vendredi, février 20, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Le secrétariat général du Conseil des ministres libanais diffuse la version officielle de la décision sur la correction des salaires du secteur public

- Advertisement -

Le secrétariat général du Conseil des ministres a rendu publique, le 19 février 2026, la version approuvée d’une décision clé visant à corriger les salaires et les rémunérations dans le secteur public. Cette publication intervient en réponse à la circulation de déclarations attribuées à l’institution, relatives à une mesure adoptée par le Conseil des ministres suite aux propositions du ministère des Finances. Pour prévenir toute ambiguïté ou interprétation erronée, le secrétariat a choisi de diffuser le texte intégral dans sa forme validée, marquant ainsi une étape supplémentaire dans la gestion d’une crise salariale qui pèse sur le pays depuis plusieurs années.

Cette initiative du secrétariat général s’inscrit dans un effort de transparence au sein d’un appareil d’État confronté à des défis persistants. La décision en question, émanant d’une session du Conseil des ministres tenue le 16 février 2026 au palais de Baabda, sous la présidence du chef de l’État Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam, prévoit l’octroi de six salaires supplémentaires aux employés et retraités du secteur public. Cette mesure, qui concerne environ 251 000 personnes, inclut les fonctionnaires civils, les militaires et les contractuels, avec un coût annuel estimé à 800 millions de dollars. Le ministre de l’Information, Paul Marrouch, a précisé lors de la lecture des résolutions que cette augmentation serait versée sous forme de compensation mensuelle, sans intégration au salaire de base, évitant ainsi d’impacter les indemnités de fin de service.

Les détails de cette décision, désormais accessibles dans leur forme officielle, soulignent l’urgence d’une correction salariale dans un contexte où les rémunérations ont été érodées par l’inflation et la dépréciation de la livre libanaise. Depuis le début de la crise économique en 2019, les salaires libellés en monnaie locale ont perdu plus de 90 % de leur valeur réelle, forçant de nombreux agents publics à cumuler des emplois ou à émigrer. La publication de ce texte vise à clarifier les modalités d’application, alors que des versions non officielles circulaient déjà dans les médias et sur les réseaux sociaux, générant des débats sur l’équité et la viabilité de la mesure.

Un contexte de crise persistante et de réformes inachevées

La décision sur la correction des salaires s’ancre dans une crise économique qui frappe le Liban depuis plus de six ans, marquée par un effondrement du système financier, une dette publique colossale et une instabilité monétaire. En 2019, le pays a connu un défaut de paiement sur sa dette souveraine, évaluée alors à environ 90 milliards de dollars, entraînant une chute libre de la livre libanaise. De 1 500 livres pour un dollar en 2019, le taux de change officiel a été ajusté à 89 700 livres en 2023, mais le marché parallèle reflète une dévaluation encore plus prononcée, oscillant autour de 90 000 livres par dollar en février 2026.

Cette dégringolade a particulièrement affecté le secteur public, où les salaires, fixés en livres, ont vu leur pouvoir d’achat s’effondrer. Avant la crise, un fonctionnaire moyen percevait l’équivalent de 1 000 à 1 500 dollars par mois ; aujourd’hui, ce montant ne dépasse souvent pas 100 à 200 dollars, selon les catégories. Les militaires et les enseignants, piliers du service public, ont été parmi les plus touchés, menant à des grèves répétées et à une désertion croissante des postes. En 2025, le Fonds monétaire international (FMI) estimait que l’inflation annuelle au Liban avait ralenti à environ 15 %, contre plus de 200 % en 2023, mais ce ralentissement n’a pas suffi à restaurer la confiance dans l’économie.

Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 après une vacance présidentielle prolongée, a hérité de ces défis. Composé de 24 ministres, dont cinq femmes, ce cabinet inclut des figures comme Tarek Mitri en tant que vice-Premier ministre, Yassine Jaber aux Finances, et Ghassan Salamé à la Culture. Nawaf Salam, ancien juge à la Cour internationale de justice, a présenté son équipe comme un « gouvernement de réforme et de salut », avec un accent sur la stabilisation économique et la reconstruction post-conflit. La guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah avait exacerbé la situation, causant des destructions estimées à plus de 7 milliards de dollars et déplaçant près d’un million de personnes.

Dans ce cadre, le budget 2026, approuvé par le Parlement fin janvier 2026 après des débats houleux, prévoit une hausse des dépenses de 20 % par rapport à 2025, avec une part significative allouée aux salaires publics, qui absorbent près de 50 % des dépenses totales. Les recettes publiques, estimées à 3,5 milliards de dollars en 2025, devaient augmenter grâce à une meilleure collecte des impôts et douanes, mais les projections pour 2026 restent précaires, avec une croissance du PIB réel attendue à seulement 3,5 % selon la Banque mondiale. La décision salariale du 16 février s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large pour relancer l’activité publique, tout en évitant un creusement du déficit budgétaire, évalué à 10 % du PIB en 2025.

Les propositions du ministère des Finances et leur adoption

Les propositions du ministère des Finances, pilotées par Yassine Jaber, ont formé la base de cette décision. Ancien ministre sous des gouvernements précédents, Jaber a présenté un plan visant à ajuster les salaires à environ 50 % de leur valeur pré-crise de 2019, avec des hausses progressives de 10 % tous les six mois, accompagnées de primes de productivité et de transport. Lors d’une conférence en septembre 2025, il avait décrit une crise paralysant le secteur public, nécessitant des négociations avec les syndicats pour équilibrer les revendications sociales et les contraintes fiscales.

La mesure adoptée prévoit spécifiquement l’octroi de six salaires supplémentaires, calculés sur l’échelle de 2019, avec un plafond mensuel de 50 millions de livres libanaises (environ 560 dollars). Pour les militaires, les compléments intégraux sont inclus, reconnaissant leur rôle dans la stabilité post-conflit. Le coût total, chiffré à 505 720 milliards de livres (près de 5,65 milliards de dollars au taux actuel), représente une augmentation de 13,6 % des dépenses salariales par rapport à 2025. Paul Marrouch a insisté sur le fait que cette compensation mensuelle, non intégrée au salaire de base, permet de limiter l’impact sur les indemnités de fin de service, tout en offrant un soulagement immédiat aux agents publics.

Cette approche évite une refonte complète de la grille salariale, comme celle adoptée en 2016 qui avait accru les pressions sur l’économie. À l’époque, les hausses de 15 % en moyenne avaient été financées par des taxes, contribuant à l’endettement croissant. Aujourd’hui, le gouvernement mise sur une meilleure efficacité administrative : en 2025, les recettes douanières ont augmenté de 150 %, et les projections pour 2026 tablent sur 210 %. Cependant, des experts notent que sans réformes structurelles, comme la réduction des effectifs pléthoriques dans la fonction publique (plus de 300 000 agents, incluant les contractuels), ces mesures risquent de perpétuer les déséquilibres.

Les mécanismes de financement et leurs controverses

Pour financer cette correction salariale, le gouvernement a opté pour une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 12 % et une majoration des prix de l’essence. Ces mesures, subordonnées à l’adoption de lois complémentaires par le Parlement, visent à générer des revenus supplémentaires sans aggraver l’inflation. La TVA, actuellement à 11 %, devrait rapporter 200 millions de dollars supplémentaires annuels, tandis que les taxes sur les carburants, augmentées de 20 %, pourraient ajouter 300 millions. Yassine Jaber a défendu ces choix en soulignant qu’ils ciblent une assiette large, évitant de creuser le déficit budgétaire déjà à 10 % du PIB.

Ces décisions ont toutefois suscité des critiques vives. Le ministre de l’Industrie, Joe Issa El Khoury, s’est opposé publiquement à ce qu’il qualifie de « discrimination salariale » entre secteurs civils et sécuritaires, arguant que le secteur privé, représentant 80 % des emplois, souffre d’une dollarisation partielle des salaires. Lors d’une déclaration le 17 février 2026, il a plaidé pour une équité globale, évitant des hausses de taxes qui pénalisent les bas revenus. Des manifestations ont éclaté dès le 17 février à Beyrouth, avec des automobilistes bloquant des routes contre l’augmentation des prix du carburant, illustrant les tensions sociales.

Le Rassemblement des syndicats du secteur public, dans un communiqué du 13 février, avait appelé à une augmentation immédiate des salaires à 50 % de leur valeur de 2019, suivie d’ajustements progressifs. Les retraités militaires, mobilisés devant le Parlement les 27, 28 et 29 janvier lors du vote du budget, ont réitéré leurs demandes pour des pensions ajustées. La Banque mondiale, dans un rapport d’octobre 2025, avertissait que sans réformes, ces mesures pourraient éroder le pouvoir d’achat via des taxes régressives, affectant 33 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté absolue.

Les réactions des acteurs sociaux et politiques

Les syndicats ont maintenu la pression sur le gouvernement, rejetant le financement par de nouvelles taxes. Le président du syndicat ouvrier a qualifié la hausse des carburants de « massacre fiscal », arguant que les pauvres financent ainsi leurs propres salaires. Plusieurs députés, dont ceux du bloc réformiste, ont dénoncé une approche qui « donne d’une main et reprend de l’autre », critiquant l’absence de plan économique global. Des manifestations du 17 février ont vu des milliers de fonctionnaires et retraités descendre dans les rues de Beyrouth, réclamant une intégration des augmentations au salaire de base pour sécuriser les retraites.

Le secteur privé, via la Chambre de commerce, a exprimé des réserves sur l’impact inflationniste, notant que la dollarisation des salaires privés (jusqu’à 70 % en dollars dans certains secteurs) contraste avec le public. En 2025, le taux de chômage a atteint 30 %, avec 48 % chez les jeunes, exacerbant les inégalités. Le FMI, dans une déclaration de février 2026, a insisté sur des réformes globales pour rétablir la croissance, incluant une restructuration bancaire et une réduction des subventions implicites.

Les implications immédiates pour le secteur public et l’économie

La publication de la version officielle le 19 février clarifie les modalités d’application, avec un versement prévu après l’adoption des lois fiscales. Pour les employés, cela signifie un revenu mensuel supplémentaire de 100 à 120 dollars, un soulagement partiel dans un pays où un Libanais sur dix vit avec moins de 3 dollars par jour. Les militaires, avec leurs compléments, bénéficieront d’un ajustement plus substantiel, reconnaissant leur rôle dans le maintien de la sécurité post-2024.

Économiquement, ces mesures testent la résilience du Liban. La croissance de 3,5 % projetée pour 2026 dépend d’une reprise du tourisme et des transferts de la diaspora (6,7 milliards de dollars en 2023). Cependant, les destructions de 2024, évaluées à 3,4 milliards de dollars, pèsent sur la reconstruction. Le gouvernement prévoit d’étudier d’ici fin mars une hausse des salaires à 50 % de la valeur pré-crise, mais sans financement international, les risques d’instabilité monétaire persistent. Les recettes publiques, en hausse de 20 % en 2026, doivent compenser les dépenses salariales accrues, alors que l’inflation reste à 15,4 % en novembre 2025.

Dans les administrations, cette décision pourrait réduire les absences et améliorer l’efficacité, mais les syndicats exigent des garanties contre les retards de paiement, récurrents depuis 2020. Les enseignants publics, en grève en mars 2025, ont vu leurs actions aboutir partiellement, mais persistent dans leurs revendications pour des conditions de travail dignes. Le secteur de la santé publique, avec ses hôpitaux sous-financés, pourrait bénéficier indirectement d’un personnel motivé, bien que les défis structurels demeurent.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi