Dans un contexte marqué par une série d’effondrements de bâtiments anciens dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a présidé une réunion d’urgence ce lundi 9 février 2026, au Sérail gouvernemental. Cette rencontre, qui a duré plus de trois heures et demie, visait à coordonner les mesures immédiates pour traiter les structures fissurées et menacées de chute, suite à l’effondrement tragique survenu la veille dans le quartier de Bab al-Tabbaneh. Cet incident, qui a coûté la vie à au moins 14 personnes et blessé huit autres, a mis en lumière l’urgence d’une intervention étatique face à la dégradation accélérée des infrastructures urbaines dans cette région défavorisée. Le chef du gouvernement a détaillé une série de décisions concrètes, incluant l’évacuation progressive de 114 immeubles identifiés comme à risque, dans un délai n’excédant pas un mois, tout en assurant un soutien financier et social aux familles affectées.
L’effondrement de dimanche après-midi a impliqué deux immeubles adjacents de six étages chacun, situés sur la rue de Syrie, dans le quartier populaire de Bab al-Tabbaneh. Les structures, datant de plusieurs décennies et visiblement affaiblies par des années de négligence, se sont écroulées presque simultanément, provoquant un nuage de poussière et des explosions dues à des bouteilles de gaz. Les équipes de la Défense civile, dirigées par le général Imad Khreiss, ont travaillé sans relâche pendant plus de 24 heures pour extraire les victimes des décombres. Parmi les 14 corps récupérés figurent des femmes, des enfants et des hommes, dont plusieurs membres d’une même famille. Huit survivants ont été sortis vivants, certains grièvement blessés, et transportés vers les hôpitaux locaux. Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont capturé le moment dramatique de l’effondrement, montrant des façades s’inclinant avant de s’effondrer complètement, tandis que des résidents voisins fuyaient en panique.
Ce drame n’est pas isolé. Il s’agit du cinquième effondrement de bâtiment résidentiel à Tripoli cet hiver, une saison où les pluies abondantes et les infiltrations d’eau aggravent les fissures existantes. Des incidents similaires ont eu lieu ces dernières semaines dans des quartiers comme Bab al-Tabbaneh et d’autres zones densément peuplées, soulignant une crise structurelle profonde. Les autorités municipales avaient déjà identifié des centaines de bâtiments vulnérables, mais les ressources limitées et la crise économique persistante ont ralenti les interventions. Le maire de Tripoli, Abdel Hamid Karamé, a déclaré la ville en état de catastrophe, avertissant que des milliers d’autres structures pourraient connaître un sort similaire si des mesures drastiques ne sont pas prises. Cette déclaration a été relayée par les médias d’État, amplifiant l’appel à une mobilisation nationale.
Une réponse gouvernementale immédiate
Face à cette urgence, le Premier ministre Nawaf Salam a convoqué une réunion élargie au Sérail, rassemblant un large éventail d’acteurs institutionnels, religieux et techniques. Parmi les participants figuraient le ministre de l’Intérieur Ahmed al-Hajjar, le ministre de la Justice Adel Nassar, la ministre des Affaires sociales Hanine Sayyed, le procureur général d’appel du Nord, le juge Hani al-Hajjar, le gouverneur par intérim du Nord Iman al-Rafii, le secrétaire général du Haut Comité de secours, le brigadier Bassam al-Nabulsi, le président du Conseil pour le développement et la reconstruction Mohamed Qabbani, le chef de l’unité de gestion des catastrophes à la présidence du Conseil des ministres Zahi Chahine, le président de l’Union des municipalités d’al-Fayhaa, l’ingénieur Wael Zamirli, le maire de Tripoli Abdel Hamid Karamé, le mufti de Tripoli et du Nord cheikh Mohamed Imam, l’archevêque de l’archidiocèse maronite de Tripoli Mgr Youssef Soueif, le père Kamel Kamel, le commandant de la gendarmerie, le brigadier Jean Awad, le commandant de la région du Nord des Forces de sécurité intérieure, le brigadier Moustapha Badran, le directeur général par intérim du ministère de la Santé Fadi Sinan, le directeur général de l’urbanisme Ali Ramadan, le directeur de la Défense civile, le brigadier Imad Khreiss, le vice-maire de Tripoli Khaled Kabbara, le président du comité d’ingénierie de la municipalité de Tripoli Moustapha Fakhr al-Din, le président du syndicat des ingénieurs du Nord Chawki Fatfat, le directeur de l’unité de réduction des catastrophes au Croissant-Rouge libanais Kassem Chaalan, et le coordinateur de l’unité au Nord Wassim Tim.
Cette composition reflète une approche inclusive, intégrant des représentants des forces de sécurité, des autorités locales, des institutions religieuses et des organismes techniques spécialisés. La présence de figures religieuses comme le mufti et l’archevêque souligne l’importance accordée à la cohésion communautaire dans une ville multiconfessionnelle comme Tripoli, où les tensions sociales pourraient s’exacerber en cas de déplacements forcés. La réunion, annoncée en début d’après-midi vers 16h20, s’est prolongée jusqu’en soirée, témoignant de la complexité des discussions sur les aspects logistiques, financiers et humanitaires.
Les décisions clés pour sécuriser les habitants
À l’issue de la réunion, le Premier ministre Nawaf Salam s’est adressé aux journalistes, exposant un plan d’action structuré en sept points principaux. Tout d’abord, la municipalité de Tripoli émettra un décret d’évacuation pour les 114 bâtiments identifiés comme menacés de chute imminente. Cette opération se déroulera par phases, dans un délai maximal d’un mois, afin d’éviter une panique généralisée et de permettre une organisation ordonnée. Pour atténuer l’impact sur les familles, un indemnité de logement sera accordée pour une durée d’un an, versée trimestriellement, couvrant les coûts de relogement temporaire.
Deuxièmement, une liste de centres d’hébergement provisoire a été établie par le comité de gestion des catastrophes de la gouvernance du Nord, avec la possibilité d’en ouvrir davantage selon les besoins. Ces centres, souvent situés dans des écoles ou des bâtiments publics adaptés, seront équipés pour accueillir les déplacés dans des conditions dignes, incluant des services de base comme l’eau, l’électricité et les sanitaires.
Troisièmement, le ministère des Affaires sociales, sous la direction de Hanine Sayyed, prendra en charge la distribution des aides et intégrera les familles évacuées au programme Aman, un mécanisme d’assistance sociale existant qui fournit un soutien financier mensuel aux ménages vulnérables. Ce programme, financé en partie par des dons internationaux, vise à couvrir les besoins essentiels en alimentation, éducation et santé.
Quatrièmement, le ministère de la Santé publique assurera une couverture médicale complète pour les familles affectées, les reliant aux centres de soins primaires locaux. Le directeur général par intérim Fadi Sinan supervisera cette intégration, garantissant un accès rapide aux consultations, aux médicaments et aux suivis psychologiques, cruciaux après un traumatisme comme un effondrement.
Cinquièmement, le Haut Comité de secours entamera immédiatement les travaux de renforcement pour les bâtiments réparables et la démolition contrôlée de ceux irrécupérables. Le brigadier Bassam al-Nabulsi, à la tête de ce comité, coordonnera ces opérations avec des équipes d’ingénieurs pour minimiser les risques environnants.
Sixièmement, le même comité complétera les relevés topographiques, en s’appuyant sur les enquêtes initiales de la municipalité et en collaborant avec le syndicat des ingénieurs. Cette étape vise à élargir le recensement au-delà des 114 structures déjà listées, intégrant potentiellement d’autres bâtiments signalés récemment.
Septièmement, le Conseil pour le développement et la reconstruction évaluera l’état des infrastructures sous-jacentes, avec un accent sur les réseaux d’eau et d’assainissement, souvent endommagés par les infiltrations et contributifs aux affaiblissements structurels. Mohamed Qabbani, président de ce conseil, dirigera ces inspections pour prévenir des effondrements en chaîne.
Interrogations sur l’ampleur et les ressources
Lors de la session de questions-réponses, le Premier ministre a clarifié plusieurs points. Interrogé sur l’augmentation du nombre de bâtiments à 114, il a expliqué que cette liste provenait des relevés municipaux initiaux, avec des ajouts récents. Il a mentionné qu’un immeuble avait été évacué le jour même, en dehors de cette liste, et que d’autres pourraient suivre, d’où l’importance d’un recensement exhaustif pour éviter des omissions.
Sur les coûts financiers et la gestion de la colère populaire, Nawaf Salam a insisté : « La vie des gens est la priorité des priorités, et on ne peut pas parler de cela comme d’une pression financière supplémentaire. Les fonds sont assurés par le Haut Comité de secours, et nous en fournirons davantage si nécessaire, car la vie des gens est notre priorité absolue. » Cette réponse met en exergue l’approche humanitaire du gouvernement, priorisant la sécurité sur les contraintes budgétaires.
À propos des violations de construction, qui contribuent souvent à ces fragilités, le Premier ministre a affirmé : « Bien sûr, c’est ce qui s’impose. » Le ministre de l’Intérieur Ahmed al-Hajjar a ajouté : « C’est un travail permanent et continu que nous menons. » Ces déclarations soulignent un engagement à poursuivre les responsables de constructions illégales ou non conformes, un fléau récurrent dans les zones urbaines surpeuplées.
Enfin, concernant le renforcement des capacités de la Défense civile, Nawaf Salam a noté que le sujet avait été discuté en présence du directeur Imad Khreiss. Il a rendu hommage aux éléments de la Défense civile : « Nous adressons un salut à ces soldats connus pour le rôle qu’ils ont joué, et nous les remercions. Mais bien sûr, ils ont besoin de renforcer leurs capacités, et c’est un engagement que nous avons pris, qui doit être soumis au Conseil des ministres pour allouer les crédits nécessaires. »
La vulnérabilité structurelle de Tripoli en perspective
Tripoli, deuxième plus grande ville du Liban avec environ 500 000 habitants, souffre d’une dégradation urbaine accélérée par la crise économique qui frappe le pays depuis 2019. Les bâtiments anciens, souvent construits sans normes antisismiques adéquates, ont été affaiblis par des facteurs multiples : infiltrations d’eau dues à des pluies hivernales intenses, absence d’entretien en raison de la pauvreté des propriétaires, et impacts résiduels du séisme de février 2023 en Turquie et Syrie, qui a causé des fissures dans de nombreuses structures libanaises. Dans Bab al-Tabbaneh, un quartier densément peuplé et majoritairement sunnite, les immeubles datent pour la plupart des années 1960-1970, époque de boom démographique sans régulation stricte.
Les experts en urbanisme, comme ceux du syndicat des ingénieurs, estiment que plus de 1 000 bâtiments à Tripoli présentent des risques similaires, avec des fondations érodées par des fuites d’égouts et des murs fissurés par l’humidité. Cette situation est exacerbée par l’hyperinflation et la dévaluation de la livre libanaise, qui ont réduit les capacités des municipalités à financer des inspections régulières. Des rapports officiels indiquent que Tripoli affiche un taux de chômage dépassant 50 %, rendant impossible pour de nombreux résidents de payer des réparations. Les effondrements récents ont déplacé des centaines de familles, augmentant la pression sur les services sociaux déjà surchargés.
Les enjeux socio-économiques sous-jacents
Au-delà des aspects techniques, cette crise révèle les disparités régionales au Liban. Tripoli, historiquement marginalisée par rapport à Beyrouth, concentre une pauvreté extrême, avec des quartiers comme Bab al-Tabbaneh abritant des réfugiés syriens et des familles libanaises modestes. La crise économique a vu la dette publique exploser à plus de 100 milliards de dollars, selon les estimations du FMI, limitant les investissements dans l’infrastructure. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, a hérité d’un budget contraint, mais a priorisé les réformes financières, comme l’adoption d’une loi sur le secret bancaire en avril 2025 pour aligner le Liban sur les standards internationaux.
Dans ce cadre, les aides aux familles évacuées s’inscrivent dans une stratégie plus large de soutien social. Le programme Aman, géré par le ministère des Affaires sociales, couvre déjà des milliers de ménages, mais son extension aux déplacés de Tripoli nécessitera des fonds supplémentaires, potentiellement via des partenariats avec des organisations internationales. La couverture santé promise par le ministère de la Santé vise à prévenir des épidémies dans les centres d’hébergement, où la promiscuité pourrait favoriser la propagation de maladies.
Les implications immédiates des évacuations
Les opérations d’évacuation, qui débuteront sous peu, concerneront des centaines de familles, avec un impact direct sur leur quotidien. Les indemnités de logement, versées trimestriellement, sont calculées sur la base des loyers moyens à Tripoli, estimés à 200-300 dollars par mois pour un appartement modeste, bien que la volatilité monétaire complique ces évaluations. Les centres d’hébergement temporaires, identifiés par le comité de gestion des catastrophes, incluent des écoles désaffectées et des halls publics, équipés par le Croissant-Rouge libanais pour fournir des lits, des repas et un soutien psychosocial.
Le renforcement et la démolition, menés par le Haut Comité de secours, impliqueront des équipes d’ingénieurs évaluant chaque structure : poutres de soutien pour les réparables, explosifs contrôlés pour les autres. Ces travaux, prévus sur plusieurs mois, perturberont la circulation dans les quartiers affectés, nécessitant une coordination avec les forces de sécurité pour maintenir l’ordre. L’évaluation des infrastructures par le Conseil pour le développement et la reconstruction ciblera les réseaux d’eau, souvent obstrués par des déchets, et les égouts, dont les fuites accélèrent l’érosion des fondations.
Les enquêtes complémentaires, en collaboration avec le syndicat des ingénieurs, pourraient révéler des violations supplémentaires, comme des ajouts illégaux d’étages ou l’utilisation de matériaux de mauvaise qualité. Dans les jours à venir, des équipes mixtes inspecteront des zones adjacentes à Bab al-Tabbaneh, où des résidents ont signalé des fissures récentes après les pluies de février. Ces actions, tout en sauvant des vies, soulèvent des questions sur le relogement à long terme, avec des familles potentiellement dispersées dans d’autres régions du Nord, affectant leurs liens communautaires et accès à l’emploi. Les autorités locales, comme l’Union des municipalités d’al-Fayhaa, joueront un rôle clé dans la cartographie des besoins, tandis que les figures religieuses impliquées dans la réunion veilleront à une distribution équitable des aides, évitant toute perception de favoritisme confessionnel.

