Déploiement du programme d’urgence d’infrastructure lancé par le ministère des Travaux publics et des Transports
Le ministère des Travaux publics et des Transports (MTPT) a lancé au cours du mois de mai 2025 le Programme de réhabilitation d’urgence des routes et ponts, une initiative structurée visant à restaurer les infrastructures critiques endommagées à travers le territoire libanais. Ce programme s’inscrit dans un cadre plus large de soutien international à la stabilisation post-conflit et à la relance des services publics, après les destructions enregistrées au Sud et dans certaines zones urbaines depuis l’automne 2023.
Le programme est coordonné avec la Banque mondiale et l’Union européenne, et s’appuie sur une évaluation rapide des infrastructures réalisée par le MTPT, en collaboration avec des bureaux d’ingénierie privés. L’objectif est de traiter à court terme les tronçons routiers devenus inaccessibles, les ponts effondrés ou endommagés, ainsi que les segments entravés par des éboulements, cratères ou engorgements structurels.
Une cartographie des priorités à partir des besoins sécuritaires et logistiques
Le ministère a établi une liste de 20 segments prioritaires à travers sept mohafazat (gouvernorats), avec un accent particulier sur le Sud, le Mont Liban, la Békaa et le Akkar. Ces segments comprennent notamment les axes reliant les hôpitaux aux centres urbains, les itinéraires utilisés pour les transports scolaires, ainsi que les routes agricoles vitales pour l’approvisionnement des marchés en fruits, légumes et blé dur.
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Les critères retenus pour la priorisation sont : la densité de trafic, l’accès humanitaire, l’accessibilité des centres de soins, la présence d’infrastructures critiques (barrages, dépôts logistiques, silos, écoles), et les zones d’importance militaire. Les données proviennent d’un audit conjoint entre le MTPT, les municipalités, et plusieurs ONG partenaires opérant dans les secteurs de l’énergie et du transport.
Détail budgétaire initial et financement externe conditionné
Le budget initial du programme s’élève à 96 millions USD, dont 28 millions proviennent d’un fonds de reconstruction du ministère, et 68 millions sous forme de prêts concessionnels de la Banque mondiale et de l’Union européenne. La mobilisation de ces financements est toutefois conditionnée à la transparence des appels d’offres, au respect des normes environnementales, et à l’adoption d’un mécanisme de supervision indépendant.
Le MTPT a annoncé que les appels d’offres publics seront ouverts à la concurrence internationale, mais qu’une clause de préférence locale permettra aux entreprises libanaises de soumissionner avec un abattement de 5 %. L’enveloppe est répartie sur deux phases : une phase d’urgence (52 millions USD) et une phase de réhabilitation planifiée (44 millions USD). La mise en œuvre des premières interventions est attendue pour le mois de juillet 2025.
Répartition des travaux par type d’intervention
Selon les documents techniques fournis par le MTPT, la distribution des travaux à réaliser est la suivante :
| Type d’intervention | Nombre de sites concernés | Estimation du coût (USD) |
|---|---|---|
| Réfection de routes goudronnées | 37 | 29 500 000 |
| Reconstruction de ponts | 11 | 24 000 000 |
| Aménagement de caniveaux | 42 | 14 200 000 |
| Pose de signalisation & garde-fous | 78 | 9 300 000 |
| Traitement d’éboulements | 16 | 5 000 000 |
| Total | 96 000 000 |
Un secteur routier historiquement sous-financé
Le secteur des infrastructures routières au Liban souffre d’un déficit d’entretien chronique depuis plus de deux décennies. La part du budget de l’État allouée aux routes a chuté de 5,3 % en 2002 à moins de 1,2 % en 2022. En parallèle, la longueur totale du réseau routier bitumé dépasse 7 000 kilomètres, dont plus de 60 % nécessitent des travaux de surface, et 25 % des reconstructions structurelles lourdes.
Le Liban a par ailleurs été classé au 129ᵉ rang mondial sur 141 pays en matière de qualité des routes par le Global Competitiveness Report 2019 du Forum économique mondial, loin derrière la moyenne régionale. Depuis, aucune amélioration significative n’a été rapportée, les efforts de réhabilitation ayant été sporadiques, souvent interrompus par des crises politiques, sécuritaires ou des suspensions de financement.
Retombées économiques et pression sur les appels d’offres
Au-delà des bénéfices en matière de mobilité et d’accès humanitaire, ce programme est également vu comme un levier économique local. Plusieurs fédérations professionnelles, dont l’Ordre des ingénieurs et architectes de Beyrouth, ont salué la mesure comme une opportunité de relance de l’emploi dans le BTP et d’intégration des entreprises libanaises dans un cadre concurrentiel structuré.
Toutefois, des tensions émergent sur la gouvernance des appels d’offres, avec plusieurs ONG locales et observateurs internationaux alertant sur les risques de favoritisme et d’absence de transparence. Le MTPT a confirmé la mise en place d’une cellule de supervision indépendante, associant des représentants du secteur privé, des municipalités et des bailleurs, avec publication obligatoire des résultats de chaque appel d’offre.



