dimanche, février 22, 2026

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Le rapport de l’armée au sud du Litani: un test de cohésion pour l’exécutif

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Une séance du 8 janvier 2026 transformée en moment de vérité

Jeudi 8 janvier 2026, le Conseil des ministres doit tenir une séance dont le cœur est sécuritaire. L’armée doit y présenter son quatrième rapport mensuel consacré à la limitation des armes au sud du Litani. La périodicité pourrait donner une impression de routine. Pourtant, l’enjeu a changé. Ce rapport est devenu un outil politique autant qu’un document opérationnel.

Le calendrier renforce cette tension. La veille, une réunion du « mécanisme » est attendue en format strictement militaire et technique. Aucune composante civile n’est annoncée dans ce format. Cela place l’exécutif face à une réalité simple. Le dossier avance d’abord par le prisme des contraintes de terrain, puis il remonte vers la décision politique.

Ce contexte est alourdi par la dynamique sur le front sud. Les tirs d’artillerie, les survols d’avions de combat, et la chute d’un drone signalée à Rabb Thalathin ont été rapportés comme des éléments d’une même séquence. Une frappe visant une voiture sur la route Safad Al-Battikh–Al-Jmeijmeh, avec deux morts, a renforcé l’atmosphère de pression. Dans ces conditions, la séance du gouvernement n’est pas un rendez-vous isolé. Elle se tient sous l’ombre immédiate des événements du terrain.

Un rapport annoncé « en chiffres et en documents »

Le rapport attendu n’est pas présenté comme une note générale. Il est décrit comme un document appuyé sur des chiffres et des pièces. Il doit détailler des actions menées, des résultats obtenus, et des éléments matériels remis ou neutralisés. La mention de tunnels figure parmi les points que le document est censé intégrer.

Ce choix de méthode vise un objectif clair. Il s’agit de rendre l’action mesurable. Il s’agit aussi de répondre aux accusations d’insuffisance. Un rapport chiffré et documenté sert de bouclier institutionnel. Il protège l’armée. Il protège aussi l’exécutif, à condition qu’il assume collectivement ce que le rapport dit.

Cependant, un rapport « prouvé » ne règle pas tout. Il ouvre un second débat. Quel niveau de preuve est jugé suffisant. Et par qui. Dans un dossier aussi sensible, la définition de la suffisance varie. Certains veulent un résultat total. D’autres acceptent une progression graduée. Le gouvernement devra donc gérer une divergence d’attentes au moment même où il cherche l’unité.

La limite la plus sensible: des points encore occupés

Le rapport est aussi attendu sur une question qui peut fissurer le discours officiel. Il doit annoncer la fin d’une première phase du plan, tout en reconnaissant qu’elle n’est pas complète en raison de points toujours occupés. Cette nuance paraît technique. Elle est politiquement lourde.

Elle signifie que l’État officialise une limite de contrôle territorial. Elle signifie aussi qu’une partie du problème ne dépend pas seulement d’une décision libanaise. Elle dépend d’un état de fait sur le terrain. Or, dans une logique de pression, ces limites deviennent un argument contre Beyrouth. Elles peuvent être brandies comme preuve d’inefficacité. Elles peuvent aussi servir de justification à un durcissement.

Pour le gouvernement, la difficulté est double. Il doit reconnaître une réalité sans se présenter comme impuissant. Il doit aussi éviter qu’une reconnaissance devienne un aveu exploitable dans le débat interne. Dans un pays où la souveraineté est un champ de conflit politique, chaque mot compte. La formulation retenue dans le rapport peut déclencher une polémique, même si le fond est partagé.

Coopération locale: un point qui peut être lu dans deux sens

Le rapport est aussi attendu sur la question de la coopération sur le terrain. Une coopération des habitants des villages du Sud est mise en avant. Une coopération attribuée au Hezbollah est aussi évoquée dans le même cadre. Cette mention, si elle est maintenue, sera immédiatement interprétée.

Pour certains, elle démontre une discipline de terrain. Elle suggère une capacité à limiter les frictions. Elle donne l’image d’un environnement local qui évite l’affrontement direct avec l’armée. Dans cette lecture, la coopération sert la stabilité.

Pour d’autres, elle pose un problème politique. Elle suggère que l’exécution dépend d’un acteur non étatique. Elle peut être utilisée pour dire que l’État ne contrôle pas seul. Elle peut aussi être utilisée pour réclamer un saut politique plus large, au-delà du sud du Litani.

L’exécutif doit donc manier ce point avec prudence. Il a besoin de montrer des résultats. Mais il ne peut pas ouvrir une crise interne par une phrase mal interprétée. L’équilibre est fragile, car le dossier des armes est, par nature, un dossier identitaire et conflictuel.

La « deuxième phase »: extension au nord du Litani, mais délai incertain

La suite est décrite comme une « deuxième phase » qui s’étendrait au nord du Litani. Le vocabulaire est important. Il ne s’agit plus seulement d’un périmètre strictement au sud. Il s’agit d’un élargissement de la mission, donc d’un élargissement de la sensibilité politique.

Cette phase est associée à un objectif explicite: empêcher le retour de la guerre. Cette formulation pèse sur la séance. Elle implique que le risque est immédiat. Elle implique aussi que l’extension n’est pas une option théorique. Elle est présentée comme une réponse à une menace.

Un autre point rend cette phase plus polémique. Il est indiqué qu’elle pourrait ne pas être liée à un délai garanti, si la coopération n’est pas au rendez-vous. Dans un pays fatigué par les crises, un dossier sans horizon clair est un dossier anxiogène. Il peut devenir un instrument de pression permanente. Il peut aussi devenir une source de désaccord interne, car chaque camp demandera quand cela s’arrête et selon quels critères.

Dans ce cadre, le rapport ne sera pas seulement lu comme un bilan. Il sera lu comme une promesse. Et une promesse, en politique libanaise, devient vite une arme contre celui qui la formule.

Le « mécanisme » en format militaire: une diplomatie réduite au technique

La réunion attendue du « mécanisme » en format purement militaire n’est pas un détail de protocole. Elle traduit une priorisation. Le dossier est traité comme un problème d’exécution et de contrôle. Il est moins traité comme une négociation politique au sens classique.

Ce format peut être défendu. Il peut être présenté comme un moyen de réduire les fuites. Il peut être présenté comme un moyen de parler en preuves. Pourtant, il peut aussi être perçu comme un signal inquiétant. Il suggère que la pression est telle que le civil est mis à distance. Il suggère aussi que l’État se retrouve à réagir à une séquence imposée.

La crainte rapportée est que l’escalade accompagne ces réunions, comme cela aurait été observé lors de réunions précédentes. Si cette crainte se confirme, l’effet est immédiat. Même l’espace technique devient un moment sous menace. Et la décision politique qui suit, jeudi, apparaîtra encore plus contrainte.

Des avertissements au nord du Litani: extension de la carte de la peur

Parallèlement au travail institutionnel, une série d’avertissements a été rapportée au nord du Litani et au-delà. Des localités ont été explicitement citées dans ces avertissements. Anan, dans le caza de Jezzine, a été mentionnée. Al-Manara, dans la Békaa occidentale, a été mentionnée. Kafrhatta, dans le caza de Saïda, a été citée. Aan Al-Tineh, dans la Békaa occidentale, a été citée. Il a été question d’évacuation immédiate des bâtiments visés et de ceux situés à proximité, avec une distance annoncée de 300 mètres.

Cette cartographie change la perception nationale. Le risque ne paraît plus limité au Sud immédiat. Il devient plus intérieur. Il touche des zones qui, dans l’esprit de beaucoup, n’étaient pas destinées à entrer dans la séquence.

Ces avertissements ont un effet politique direct. Ils obligent le gouvernement à répondre à une anxiété immédiate. Ils poussent aussi l’exécutif à accélérer sa ligne, car chaque avertissement crée un compte à rebours. Dans une telle atmosphère, la « deuxième phase » n’est plus un débat abstrait. Elle devient une question qui touche des habitants, des routes, et des localités au quotidien.

Une pression pensée comme un « message » avant les décisions

Le timing est au centre de la lecture politique. Les tirs, les survols, la frappe sur un axe routier, puis les avertissements, surviennent à l’approche de la réunion du mécanisme et de la séance du gouvernement. Dans cette logique, l’escalade est interprétée comme un message destiné à encadrer la décision.

Une formule a été reprise pour décrire la bascule du moment: le passage d’une « diplomatie entravée » à une « chirurgie militaire ». L’expression est lourde. Elle suggère une stratégie de frappes calibrées pour obtenir un résultat précis, sans déclencher une guerre totale annoncée. Elle suggère aussi une réduction de l’espace du compromis. Ce qui n’est pas appliqué par la décision interne serait imposé par la force.

Cette lecture crée un problème pour l’exécutif. Si le gouvernement adopte une ligne dure, il risque l’escalade. S’il adopte une ligne prudente, il risque d’être accusé de faiblesse. Dans les deux cas, il doit préserver l’armée et l’unité interne. C’est là que le rapport devient une épreuve.

Attentes américaines et critique israélienne: la séance observée de l’extérieur

Dans le même contexte, une attente américaine a été formulée publiquement. Il a été rapporté que Donald Trump a déclaré attendre ce que fera le gouvernement libanais. Cette phrase place l’exécutif sous observation. Elle transforme la séance en test international, et pas seulement en rendez-vous interne.

Dans la même logique, une insistance a été rapportée sur la remise de toutes les armes, y compris des catégories comme les missiles de précision et les drones. L’exigence est maximaliste. Elle dépasse la logique d’une limitation au sud du Litani. Elle renvoie à une architecture de désarmement plus large.

En parallèle, une critique israélienne a été rapportée: les efforts de l’État libanais et de l’armée sur la question du désarmement seraient jugés « pas du tout suffisants ». Cette phrase, si elle s’installe, devient une justification facile pour une hausse de pression. Elle devient aussi un argument de ceux qui veulent accélérer la contrainte.

Dans ce cadre, le rapport de l’armée doit répondre à deux audiences. Il doit parler au public libanais. Il doit aussi parler à ceux qui évaluent, jugent et exigent depuis l’extérieur. Un écart de langage entre ces deux audiences peut exploser en plein Conseil des ministres.

La cohésion gouvernementale: où la fracture peut apparaître

Le rapport va mettre à nu trois tensions qui traversent l’exécutif.

La première tension est celle du vocabulaire. Certains ministres voudront un langage de souveraineté et d’autorité. D’autres voudront un langage qui protège la stabilité et évite la surenchère. Or, le dossier est inflammable. Les mots peuvent déclencher un débat national en quelques heures.

La deuxième tension est celle de la responsabilité. Si le rapport insiste sur l’obstacle externe, on dira que l’État se défausse. Si le rapport insiste sur les contraintes internes, on dira qu’il ouvre une crise. Le gouvernement devra donc valider une formulation commune, pour éviter que chaque ministre raconte un récit différent.

La troisième tension est celle du rythme. La « deuxième phase » est évoquée sans délai garanti si la coopération est jugée insuffisante. Or, ce point touche une question psychologique. Un dossier sans horizon crée une peur diffuse. Il peut nourrir une contestation. Il peut aussi nourrir une polarisation politique.

Dans ces conditions, le test de cohésion n’est pas un slogan. Il est concret. Il se jouera sur le texte final du rapport. Il se jouera sur les commentaires en séance. Il se jouera aussi sur ce que l’exécutif dira après la réunion.

L’armée au centre: parler sans devenir un acteur politique

L’armée se retrouve au milieu d’une bataille de perceptions. On lui demande d’être précise. On lui demande d’être factuelle. On lui demande aussi d’être un instrument de rassurance.

Mais la précision a un coût. Mentionner des tunnels, citer des opérations, parler de coopération locale, reconnaître des points occupés, tout cela peut être lu politiquement. Et l’armée, dans ce type de contexte, doit éviter d’être entraînée dans un débat partisan. Elle doit rester nationale.

C’est là que le gouvernement a une responsabilité particulière. Il doit présenter le rapport comme un outil institutionnel, pas comme une pièce de propagande. Il doit aussi éviter que des ministres n’utilisent le document pour attaquer d’autres acteurs internes. Si cela se produit, l’armée perd son rôle d’arbitre opérationnel. Elle devient un acteur contesté, ce qui fragilise l’État.

Ce que la séance doit produire: une ligne unique et une méthode

La séance du 8 janvier 2026 doit produire une ligne lisible. Cette ligne devra contenir trois éléments.

D’abord, une preuve d’action au sud du Litani, appuyée par des chiffres et des documents. Ensuite, une reconnaissance encadrée des limites liées à des points encore occupés, sans que cela se transforme en aveu d’impuissance. Enfin, une définition prudente de la deuxième phase au nord du Litani, avec des conditions de démarrage qui évitent de projeter la tension vers l’intérieur.

À cela s’ajoute une exigence implicite: une seule voix. Si le gouvernement sort divisé, le rapport perd sa fonction. Il devient un texte contesté. Il devient un nouveau champ de conflit. Et la pression extérieure, déjà formulée publiquement, aura un terrain favorable pour augmenter.

Le rapport est donc un document militaire, mais il est devenu un test politique complet. Il juge la cohésion de l’exécutif. Il juge la capacité à parler en faits. Il juge la capacité à tenir un calendrier. Il juge aussi la capacité à ne pas laisser le feu dicter, seul, la décision publique.

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