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Beaucoup d’interrogations concernant les forages exploratoires entrepris dernièrement au large des côtes libanaises. Certaines personnes croient à une solution miracle et pensent que le pétrole est la solution immédiate pour sortir le Liban de la crise économique qu’il traverse actuellement.

C’est beaucoup s’avancer …

Le pétrole peut-il répondre immédiatement à la crise économique?


À cette question, évidemment que non. La crise économique que connait actuellement le Liban nécessite des solutions immédiates, aussi immédiates d’ailleurs que l’arrivée à maturité des Eurobonds, le 9 mars prochain. Il s’agit de mettre en place et non plus de proposer, des réformes économiques, monétaires et fiscales pour résoudre la question du déficit public important, qui atteint 166% du PIB.

Quant au pétrole, il s’agit pour l’heure d’une ressource hypothétique, avec une probabilité de succès de 50% de l’aveux même des entreprises ayant mené les fameuses études sismiques préalables aux forages exploratoires. Les échantillons recueillis par les forages exploratoires serviront à déterminer si pétrole, il y a, s’il est techniquement exploitable et s’il est économiquement viable de l’exploiter.

Il y a donc beaucoup de “si” et en économie ou dans le monde des affaires ou dans la gestion d’un pays, il faut s’appuyer sur des certitudes.

On est d’ailleurs actuellement au momentum des forages exploratoires et non des forages d’exploitation qui interviendraient à ce moment-là vers 2027, donc bien au-delà le 9 mars prochain.

Même si le pétrole existe, qu’il soit techniquement exploitable et qu’il soit économiquement viable, d’autres questions se poseront à ce moment-là, comme par exemple, si cette nouvelle ressource ne risque pas, au contraire, à dégrader encore plus les conditions sociales et économiques de la population. C’est ce qu’on appelle, le mal, le syndrome ou encore la maladie hollandaise.

Quelles sont donc les solutions immédiates?


Les solutions immédiates sont liées à la restructuration de l’importante dette publique libanaise, dette publique qui s’est encore accrue, atteignant, selon les derniers chiffres publiés par le ministère des finances 91.68 milliards de dollars alors que le Liban fait face à une rétraction de ses activités économiques qui passeraient ainsi de 55 milliards de dollars à moins de 50 milliards de dollars en terme de PIB réel selon des études menées par organisations internationales, donc une récession économique débutée en 2018 et qui risque aujourd’hui d’atteindre jusqu’à 10%. Elle devrait, à priori, se poursuivre jusqu’en 2022 selon les prévisions actuelles.

Cependant, aujourd’hui, ce qui s’impose est l’échéance du 9 mars prochain. Il s’agira alors de rembourser ou non, une émission d’eurobonds ou d’obligations libellées en dollar, pour un montant de 1.2 milliards de dollars, chose dont les autorités publiques ont été déjà incapables en mai et en novembre 2019. En effet, c’est la Banque du Liban et non le Ministère des Finances qui a remboursé les précédents Eurobonds.

Cependant, aujourd’hui, le facteur inquiétant est lié à la Banque du Liban elle-même. Déjà, ses réserves monétaires brutes ont diminué sous le seuil de 30 milliards de dollars et les estimations concernant les réserves nettes ou liquides laissent à penser que la première urgence aujourd’hui n’est pas le remboursement des eurobonds mais plutôt pour permettre l’achat des produits de première nécessité, comme le blé, les médicaments et l’essence.

On est donc loin de pouvoir survivre d’ici 2027 sans solution immédiate quand l’exploitation d’une ressource pétrolière sera alors possible …

Et à l’avenir?


Le principale problème concernant l’exploitation d’une ressource comme le pétrole est liée à ce qu’on appelle dont le mal hollandais.

Il s’agit d’une surévaluation d’une monnaie locale qui rendra les secteurs d’activités annexes non-compétitifs et donc pourrait détruire des emplois. Pour rappel, la livre libanaise est déjà actuellement, officiellement, surévaluée ce qui est un des facteurs prépondérants pour comprendre la hausse à 40% du taux de chômage atteignant la population active locale. D’ailleurs, le Liban est déjà atteint par une sorte de maladie hollandaise dont on paye aujourd’hui le prix puisque les taux d’intérêts ont favorisé l’augmentation des dépôts étrangers au Liban, finançant la dette publique.

Si exploitation du pétrole, il y a fort à parier que cette erreur puisse se produire à nouveau, ce qui pourrait, si la bonne politique économique et monétaire n’est pas formulée correctement … C’est ce qui est arrivé dans beaucoup de pays, dont certains pays développés, comme la Hollande dans les années 70 avec l’exploitation des ressources pétrolières de la mer du nord ou encore au Canada, dans les années 2000 avec l’exploitation du pétrole bitumineux.

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