Le ministère libanais de l’Environnement a réagi promptement, ce 1er février 2026, à des rapports alarmants provenant du sud du pays. Des avions israéliens ont été observés survolant la localité d’Aita al-Shaab, pulvérisant des matériaux suspectés d’être des pesticides ou d’autres substances toxiques sur des terres agricoles. Cette action, qualifiée d’agression environnementale par les autorités libanaises, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes à la frontière, où les violations du cessez-le-feu se multiplient. Le Dr Tamara Al-Zain, ministre de l’Environnement au sein du gouvernement formé par Nawaf Salam en février 2025, a immédiatement contacté le général Rudolph Heikal, commandant en chef des Forces armées libanaises, pour obtenir des échantillons des sites affectés. Ces prélèvements doivent être analysés afin de déterminer la nature exacte des substances et d’évaluer leurs impacts potentiels sur la santé humaine et l’écosystème local.
Aita al-Shaab, village frontalier situé dans le gouvernorat de Nabatiyeh, n’en est pas à sa première épreuve. Depuis l’escalade des hostilités en octobre 2023, cette zone a été le théâtre de multiples incidents. Selon des témoins locaux, deux avions agricoles israéliens ont survolé les abords de la ville, dans le secteur d’Al-Hima, libérant un brouillard suspect sur les cultures et les arbres. Aucune blessure n’a été rapportée dans l’immédiat, mais la municipalité d’Aita al-Shaab a alerté sur les risques pour les terres arables, essentielles à la subsistance des habitants. Le ministère de l’Environnement, dans sa déclaration officielle, a souligné que si ces matériaux s’avèrent toxiques, cela ne surprendrait guère, compte tenu des antécédents d’Israël dans la région. « Ce comportement est de la part de l’ennemi israélien, et si la nature de ces matériaux s’avère toxique, cela ne sera pas surprenant pour l’ennemi, qui n’a pas hésité à brûler près de 9 000 hectares au Liban lors de la récente agression grâce à l’utilisation de phosphore blanc et de bombes incendiaires », a indiqué le communiqué, évoquant une stratégie délibérée visant à saper la résilience des populations du sud.
Les implications immédiates pour l’agriculture locale
Les terres d’Aita al-Shaab, riches en oliviers, en cultures maraîchères et en vergers, représentent un pilier économique pour les communautés chiites du sud Liban. Ces pulvérisations suspectes interviennent à un moment critique de la saison agricole, où les fermiers préparent les semis et les récoltes printanières. Des agriculteurs locaux ont rapporté un odeur âcre persistante après le passage des avions, avec des feuilles jaunissantes sur certains arbres. Si ces substances sont effectivement des pesticides ou des herbicides, elles pourraient contaminer les sols pour des années, rendant les terrains impropres à la culture et affectant la chaîne alimentaire. Le ministère de l’Agriculture, en coordination avec l’Environnement, a annoncé des inspections sur site, bien que l’accès reste limité en raison de la proximité de la Ligne bleue, la frontière délimitée par l’ONU.
Cette incident rappelle les défis persistants pour la sécurité alimentaire au Liban, déjà fragilisé par une crise économique depuis 2019. Les régions frontalières, comme Aita al-Shaab, contribuent à environ 20 % de la production agricole nationale, selon des estimations du Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Toute contamination chimique aggraverait la dépendance aux importations, augmentant les coûts pour les ménages libanais. Le général Heikal, nommé commandant des Forces armées en mars 2025 après l’élection de Joseph Aoun à la présidence, a mobilisé des unités spécialisées pour sécuriser les échantillons. Ces équipes, formées à la détection de menaces chimiques, opèrent sous la supervision de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), qui patrouille la zone depuis la résolution 1701 du Conseil de sécurité en 2006.
Un pattern d’agressions environnementales
Les actions israéliennes au sud Liban ne se limitent pas à cet épisode isolé. Depuis l’invasion de 1982, Israël a été accusé à plusieurs reprises d’employer des méthodes destructrices pour l’environnement. En 2006, lors de la guerre de 33 jours, des bombes au phosphore blanc ont incendié des forêts entières, laissant des résidus toxiques dans les sols. Plus récemment, entre octobre 2023 et novembre 2024, une étude indépendante a cartographié 248 frappes impliquant du phosphore blanc, dont 91 % avant l’entrée des forces israéliennes au sol. Ces munitions, airburstées au-dessus de zones résidentielles, ont brûlé plus de 2 192 hectares, incluant des forêts, des terres agricoles et des habitats sauvages. Le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’environnement a noté que ces usages violaient les protocoles additionnels à la Convention de Genève, interdisant les armes incendiaires dans les zones civiles.
Dans le cas d’Aita al-Shaab, les suspicions de pesticides s’ajoutent à une liste croissante de dommages. Des images satellites révèlent que le village a subi 188 frappes aériennes entre octobre 2023 et mai 2025, rasant des quartiers entiers et laissant des débris contaminés. La Banque mondiale, dans un rapport de mars 2025, a évalué les dommages environnementaux globaux au Liban à 221 millions de dollars, avec des pertes agricoles dues aux incendies et aux bombardements. « Les attaques ont produit des volumes significatifs de débris, estimés à deux millions de mètres carrés de contamination supplémentaire », indique un document de l’ONU Habitat. Ces débris incluent des munitions non explosées, des fragments de phosphore et des pièges improvisés, rendant le retour des déplacés périlleux.
Le rôle de la Finul et les résolutions onusiennes
La Finul, déployée avec plus de 10 000 casques bleus, a documenté de multiples violations de la résolution 1701 ces derniers mois. En janvier 2026, un rapport intérimaire du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a signalé des survols israéliens quotidiens et des incursions terrestres limitées, exacerbant les tensions. Concernant les agressions environnementales, l’ONU a appelé à une enquête indépendante sur l’usage du phosphore blanc, qualifié de « substance de l’enfer » par des experts libanais. Le Conseil national pour la recherche scientifique au Liban a décrit le sud comme une « biosphère de guerre », où 284 obus au phosphore ont été largués, dont 221 dans la province de Nabatiyeh. Ces attaques ont détruit 60 000 oliviers et provoqué 812 incendies entre octobre 2023 et juillet 2024.
Le gouvernement libanais, sous la direction de Nawaf Salam, a saisi le Conseil de sécurité en décembre 2025, demandant une condamnation formelle. « Les implications adverses de la destruction par l’armée de l’air israélienne persistent », a déclaré un représentant libanais lors d’une session de l’Assemblée générale, réitérant une résolution adoptée pour la vingtième année consécutive sur les retombées environnementales d’un déversement pétrolier en 2006. La Finul, en coordination avec les Forces armées libanaises, a renforcé ses patrouilles dans Aita al-Shaab, facilitant l’accès aux experts pour les prélèvements. Le commandant Heikal a rencontré des officiers onusiens le 30 janvier 2026 pour discuter de la sécurisation des sites, soulignant la nécessité d’une coopération internationale face à ces menaces hybrides.
Impacts sur la biodiversité et la santé publique
Les écosystèmes du sud Liban, incluant la forêt des Moines près d’Aita al-Shaab, ont été ravagés par des méthodes combinées : phosphore blanc, bulldozers et bombardements. Cette forêt, un habitat pour des espèces endémiques comme le chêne du Liban, a été incendiée en plusieurs vagues, laissant des sols stériles. Des chercheurs de l’Université américaine de Beyrouth ont documenté des usages répétés du phosphore depuis 1982, avec des effets persistants sur la faune et la flore. En 2025, un rapport de l’ONU a estimé que les conflits ont ajouté des contaminations incluant des munitions à grappes, des obus d’artillerie et des ballons thermiques, rendant des zones comme Yaroun des « zones saturées de phosphore blanc ».
Sur le plan sanitaire, les résidus toxiques posent des risques à long terme. Des civils exposés au phosphore en 2023-2024 ont souffert de brûlures graves, avec des cas documentés par Médecins sans frontières. À Aita al-Shaab, les pulvérisations récentes pourraient contaminer les nappes phréatiques, affectant l’eau potable pour des milliers d’habitants. Le ministère de la Santé publique, dirigé par Rakan Nassreddine depuis février 2025, a lancé des campagnes de sensibilisation, conseillant aux résidents d’éviter les zones touchées. Des études préliminaires indiquent une augmentation des troubles respiratoires chez les déplacés internes, estimés à plus de 89 000 depuis octobre 2023.
Dynamiques régionales et influences confessionnelles
Les tensions au sud Liban s’inscrivent dans un cadre géopolitique complexe, impliquant le Hezbollah, Israël et des acteurs régionaux comme l’Iran. Aita al-Shaab, bastion chiite, a été un point focal des échanges de tirs, avec des roquettes lancées vers Israël en riposte aux incursions. Le gouvernement Salam, composé de 24 ministres reflétant l’équilibre confessionnel, inclut cinq représentants chiites, dont des affiliés à Amal et au Hezbollah. La ministre Al-Zain, issue d’Amal, a mis l’accent sur la résistance environnementale, liant ces agressions à une tentative d’« extermination » des communautés frontalières. Le président Aoun, élu en janvier 2025, a présidé une réunion du Conseil supérieur de défense le 1er février 2026, ordonnant une évaluation complète des menaces chimiques.
Ces incidents soulignent les influences confessionnelles : les sunnites de Tripoli et les chrétiens du Mont-Liban expriment une solidarité nationale, mais les coalitions évoluent rapidement. Le bloc République forte, opposé au Hezbollah, a obtenu quatre portefeuilles, dont les Affaires étrangères, facilitant des plaintes internationales. Nabih Berri, président du Parlement et leader d’Amal, a condamné les pulvérisations comme une violation flagrante, appelant à une session extraordinaire.
Perspectives immédiates des analyses en cours
Les échantillons prélevés à Aita al-Shaab sont en route vers des laboratoires accrédités, avec des résultats attendus dans les prochaines semaines. Le ministère de l’Environnement collabore avec la FAO et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) pour une expertise indépendante. Des équipes sur le terrain rapportent des traces visibles sur les cultures, avec des analyses préliminaires suggérant des composés organophosphorés, similaires à ceux utilisés dans l’agriculture mais potentiellement militarises. Pendant ce temps, les survols israéliens se poursuivent, avec des frappes signalées le 2 février 2026 près de Wadi Az-Zah et Al-Daoudiya, causant des panaches de fumée. La municipalité d’Aita al-Shaab a évacué temporairement des familles vulnérables, tandis que la Finul renforce ses positions pour prévenir une escalade. Ces développements immédiats mettent en lumière les défis persistants pour la stabilité environnementale et humaine au sud Liban, où les agressions récentes prolongent un cycle de destruction documenté depuis des décennies.



