère, mais il s’inscrit dans une logique constante de son intervention. Un État qui n’impose pas son autorité à l’intérieur finit, selon lui, par ne plus être pris au sérieux à l’extérieur. Geagea affirme d’ailleurs que la proposition de Joseph Aoun en faveur de négociations directes destinées à alléger le poids de la guerre sur le Liban n’a pas été prise au sérieux par les milieux concernés, notamment américains. Pourquoi ? Parce que ces acteurs considèrent que le gouvernement libanais a un travail à faire et qu’il ne le fait pas, ou qu’il n’est pas capable de le faire.

Cette remarque sur l’absence de sérieux accordé à Beyrouth dans certaines capitales est politiquement lourde. Elle permet à Geagea de fusionner deux registres : la souveraineté interne et la crédibilité externe. Le Liban ne serait pas seulement menacé parce qu’il est militairement fragile. Il le serait aussi parce que ses partenaires ne croient plus réellement à sa capacité d’agir sur son propre territoire.

Dans sa logique, la restauration de cette crédibilité passe d’abord par une démonstration intérieure. L’État doit montrer qu’il sait décider, qu’il sait imposer ses choix et qu’il n’abandonne pas le pays à une situation d’exception permanente. Sans cela, aucune négociation sérieuse, aucun appel à l’aide, aucune initiative diplomatique ne portera réellement.

Une interpellation adressée à chaque Libanais

Au-delà du jeu institutionnel, Samir Geagea a aussi cherché à déplacer la question dans le champ citoyen. Il évoque le cas d’un habitant du Sud qui demanderait aujourd’hui : qui est responsable de nous ? Avons-nous un État pour nous protéger ? Que répondre à ces familles qui demandent simplement qui porte la responsabilité de leur sort ? Cette manière de poser le débat élargit l’enjeu. Il ne s’agit plus seulement d’un différend entre partis. Il s’agit de la question que, selon lui, chaque citoyen est désormais en droit de poser à l’État.

Cette interpellation est importante parce qu’elle fait glisser la discussion du terrain stratégique au terrain moral et civique. Un État qui ne protège pas ses habitants, un État qui ne fixe pas le cadre de la décision militaire, un État qui laisse d’autres acteurs engager le pays dans des confrontations qu’il ne maîtrise pas, perd peu à peu sa raison d’être aux yeux de sa propre population. C’est cette idée que Geagea tente d’installer dans le débat public.

Son raisonnement n’est pas seulement tourné vers le sommet du pouvoir. Il vise aussi à créer une pression horizontale, venue de l’opinion, sur la majorité au pouvoir. Il veut faire de la question des armes du Hezbollah un sujet de responsabilité quotidienne, pas uniquement une grande question théorique de souveraineté ou de politique régionale.

“Mieux vaut agir maintenant”

La fin de son intervention reprend cette idée d’urgence par une image familière. Il dit, en substance, qu’il vaut mieux agir “après la moitié de Bassora détruite” plutôt que d’attendre que toute Bassora soit détruite. Cette formule, qui appartient au registre populaire du constat tardif, lui permet d’insister une dernière fois sur la nécessité d’un rattrapage rapide. Il admet implicitement que beaucoup de choses ont déjà été perdues, que le retard existe déjà, que le dommage est réel. Mais il refuse d’en faire un argument pour continuer à ne rien faire.

L’idée finale est limpide : n’importe quelle solution est préférable à la destruction du pays. Cette phrase résume l’ensemble de son propos. Pour Geagea, la discussion ne porte plus sur le confort politique des uns ou des autres, ni sur les calculs de coalition, ni sur les équilibres diplomatiques les plus subtils. Elle porte sur la survie du Liban comme État viable.

Son discours, très dur envers le Hezbollah et très exigeant envers les autorités, marque ainsi une tentative de recentrer le débat national sur un choix unique : celui de l’État. Le chef des Forces libanaises demande à l’exécutif de trancher, de mettre fin au temps de la patience et d’imposer enfin le monopole de l’autorité et de la décision. Il lie ce choix à la sécurité immédiate des Libanais, à la crédibilité du pouvoir et à la possibilité même d’éviter au pays une destruction plus vaste encore.

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