mercredi, février 11, 2026

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Le président Aoun explore un vote des expatriés à l’aéroport de Beyrouth pour les législatives de 2026

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Le Liban, toujours aux prises avec une instabilité politique chronique, voit émerger une nouvelle proposition pour faciliter le scrutin des élections législatives prévues en 2026. Selon des sources rapportées par le quotidien Nidaa al-Watan, le président Joseph Aoun, élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, cherche une solution pragmatique pour maintenir le calendrier électoral tout en intégrant les expatriés. Cette initiative prévoit la suspension temporaire du seizième district électoral dédié aux Libanais de l’étranger, avec six sièges réservés, et autorise un report limité des élections jusqu’à la mi-été. Les expatriés pourraient ainsi voter à leur retour au Liban, via des urnes provisoires installées à l’aéroport de Beyrouth dès le début des vacances d’été, sans être contraints par la date officielle du scrutin. Cette mesure, encore au stade de discussion, vise à concilier les impératifs logistiques avec les droits des millions de Libanais vivant à l’étranger, dans un contexte où le débat sur leur représentation parlementaire divise profondément la classe politique.

Cette proposition intervient alors que le Liban tente de consolider ses institutions après une période de turbulence marquée par l’absence de chef de l’État depuis octobre 2022. Joseph Aoun, ancien commandant en chef des Forces armées libanaises, a été élu le 9 janvier 2025 avec un large consensus parlementaire, obtenant 99 voix sur 128 lors de la session électorale. Son accession à la présidence, soutenue par les États-Unis et l’Arabie saoudite, a mis fin à un vide institutionnel qui paralysait le pays. Immédiatement après son investiture, Aoun a chargé Nawaf Salam, juge à la Cour internationale de justice, de former un gouvernement. Ce cabinet, opposé par le Hezbollah mais appuyé par une coalition large incluant des alliés chrétiens et sunnites, s’attelle à des réformes urgentes, notamment la préparation des élections législatives. Le décret fixant les dates du scrutin a été publié le 30 janvier 2026, prévoyant un vote des expatriés les 1er et 3 mai, des agents électoraux le 7 mai, et des résidents le 10 mai 2026. Pourtant, la proposition rapportée par Nidaa al-Watan suggère un ajustement pour reporter le processus à la mi-été, afin de mieux accommoder les retours saisonniers des expatriés.

Le président Aoun, dans ses déclarations publiques, a insisté sur la nécessité de respecter les délais constitutionnels pour renforcer la légitimité des institutions. Lors de son discours inaugural, il a qualifié son élection de « médaille suprême » et promis de reconstruire le pays, en plaçant les armes des milices sous contrôle étatique, conformément à la résolution 1701 des Nations unies. Cette résolution, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah, prévoit le déploiement des Forces armées libanaises au sud du Litani pour sécuriser la frontière. Aoun, fort de son expérience militaire, a mis l’accent sur la stabilité frontalière, surtout après le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, qui a affaibli ce dernier et ouvert la voie à une plus grande implication de l’armée libanaise. Dans ce cadre, la tenue des élections à temps est vue comme un pilier pour consolider la souveraineté nationale, évitant un nouveau vide qui pourrait aggraver les tensions régionales.

Le débat persistant sur la représentation des expatriés

Au cœur des discussions actuelles se trouve la loi électorale de 2017, qui a introduit pour la première fois le vote des expatriés. Cette législation, appliquée partiellement lors des scrutins de 2018 et 2022, prévoyait la création d’un seizième district électoral dédié à la diaspora, avec six sièges répartis équitablement entre musulmans et chrétiens : un pour chaque confession majeure (maronite, orthodoxe, catholique, sunnite, chiite et druze). Cependant, ce district n’a jamais été mis en œuvre en raison de désaccords politiques et logistiques. Lors des élections de 2022, les expatriés ont pu voter pour l’ensemble des 128 sièges, alignés sur leurs districts d’origine au Liban, ce qui a permis une participation record de plus de 225 000 votants inscrits à l’étranger. La diaspora libanaise, estimée à plusieurs millions – bien que seuls ceux conservant la nationalité puissent voter –, représente une force économique vitale, avec des transferts d’argent estimés à plus de 7 milliards de dollars annuels, selon les rapports de la Banque mondiale.

Le débat s’est intensifié en septembre 2025, lorsque les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères ont ouvert les inscriptions pour les expatriés, du 2 octobre au 20 novembre 2025. Plus de 200 000 Libanais à l’étranger se sont inscrits, mais la controverse porte sur la manière de comptabiliser leurs voix. Des partis comme les Forces libanaises, dirigées par Samir Geagea, militent pour que les expatriés votent pour les 128 sièges, arguant que limiter leur choix à six sièges les relègue au rang de citoyens de seconde zone, en violation de l’article 7 de la Constitution qui garantit l’égalité des droits civils et politiques. À l’opposé, le président du Parlement, Nabih Berri, proche du Hezbollah, défend le maintien du district 16, craignant que l’intégration des votes expatriés dans les districts métropolitains ne bouleverse l’équilibre confessionnel fragile du Liban. Ce système, hérité de l’accord de Taëf en 1989, répartit les sièges parlementaires à parts égales entre chrétiens et musulmans, avec des sous-quotas pour chaque confession.

En octobre 2025, une session parlementaire a été boycottée par plus de la moitié des députés, faute de quorum, en raison de ce désaccord. Le gouvernement a alors proposé un projet de loi pour suspendre l’article 112 de la loi électorale, permettant aux expatriés de voter pour tous les sièges et prolongeant le délai d’inscription jusqu’au 15 décembre 2025. Le président Aoun a transmis ce projet au Parlement le 17 novembre 2025, mais les négociations piétinent. Des sources parlementaires indiquent que le Hezbollah et ses alliés redoutent un afflux de votes expatriés, majoritairement chrétiens et sunnites, qui pourrait diluer leur influence. En effet, la diaspora, souvent issue des vagues d’émigration post-guerre civile (1975-1990), est perçue comme plus critique envers les milices armées et favorable à des réformes anti-corruption.

La solution pragmatique du vote à l’aéroport

La proposition rapportée par Nidaa al-Watan offre une alternative ingénieuse pour contourner ces blocages. En suspendant le district 16, elle évite l’ajout de six sièges qui porterait le Parlement à 134 membres, modifiant ainsi le quorum des sessions (de 65 à 68 députés). Au lieu de cela, les expatriés voteraient pour les 128 sièges via leurs districts d’origine, mais avec une flexibilité temporelle. Les urnes temporaires à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth seraient opérationnelles dès le début de l’été, coïncidant avec le retour massif des Libanais pour les vacances. Ce mécanisme, inspiré des pratiques dans d’autres pays comme la Turquie ou l’Égypte, permettrait aux expatriés de voter sans voyager spécifiquement pour l’élection, réduisant les coûts et les contraintes logistiques.

Selon le quotidien, cette mesure répond à l’insistance du président Aoun sur un scrutin à temps, tout en tenant compte des réalités de la diaspora. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par Ahmad Hajjar, a déjà consulté le département de législation et de consultation au ministère de la Justice pour évaluer la constitutionnalité de ce report limité. Hajjar, lors d’une inspection des administrations électorales le 10 février 2026, a confirmé que les préparatifs avancent, avec l’ouverture des candidatures jusqu’au 10 mars 2026. Plus de 500 candidatures ont été déposées à ce jour, reflétant un intérêt accru malgré les incertitudes. Le ministère des Affaires étrangères, quant à lui, gère les inscriptions via le site diasporavote.mfa.gov.lb, exigeant des documents comme le passeport libanais ou l’extrait d’état civil, accompagnés d’une preuve de résidence à l’étranger (permis de conduire ou carte d’identité étrangère).

Cette solution n’est pas sans défis. Logistiquement, installer des urnes à l’aéroport nécessite une coordination avec l’administration aéroportuaire et les forces de sécurité, pour garantir la confidentialité et l’intégrité du vote. Des observateurs internationaux, comme ceux de l’Union européenne ou de la Fondation internationale pour les systèmes électoraux (IFES), pourraient être impliqués pour superviser le processus. Politiquement, elle risque de raviver les accusations de manipulation, certains opposants y voyant une tentative de diluer l’impact des votes expatriés en les étalant dans le temps. Néanmoins, des figures comme le consul général libanais à Détroit, Ibrahim Charara, encouragent la participation, soulignant la confidentialité des bulletins et l’importance de la diaspora pour « pousser le pays en avant ».

Fin du vide présidentiel et renouveau institutionnel

L’élection de Joseph Aoun en janvier 2025 marque un tournant pour le Liban, après 26 mois sans président. Le Parlement, réuni sous pression internationale – notamment du quintette (États-Unis, Arabie saoudite, Égypte, Qatar et France) –, a choisi Aoun pour sa neutralité perçue et son rôle clé dans la mise en œuvre du cessez-le-feu avec Israël. Ancien commandant des Forces armées, il a supervisé l’armée lors des troubles de 2019 et de l’invasion israélienne de 2024, gagnant la confiance des acteurs régionaux. Son discours inaugural a mis l’accent sur la reconstruction, la sécurisation des frontières et la monopolisation des armes par l’État, en écho à la résolution 1701.

Sous sa présidence, des avancées ont été enregistrées. Le 10 février 2026, Aoun a promulgué la loi de finances pour 2026, approuvée par le Parlement avec 59 voix pour, 34 contre et 11 abstentions. Ce budget, débattu dans une atmosphère tendue avec des manifestations de fonctionnaires réclamant des hausses salariales, vise à stabiliser l’économie chancelante, marquée par une dette publique dépassant 100 milliards de dollars et une inflation galopante. Des rencontres internationales, comme celle avec le président du Conseil européen António Costa le 9 janvier 2026, ont renforcé le soutien européen, conditionné à des réformes. Costa a salué le leadership d’Aoun pour établir le monopole étatique sur les armes, essentiel pour la souveraineté libanaise.

Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en janvier 2025, s’attelle à ces priorités. Salam, opposé par le Hezbollah mais soutenu par une large coalition, gère les relations avec la Syrie voisine, marquée par la chute du régime en décembre 2024. Une convention judiciaire signée le 6 février 2026 permet le transfert de détenus syriens du Liban vers leur pays, renforçant les liens bilatéraux. Aoun a souligné que la stabilité syrienne impacte positivement le Liban, lors d’une rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.

Les enjeux sécuritaires et régionaux des élections

Les élections de 2026 interviennent dans un contexte régional volatile. Le cessez-le-feu de novembre 2024 avec Israël a mis fin à des mois de conflits, mais des incidents persistent. Le 4 février 2026, Aoun a condamné Israël pour avoir pulvérisé des substances chimiques sur des villages du sud-Liban, qualifiant cela de « crime environnemental et sanitaire » et violation de la souveraineté. Il a instruit les agences gouvernementales de poursuivre des recours diplomatiques et légaux, appelant la communauté internationale à intervenir. Cette « agression » s’inscrit dans une série d’attaques israéliennes, menaçant la santé des citoyens et l’environnement agricole.

Le Hezbollah, affaibli par la guerre, prépare activement les élections. Son secrétaire général adjoint, Naim Qassem, a annoncé que le parti se mobilise pour le scrutin, malgré les pressions américaines pour son désarmement. Les États-Unis, via le projet de loi H.R.7311 adopté en février 2026, autorisent des sanctions contre quiconque entrave le processus électoral, y compris les restrictions au vote des expatriés. Cette législation souligne l’intérêt international pour des élections transparentes, vues comme un baromètre pour la stabilité libanaise.

Au sud, les Forces armées libanaises, renforcées par l’accord de cessez-le-feu, assurent la sécurité frontalière. Des délégations de Tripoli ont briefé Aoun sur les dommages causés par les conflits récents, réclamant un soutien international urgent. Le président a également discuté d’investissements avec des hommes d’affaires koweïtiens, comme Bader Nasser Al-Kharafi le 10 février 2026, signalant des perspectives positives dans les secteurs économique et des télécommunications.

Positions des partis et dynamiques confessionnelles

Les partis politiques libanais affichent des positions tranchées sur la proposition de vote à l’aéroport. Les Forces libanaises et leurs alliés chrétiens soutiennent tout ajustement favorisant une pleine intégration des expatriés, craignant une marginalisation des chrétiens dans un système où la diaspora est majoritairement issue de leurs communautés. Le Courant patriotique libre, fondé par l’ancien président Michel Aoun (sans lien avec Joseph Aoun), appelle à une réforme électorale plus large, incluant une quota pour les femmes, absent de la loi actuelle.

Le Hezbollah et Amal, dominants chez les chiites, préfèrent le statu quo du district 16 pour préserver l’équilibre confessionnel. Nabih Berri, président du Parlement depuis 1992, a bloqué des amendements en octobre 2025, invoquant des raisons constitutionnelles. Les sunnites, représentés par des figures comme Saad Hariri (retiré depuis 2022), restent divisés, mais des coalitions émergentes à Tripoli soulignent l’importance des votes expatriés pour contrer l’influence chiite au sud.

Les indépendants et les groupes issus des protestations de 2019, comme ceux défendant une loi électorale proportionnelle sans confessionnalisme, critiquent la proposition comme un palliatif insuffisant. Ils plaident pour une refonte totale, alignée sur l’accord de Taëf, pour déconfessionnaliser la politique.

Préparations logistiques et défis opérationnels

Le ministère de l’Intérieur avance dans les préparatifs. Ahmad Hajjar a inspecté les bureaux électoraux, confirmant l’ouverture des candidatures. Plus de 1 000 agents sont formés pour gérer le scrutin, avec un accent sur la cybersécurité pour contrer les ingérences étrangères. Pour les expatriés, 150 centres de vote sont prévus dans 50 pays, mais la proposition d’urnes à l’aéroport pourrait réduire ce nombre, en focalisant sur les retours estivaux.

Des campagnes d’incitation, comme celles des consulats aux États-Unis, exhortent à l’inscription. À Détroit, Ibrahim Charara rassure sur la confidentialité, notant que les votes expatriés pourraient redéfinir la composition parlementaire. Des ONG comme Sawti mènent des ateliers pour guider les votants, exigeant des documents spécifiques pour l’inscription.

Malgré ces efforts, des retards logistiques persistent. Des rapports de janvier 2026 indiquent que les élections pourraient être reportées d’un mois en raison de préparatifs incomplets, un scénario que la proposition d’Aoun anticipe. Le Hezbollah intensifie ses activités politiques, anticipant un scrutin crucial pour sa légitimité affaiblie.

Implications immédiates pour la diaspora et la stabilité

La diaspora libanaise, dispersée en Europe, Amérique et Golfe, suit de près ces développements. Des plateformes comme Instagram et Facebook relaient des appels à l’inscription, avec des influenceurs soulignant l’impact potentiel des votes sur la reconstruction. En février 2026, l’ambassadeur philippin Marlowe A. Miranda a présenté ses lettres de créance à Aoun, illustrant les liens diplomatiques renforcés.

Sur le plan économique, les transferts des expatriés soutiennent l’économie, mais la crise persistante – avec une dévaluation de la livre libanaise – pousse à des réformes. Le budget 2026, promulgué par Aoun, intègre des mesures pour augmenter les salaires des fonctionnaires, répondant aux manifestations de janvier.

Enfin, des incidents récents comme la pulvérisation de chimiques par Israël soulignent les vulnérabilités frontalières. Aoun a appelé à une action internationale, via l’ONU, pour stopper ces violations. Des délégations locales, comme celle de Tripoli, ont détaillé les dommages, pressant pour une aide urgente. Ces éléments, imbriqués dans le processus électoral, influencent les débats sur la souveraineté et la représentation, avec des discussions en cours au Parlement sur l’amendement de la loi électorale.

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